La Révolution a apporté un grand progrès

De Christ-Roi
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"... Ils ne craignent pas de faire, entre l'Evangile et la Révolution, des rapprochements blasphématoires" 
 (Saint Pie X, Lettre sur le Sillon, n° 41).

" TOUT A ETE PREPARE PAR DES HOMMES QUI AVAIENT SEULS LE FIL DES CONSPIRATIONS LONGTEMPS OURDIES DANS LES SOCIETES SECRETES, & qui ont du choisir & hâter les moments propices aux complots..." (Abbé Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. XI) [1]

"Pour Jean-François Kahn, soutenir que la Révolution 'française' est intrinsèquement perverse est un réflexe "révisionniste" (Marianne, 3 septembre 2001). Max Gallo réaffirme que "la Révolution 'française', c'est l'irruption du peuple français dans son histoire nationale..." (France-Soir, 11 septembre 2001). En dépit de tous les travaux d'historiens qui ont profondément renouvelé notre connaissance de la période, nous vivons toujours sur les clichés du XIXe siècle. Au cours de la décennie 1790, la France serait passée de l'absolutisme à la liberté(...), la Terreur ne constituant qu'un accident de parcours... Malheureusement (ou heureusement...), cette vision idyllique ne correspond pas à la réalité.

"...La violence s'impose comme méthode d'action politique. Tout au long du processus révolutionnaire, elle reste omniprésente. Dès 1789, ce sont des minorités qui s'emparent du pouvoir et se le disputent. Si bien que le moment fondateur de la république 'française' porte en lui une inavouable contradiction. Conduite au nom du peuple, la Révolution s'est effectuée sans le consentement du peuple, et souvent même contre le peuple (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 177).

"...dans cette Révolution Française, tout, jusqu’à ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué ; tout a été l’effet de la plus profonde scélératesse..." (Abbé Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, cité dans Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 220.)

La République est leur façade "légale"...

Sommaire

L'EVOLUTION DE L'HISTORIOGRAPHIE SUR LA REVOLUTION

Rôle "capital" joué par deux anciens communistes repentis de leur funeste chimère! (Furet et Richet)

À partir de 1960, les clivages manichéens ont commencé à être bousculés.

En 1965, François Furet et Denis Richet, deux anciens communistes, publiaient un ouvrage qui scandalisa la Sorbonne. C'était l'époque où les études universitaires - dominées par Albert Soboul, mandarin de gauche - étaient encore vouées à la vénération intégrale de l'entreprise révolutionnaire... Dans La révolution 'française' (1965), Furet et Richet condamnaient la terreur, dans laquelle ils voyaient un dérapage survenu entre 1791 et 1792. Furet diverge sur plusieurs points fondamentaux, de l'interprétation dominante... Les auteurs de ce magnifique ouvrage ont profondément repensé la Révolution française en ce qui concerne les structures économiques et sociales de l'ancien régime. Leur texte clair, agrémenté d'une abondante et très riche illustration (iconographie d'époque, en noir et blanc surtout), tient compte des travaux récents (avant 1965) et présente une image de la Révolution plus objective que celle des générations précédentes... Les auteurs considèrent la Terreur comme un "dérapage". Cette notion de dérapage avait fait réagir les grognards de l'orthodoxie historiographique révolutionnaire. Ceux-ci tenaient fermement la position autrefois tracée par Clemenceau, en janvier 1891, face à ceux qui dénonçaient les violences de la Terreur : « Messieurs, que nous le voulions ou non, la Révolution française est un bloc! » De l'obligation quasi morale alors faite aux républicains de tenir la Révolution pour un ensemble dont la nation devait fièrement revendiquer la globalité de l'héritage, les historiens de la Révolution avaient peu ou prou glissé à la conception d'une Révolution qui avait suivi, d'un bloc, un cours nécessaire. Quiconque se risquait à parler de dérapage idéologique et terroriste se voyait impliqué rien moins que dans un vaste complot idéologique...

Au fur et à mesure de ses travaux, jusqu'à sa mort prématurée (1997), François Furet est même allé de plus en plus loin: "La culture politique qui conduit à la Terreur remarquait-il en 1978, est présente dans la révolution 'française' dès l'été 89... La guillotine s'alimente à sa prédication morale..." (François Furet, Le Passé d'une illusion, Robert Laffont/Calmann-Lévy, 1995).

Furet a donc joué un rôle irremplaçable. Car cet homme de gauche ose regarder la réalité en face, en rejoignant sous un certain angle, le point de vue d'historiens qu'on ne voulait pas écouter, car de droite... (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 197-199).

Furet a consacré à Cochin un brillant essai: "Augustin Cochin, La théorie du Jacobinisme" (in Penser la Révolution française, Gallimard, 1978). Il indique que Tocqueville et Augustin Cochin (historiens "de droite") ont été les seuls, à son avis, à avoir élaboré une conceptualisation sérieuse de ce grand évènement (la Révolution). Furet démontre aussi que les interprétations successives de 1789 n’ont pas échappé à une certaine pensée totalitaire (!) par la collusion des jacobins et des communistes... Il fallait oser le dire (surtout pour un ancien communiste)!

On se fera par exemple une idée de l'attitude des épigones (de la Révolution) par cette notice bibliographique du marxiste Soboul: "Sur les sociétés de pensée. Rappelons, mais plutôt au titre de l'historiographie, les ouvrages aujourd'hui dépassés d'A. Cochin" (A. Soboul, La Civilisation et la révolution française, Arthaud, 1970, p. 608)... dépassés dans sa tête uniquement... (puisqu'un ancien communiste comme Furet dans Penser la Révolution française, Gallimard, 1978, en dit tout le contraire...)

En 1995, dans Le passé d’une illusion, essai sur l’idée communiste au XXe siècle (prix du Livre politique et prix Aujourd’hui 1995 chez Robert Laffont-Calmann-Lévy 580 p.), F. Furet, apporte sa pierre à une thèse avancée, il y a plus de trente ans, par l'écrivain politique français Raymond Aron et la philosophe d'origine allemande Hannah Arendt (Hannah Arendt, The Origins of Totalitarism, Harcourt, New York 1951 ; Raymond Aron, L'Essence du totalitarisme, 1954), à savoir que le communisme et le nazisme seraient les deux faces d'un même monstre totalitaire (issu des Lumières)... Les régimes communiste et nazi recourent, selon F. Furet, aux mêmes pratiques, soumettent les individus aux mêmes contraintes et, dans des ateliers analogues bien que concurrents, forgent dans le sang l'"homme nouveau" de demain... Pour conforter sa thèse, l'auteur emprunte cependant une voie originale, en faisant l'histoire de la réception du communisme dans l'Occident libéral. A la différence du nazisme, le régime mis en place, en Russie, à partir de 1917 bénéficie d'une véritable aura auprès des intellectuels européens. Marx est, bien sûr, le nom propre de ce rayon-nement et aucun penseur sérieux, même aujourd'hui, ne mettra en question le génie du philosophe ; mais la Révolution française est bientôt considérée comme le modèle historique de la révolution russe d'Octobre 1917. Nombre d'historiens, en France particulièrement, développeront la comparaison et justifieront au nom de la première les moments de terreur de la seconde... Ainsi les purges des années 30, opérées par Staline dans le Parti bolchevique, sont comparées à la liquidation des partisans de Hébert et de Danton par Robespierre, et l'assassinat politique est investi de la légitimité d'une révolution passée... Pour Furet le communisme est une "funeste production de l'imaginaire". Le communisme charrie dans ses marges de redoutables régressions. II inflige à la morale, à l'individu, à la nature, à la liberté libérale et même démocratique, à la circulation-communication, etc., quelques-unes des défaites les plus graves que ces valeurs et ces forces ont subies en à peu près un siècle...

Créer un homme nouveau

"Victimes de la révolution ou victimes de la Terreur ? Longtemps les historiens de gauche (Aulard, Mathiez, Lefebvre, Soboul, Vovelle) ont assumé la Terreur, les communistes voyant dans la révolution 'française' la préfiguration de la révolution bolchévique: Albert Mathiez saluait le 'rouge creuset où s'élabore la démocratie future sur les ruines accumulées de tout ce qui tenait à l'ancien ordre'.

"Les historiens de droite (Taine, Cochin, Gaxotte), stigmatisant la Terreur, soulignaient que le projet jacobin - créer un homme nouveau - était forcé d'engendrer un système coercitif. [Aujourd'hui, les historiens s'accordent à dire que ce critère de l'"homme nouveau" a été la marque de tous les révolutionnaires du XXe siècles: l' aryen de Hitler, l' homo sovieticus de Lénine]. Les libéraux du XIXe siècle (Thiers, Quinet, Tocqueville) avaient été plus embarrassés: comment louer la révolution en évacuant 1793 ?..." (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 197-199).

"La déchristianisation,... était destinée à changer les mentalités, à créer un homme nouveau, un citoyen vertueux....." ( Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, collection Tempus, La Flèche 2004, p. 256).

On a pu, par exemple, observé ce qu'a donné la vertu révolutionnaire, dans le Génocide de la Vendée.

"... et créer un "Ordre nouveau", nier le réel & nier l'être" (Luce Quenette)

"la révolution fait espérer un ordre nouveau. Cependant, elle n'affirme jamais qu'il sera définitif, si beau qu'elle le promette. Elle est axée sur le devenir, non sur l'être. Elle accuse l'être d'être ; et elle célèbre le devenir comme contraire à l'être et indéfiniment transformable.

IV. Est-ce là l'erreur fondamentale de la révolution ? - La base de la révolution ne peut être appelée une erreur, mais la négation du réel - la négation de l'être" (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [2]

Bicentenaire de 1789: Premières critiques de la mythologie révolutionnaire

"En 1989, lors du bicentenaire, ce sont les historiens critiques à l'égard de la mythologie révolutionnaire (Pierre Chaunu, Jean Tulard, Frédéric Bluche) qui ont donné le ton. Depuis, la recherche n'a fait que confirmer leurs démonstrations..." (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 199).

Nous goutons au passage notre plaisir de voir l'historiographie concernant la révolution largement évoluer, sous l'impulsion de deux anciens communistes, donc anciens adeptes de la révolution qui en sont revenus... L'histoire a des détours parfois surprenants...

Le mythe d'une révolution "progrès pour la France" s'effrite de plus en plus. Et tant mieux !

Les Vendéens et les contre-révolutionnaires? Des sous-hommes à liquider!

En 1999, Alain Gérard publie un ouvrage sur la guerre de Vendée conçue comme point focal de la Terreur. L'auteur en tire cette conclusion: si les Vendéens (et au-delà tous les contre-révolutionnaires ou tous les opposants au gouvernement de salut public) devaient être liquidés, c'est parce qu'ils incarnaient une sous-humanité. "C'est par principe d'humanité que je purge la terre de la Liberté de ces monstres", affirmait Laplanche, un représentant de la Convention. Massacrer la population civile, c'était répudier le monde ancien pour régénérer l'humanité, dans le but de babriquer un homme nouveau, digne de vivre dans la société nouvelle. Commentaire d'Alain Gérard: "La volonté de s'affranchir de toute expérience, de toute tradition, condamne la révolution à la dérive et, à terme, à la violence intégrale" (Alain Gérard, Par principe d'humanité... La Terreur et la Vendée, Fayard, 1999, cité in Jean Sévillia, ibid., p. 199).

Le sang impur des ennemis de la révolution

"Rappelons-nous le cri de Barnave le 23 juillet 1789, après que les premiers innocents eurent été assassinés: 'Ce sang était-il si pur?' Ce mot terrible contient toute la logique de la terreur. Pour les extrémistes, il faut expurger la société. Le peuple réel doit être échangé contre un peuple idéal: parmi la population, les mauvais disparaîtront, les bons resteront..." (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 200).

Les "Lumières" à l'origine de la Terreur jacobine de l'Etat

"Pourquoi ne pas mentionner que ce raisonnement se retrouve dans certains écrits des "Lumières" ? Rousseau, dans Le Contrat social, soutient que 'tout malfaiteur attaquant le droit social devient par ses forfaits rebelle et traître à la patrie. La conservation de l'Etat est incompatible avec la sienne, il faut qu'un des deux périsse'... Quelle tolérance n'est-ce pas?...

"La terreur résulte aussi de la doctrine jacobine de l'Etat (jacobinisme qui aspire à fonder la république sur un peuple sublimé, celui de la théorie rousseauiste de la volonté générale..." (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 200).

[Peu importe si pour y parvenir, l'entreprise laisse derrière elles des millions de morts...]

Un principe totalitaire avant la lettre (J. Sévillia)

"Avant la lettre, c'est un principe totalitaire. Purifier la population de ses éléments indésirables, quitte à fabriquer le meurtre de masse, ce projet sera mis en oeuvre, au XXe siècle, par des régimes monstrueux. Les circonstances ont beau de pas être les mêmes, une même chaîne sanglante relie Robespierre, Lénine, Staline, Hitler... Le point essentiel est que le mal y est commis au nom du bien..." (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 200).

[C'est l'inversion des valeurs: "ils appellent le mal bien, et le bien mal..." (Esaïe V, 20)].

"Liberté, que de crimes ont commet en ton nom". Après plus de deux siècles, la formule prêtée à Mme Roland gravissant les marches de l'échafaud garde sa vibration effrayée.

"Pendant l'été 1793, à Nantes, Carrier fait régner une terreur atroce, noyant 10 000 innocents dans la Loire: "Nous ferons de la France un cimetière, proclame-t-il, plutôt que de ne pas la régénérer à notre façon..." Cela prouve que si le maintien de l'ordre s'est transformé en entreprise exterminatrice, c'est bien pour des raisons idéologiques. Des représentants en mission l'écrivaient au général Haxo: "Il faut que la Vendée soit anéantie parce qu'elle a osé douter des bienfaits de la liberté..." (Jean Sévillia, ibid., p. 191).

LA "REVOLUTION", ESSAI DE DEFINITION

"Personne, sous aucun prétexte, n'obtiendra de moi que je consente à devenir le roi légitime de la Révolution..." (Le Comte de Chambord, dans son manifeste du 25 janvier 1872) [3]

Mais qu'est-ce que la Révolution ? La réponse à cette question est capitale. Sinon on ne peut comprendre la conduite du Comte de Chambord en 1872-1873.

Voici comment Jean de Beer définit les années révolutionnaires, dans son Saint Louis : "dix années les plus obscurantistes, les plus ruineuses, de l'Histoire européenne – 1789-1799 – qui n'ont rien respecté du tout, ni les peuples, ni les frontières, ni les princes, ni la justice, ni la charité..." (Jean de Beer, Saint Louis, Payot, Paris 1984, p. 13).

Voici l'avis du duc d'Anjou, en 1987, à la veille de la 'célébration' du bicentenaire de la révolution: "Quel intérêt y a t il en effet à commémorer la plus tragique fracture de notre histoire, cette guerre civile, guerre franco-française, qui a coûté plus d'un million de vies à notre peuple [le prince se trompe, le bilan de la Révolution est de deux millions de morts selon René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 11 et 28], qui a plongé le plus vieil Etat d'Europe dans un chaos sans nom, ruinant les efforts de plus de dix siècles, qui a rétrogradé la première puissance de l'époque, qui nous a fait perdre quasiment un siècle sur les autres nations dans l'ordre des institutions, des techniques, de l'économie, et qui a créé chez nous, par le seul pouvoir maléfique des slogans démagogiques et d'idées creuses, des antagonismes factices dont nous souffrons et qui nous épuisent encore deux siècles plus tard ?" (Alphonse duc d'Anjou et de Cadix, dans une allocution prononcée à Paris, le 22 janvier 1987). [4]

Comment donc une telle catastrophe a-t-elle pu se produire ?

Une idéologie

D'abord la Révolution est une idéologie ; sans cela elle n'agiterait pas le monde.

Son culte: l'homo ideologicus (l'homme idéologique) au pouvoir...

Un "principe, une idée, un ensemble d'idées" ( Mgr Gaume)

"La Révolution est un principe, une idée, un ensemble d'idées.

La transmission d'un principe, d'une idée, d'un ensemble d'idées se fait par l'enseignement. C'est donc l'enseignement, pris dans son acception la plus large, qui a fait la Révolution.

Ce que l'enseignement a fait, l'enseignement seul peut le défaire. Le catholicisme seul est la négation adéquate de la Révolution. Si l'Europe a un avenir de paix et de bonheur, elle le devra au Catholicisme appliqué à tout, plus intimement que jamais" ( Mgr Gaume, Situation, douleurs, dangers, devoirs, consolations catholiques dans les temps actuels, Lettres A M. J. DE F**, au Château de B., Lettre XIII, Paris, Gaume frères et J. Duprey, éditeurs, 4, rue Cassette, 1860)

Une "folle philosophie issue de l'hérésie des Novateurs" (Benoît XV)

"[...] Satan allait susciter Voltaire, Rousseau, la Franc-Maçonnerie, l'athéisme philosophique, enfin la Révolution proprement dite, c'est-à-dire la grande Révolte de la société contre l'Eglise, de l'homme contre le Fils de l'homme, de la terre contre le ciel" (Mgr de Ségur, Le Sacré-Cœur de Jésus, 10e édition, Paris : Tolra, libraire-éditeur, 1876, p. 50).

C'est que "la Révolution était préparée depuis longtemps par le libertinage des esprits et des moeurs. Ce sont les impies et brigands associés qui l’ont fait éclater ; mais ils n’auraient jamais réussis dans leurs desseins s’ils n’avaient eu pour alliés les égoïstes et les peureux et surtout les partisans à outrance des demi-mesures et de la conciliation..." (Père de Clorivière)

Plus près de nous, le pape Benoît XV: "C'est sous l'effet de la folle philosophie issue de l'hérésie des Novateurs et de leur trahison que, les esprits déraisonnant en masse, éclata la Révolution dont l'extension fut telle qu'elle ébranla les bases chrétiennes de la société, non seulement en France, mais peu à peu dans toutes les nations" (Benoît XV, A.A.S. 7 mars 1917).

Une "effrayante et regrettable sédition et une persécution haineuse des choses divines et humaines" (Pie XI)

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Les Adieux du Roi Louis XVI à sa famille, Gravure du temps.


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Le Roi Louis XVI au pied de l'échafaud - par Benezech - Musée de Versailles


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Assassinat du Roi Très-Chrétien Louis XVI, 21 janvier 1793, La mort du Roi Louis XVI, gravure d'après Fious


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Assassinat du Roi Très-Chrétien Louis XVI, place de la Révolution, aujourd'hui place de la Concorde...


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La victime d'égalité" - Le Duc Philippe d'Orléans appuyé à la guillotine et brandissant la tête de Louis XVI - gravure anglaise


   Marie-Antoinette, La veuve Capet, Marie-Antoinette à la Conciergerie - par Prieur - Musée Carnavalet.JPG
    Marie-Antoinette, Reine de France, Reine Martyre, 
     emprisonnée à la Conciergerie.


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Exécution de Marie-Antoinette - gravure populaire


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Exécution de Madame Elisabeth, la soeur de Louis XVI (1794), d'après Pellegrini


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L'assassinat de la princesse de Lamballe le 3 septembre 1792 - gravure hollandaise

Le pape [[Pie XI|Pie XI]: "Effrayante et regrettable sédition, total renversement du régime social qui, à la fin du XVIIIe s., sévit en France et persécuta haineusement les choses divines et humaines... En ce temps-là, des hommes ignobles s'emparèrent hardiment du pouvoir, masquant la haine qui les agitait à l'endroit de la religion catholique sous le fallacieux prétexte de philosophie, tendant de toutes leurs forces à abolir le nom chrétien" (Pie XI, Actes, Bonne Presse, t. 12, p. 132, cité in Jean Ousset, ibid.,, p. 123).

"Il y a dans la Révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu'on a vu, et peut-être de tout ce qu'on verra" (Joseph de Maistre, Considérations sur la France, chap. V., cité in Marquis de la Franquerie, Louis XVI le roi-martyr, Éditions Résiac, Montsurs 1981, p. 37).

"[...] (la génération)des Diderot, Rousseau, d'Holbach, d'Alembert et Condillac, écrivait la plupart du temps sous l'empire d'une volonté démoniaque: d'un côté ses représentants prônaient ouvertement la destruction de toute structure sociale et de toute forme de moralité sans distinction; de l'autre ils élaboraient une sorte de mathématique sociale, éloignée de la réalité, d'après laquelle la nouvelle humanité [mythe de l' homme nouveau] devait être reconstruite…

Si l'on étudie les révolutions qui ont suivi jusqu'à nos jours, on découvre que pour des situations historiques extrêmement variées, les revendications des idéologues révolutionnaires, depuis les philosophes, jusqu'à nos gauchistes d'aujourd'hui, sont identiques dans l'inspiration comme dans le détail…. Ils ont élaboré un système abstrait dans l'espoir de l'imposer à la société avec une certaine 'prédisposition idéologique', ce que Gibbon a appelé une 'attitude fondamentale' (Stance toward the world), une liberté critique. Les philosophes n'aspiraient à rien moins que la Société Idéale" (Thomas Molnar, La Contre-Révolution, Poche, Union Générale d'Éditions, Saint-Amand 1972, p. 20).

"Ce que l'on pourrait appeler aujourd'hui la 'tentation du totalitarisme' est ainsi parfaitement présente chez les théoriciens de la Société Idéale au XVIIIe s… Pour commencer, il fallait changer du tout au tout les institutions et les structures sociales existantes, les détruire même, et l'Église comme la monarchie devaient aider au travail de démolition... L'attaque lancée contre le christianisme et l'Église fut d'abord déguisée derrière des professions de foi jansénistes, anticléricales, sentiments très répandus chez les intellectuels et les magistrats; après 1715, date de mort de Louis XIV, l'intention véritable se montra au grand jour.

Une des premières pièces de Voltaire, Œdipe (1718), contient ces vers, qui n'auraient certainement pas été tolérées du vivant du vieux roi, et pouvaient soudain être acceptés sous la Régence : "Nos prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense, notre crédulité fait toute leur science". Les attaques contre le christianisme, l'Église et le clergé allèrent désormais de pair et fournirent, sans doute possible, le thème le plus largement exploité du siècle, les traits d'esprit d'un Voltaire rivalisant avec les expressions de mépris et de haine d'un d'Holbach. La formule de Peter Gay, "la montée du paganisme moderne", sous-titre de son livre sur Les Lumières, est très évocatrice" (Thomas Molnar, ibid., p. 30-34).

"...(les philosophes), leurs dogmes étaient : la liberté indéfinie de la presse et la tolérance illimitée des opinions… La cour montra un goût masochiste pour la liberté d'opinion.

On connaît la représentation du Mariage de Figaro, où la cour tout entière, y compris le couple royal, applaudit aux vers que Figaro adresse au comte Almariva, lui reprochant de n'avoir rien fait d'autre dans la vie que de s'être donné la peine d'être né. Le vieux Voltaire put se permettre de décerner une approbation à Marie-Antoinette pour la félicter de son "libéralisme"...

(Voltaire), après son Œdipe, une autre de ses tragédies, Brutus, fut représentée davant la cour de Versailles. Le comte de Ségur note dans ses Mémoires que deux vers avaient été applaudis avec un enthousiasme particulier:

"Je suis fils de Brutus et je porte en mon cœur La liberté gravée et les rois en horreur"...

De nombreux actes de renoncement à l'autorité précédèrent et suivirent celui-là.

Il semble qu'il soit dans la nature des choses que de tels actes, destinés à apaiser les forces hostiles et à écarter le danger qu'elles représentent, servent mal leur cause. En réalité, ils accélèrent le processus révolutionnaire, parce qu'ils dévoilent les hésitations et les craintes des contre-révolutionnaires.

"Spengler en a fourni ce diagnostic lucide : "Dans la période de la démocratie montante (avant 1789 en France, avant 1918 en Allemagne), on trouve un moment fatal où il devient trop tard pour que la réforme nécessaire soit présentée comme un don gratuit; elle est au contraire présentée comme un sacrifice, et l'on devrait alors la refuser avec la dernière énergie, car elle devient le signe de la dissolution" (Oscar Spengler, The Decline of the West, II, 12).

"Un autre exemple est l'amnistie accordée par Pie IX quand il devint pape en 1846. Comme le remarque E. E. Hales, cette amnistie ne fut pas comprise comme un signe de pitié, mais de changement dans les sentiments politiques. Deux ans plus tard le pape manqua d'être tué par les révolutionnaires..." (Thomas Molnar, ibid., p. 57-58).

Une "chimère" (Cardinal Pie)

"Ensuite c'est une idéologie opposée à la doctrine formelle de l'Église ; c'est une hérésie comme le gnosticisme, l'arianisme, le nestorianisme, etc. Mgr Pie questionne: "La législation qui fait profession de 'neutralité' et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité ? En me permettant, de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même ? Nous n'avons pas voulu, dites-vous, mettre le dogme dans la Loi. Et moi je vous réponds: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve pas dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'UNE CHIMERE..." (Cardinal Pie, Oeuvres sacerdotales, p. 627-629. Conférence sur le Symbole, Chartres, 1847, cité dans Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 426)

"Dans l'évolution complète de l'idée révolutionnaire, il y a trois degrés successifs.

1- Il y a le libéralisme : la doctrine de ceux qui, par bon sens ou par timidité, s'arrêtent à mi-chemin.

2- Il y a ensuite le radicalisme, qui nous menace en ce moment : la doctrine de ceux qui, par passion ou par logique, iront jusqu'au bout.

3- Et enfin il y a le socialisme qui s'affirme timidement et attend l'avenir. L’auteur Mgr Bougaud, in Le christianisme et les temps présents, écrit cela en 1890!..." (Jean Ousset, ibid., p. 426).

Une révolte contre l'ordre naturel & surnaturel voulu par Dieu (Luce Quenette)

"I. Qu'est-ce que la révolution ? [5]

- C'est la révolte érigée en principe et en droit, apparemment contre l'ordre social actuel, en réalité contre l'ordre naturel et surnaturel établi par Dieu, créateur et rédempteur. Cette révolte, l'homme ne l'appelle pas péché, désordre, mais droit de l'homme contre Dieu, correction de l'injustice de Dieu dans le monde. Le monde n'a pas besoin de Dieu pour connaître la justice. L'homme révolté y suffira..." (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233).

Jaurès, en 1895, dit: " L'idée qu'il faut sauvegarder avant tout, c'est l'idée qu'il n'y a pas de vérité sacrée , c'est-à-dire qu'aucune puissance, aucun dogme, ne doit limiter le perpétuel effort, la perpétuelle recherche de la race humaine : l'humanité siège comme une grande commission d'enquête dont les pouvoirs sont sans limite!" (Jean Jaurès, discours du 18 février 1895). C'est que la puissance de la Révolution vient toujours du Vrai qu'elle contredit, du Vrai qu'elle s'acharne à détruire et donc de la malice des démons et des hommes qui se servent du bien contre le bien. La Révolution appelle le mal bien, et le bien mal, selon la prophétie d'Esaïe (Es V,20).

Or, la perversion, ça consiste précisément "à retourner toutes les valeurs et à appeler mal ce qui est bien ou noir ce qui est blanc..." (Michel Tournier, Extrait d'un Entretien avec Gilles Lapouge, Décembre 1980).

"Le moindre consentement à la Révolution intrinsèquement perverse est une matière grave et tout l'enseignement de l'Église authentique, particulièrement la doctrine sociale de l'Église, mise en lumière aujourd'hui par tant de bons écrits, vise à nous en donner la pleine advertance. Or le catéchisme nous enseigne que les trois conditions du péché mortel sont: la matière grave - le plein consentement - la pleine advertance.

Une connivence avec la Révolution est donc plus qu'un danger pour l'état de grâce. Nous "garder purs du siècle présent" (ou encore "nous garder pur de toute souillure, d'erreur & de corruption") c'est d'abord conserver l'état de grâce - et par conséquent vivre dans une intransigeance absolue avec la Révolution.

La révolution est un tout intrinsèquement pervers, c'est un engrenage "impardonnable", une destruction du réel sans rémission. De même que l'esprit chrétien peut habiter tout entier dans la plus humble des actions, ainsi tout l'esprit de la subversion habite dans la plus insignifiante en apparence de ses démarches" (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [6]

"Quand les démons veulent produire les forfaits les plus noirs, ils les présentent d'abord sous des dehors célestes" (William Shakespeare, Othello)... Or, pendant la Révolution, "en vertu de l'égalité, il faut que la terre ne soit à personne; que les fruits soient à tous... En vertu de la liberté, Condorcet refuse d'obéir à Dieu, Brissot refuse d'obéir aux Rois; en vertu de la même liberté, Baboeuf refuse d'obéir à la République & à ses magistrats, des gouvernans quelconques... Et d'où sont-ils encore sortis tous ces hommes? Tous viennent du même antre des Jacobins; tous y sont accourus du Lycée des sophsites & des Loges des mystères; tous ont pour pères Voltaire & Jean-Jacques (Rousseau), les Vénérables des Kadosch, & le Spartacus Bavarois (Weishaupt)" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 181).

UN CHÂTIMENT ( Mgr Gaume)

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"Pour le catholique, LA REVOLUTION N'EST PAS UN FAIT, COMME TOUT AUTRE FAIT: C'EST UN CHÂTIMENT. Nos raisons de craindre sont moins dans ce que nous voyons que dans ce que nous croyons. Comme l'aimant attire le fer, le crime attire le châtiment. Entre le crime et le châtiment existe la même proportion qu'entre la cause et l'effet. Seul le repentir peut sauver le coupable. Ces axiomes du monde moral sont pour nous plus certains que les axiomes de la géométrie.

"Promenez maintenant vos regards sur une carte d'Europe. Voyez si vous trouvez une nation baptisée qui, depuis quatre siècles, ne soit coupable de schisme, d'hérésie, de spoliation..., de persécutions atroces, d'indifférence et de blasphèmes sans exemple et sans nom, dans l'histoire des âges antérieurs. Dépouiller l'Eglise, enchaîner l'Eglise, souffleter l'Eglise: ces trois mots ne résument-ils pas, dans ses rapports généraux, la vie des filles bien nées à l'égard de leur mère ? En principe ou en fait, toutes sont coupables d'insurrection permanente contre le Christianisme. Sont-elles repentantes ? Interrogez leurs actes...; écoutez ce qui se dit...; voyez ce qui se passe !"

( Mgr Gaume, La situation, douleurs, dangers, devoirs, consolation des catholiques dans les temps actuels, ESR, 2005, p 58.)

UNE NOUVELLE RELIGION AVEC SES DOGMES, ÊTRE SUPÊME, LIBERTE, EGALITE, DEMOCRATIE, etc.

La fête de l\'Etre Suprême au Champs de Mars (8 juin 1794) par Pierre-Antoine Demachy, Musée Carnavalet.JPG

Fête de l'Etre Suprême au Champ de Mars, 8 juin 1794.


Hommage au génie de la Liberté - gravure symbolique d\'après Launay.JPG

Hommage au génie de la Liberté gravure symbolique d'après Launay


La Liberté imposée de la sorte est un dogme. La démocratie, le peuple, souverain absolu, en est un autre... Aujourd'hui, il n'y a plus un tyran mais 60 millions de tyrans... Voici ce qu'écrit Pierre Gaxotte à ce sujet: "Devenue religion, la république a son orthodoxie (ses dogmes), ses élus et ses réprouvés. Majorités, élections, votes, consultations populaires: tout cela, c'est la façade, le jeu auquel se laissent prendre les naïfs, en s'étonnant que les règles n'en soient jamais appliquées que contre eux... Derrière ces agitations, il y a le petit troupeau des fidèles et des "illuminés" [ceux qui ont les Lumières]. Ils détiennent la vérité. Ils se sont juré d'en établir l'empire. Ils sont la Volonté générale. Quant à leurs adversaires, quel que soit leur nombre, leur respect du suffrage universel, leur dévotion à la forme républicaine, ils ne seront jamais que des aristocrates, des réactionnaires, des hérétiques et, à l'occasion, des usurpateurs car, de même qu'il y a un roi légitime, il y a un peuple "légitime". Contre eux, tous les moyens sont permis: la fraude électorale comme la guillotine.

"C'est à cela qu'aboutissent les idylles et les pleurs. L'homme est né bon. Puisqu'il y a des coquins et des méchants, c'est que la civilisation l'a corrompu... Pour se régénérer, il doit donc en rejeter les prétendus bienfaits qui ne sont, en réalité, que des chaînes et des injustices. S'il hésite, la force l'y contraindra, car sa mauvaise volonté est un crime, un crime contre la Vertu. Seront déclarés suspects tous ceux qui, n'ayant rien fait contre la Révolution n'ont rien fait non plus pour elle..."

"... Peu importe que par la suite, notamment dans ses lettres au marquis de Mirabeau et surtout à son compatriote d'Ivernois, lors des troubles de Genêve, Rousseau ait renié le Contrat social en le déclarant inapplicable aux simples mortels et en menaçant son ami de 'l'insupportable et odieux jour de ses égaux', le Contrat en 1789, sera lu, relu, cité, commenté par les plus ardents..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 55-56).

Il y a plus de deux siècles maintenant, l'abbé Augustin Barruel, fin XVIIIe siècle, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 189, évoque quant à lui, le "NOUVEAU CATECHISME DE LA LIBERTE REPUBLICAINE"...

Quant au fondateur de l'Illuminisme toujours au siècle dit "des Lumières", Adam Weishaupt, celui-ci s'étonne même qu'il ait pu devenir le fondateur d'une religion: "C'est alors qu'il écrit à ses intimes: 'Vous ne sauriez croire quelle admiration mon grade de Prêtre produit sur notre monde. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que de grands Théologiens protestants & réformés, qui sont membres de notre Illuminisme, croient réellement que la partie relative à la Religion dans ce discours, renferme le véritable esprit, le vrai sens du Christianisme. Ô hommes! que ne pourrais-je pas vous faire croire? Franchement, je n'aurais pas imaginé devenir fondateur d'une religion...' (Ecrits origin. t. 2, lett. 18 de Weishaupt à Zwach)" (Source: Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 173).

Manifestement, le chef des Illuminati se moquait de l'imbécilité de ses adeptes!... Mais il savait aussi pourquoi il les trompait ("la fin sanctifiait les moyens...")

Un véritable athéisme

L'Abbé Barruel nous indique la nature de cette nouvelle religion: un "véritable athéisme".

"Qu'on se rappelle donc ici la religion que Weishaupt donne lui-même à ses Mages. Elle est absolument celle du spinozisme, celle qui n'admet d'autre Dieu que le monde même, c'est-à-dire celle d'un véritable athéisme. Qu'on se rappelle encore qu'un des derniers mystères de la Secte consiste à dévoiler aux adeptes, que toutes les religions ne sont que l'invention de l'imposture; & il sera facile d'accorder ces deux projets de la Secte; l'un de donner au plutôt au monde une religion forgée par les Mages, & l'autre de détruire toute religion. Ces deux projets ne doivent s'exécuter que succéssivement3 (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 396).

"Le culte de la Raison, un premier pas à faire pour détruire d'abord la religion existante" (Augustin Barruel)

"Les idées religieuses sont encore trop fortement empreintes dans l'esprit des peuples pour que Weishaupt espère les détuire toutes subitement, & sans y suppléer du moins par une espèce de culte captieux & sophistique, qui dans le fond ne constitue pas plus une vraie religion que le culte de la Raison , dont la Révolution française nous a déjà montré l'essai... Cette religion à inventer par les Mages de l'Illuminisme n'est donc ici qu'un premier pas à faire pour détruire d'abord la religion existante, la religion de Jésus-Christ dans l'univers...

"Il en est de cette religion à inventer par les Mages, comme il en est de ces nouveaux gouvernements, de ces démocraties à donner aux peuples, en attendant que leur égalité, leur liberté & leur souveraineté viennent apprendre à chaque homme qu'il est essentiellement son propre Roi, & que les droits imprescriptibles de sa royauté sont inconciliables avec toute espèce de démocratie même, & de société civile & de propriété...

"Tel est donc l'ensemble des systèmes à imaginer & à diriger par la Secte, pour arriver au dernier but de ses conspirateurs" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 397).

"(La Raison) Le 5 frimaire (25 novembre 1793), toutes les églises de la capitale lui sont... dédiées. ... grâce à la Raison, les homme s'affranchissent des préjugés anciens, fondent leur liberté sur l'agalité [ce qui cosntitue là au contraire, le préjugé suprême!]; celle-ci n'est pas seulement égalité devant la loi, elle est promesse d'une plus grande justice sociale, d'une limitiation des richeses qui permettra à tous, dans l'union (la fraternité), de connaître la félicité (le bonheur..... rien que çà!)" ( Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, collection Tempus, La Flèche 2004, p. 255).

Le laïcisme: "un dogme imposé par un clergé caché" (Abbé Augustin Aubry)

"Le laïcisme, c'est la NEGATION de Dieu, c'est la cause première de l'anarchie intellectuelle, morale et sociale dans laquelle sombrent la grandeur et la vie même d'un pays.

"C'est la lutte entre le Contrat social et l' Evangile', entre l'Eglise et la Révolution.

"De l'aveu même des ennemis de l'Eglise, le laïcisme instaure, substitue à l'ancien, un culte nouveau: le culte de la raison et de l'humanité. Les mots raison et Humanité y sont compris dans un sens religieux, ni rationnel ni humain, dans une acception mystérieuse qui compose un DOGME - un dogme très arrêté, un dogme caché, professé, pratiqué, imposé par un clergé caché - la franc-maçonnerie -; un dogme qui, par un attrait malsain et vicieux, attire, à la suite des Lammenais, des Loyson, des Loisy, des Renan, des Combes et de tant d'autres, tous les faillis de la foi (catholique), jusqu'aux protagonistes du modernisme (condamné par les papes); - un dogme qui est la synthèse des rancunes vouées à l'Eglise par la Secte; - un dogme en désaccord avec toutes les données de la philosophie et du bon sens, en contradiction éclatante avec toutes les coutumes, toutes les traditions, tous les intérêts religieux, moraux, sociaux et matériels de la nation. L'enseignement des Ecoles de l'Etat, mis au service de ce culte, professe donc une doctrine dirigée contre les intérêts proches et lointains de la France catholique."

"[...] Les Cardinaux et les Archevêques de France - dans leur déclaration du 10 mars 1925 - ont condamné solennellement ce laïcisme, et déclaré injustes, inacceptables, les lois qui l'incarnent "comme contraires aux droits formels de DIEU. Elles produisent l'athéisme et y conduisent dans l'ordre individuel, familial, social, politique, national et international. Elles supposent la méconnaissance totale de Notre Seigneur Jésus-Christ et de son Evangile; elles tendent à substituer au vrai Dieu, des idoles - la liberté, la solidarité, l' humanité, la science - à déchristianiser toutes les vies et toutes les institutions."

(Abbé Augustin Aubry, Contre le modernisme, Etude de la Tradition, le sens catholique et l'esprit des Pères, Pierre Tequi Editeur, Gand 1927, réédité aux ESR,p . 32-33.)

Au rebours de la réalité

"La république des initiés est organisée et fonctionne au rebours de la réalité. Plus elle développe sa logique, plus elle s'écarte de la vie.

"Dans la vie, on s'associe quand on a les mêmes opinions; ici, on se réunit, en dehors de toute convenance et de tout intérêt, pour découvrir et définir la doctrine qui sera celle du groupe. L'entente est le moyen et non plus le signe ou la conséquence de l'accord.

"Dans la vie, ce qui compte, ce sont les actes; ici, ce sont les paroles.

"Dans la vie, ce que l'on recherche, ce sont des résultats matériels, tangibles; ici, ce sont des votes.

"Dans la vie, gouverner, c'est lutter contre des choses, prévoir, préparer, organiser, agir; ici, le grand art consiste à composer l'ordre du jour et à faire la majorité...

"Dans la vie, une pensée se juge à l'expérience, à l'épreuve des faits. Ici, c'est l'opinion qui règne.

"Est réel, ce qui emporte l'assentiment des auditeurs; est vrai, ce qui entraîne leur adhésion.

"Dans la vie, l'homme n'est pas un individu isolé: il est partie de l'organsiem social; il est membre d'une famille, d'un corps de métier; il est guidé par toutes sortes de considérations qui ne sont pas du domaine de la logique verbale: religion, foi, morale, traditions, sentiments, devoir personnel. Dans la société de pensée, l'initié fait table rase de tout ce qui n'est pas abstraction et raison raisonnante. Il retranche de lui-même tout ce qui lui est vraiment personnel ("Je crois en Dieu, mais cela doit rester du domaine privé"); il se réduit à cette petite faculté déductive qui est la chose du monde la plus répandue. S'il va d'instinct au vrai, au solide, à l'effet plus qu'à l'opinion, s'il introduit dans la discussion autre chose que l'ironie et l'esprit de système, il se rendra bien vite compte qu'il est désagréable à l'auditoire, encombrant, odieux, ridicule... Il se sentira dépaysé et, s'il ne s'éloigne pas de lui-même, il sera "épuré" à la première occasion. Les réfractaires éliminés, voilà nos gens isolés des profanes, rapprochés les uns des autres, à l'abir des objections et des résistances, soumis à un entraînement d'autant plus intense que le milieu est pur...

"...Et c'est ainsi que, les écrivains agissant sur les sociétés, et les sociétés sur les écrivains, la troupe inconsciente des frères se trouve poussée d'un mouvement de plus en plus rapide vers "l'avènement d'un certain type intellectuel et moral qu'aucun ne prévoit,... que tous réprouverait et que tous préparent: le Jacobin socialiste de 1793 (Pierre Gaxotte, ibid., p. 57).

"Charles Maurras dénonça ce qu'il appelait la 'littérature du siècle': la Révolution 'française' ne s'est pas faite le 14 juillet 1789; elle s'est faite bien avant au tréfond de l'esprit et de la sensibilité populaires, imprégnés des écrits des 'philosophes'" (Thomas Molnar, La Contre-Révolution, Poche, Union Générale d'Éditions, Saint-Amand 1972, p. 65).

L'état primitif & sauvage à atteindre...

"Dans ce premier état, les commodités de la vie lui manquaient (à l'homme), il n'en était pas plus malheureux; ne les connaissant pas, il n'en sentait pas de privation. La santé faisait son état ordinaire; la douleur physique était le seul mécontentement qu'il éprouvât. - Heureux mortels, qui n'étaient pas encore assez éclairés pour perdre le repos de leur ame, pour snetir ces grands mobiles de nos misères, cet amour du pouvoir & des disticntions, le penchant aux sensualités, le désir des signes représentatifs de tout bien, ces véritables péchés originels avec toutes leurs suites, l'envie, l'avarice, l'intempérance, les maladies, & tous les supplices de l'imagination".

"Dans la bouche du Hiérophante illuminé, voilà donc cet état primitif & si sauvage, le premier essai de la nature, devenu déjà l'état le plus heureux des hommes; voilà l' égalité, la liberté, principes souverains de leur bonheur dans ce même état...

" [...] l'homme a perdu le bonheur par l'institution des sociétés civiles... (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 177-178).

En gros, Weishaupt, le fondateur de la Secte des Illuminati, ne fait que systématiser ce qu'avait écrit Rousseau dans son Contrat social: si l'homme est mauvais, c'est la faute à la Société... Il faudrait alors supprimer cette société et revenir à l'état sauvage - état de nature - pour que l'homme redevienne heureux... Or, chercher à faire le bonheur de l'homme contre lui, contre sa volonté et contre la fin dernière pour laquelle il a été créé, c'est le propre des idéologies totalitaires qui ont ensanglanté le XXe siècle... Il ne faut pas l'oublier...

La théophilanthropie

"A Paris, le libraire Chemin organise pour faire pièce à l'Eglise catholique, la théophilanthropie. Dans un manuel qu'il rédige et fait imprimer, il expose le plan d'une religion déiste et civique.

"Soutenue par le Directeur La Révellière, par Valentin Haüy, l'instituteur des aveugles, par l'économiste et industriel Dupont de Nemours ou par l'écrivain Bernardin de Saint-Pierre, recrutant parmi les idéologues de l'Institut, la religion se développe et prend un tour officiel. Elle a ses sanctuaires, ses autels et ses 'orateurs' en robe blanche et tunique rouge [des singes: le diable singe Dieu].

"Le culte, renouvelé de celui de l'Être suprême, a quelques succès auprès des focntionnaires ou des militaires soucieux, pour certains, de soigner leur avancement..." ( Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, collection Tempus, La Flèche 2004, p. 317-318).

UNE MACHINE MANOEUVREE PAR SATAN

"Une âme, un tout-puissant esprit" (Michelet)

Jean-Paul Bertaud prête ce mot à Michelet décrivant la Révolution: "Un souffle le parcourt encore, écrira Michelet, que vous ne sentez nulle part, une âme, un tout-puissant esprit....." (Source: Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, collection Tempus, La Flèche 2004, p. 102).

"... une machine est toujours manoeuvrée. Qui est la machine ? et qui la manoeuvre ? - La machine est composée de 'tout homme qui pense que le mal n'est pas imputable à soi-même, mais "aux autres" (à la société...) et que le devoir n'est pas absolu de la part de l'homme envers Dieu...' (Albert Garreau, Augustin Cochin, dans Itinéraires, n° 133, mai 1969, p. 60-89). Celui qui la manoeuvre, c'est le prince de ce monde, ou Satan. C'est une machine satanique, car Satan veut l'anéantissement du bien, la damnation de l'homme, et la Révolution l'y mène immanquablement. [...] (Comme Satan, cette Révolution) "Elle dit non serviam: je ne servirai pas..." (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [7]

La révolution a mille déguisements & mille robes (Luce Quenette)

"la révolution a mille déguisements. (Comme le démon) Elle porte rarement son vrai nom. Quand elle est bonne fille, elle se laisse appeler contestation. Mais elle préfère : aggiornamento - réforme - mise à jour - pastorale - recyclage - révision de vie - dialogue - échange culturel - session - esprit du concile - oecuménisme - commentaire d'encyclique - liturgie nouvelle - recherche - expérience - mouvement - avènement - événement - engagement - signes des temps - horizon - préparation d'horizon. Et encore : voix de la hiérarchie - décision des chapitres -, et, pendant qu'on y est : investissement de l'Esprit-Saint…

Seule la surabondance rabelaisienne pourrait énumérer ses déguisements. La révolution a trois mille robes comme Élisabeth Ière, et de temps en temps, un de ses apôtres lui trouve une maxime frappante pour son blason mutant, par exemple : "Dieu n'est pas conservateur !..." (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [8]

"La Révolution en elle-même n'a aucune réalité" (Luce Quenette)

"La révolution est comme le mal, elle est le mal, qui par soi n'a d'autre réalité que la malice du coeur, étant la destruction de l'être réel, il emprunte son existence à l'être même qu'il veut détruire".

"- 1) La révolution n'est pas par soi. Elle vit de la contre-vérité. Donc la vérité est seule réelle. La force du contre-révolutionnaire est dans la conviction que la vérité EST, et que la révolution démasquée devient impuissante".

- 2) La révolution étant contre la vérité est contre la nature. Le contre-révolutionnaire doit être convaincu de l'essence permanente de la nature humaine et de la nature des choses - qui en appelle toujours véhémentement ou sourdement contre la révolution. (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [9]

Comment fonctionne la machine révolutionnaire (Luce Quenette)

  "Le but de la technique révolutionnaire ce n'est pas de convaincre, 
  c'est de faire accepter la règle du jeu, c'est-à-dire le moyen."

Luce Quenette résume comment fonctionne la machine révolutionnaire "par la marche hégélienne du communisme qui est l'aboutissement naturel de cette immense administration secrète de l'inertie, inerte elle-même: thèse - antithèse - synthèse :

"- Le réel, ce qui est, quel qu'il soit, fournit la thèse.

"- Par son contraire, le réel fournit l'antithèse.

"- Alors la contestation peut vivre, la révolution se nourrit, elle liquide ou absorbe l'opposant et voici la synthèse - mais cette synthèse, révolutionnaire par nature, est donc instable et mutante, elle porte en son sein le même germe de contestation: thèse, antithèse... etc.

"Exemple : en mai 1968 le «pouvoir» manoeuvré, ou la société qualifiée de consommation, jouent le rôle de thèse - la jeunesse en révolte, d'antithèse. Mais le processus ainsi engendré va trop vite pour le rythme de la machine; les jeunes sont à l'étape de l'anarchie. Stoppons! Il y aura thèse: gaullisme. Antithèse: le «raisonnable» parti communiste... Tout le monde se souvient comme le «vieux parti communiste français parut modéré» à côté des Cohn Bendit... Synthèse: la fameuse participation ou se cache la mise en robots des Français sous la caste des technocrates.

"Mais l'engrenage révolutionnaire a marché. ... le communisme a gagné dans cette nouvelle synthèse.

"Cependant, pour la première fois, il s'est senti devenir thèse en face de «la force ardente qui a découvert sa puissance en même temps que le goût de tout renverser pour que ça bouge» (Camille BOUCHARD, Lecture et Tradition, no 11-12, mai-juillet 1968).

"C'est que la révolution mange ses promoteurs : il faut donc que le communisme embourgeoisé de Moscou redevienne sanglant (plus sanglant) s'il veut enrayer la révolte de ses satellites et «ne pas être débordé sur sa gauche par ce qu'il appelle les extrémistes, mais qui sont en parfait accord avec la substance même de la révolution».

"Cette dévoration des promoteurs qui conduit à l'échafaud les constitutionnels, puis les Girondins, puis les Montagnards, est étincelante dans la révolte de l'Université, car la jeunesse armée, avec une logique qui saute les étapes, exécute tout d'un coup ce que distillaient, à petit bruit, dans son âme, des maîtres imbéciles, intellectuels qui croient encore au jeu purement abstrait des idées.

"Dans l'enfer de la révolution, le disciple est toujours plus grand que le maître.

"«C'est ainsi qu'un Yankélévitch, maître à penser et partisan de la contestation absolue, ne trouve plus grâce aux yeux de ses élèves qui ne font qu'appliquer à son endroit son propre enseignement...» (Luce Quenette)

D'où vient la "puissance" de la Révolution

"Elle semble puissante, étendue, universelle. Car la révolution n'est que ce qu'elle semble. Toute sa puissance est une opinion. C'est ce que l'opinion en dit qui est ce qu'elle est. Par conséquent, en reprenant chaque preuve de son impuissance, nous dirons que sa puissance lui vient de ce que les chrétiens croient:

1) qu'elle est par soi, qu'elle existe comme une réalité, un avènement d'une vérité jusque-là ignorée et que sous ses excès, elle a une essence propre, vivifiante et nouvelle, estimable ;

2) qu'elle est secundum naturam facteur puissant du développement spontané de la nature inconsciente, jusqu'à présent opprimée et mal connue ;

3) opprimée et méconnue par l'ancien christianisme qui détournait au profit d'une illusion supra terrestre les forces à employer à la construction d'un monde nouveau dont les bases sont données par la science, laquelle fournit l'idole du seul culte acceptable et rénové : l'homme contemporain ;

4) que la révolution, loin de faire peur, doit être accueillie avec compréhension, bien qu'il soit dommage que, dans son ardeur non encore canalisée, elle liquide l'opposition sans discernement.

"Ce qui rend la révolution méchante, dit-on, c'est la hargne des «conservateurs».

"Avec des variantes, ces quatre chefs d'opinion plus ou moins conscients et exprimés, stérilisent la contre-révolution" (Luce Quenette) [10]

Comment mener la contrerévolution (Luce Quenette)

"- Pour la vérité, il n'est pas de péril immense. Tout danger lui est mesuré. La vérité seule est infinie. La puissance du vrai est toujours infiniment plus grande que celle du faux.

"Ce qui fait la puissance du faux vient toujours du vrai qu'il contredit - du vrai qu'il s'acharne à détruire et donc de la malice des démons et des hommes qui se servent du bien contre le bien et de l'existence que Dieu leur accorde contre Dieu.

"La contre-révolution est donc seule positive. Elle est donc seule vraie, seule réelle et vivante de réalité. Il est donc de foi que ceux qui sont avec Dieu vaincront à la fin. Ce qui est irréel disparaîtra « au souffle de sa bouche ».

"Et Satan sera enchaîné pour l'éternité.

"Non seulement nous avons le devoir d'espérer la victoire définitive de la contre-révolution, mais nous avons le devoir pressant, absolu, quotidien de combattre la révolution.

"Elle dit non serviam : je ne servirai pas.

"Nous disons et faisons serviamus: servons !" (Luce Quenette) [11]

Quelle est l'attitude fondamentale à adopter en face de la révolution? (Luce Quenette)

- C'est l'intransigeance absolue - l'intolérance sans condition. On dit avec raison qu'il faut l'intolérance de l'erreur et la tolérance des personnes.

Quand il s'agit de l'intrinsèquement pervers, de l'esprit de la révolution, il convient de distinguer ce qui est possible dans la tolérance des personnes, c'est-à-dire selon quelle règle doit s'exercer la charité. Il suffit:

1) de l'affirmation claire et vigoureuse de la vérité, en dehors et indépendamment de tout dialogue contestataire. Que ceux qui errent aillent chercher la vérité là où elle est clairement et officiellement à leur disposition;

2) en condamnant l'esprit de révolution, de laisser à Dieu le jugement de l'individu. Prier pour lui, et pour lui, faire pénitence. Un point c'est tout!

Tout le reste est trahison, sentimentalité, tentation, entrée dans l'engrenage révolutionnaire...

C'est par le principe contradictoire de la tolérance que Voltaire a préparé la révolution. Il a savamment confondu dans ses pamphlets, ses contes, ses révisions de procès, la vérité avec le fanatisme - la multiplicité des erreurs avec la tolérance et la fraternité. La vérité est une, absolue, et toute concession est erreur ; l'essentielle charité envers l'erreur est l'expression claire de la vérité" (Luce Quenette)

Le zèle missionnaire ne doit jamais conduire à accepter la règle du jeu révolutionnaire

Commentaire du Sel de la terre (note I): "Le lecteur attentif aura noté qu'il s'agit ici de l'authentique révolutionnaire, avec qui on ne peut discuter, car il n'admet que le «dialogue» au sens défini plus haut. Il en va différemment avec ceux qui sont seulement prisonniers du système et qu'une discussion peut éclairer - mais cette discussion doit toujours être menée en dehors des structures subversives (exemple : il est louable de s'employer à convertir un protestant, mais cela ne peut pas se faire au sein d'un groupe oecuménique...)

"On voit qu'il ne s'agit pas de nier la nécessité de l'apostolat (que Luce Quenette rappelle à de multiples reprises dans ses écrits et dont elle donnait continuellement l'exemple), mais de rappeler que le zèle missionnaire ne doit jamais conduire à accepter la règle du jeu révolutionnaire. [ Mgr Freppel disait: "Le plus grand malheur pour un peuple ou pour un pays, c'est l'abandon ou l'amoindrissement de la vérité. On peut se relever de tout le reste. On ne se relève jamais du sacrifice des principes..."]

"Ce principe est susceptible de multiples applications aujourd'hui, aussi bien dans le domaine religieux que dans le domaine politique. -- Le Sel de la terre)" [12]

La Révolution mène une "guerre d'illusion, d'erreur & de ténèbres" (Abbé Barruel)

"Les Jacobins sont à l'esprit des peuples une guerre d'illusion, d'erreur & de ténèbres; je veux que vous leur opposiez une guerre de sagesse, de vérité & de lumière.

"J'entends ici par guerre d'illusion, d'erreur, de ténèbres, celle que fait la secte par les productions de ses sophistes, par les pièges de ses émissaires, par les mystères de ses clubs, de ses loges, de ses sociétés secrètes... Ce sont là les grands moyens préparatoires des triomphes révolutionnaires [voir les "moyens des conjurés"]; C'est par là que le Jacobinisme vient à bout d'insinuer ses principes d'une égalité & d'une liberté désorganistrices, d'une souveraineté toujours chimérique, mais toujours flatteuse pour l'orgueil de la multitude..., toujours mise en avant par les Tribuns qui la maîtrisent. C'est à force de mettre sous les yeux de cette multitude tous les sophismes de leurs vains Droits de l'homme; c'est par les déclamations exagérées contre les lois actuelles, par les descriptions du prétendu bonheur qu'ils nous préparent, par les essais au moins qu'ils nous proposent, que les émissaires du Jacobinisme s'assurent-ils sur le peuple l'empire de cette opinion, qui leur ouvre les portes de nos villes, bien plus sûrement que leurs foudres n'abattent nos remparts... -

Ôter à la secte tous ses moyens d'illusion

"Des ces faits désormais incontestables, je conclus: s'il est dans vos conseils de prévenir les désastres de nos révolutions, commencez par ôter à la secte tous ces moyens d'illusions. Ecartez loin du peuple toutes ces productions incendiaires; & quand je dis du peuple, je dis de toutes les classes de la société; car je n'en connais point d'inaccessibles à l'illusion..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 286-287).

"Ecartez du peuple toute les productions de l'impiété & de la sédition; le sauver de l'illusion, pour le sauver des révolutions" (Abbé Barruel)

"Voulez-vous éviter les désastres de la Révolution 'française'? écartez loin du peuple toutes ces productions, tous ces libelles de l'impiété & de la sédition. Qu'il soit puni en traître celui qui les écrit ou les répand, s'il voit & s'il veut faire le mal qu'il fait à la société; qu'il soit puni en insensé, s'il croit pouvoir séduire & éviter les suites de la séduction.

"Mais quoi! déjà s'élèvent les cris d'intolérance, de tyrannie, d'oppression du génie dans l'empire des Lettres! Je le prévoyais bien, que j'aurais à parler des hommes, qui nous disent vouloir & qui ne veulent pas; qui nous disent détester la Révolution, & qui redoutent en étouffer le ferme. Mais vous, dont la profession honorable est d'éclairer les Nations par vos écrits, de montrer aux Princes les devoirs à remplir pour le bonheur des citoyens; vous, dont l'intention se manifeste par la sainteté des principes, par votre zèle pour les lois; par la sagesse de vos leçons; est-ce de votre part que viennent ces réclamations? Non, non, les chaînes à jeter sur l'écrivain empoisonneur de l'opinion publique n'effraient pas l'auteur honnête; les lois prohibitives des poignards ne révoltent que l'assassin. Il n'est plus temps de nous laisser séduire par ces vains mots liberté du génie, liberté de la presse. Dans la bouche des Jacobins, toutes ces réclamations désormais cachent bien mal le piège.

" - Voyez ce que la secte fait elle-même pour empêcher la vérité de désiller les yeux du peuple. Par-tout où les adeptes règnent, demandez ce que c'est aujourd'hui que cette liberté de penser, de parler & d'écrire [ici, encore une fois, l'Abbé Barruel est prophète! Il n'y a qu'à contempler l'ampleur aujourd'hui, dans notre société, de la pensée unique & du terrorisme intellectuel ]' Ils écrasent l'auteur, le vendeur & l'acheteur de tout livre contraire à leurs systèmes... Il est temps de concevoir enfin toute l'illusion de cette prétendue oppression de la pensée & du génie. Si le magistrat est dupe de ces cris, le peuple en est la victime; & c'est le peuple qu'il faut sauver de l'illusion, pour le sauver des révolutions. Celui-là est leur père, & non pas leur despote ou leur tyran, qui arrache à ces enfans tout instrument, qui peut devenir entre leurs mains, & contre eux-mêmes, le glaive de la mort.

"Vainement le sophiste vous parle de discussions utiles. Demandez au Sénat de Rome pourquoi il se hâte de chasser du sol de la République tous ces sophistes de la Grèce, arrivés si experts dans les discussions; il vous répondra qu'on ne discute point, pour savoir si la peste est utile; qu'on se hâte d'écarter loin des peuples quiconque en est atteint, & tout ce qui peut en propager le germe. Redoutez pour ce peuple les discours, les préférences de ces vils séducteurs; mais redoutez encore plus leurs impies & séditieuses productions" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 289-291).

Là encore, l'Abbé Barruel est un illustre & excellent docteur. L'enseignement traditionnel de l'Eglise le confirme en tout point: on ne met pas Dieu en discussion , d'autant moins avec le diable... On ne discute pas avec le démon. Si l'on ne le rejette pas d'emblée en lui ôtant tout moyen d'expression et de "dialogue", celui-ci parvient toujours, par mille séductions & mille sophismes, à nous tromper (voir la séduction de la malheureuse Eve au Jardin d'Eden: croyant être plus forte que le Serpent, elle accepta le "dialogue" et fut finalement trompée). Donner à celui-ci les moyens de ses forfaits (liberté d'expression, liberté de la presse, liberté de cultes, etc.) est un crime contre l'homme doublé d'un crime contre la société.

Que le lecteur médite ce qui vient d'être dit; il comprendra la raison pour laquelle la Secte insiste tant aujourd'hui sur la nécessité du "dialogue".

Vous restez neutre? (Abbé Barruel)

"Vous êtes resté neutre? C'est-à-dire vous n'avez pas osé résister au Jacobin, qui n'attend, pour vous faire sentir tout le poids de vos fers, ou pour vous immoler, que d'avoir triomphé de ceux qui pouvaient vous défendre ou venger votre mort. Vous avez fait la paix avec cet ennemi commun de la société! C'est-à-dire que vous avez juré de laissé égorger la société entière, renverser tous les Trônes, broyer toutes les Puissances, sans opposer la moindre résistance. Vous avez fait des traités d'alliance! c'est-à-dire que vous avez juré d'aider les destructeurs, les dévastateurs à détruire & à dévaster" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 313).

"Le véritable ami de l'humanité, est-ce donc celui qui laisse le fléau s'étendre & ravager l'Europe, ou bien celui qui vous presse d'en étouffer le germe?

"La main conservatrice de vos jours, est-elle celle qui, craignant de toucher à la plaie, la laisse mûrir des semences de mort; ou bien celle qui, appliquant le fer & le feu, tranche le membre gangréné pour conserver le corps?..." (Augustin Barruel, ibid., t. V, p. 318).

L'absence ou non-participation aux "réunions de groupes", premier devoir contrerévolutionnaire (Luce Quenette)

"- L'absence n'est pas tout le devoir - mais elle est le premier devoir. La technique révolutionnaire dite technique de groupe (voir les subversives "techniques de communications"...) ne redoute rien autant que l'absence systématique:

1) celui qui n'est pas là, systématiquement, quelles que soient les avances qui lui sont faites est l'opposant puissant, par le seul système de son absence.

2) Il est à craindre qu'il soit ailleurs où il fait autre chose...

"L'absence et l'autre chose leur sont insupportables. Pas l'opposition...

"- Le but de la technique révolutionnaire ce n'est pas de convaincre, c'est de faire accepter la règle du jeu c'est-à-dire le moyen. Le contenu de la discussion, le sujet qu'on traitera dans la réunion à laquelle on vous invite est superflu. Ce n'est pas le fond qui importe, c'est la forme qu'on va lui donner devant vous, qu'on veut que vous acceptiez par votre seule présence, même si vous ne dites pas un mot. Les idées n'importent plus, mais le mécanisme de la machine.

Dans cette réunion à laquelle vous êtes invité avec tant de gentillesse et d'insistance... "on va vous demander votre avis, à vous intégriste au même titre exactement qu'on le demande au progressiste, à l'athée, au communiste également invités. Acceptez: c'est tout, vous êtes dans l'engrenage. Vous avez accepté que la vérité soit l'objet d'une information. La communauté va décider de ce qu'il faut croire pour le moment. Vous êtes entré dans le processus révolutionnaire et avec plus d'efficacité que le camarade communiste, votre voisin, justement parce que vous êtes affiché intégriste, anticommuniste. Vous jouez le rôle nécessaire d'excitant de la technique de groupe, à titre d'opposant. Vous cristallisez la majorité ou la diversité contre quelque chose. C'est ce quelque chose de réel que vous prétendez représenter qui assaisonne la fade dilution des opinions individuelles.

"...Que fait-il ? Il reste ou il s'en va.

1) Il reste : «Pour voir comment cela finira...» Dans ce cas, il ne partira qu'après avoir, consciemment ou non «renié sa foi».

"Ainsi se trouve fabriquée en petit, mais en authentique révolution, une assemblée sans structure ni responsabilité apparente.

"Cependant, on demande aux assistants de ratifier la désignation de l'animateur. Amalgame en apparence confus, mais mené, le « modeste » animateur réglant à temps la marche de la machine.

"Un flot de paroles et d'interventions disparates fait perdre de vue la réalité. L'idée même de l'existence possible de vérités incontestables est noyée. Le but n'est pas de nier, ni d'affirmer, mais de former, dans les esprits, la conviction que tout ce qui se dit n'est et ne peut être que l'opinion de l'individu qui s'exprime. Les points de repère : recours à la doctrine, au magistère, ayant été effacés. D'ailleurs la parodie de charité joue le rôle de police en cas de prise de position trop nette : « Laissez parler, on vous a laissé parler ! »

"Résultat : donner à l'auditoire l'impression que la volonté communautaire « se dégage, » = authentique fruit révolutionnaire.

"Le dialogue a dilué - la vérité n'a plus de définition.

"2) Le contre-révolutionnaire s'en va :

"Il lui faut du courage, il lui faut déjà secouer une torpeur, l'atmosphère d'accueil, de gentillesse, et les arguments des bons... et même ceux de sa conscience hésitante : « pourquoi ne pas faire entendre sa voix, ne devons-nous pas être présents - voir les choses d'un peu plus près - il y a peut-être du bon - il y a des sauvetages à faire - comment ? Je vois Jacques ici, je l'en tirerai - Mais il me dit qu'il a noué des contacts intéressants... »

"Cependant, ce contre-révolutionnaire tient bon, il se rend sourd et aveugle et s'en va. Il est bien rare alors qu'il ne trouve pas à la porte, ou chez lui dans quelques jours, «un jeune» ou le vicaire pour lui donner des nouvelles de la réunion - et lui apprendre qu'il ne s'y est rien passé qu'il n'aurait pu approuver. Et sûrement de bons amis lui reprocheront sa lâcheté et lui décriront avec quel courage ils ont joué leurs rôles (prévus) de perturbateurs et d'intervenants de la contradiction dialectique nécessaire... Le contre-révolutionnaire doit alors se rappeler avec force qu'il lui faut prendre sa croix, suivre Jésus et par là montrer qu'on peut «ne pas y être» et refuser la règle du jeu" (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [[13]

Quelle est la tâche positive du contre-révolutionnaire?

"Que votre langage soit: Oui, oui: Non, non; car ce qui est de plus, vient du mal" (Vulgate, Evangile selon Saint Matthieu V, 37).

"Voici établie la partie négative de la contre-révolution: ne pas jouer le jeu: un non inconditionnel aux fils et aux moyens de la subversion. Mais quelle est la tâche positive du contre-révolutionnaire ?

"- Le contre-révolutionnaire sait que la civilisation est chrétienne, qu'elle élève la nature sans la détruire et donc que l'immense patrimoine des siècles est à sa disposition :

"«Quand on songe à tout ce qu'il a fallu de forces, de science, de vertus surnaturelles pour établir la cité chrétienne ; aux souffrances de millions de martyrs, aux lumières des pères et des docteurs de l'Église ; aux dévouements de tous les héros de la charité ; une puissante hiérarchie née du ciel ; des fleuves de grâce divine ; le tout édifié, compénétré par la vie et l'Esprit de Jésus-Christ, le Verbe fait homme ; on est effrayé de voir de nouveaux apôtres s'acharner à faire mieux avec la mise en commun d'un vague idéalisme (Ces lignes sont de saint Pie X, lettre sur le Sillon, 25 août 1910, EPS.PIN par. 458). »

"Eh bien, voilà le premier devoir positif du contre-révolutionnaire : la contemplation des trésors de la civilisation chrétienne, la conscience prise par la méditation des biens à sauver - d'où la culture approfondie du catéchisme, l'oraison quotidienne, l'instruction religieuse sous toutes ses formes et la culture en général, ou plutôt en particulier sur les points qui manquent en lui de clarté.

"De là: énergique mise en réserve d'un temps consacré à Dieu - à l'instruction, au travail d'intelligence et de mémoire - à l'étude du meilleur, tant chez les anciens que chez les contemporains. Le tout en prière - en supplication pour obtenir lumière, netteté, conviction enracinée" (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [[14]

"LE REGNE DE SATAN DANS LE MONDE"

Citations

  • "[...] la Révolution française [...] est satanique dans son essence" (Joseph de Maistre, Du Pape, 1820, in Œuvres choisies, Paris : A. Roger et F. Chernoviz éditeurs, 1909, pp. 40-41).[15]
  • "Qu'est-ce que la Révolution? sinon Dieu en bas, et Satan en haut. Or, par la bouche d'un de ses fils, parlant à ses frères répandus aux quatre vents, la révolution disait naguère : « Lucifer est le chef de la pyramide sociale. C'est lui qui est le premier ouvrier, le premier martyr, le premier révolté, le premier révolutionnaire. Nous révolutionnaires, démocrates, socialistes, nous devons par respect et par gratitude porter sur notre drapeau l'image chérie de l'héroïque insurgé, qui le premier osa se révolter contre la tyrannie de Dieu. » (Discours d'un réfugié de Londres, prononcé à la taverne des Francs-Maçons, 1862, cité in Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, tome I, Paris 1890, p. 496).
  • "[...] Les principes de la Révolution desserviront toujours et partout les intérêts de l'Église, parce que la lutte contre l'Église catholique, apostolique et romaine est la raison d'être et l'essence même de la Révolution. Leur opposition n'est pas accidentelle, due aux circonstances, aux lieux, aux contingences d'un moment... Ce sont des ennemis essentiels. On a dit : 'L'Église est le bien absolu. La Révolution est le mal absolu'. C'est vrai autant que cela peut l'être. Car l'Église, c'est Jésus-Christ. Et la Révolution, c'est Satan." (A. Roul - Docteur en théologie et en philosophie-, L'Eglise Catholique et le Droit Commun, Éditions Doctrine et Vérité, 1931, p. 517.
  • "[...] la Révolution 1789 est, ou plutôt serait la destruction totale de l'ordre divin sur la terre, le règne parfait de Satan dans le monde" (Mgr de Ségur, La Révolution expliquée aux jeunes gens, 1862, Éditions du Trident, 1997, p. 15)[16]
  • "[...] la Révolution française [...] est une doctrine et une doctrine radicale, une doctrine qui est l'antithèse absolue du christianisme" (Mgr Freppel, La Révolution Française, 1889, Éditions du Trident, 1997, p. 21).
  • "[...] la Révolution est satanique dans son essence" ( Cardinal Pie, Lettre à M. de l'Estoile, 12 juillet 1846, cité par le chanoine Étienne Catta, La doctrine politique et sociale du Cardinal Pie, Nouvelles éditions Latines, 1991, p. 105).
  • " [...] la philosophie sans foi et sans loi du XVIIIe siècle a passé des spéculations dans l'ordre pratique ; la philosophie sans foi et sans loi du XVIIIe est constituée la reine du monde et elle a donné le jour à la politique sans Dieu. La politique ainsi sécularisée, elle a un nom dans l'Evangile : on l'appelle 'le prince de ce monde, le prince de ce siècle' ou bien encore 'la puissance du mal, la puissance de la Bête' et cette puissance a reçu un nom aussi dans les temps modernes, un nom formidable qui, depuis soixante-dix ans, a retenti d'un pôle à l'autre : elle s'appelle la 'Révolution'. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l'islamisme cette puissance émancipée de Dieu et de son Christ a subjugué presque tout son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples" (Cardinal Pie, Discours pour la solennité de la réception des reliques de saint Emilien, in Œuvres, t. III, p. 516-518, cité par le Chanoine Étienne Catta, La doctrine politique et sociale du Cardinal Pie, Nouvelles Éditions Latines, 1991, pp. 106-107).
  • " [...] la Révolution nie Dieu et affirme l'homme. L'homme, affublé du triple droit de penser, de dire et de faire, ce qu'il juge vrai, bon et utile, l'homme est le Dieu de la terre. [...] La Révolution à tous les degrés est athée et doit l'être ; elle veut tuer Dieu, c'est-à-dire ceux qui y croient pour établir ce qu'il lui plaît d'appeler « le bonheur sur la terre" (Mgr Fèvre, Préface du tome XV de l'Abbé Rohrbacher, Histoire universelle de l'Église catholique, Paris : Librairie Louis Vivès, 1904, tome XV, p. 7-9).
  • "Tuer dans l'humanité tout élément supérieur, religieux et divin, en faire disparaître de ce monde jusqu'au dernier vestige, y substituer le culte de l’homme animal et terrestre, la religion de la chair et des appétits immondes et infâmes, livrer l'homme à l'esclavage le plus hideux de la matière et des sens, sous prétexte de l'affranchir de toutes les servitudes et de constituer ainsi la société parfaite : voilà le but unique que la révolution poursuit en ce moment avec une frénésie de rage dont rien jusqu'à présent ne peut donner l'exemple." (Charles François Chevé, L'armée Antichrétienne, in L'écho de la France, Vol. V, Montréal, 1867, pp. 399-407).

"L'ennemie mortelle du Pape et de l'Eglise" (Mgr Gaume)

"Ce qu'on appelle la Révolution, c'est une grande et universelle révolte de la société contre Notre Seigneur JESUS-CHRIST et contre Son Eglise.

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Mgr Gaume

"C'est un ensemble de soit-disant principes, d'idées et de systèmes, mis en avant au siècle dernier par Voltaire, Rousseau et quelques autres impies, afin de déchristianiser la société. Voilà ce qu'est la Révolution, ni plus ni moins.

  • "C'est la guerre à l'Eglise, érigée en principe;
  • c'est la guerre à toutes les institutions sociales de l'Eglise, et par conséquent à la monarchie chrétienne, telle que l'Eglise l'avait donnée au monde sur les ruines du césarisme païen et de l'esclavage.

"Un révolutionnaire est donc un homme qui adopte ces principes et ces idées détestables, qui se laisse attraper par les illusions de ces systèmes comme par les dents d'un engrenage. Il peut n'être pas méchant homme, un rouge, comme on dit; mais, qu'il le sache ou non, qu'il le veuille ou qu'il ne le veuille pas, il est un révolutionnaire, un homme à principes faux, à principes anticatholiques; il est soldat de la Révolution; il est dans les camp des ennemis mortels de JESUS-CHRIST, de l'Eglise et de la foi. Certes, il n'y a pas là de quoi plaisanter, et il faut y regarder de plus près.

"Il y a des révolutionnaires dans tous les rangs de la société; il y en a beaucoup parmi les hommes d'Etat, dans les Chambres, dans les palais et jusque sur les trônes. Plus ils sont haut placés, plus ils sont dangereux.

"Que la Révolution soit ennemie acharnée du Pape, personne ne songe à le nier; c'est non-seulement évident et hautement avoué, mais de plus c'est nécessaire: la Révolution repousse le Pape et l'Eglise, comme la nuit repousse le soleil et la lumière; et réciproquement, le Pape repousse la Révolution, comme le jour repousse et combat la nuit.

"[...] Si nous ne voulons pas apostasier notre baptême, notre foi, notre DIEU; si nous voulons sauver notre âme et contribuer à sauver la France et le monde, soyons de vrais catholiques, et détestons de toutes nos forces, repoussons toutes ces idées malsaines et mortelles que la Révolution sème à pleines mains dans tous les rangs de la société.

"Elle les sème au nom de la politique, par l'organe de la plupart des gouvernements modernes, qui ont perdu la foi. Elle les sème au nom sacré de "La Loi", qu'elle fait ainsi servir au mal et à l'injustice. Elles les sème par la presse, par des milliers de journaux, par des millions de romans, de pamphlets et de mauvais livres, qui infiltrent les principes révolutionnaires dans les campagnes comme dans les villes, chez les pauvres comme chez les riches, dans les ateliers, dans les chaumières comme dans les palais et dans les académies... Elle en infecte notre jeunesse par des systèmes d'"enseignement" et d'"éducation" sans religion. Elle pénètre partout; elle veut tout envahir!

"Parfois même elle s'affluble du masque de Religion; elle dit qu'elle est chrétienne! qu'elle aime et vénère la morale de l'Evangile et qu'elle n'attaque l'Eglise et le sacerdoce que pour supprimer les abus et donner aux peuples une religion pure. C'est entre'autres le jargon des Loges maçonniques, institution essentiellement anti-catholique (voir franc-maçonnerie), et qui cache son véritable esprit sous des apparences de bienfaisance et de fraternité..."

(Mgr Gaume, Le Pape est infaillible, [17], p. 208-210.)

"L'Etat sans Dieu"

Les sectaires ne dissimulèrent pas leurs intentions; tout au contraire leur volonté de sécularisation totale ne cessera pas de s'exprimer en des aveux multipliés. "Nous voulons organiser une humanité sans Dieu", dira Jules Ferry (l'organisateur de l'école de la république)... (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 241.

"L'Etat sans Dieu ! N'est-ce pas, en effet, le mal social particulier à notre temps ! N'est-ce pas la vraie cause de nos malheurs, l'explication de tant d'évènements inexplicables, l'aberration la plus incompréhensible dans laquelle puisse tomber une nation chrétienne au nom du progrès ! (...) L'irréligion d'Etat ne profite qu'à l'irréligion générale, qu'à la ruine de toute religion et de toute société..." (Cardinal Pie, La royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ).

"Pour tout dire d'un seul mot: l'émancipation progressive de l'Europe de la tutelle du catholicisme, sa sortie de l'ordre divin et la substitution, en toutes choses, de la souveraineté de l'homme à la souveraineté de Dieu : voilà le caractère distinctif de l'époque moderne ; voilà ce que nous appelons la Révolution ; voilà le mal !" (Mgr Gaume, La Révolution, Paris : Gaume Frères, 1856, Vol. 1, p. 7).

"L'apostasie nationale" (Mgr Freppel)

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                         Automne et hivers 1794
  • Pendant cette période sous la pression des Hébertistes des scènes collectives d'abjuration de la foi, des pillages de tombeaux et des processions ridiculisant la religion catholique furent organisées.
  • Des fêtes de la déesse "raison" eurent lieu dans les églises où les statues de la Vierge Marie étaient remplacées par des statues de la "Liberté"...
  • Les clochers furent abattus sous prétexte que leur domination sur les autres édifices semblait contrarier le principe de l' "Egalité".
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            Mascarade anti-religieuse, dessin aquarellé attribué à Béricourt Bibliothèque Nationale


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                  Dance autour d'un arbre de la Liberté - gravure_populaire


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               Plantation d'un arbre de la Liberté - dessin à la plume relevé d'aquarelle par Pourcelly - collection particulière


"Une nation rompant brusquement avec tout son passé, faisant à un moment donné table rase de son gouvernement, de ses lois, de ses institutions, pour rebâtir sur du neuf l'édifice social depuis la base jusqu'au sommet sans tenir compte d'aucun droit nu d'aucune tradition...; une nation réputée la première de toutes et venant déclarer, à la face du monde entier, qu'elle a fait fausse route depuis douze siècles, qu'elle s'est trompée constamment sur son génie, sur sa mission, sur ses devoirs, qu'il n'y a rien de juste ni de légitime dans ce qui a fait sa grandeur et sa gloire, que tout est à recommencer et qu'elle n'aura de trêve ni de repos tant qu'il restera debout un vestige de son histoire: non jamais un spectacle aussi étrange ne s'était offert aux regards des hommes" (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, 1889, p. 6, Discours prononcé lors de l'inauguration du monument du général Lamoricière, 1879) [18]

Citons encore l'excellent Mgr Freppel : "La Révolution est l'application du rationalisme à l'ordre civil, politique et social: voilà son caractère doctrinal, le trait qui la distingue de tous les autres changements survenus dans l'histoire des Etats... il y a là tout une conception nouvelle de la société humaine envisagée dans son origine, dans sa constitution et dans ses fins...

"Assurément la destruction du catholicisme en France, par la constitution civile du clergé d'abord, par la persécution violente dans la suite, n'a cessé d'être le principal objectif des chefs de la Révolution. Protestants et jansénistes les ont servis de leur mieux par leurs haines communes contre l'Eglise et la royauté. Mais si tout s'était réduit à faire triompher le schisme de l'hérésie, le mouvement antireligieux du dix-huitième siècle n'eût pas différé sensiblement de celui du seizième; or, bien que la 'Réforme' lui ait préparé la voie, en attaquant le principe d'autorité sous sa forme la plus élevée, la Révolution française a été bien autrement radicale dans ses négations. De là vient, comme nous le montrerons plus loin, que les Etats protestants eux-mêmes sont demeurés plus ou moins réfractaires à ses théories.

"Non, ce n'est pas seulement l'Eglise catholique, sa hiérarchie et ses institutions, que la Révolution française entend bannir de l'ordre civil, politique et social. Son principe, comme son but, c'est d'en éliminer le christianisme tout entier, la révélation divine et l'ordre surnaturel, pour s'en tenir uniquement à ce que ses théoriciens appellent les données de la nature et de la raison. Lisez la déclaration des droits de l'homme, soit de 89, soit de 93; voyez quelle idée l'on se forme à ce moment-là des pouvoirs publics, de la famille, du mariage, de l'enseignement, de la justice et des lois: à lire tous ces documents, à voir toutes ces institutions nouvelles, on dirait que, pour cette nation chrétienne depuis quatorze siècles, le christianisme n'a jamais existé et qu'il n'a pas lieu d'en tenir compte... C'est le Règne social de Jésus-Christ qu'il s'agit de détruire et d'effacer jusqu'au moindre vestige. LA REVOLUTION, C'EST LA SOCIETE DECHRISTIANISEE; c'est le Christ refoulé au fond de la conscience individuelle, banni de tout ce qui est public, de tout ce qui est social ; banni de l'Etat, qui ne cherche plus dans Son autorité la consécration de la sienne propre; banni des lois, dont Sa loi n'est plus la règle souveraine ; banni de la famille, constituée en dehors de Sa bénédiction ; banni de l'école où Son enseignement n'est plus l'âme de l'éducation ; banni de la science, où Il n'obtient plus pour tout hommage qu'une sorte de neutralité non moins injurieuse que la contradiction ; banni de partout, si ce n'est peut-être d'un coin de l'âme où l'on consent à Lui laisser un reste de domicile. La Révolution, c'est la nation chrétienne débaptisée, répudiant sa foi historique, traditionnelle, et cherchant à reconstruire, en dehors de l'Evangile, sur les bases de la raison pure, devenue la source unique du droit et la seule règle du devoir. Une société n'ayant plus d'autres guides que les lumières naturelles de l'intelligence, isolées de la Révélation, ni d'autres fin que le bien-être de l'homme en ce monde, abstraction faite de ses fins supérieures, divines, voilà, dans son idée essentielle, fondamentale, la doctrine de la Révolution.

"Or, qu'est-ce que cela, sinon le rationalisme appliqué à l'ordre social, rationalisme déiste ou athée ? Car, depuis son origine jusqu'à nos jours, la Révolution n'a cessé d'osciller entre ces deux termes, allant du déisme de Voltaire et de Rousseau à l'athéisme de Diderot et d'Helvétius, mais toujours constante dans son dessein de déchristianiser un ordre social où le Christ avait régné pendant quatorze siècles. La haine du surnaturel restera son trait caractéristique. Au début, elle semble, il est vrai, vouloir respecter certaines vérités...

"C'est en présence de l'Etre suprême que les Constituants de 1789 font leur déclaration de principe. Fort bien! Mais cette mention de Dieu en tête de leur profession de foi est-elle autre chose qu'un hors d'oeuvre ? A-t-elle la moindre influence sur l'ensemble de leurs doctrines politiques et sociales ? Est-ce en Dieu qu'ils cherchent le principe et la source de l'autorité ? Nullement: c'est dans l'homme et dans l'homme seul. La loi est-elle pour eux l'expression de la raison et de la volonté divines, déterminant et ordonnant ce qu'il faut faire et ce que l'on éviter ? Pas le moins du monde, La loi est pour eux l'expression de la volonté générale, d'une collectivité d'hommes qui décide ce qui est juste ou injuste. Existe-t-il, à leurs yeux, des vérités souveraines, des droits antérieurs et supérieurs, à toute convention positive, de telle sorte que tout ce qui se ferait à l'encontre serait nul de plein droit et non avenu ? Ils n'ont même pas l'air de soupçonner l'existence de ce principe en dehors duquel tout est livré à l'arbitraire et au caprice d'une majorité. Si le peuple est souverain, y a-t-il au moins des limites à cette souveraineté dans des lois que Dieu, Législateur suprême, impose à toute société ? Pas un mot indiquant qu'une déclaration des droits de l'homme implique nécessairement une déclaration corrélative de ses devoirs. Dans le système philosophique des Constituants de 1789 qui est la vraie doctrine de la Révolution, TOUT PART DE L'HOMME ET REVIENT A L'HOMME, sans aucun égard à une loi divine quelconque. La nature et la raison humaine sont l'unique source et la seule mesure du pouvoir, du droit et de la justice. C'est par la suite et en vertu d'un contrat d'intérêts que les hommes se réunissent en société, font des lois, s'obligent envers eux-mêmes, sans chercher en dehors, ni au-dessus d'eux, le principe de l'autorité et le lien de l'obligation. Plus de droit divin d'aucune sorte; la justice est humaine, toute humaine, rien qu'humaine. Peu importe, par conséquent, qu'on laisse le nom de l'Etre suprême au frontispice de l'oeuvre comme un décor ou un trompe l'oeil; en réalité, L'HOMME A PRIS LA PLACE DE DIEU et la conscience logique de TOUT LE SYSTEME EST L'ATHEISME POLITIQUE ET SOCIAL.

"Il ne s'agira donc plus seulement pour la Révolution de détruire l'Etat chrétien, la famille chrétienne, le mariage chrétien, la justice chrétienne, l'enseignement chrétien. Non! Ce qu'elle se verra conduite à vouloir établir par la logique de son principe, c'est l'Etat sans Dieu, la famille sans Dieu, le mariage sans Dieu, l'école sans Dieu, le prétoire sans Dieu, l'armée sans Dieu, c'est-à-dire l'idée même de Dieu bannie de toutes les lois et de toutes les institutions.

"Est-ce que j'exagère le moins du monde ? Est-ce que nous ne retrouvons pas de nos jours les mêmes formules dans la bouche et sous la plume de tous ceux qui se réclament des principes de la Révolution ? Ne sont-elles pas près de passer, si ce n'est déjà fait, dans le droit public et dans la pratique quotidienne des choses? On s'étonne parfois que des hommes de gouvernement cherchent à les appliquer avec tant d'opiniâtreté, au risque de nuire à leurs propres intérêts... Mais c'est qu'il est très difficile de se soustraire aux conséquences tant qu'on retient le principe. Substituer l'homme à Dieu comme principe de la souveraineté, c'était proclamer l'athéisme légal; dès lors, par une suite toute naturelle, cet athéisme officiel ne pouvait manquer d'imprimer sa marque à toutes les manifestations de la vie publique. C'est le triste spectacle que nous avons sous les yeux; et, pour en être surpris, il faudrait ne pas se rendre un compte exact de ce qu'il y a au fond du mouvement révolutionnaire de 1789.

"Et qu'on le remarque bien: Ce n'est pas dans les excès ni dans les crimes de 1793 que nous cherchons le caractère doctrinal de la Révolution française. Certes, ces épouvantables forfaits ont une relation directe avec les voeux que formait Diderot:

           Et ses mains ourdissant les entrailles du prêtre
             En feraient un cordon pour le dernier rois 
             (Diderot, les Eleuthéromanes) 

"Sous l'excitation d'un demi-siècle de diatribes furieuses et de calomnies atroces, on vit surgir en France une bande de scélérats tels qu'il ne s'en était jamais vu sur la scène du monde. Auprès des forcenés dont je en veux même pas citer les noms, les Césars païens les plus cruels pouvaient passer pour des hommes modérés; et c'est avec raison que Macaulay a pu appeler ces massacres à froid "le plus horrible évènement que racontre l'histoire". Tant il vrai que l'idée de Dieu une fois disparue, il fait nuit dans l'âme humaine, et qu'on peut y prendre au hasard le vice pour la vertu, et le crime pour la légalité... Ce n'est pas en 1793, mais bien en 1789 que la France a reçu la blessure profonde dont elle souffre depuis lors, et qui pourra causer sa mort si une réaction forte et vigoureuse ne parvient pas à la ramener dans les voies d'une guérison complète. C'est en 1789 qu'en renonçant à la notion de peuple chrétien pour appliquer à l'ordre social le rationalisme, ses représentants ont donné au monde le lamentable spectacle d' une apostasie nationale jusqu'alors sans exemple dans les pays catholiques. C'est en 1789, qu'a été accompli dans l'ordre social un véritable déicide, analogue à celui qu'avait commis sur la personne de l'Homme Dieu, dix-sept siècles auparavant, le peuple juif, dont la mission historique offre plus d'un trait de ressemblance avec celle du peuple français. A cent ans de distance, le cri: "Ecrasons l'infame" (Voltaire) a trouvé son écho dans cet autre cri, expression dissimulée, mais non moins fidèle de la même idée: "Le cléricalisme, voilà l'ennemi" (Gambetta)" (Mgr Freppel, La Révolution française, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 15-22) [19]

"L'aspect le plus sinistrement typique de l'époque moderne" (Jean XXIII)

"L'aspect plus sinistrement typique de l'époque moderne se trouve dans la tentative absurde de vouloir bâtir un ordre temporel solide et fécond en dehors de Dieu, unique fondement sur lequel il puisse subsister... Mais, ... si ce n'est pas Dieu qui bâtit la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la construisent..." (Jean XXIII, Encyclique Mater et Magistra, 1961). [20]

"L'insurrection de l'homme contre DIEU et contre son CHRIST: l'ANTICHRISTIANISME" (Mgr Delassus)

"Or le caractère le plus frappant et le plus essentiel de la Révolution, c'est l'insurrection de l'homme contre DIEU et contre son CHRIST, c'est l'ANTICHRISTIANISME, c'est-à-dire un effort plus grand que ceux qui avaient été tentés jusqu'ici pour détruire l'oeuvre du CHRIST dans les moeurs, dans les lois, dans les institutions et jusque dans l'Eglise elle-même: le libéralisme "catholique" n'est autre chose, en effet, que l'esprit révolutionnaire cherchant à s'introduire dans l'Eglise elle-même" (Mgr Delassus, L'américanisme et la conjuration antichrétienne, Société de Saint-Augustin, Desclée De Brouwer et Cie, Paris 1899, p. 223).

Le "Crime capital de ce siècle" (Cardinal Pie)

"L'erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c'est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu...

"Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, c'est l'athéisme de la loi et des institutions. Qu'on le déguise sous les noms d'abstention, de neutralité, d'incompétence ou même d'égale protection, qu'on aille jusqu'à le contredire par quelques dispositions législatives de détail ou par des actes accidentels et secondaires: le principe d'émancipation de la société humaine par rapport à l'ordre religieux reste au fond des choses; il est l'essence de ce qu'on appelle les temps nouveaux" (Cardinal Pie, Oeuvres, T. VII, p. 3 et 100).

"Toutes les fois que, par "laïcité", on entend un sentiment ou une intention contraire ou ETRANGER à Dieu et à la religion, nous réprouvons entièrement cette "laïcité" et nous déclarons hautement qu'elle doit être réprouvée" (Pie XI, Maximam gravissimamque)

"Dieu détrôné, l'homme à sa place" (Mgr Gaume)

"Si, arrachant le masque à la Révolution, vous lui demandez : Qui es-tu ? elle vous dira : "Je ne suis pas ce que l'on croit. Beaucoup parlent de moi, et bien peu me connaissent. Je ne suis ni le carbonarisme qui conspire dans l'ombre, ni l'émeute qui gronde dans la rue, ni le changement de la monarchie en république, ni la substitution d'une dynastie à une autre, ni le trouble momentané de l'ordre public. Je ne suis ni les hurlements des Jacobins ni les fureurs de la Montagne, ni le combat des barricades ni le pillage, ni l'incendie ni la loi agraire, ni la guillotine ni les noyades. Je ne suis ni Marat ni Robespierre, ni Babeuf ni Mazzini, ni Kossuth. Ces hommes sont mes fils, ils ne sont pas moi. Ces choses sont mes oeuvres, elles ne sont pas moi. Ces hommes et ces choses sont des faits passagers, et moi je suis un état permanent (…)

"Je suis la haine de tout ordre religieux et social que l’homme n'a pas établi et dans lequel il n'est pas roi et Dieu tout ensemble ; je suis la proclamation des droits de l'homme contre les droits de Dieu ; je suis la philosophie de la révolte, la politique de la révolte, la religion de la révolte ; je suis la négation armée ; je suis la fondation de l'état religieux et social sur la volonté de l'homme au lieu de la volonté de Dieu ! en un mot, je suis l’anarchie ; car JE SUIS DIEU DÉTRÔNÉ ET L'HOMME À SA PLACE. Voilà pourquoi je m'appelle Révolution ; c'est-à-dire renversement, parce que je mets en haut ce qui, selon les lois éternelles, doit être en bas, et en bas ce qui doit être en haut" (Mgr Gaume, La révolution, Recherches historiques, t. I, p. 18, Lille, Secrétariat Société Saint-Paul, 1877, cité in Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 122).

Voilà le cadre fixé.

La Révolution est Dieu détrôné et l'homme à sa place.

Tout détruire : "une entreprise d'expropriation et d'extermination" (Pierre Gaxotte)

Saint-Just définit le programme républicain, révolutionnaire :

"Ce qui constitue une république, c'est la destruction totale de tout ce qui lui est opposé..." 
(Saint-Just, cité par Jacques d'Arnoux, L'heure des héros)

"En ces termes, Saint-Just pose le principe d'un anéantissement inexorable et délibéré. Il n'est pas question de détruire au hasard ou par caprice: mais d'une manière systématique, à des fins précises et selon des règles programmées.

"La terreur est devenue l'essence même de la Révolution parce que la Révolution n'a point été un simple changement de régime, mais une entreprise d'expropriation et d'extermination..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 283)

"En 1789, ... tout détruire, bâtir à neuf et sur de nouveaux fondements: c'était le cri de toute cette génération" (Mgr Delassus, L'américanisme et la Conjuration anti-chrétienne, 1899, p. 12).

La Haute Vente dévoile son but

"Notre but final est celui de Voltaire et de la Révolution française, l’anéantissement à tout jamais du catholicisme et même de l’idée chrétienne, qui , restée debout sur les ruines de Rome, en serait la perpétuation plus tard [...]" (Instruction permanente de la Haute Vente des Carbonari en Italie).

"On connait le complot de la Haute Vente des Carbonari grâce à la Providence qui nous permit de tomber sur les papiers de la secte d'Adam Weishaupt: l' "illuminé de Bavière" avait auprès de lui un prêtre apostat nommé Lanz, qui mourut frappé de la foudre au moment où il venait de recevoir les instructions de Weishaupt pour porter ses complots en Silésie; c'est cet accident qui permit à la police de saisir les paipers de Lanz et de découvrir la secte entière, archives comprises... Dans la liste établie par l'abbé Barruel, on trouve: un évêque, un curé, quatre ecclésiastiques, un professeur de théologie..." (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 142, note 57).

La secte des Illuminés de Bavière

La secte des Illuminés de Bavière a été créée en 1776 à Ingolstadt, en Bavière, par Adam Weishaupt, ancien élève des Jésuites, si l'on en croit Louis Blanc, "le plus profond conspirateur qui ait jamais paru". Dans son esprit, il n'y eut jamais le moindre changement sur ce qui devait être la fin de l'Illuminisme: plus de religion, plus de société, plus de lois civiles, plus de propriété (un proto-communisme).

Weishaupt recruta ses adeptes dans les loges maçonniques allemandes où il se fit le fourrier de la révolution universelle. L'ordre des Illuminés s'était donné pour objectifs principaux:

1- le contrôle maçonnique de l'Instruction Publique [qui ne connaît de Viviani, la fameuse tirade souvent citée, mais utile à rappeler: "La IIIe République a appelé autour d'elle les enfants des paysans, les enfants des ouvriers et, dans ces cerveaux obscurs, dans ces consciences enténébrées, elle a versé, peu à peu, le germe révolutionnaire de l'instruction. Cela n'a pas suffi. Tous ensemble, nous avons attachés, dans le passé, à une oeuvre d'anticléricalisme, à une oeuvre d'irreligion. Nous avons arraché les consciences à la croyance. Lorsqu'un misérable, fatigué du poids du jour, ployait le genou, nous l'avons relevé, nous lui avons dit que, derrière les nuages, il n'y avait que des chimères. Ensemble et d'un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel des étoiles qu'on ne rallumera plus... Voilà notre oeuvre, notre oeuvre révolutionnaire" (cité par Jacques d'Arnoux dans L'Heure des Héros, p. 42],

2- de l'Eglise,

3- de la presse.

Sa tactique fut, toujours, l'hypocrisie érigée en méthode d'action, concertée, calculée, perverse, diabolique en un mot.

Les institutions à abattre n'étaient jamais combattues de front, mais polluées, corrompues, rongées par l'intérieur.

Les Illuminés prenaient donc des noms d'hommes célèbres de l'Antiquité: Spartacus-Weishaupt, Philon-Knigge, Caton-Zwach, Socrate, etc...

[[Mirabeau|Mirabeau] aurait fait partie de la secte. L'apogée de l'Illuminisme se place en 1783 lorsqu'il organisa le très important Congrès maçonnique universel de Wilhelmsbad. L'ordre des Illuminés y diffusa dans toute la F.M. européenne son idéal révolutionnaire. Il fut aboli par un édit du roi de Bavière en 1785. A-t-il secrètement survécu ? On n'en sait rien. Les historiens sont divisés sur cette difficile question (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 135, note 34). Quoiqu'il en soit, fort est de constater aujourd'hui l'avancée foudroyante de leur programme: socialisme rampant, déchristianisation (en attendant la destruction de toute religion), règne du matérialisme et de l'athéisme sont des faits qui corroborent totalement le programme des Illuminés ou Illuminati.

Voici le portrait que l'abbé Augustin Barruel nous a laissé de Weishaupt: "Athée sans remords, hypocrite profond, sans aucun de ces talents supérieurs qui donnent à la vérité des défenseurs célèbres; mais tous ces vices et toute cette ardeur qui donnent à l'impiété, à l'anarchie, de grands conspirateurs. Ce désastreux sophiste ne sera connu dans l'histoire que, comme le démon, par le mal qu'il a fait et par celui qu'il projettait de faire... Un seul trait échappe aux ténèbres dont il s'environne, et ce trait est celui de la dépravation de la scélératesse consommée (inceste et infanticide avoués dans ses propres écrits" (Jean Ousset, ibid.,, p. 135, note 35).

Dans le bulletin du Grand orient [21] (1883, p. 645), on avait déjà pu lire: "Dans ces édifices (les églises) élevés, de toutes parts, aux superstitions, nous seront appelés, à notre tour, à prêcher nos doctrines et, au lieu des psalmodies cléricales qui y résonnent encore, ce seront les maillets, les batteries et les acclamations de notre ordre qui en feront retentir les larges voûtes et les larges piliers" (Jean Ousset, ibid.,, p. 139).

La corruption morale

"Apologie inconditionnelle du plaisir et rejet de toute morale (sauf la leur!), telle sera la leçon très explicite des Encyclopédistes. Nul n'ignore, au surplus, que, sous la plume des prétendus "philosophes" français ou anglais du XVIIIe siècle, fourmilleront les maximes de l'immoralisme le plus provoquant..." (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 145).

L'idéal sans cesse proposé du "bon sauvage"

Idéal imaginaire , plus soucieux de la propagande pour les "idées nouvelles", que d'une exacte observation des peuples qualifiés de "sauvages", cet idéal offrait des ressources nombreuses aux amateurs de ce qu'on n'appelait pas encore l' union libre... On sait jusqu'où les choses devaient aller, sous la Révolution, après l'autorisation du divorce...

Comme a pu l'écrire Blanc de Saint Bonnet, "prendre le sauvage pour l'homme primitif, conséquemment s'imaginer que l'état sauvage est pour l'homme un état naturel ou un commencement et non un débris de civilisation, et par la suite conclure que les peuples se sont tous élevés par eux-mêmes à l'état social, telles sont les bévues de ce siècle..." (Blanc de Saint Bonnet, Préliminaires du livre de la Chute). A n'en pouvoir douter, c'était proposer une hiérarchie des valeurs tendant à renverser l'ordre même des choses et proposer la déchéance morale comme l'idéal... Nous ne multiplierons pas les textes pour le prouver. En vingt, peut-être en cent endroits de ses ouvrages, Rousseau préfère l'état des peuples sauvages à celui des nations civilisées, parce qu'il est plus conforme à l'état de nature. Weishaupt, proclame plusieurs fois que les sauvages sont, au suprême degré, les plus éclairés des hommes et peut-être aussi les seuls libres... Kropotkine déclare que les "principes de la vraie morale ne se rencontrent plus que chez les tribus refoulées sur les confins du monde policé..." La plupart des auteurs francs-maçons exaltent les sauvages par des éloges singuliers, encore que la plupart de ceux qu'ils qualifient ainsi respectent au moins la loi naturelle ! (les tribus africaines ont par exemple en horreur l'avortement qui est pour elles un crime, alors qu'il constitue un progrès dans la tête des francs-maçons...) (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 145). Mais l'éloignement et l'imagination permettent de réaliser chez les sauvages parfois théoriques, la pire licence des moeurs dont ils rêvent: "Dans le Malabar et à Madagascar, si toutes les femmes sont vraies (?), c'est qu'elles satisfont sans scandale à toutes leurs fantaisies et ont mille galants. Au royaume de Baltimera, toute femme, de quelque condition qu'elle soit, est même forcée par la loi et sous peine de la vie à céder à l'amour de quiconque le désire. Un refus est pour elle un arrêt de mort" (Helvetius, De l'esprit, Disc. II) La tribu des Moïs a peut-être gardé plus pleinement encore la liberté de nature: "chez certaines tribus, disait une feuille maçonnique (La Pensée nouvelle, 29-12-1867), la famille n'est qu'un cercle fort élastique d'où le mari et la femme sortent à volonté. la méthode matrimoniale des Moïs, peuplades de la Cochinchine, est parfaitement simple et conforme à la nature; elle diffère peu de la conduite ordinaire des animaux..." Les animaux proposés comme idéal à l'homme! Pour inouï qu'un tel excès paraisse, les citations ne manqueraient pas dont on pourrait l'illustrer. "Les animaux ont naturellement, au-dessous de nous, a dit Voltaire, l'avantage de l'indépendance..." "Dans cet état naturel dont jouissent tous les quadrupèdes non domptés, les oiseaux et les reptiles, dit-il encore, l'homme serait aussi heureux qu'eux". Et Brissot, dans ses Recherches sur le droit de propriété et sur le vol: "L'animal est ton semblable, Ô homme ! Peut-être est-il ton 'supérieur': il l'est, s'il est vrai que els heureux soient les sages". (Cf. Dom Paul Benoît, La cité Anti-chrétienne IIe partie, t. I, p. 88-94). Qui osera trouver excessif, après cela, le jugement de Taine sur la révolution: "Le renversement est complet, écrit-il, soumise au gouvernement révolutionnaire, la France ressemble à une créature humaine que l'on forcerait à marcher sur sa tête et à penser avec ses pieds..." (Taine, La Révolution, t. III, p. 460)...

(Jean Ousset, ibid.,, p. 145-146).

La corruption programmée (lettres de la Haute vente)

(Jean Ousset, ibid.,, p. 146-147). "Corruption morale caractéristique, peut-on dire, et, par certains, proposée systématiquement, comme le prouvent tels documents communiqués par le vatican à Crétineau-Joly qui les publia à la demande Grégoire XVI (Mgr Delassus, La Conjuration Anti-Chrétienne, Desclée de Brouwer) et de Pie IX.

"Grégoire XVI, effrayé du "redoublement d'activité qu'il remarquait dans les Sociétés secrètes, voulut, peu de jours avant sa mort, les dévoiler à toute l'Europe. Pour cela, il jeta les yeux sur Crétineau-Joly.

"Le 20 mai 1846, il (Grégoire XVI) lui fit écrire par le cardinal Lambruschini de venir à Rome... Il lui fit remettre, pour ce travail, par le cardinal Bernetti, ancien secrétaire d'Etat, les documents en sa possession, et il l'accrédita auprès des cours de Vienne et de Naples pour qu'il obtînt d'elles communication d'autres documents déposés dans leurs archives secrètes" (Mgr Delassus, ibid., p. 325).

"Mille pressions s'exercèrent aussitôt sur Crétineau-Joly pour le contraindre au silence. Pie IX lui-même, effrayé par les dangers que courait l'historien, le lui conseilla. Ce n'est qu'en 1849, pendant que le pape était à Gaëte, que le Cardinal Fornari, nonce à Paris, engagea l'historien à reprendre son travail. Après bien des vicissitudes, la plupart des documents virent le jour dans L'Histoire du Sonderbund et dans L'Eglise romaine en face de la Révolution" (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 147, note 68).

Populariser le vice dans les multiples (Lettre de Vindice à Nubius, de Castellamare du 9 août 1838)

Dans le deuxième volume de son ouvrage L'Eglise Romaine en face de la Révolution, Crétineau-Joly publie une autre lettre d'un membre de la Haute Vente (Vindice à Nubius deux pseudonymes), de Castellamare du 9 août 1838: "Le catholicisme peut-on y lire, n'a pas plus peur d'un stylet bien acéré que les monarchies; mais ces deux bases de l'ordre social peuvent crouler sous la corruption : ne nous lassons donc jamais de corrompre. Tertullien disait, avec raison, que le sang des martyrs enfantait des chrétiens; ne faisons donc pas de martyrs, mais popularisons le vice dans les multiples. Qu'elles le respirent par les cinq sens, qu'elles le boivent, qu'elles s'en saturent; et cette terre, où l'Aretin a semé, est toujours disposée à recevoir de lubriques enseignements. Faites des coeurs vicieux et vous n'aurez plus de catholiques. Eloignez le prêtre du travail de l'autel et de la vertu; cherchez adroitement à occuper ailleurs ses pensées et ses heures; rendez-le oisif, gourmand et patriote: il deviendra ambitieux, intrigant et pervers. Vous aurez ainsi mille fois mieux accompli votre tâche que si vous eussiez émoussé la pointe de vos stylets sur les os de quelques pauvres hères... C'est la corruption en grand que nous avons entreprise, la corruption du peuple par le clergé et du clergé par nous, la corruption qui doit nous conduire à mettre un jour l'Eglise au tombeau. J'entendais dernièrement un de nos amis rire d'une manière philosophique de nos projets et nous dire: "Pour abattre le catholicisme, il faut commencer par supprimer la femme". Le mot est vrai dans un sens, mais puisque nous ne pouvons supprimer la femme, corrompons-la avec l'Eglise. Corruptio optimi pessima. Le but est assez beau pour tenter des hommes tels que nous. Ne nous en écartons pas pour quelques misérables satisfactions de vengeance personnelle. Le meilleur poignard pour frapper l'Eglise, c'est la corruption..." (Crétineau-Joly, ibid., t. II, p. 148 cité dans Jean Ousset, ibid.,, p. 147-148).

"Comment ne pas être accablé par tant de perfidie: Peut-être quelque soupçon viendra-t-il à l'esprit ? Certes, il serait légitime si les plus sûres garanties ne nous étaient données (Certains ont voulu mettre en doute, en effet, l'authenticité des lettres publiées par Crétineau-Joly, mais on peut répondre avec Mgr Delassus, ibid., p. 328, que "la déclaration du secrétaire des Lettres latines et le bref de Pie IX, imprimés en tête de l'ouvrage, en plein règne du saint Pontife, nous sont une garantie de l'entière fidélité des documents insérés. Ce n'est donc point sans raison que M. Claudio-Jannet a dit, dans son introduction à l'ouvrage du P. Deschamps, Les Sociétés Secrètes et la Société: "Aucun document historique n'offre plus de garanties d'authenticité". S'il était besoin d'une nouvelle preuve de sincérité, on la trouverait dans l'emploi que la Civilta cattolica fit de ces documents sous les yeux du pape, en 1879. On peut ajouter que L. Blanc (lui-même!) fit entrer dans son Histoire de dix ans des lettres d'un des membres de la Haute-Vente, Menotti, lettres adressées le 29 décembre 1830 et le 12 juillet 1831, à l'un de ses frères en conjuration, Misley, et publiées par Crétineau-Joly") (Jean Ousset, ibid.,, p. 148, note 70). Bien plus, il y a le recul de l'histoire. Depuis que ces textes ont été publiés pour la première fois, l'entreprise de corruption s'est implacablement développée et c'est moins dans la lattre de documents extraits de quelques archives secrètes qu'on la peut découvrir que bien étalée, victorieuse, au regard de tous. Pourquoi mettre en doute le projet criminel quand le crime est manifeste ? Les preuves, au surplus, ne manquent pas. Dans l'impossibilité où nous sommes de les mentionner toutes, nous nous contenterons de quelques-unes.

"Corruption de la femme, vient-il d'être dit. Or, ne pouvait-on lire dans le journal "L'Emeute" de Lyon (du 7-12-1883): 'Il est temps de renforcer nos bataillons avec tous les éléments qui épouseront nos haines... Les filles seront de puissants auxiliaires; elles iront chercher les fils de famille jusque dans le giron de leur mère pour les pousser au vice, au crime même; elles se feront les servantes des filles des bourgeois pour pouvoir leur inculquer les passions honteuses... Telle pourra être l'oeuvre des femmes attachées à la Révolution'.

"Le premier auteur de la loi qui a créé les lycées de filles, Camille Sée, a déclaré que l'oeuvre de déchristianisation de la France n'obtiendrait son plein succès que lorsque toutes les femmes auraient reçu l'éducation laïque. "Tant que l'éducation des femmes, a-t-il dit dans son "rapport à la Chambre, en 1880, finira avec l'instruction primaire, il sera presque impossible de vaincre les préjugés, la superstition, la routine" (entendons: les traditions catholiques, le dogme, la morale)...

"En janvier 1906, le renégat Charbonnel eut un entretien avec le ministre de l'Instruction Publique, le F.M. Bienvenu Martin. 'La Raison' en rendit compte: "Je voyage beaucoup, dit le minsitre, pour une cause que j'ai profondément à coeur, l'éducation des jeunes filles. Je suis allé inaugurer nombre de lycées et de collèges à leur usage. nous arracherons la femme au couvent et à l'Eglise. l'homme fait la loi, la femme fait les moeurs. En entendant ces paroles, dit M. Charbonnel, je ne me sentis pas de joie". Or, ici, l'initiative avait été prise par les loges. Le 6 septembre 1900, le Convent du Grand Orient de France renvoya à l'étude des loges la recherche des moyens les plus efficaces pour établir l'influence des idées maçonniques sur les femmes, tenter de les arracher à l'influence des prêtres et créer telles institutions aptes à atteindre ce but..." (Compte-rendu du Convent de 1900, p. 166, cité dans Jean Ousset, ibid.,, p. 149)

"En exécution de ce voeu et d'autres semblables, le conseil de l'Ordre adressa à toutes les loges une circulaire (n° 13), datée du 15 décembre 1902, leur disant: "La puissance du cléricalisme a été développée et consolidée grâce à la femme et c'est même grâce à elle que cette puissance malfaisante se maintient et s'exerce. Il faut donc opposer, à la femme nourrie d'idées fausses et de superstitions ridicules, la femme forte, la femme maçonnique" (Cité par Mgr Delassus, La Conjuration anti-Chrétienne, p. 399. - Cf.: "Pour tuer l'Eglise, il n'y a qu'à prendre l'enfant et à corrompre la femme" (Heine).- "Celui qui tient la femme tient tout, d'abord parce qu'il tient l'enfant, ensuite parce qu'il tient le mari" (Jules Ferry).- "Les communistes désirent que la femme se libère le plus tôt possible de son foyer, qu'ele ne subisse la maternité que d'une façon consciente et raisonnée". (P. Semard, L'humanité du 8-11-1924).- Au Congrès maçonnico-féministe de 1900, on put entendre: "Il nous faut la coéducation des sexes. Nous voulons l'union libre dans l'amour jeune et sain. Le mariage pourra être supprimé sans inconvénient. Liberté absolue de l'avortement..., etc."- "Il faut détruire (dans la femme) le sentiment instinctif et égoïste de l'amour maternel... La femme n'est qu'une chienne, une femelle, si elle aime des enfants" (Congrès communiste du 16-11-1922).- Voir aussi La femme et l'enfant dans la Franc-maçonnerie, par M. de la Rive (1895).

"On sait ce que cela signifie. Qu'il s'agisse de l'apologie de l'union libre, de l'introduction et du développement du néomalthusianisme en France et dans le monde, du développement des modes immodestes, de l'envahissement de la littérature pornographique, de la prétendue éducation sexuelle, etc., on sait quelle fut l'action déterminante sinon la complicité des loges... Oui ! Oeuvre systématique et continue de corruption morale. De l'idéal proposé par Helvetius à l'ouvrage réédité par Léon Blum au moment où, en une heure typiquement révolutionnaire, il était le chef du gouvernement français, il est impossible de ne pas constater une volonté de corruption vraiment trop stable pour qu'on ne la puisse dire "essentielle" à la Révolution.

[Les fascicules des 1er et 16 avril 1909 de la Réforme sociale publièrent un mémoire de M. Pierret, intitulé l'oeuvre maçonnique de la dépopulation en France, dans lequel il était établi de façon péremptoire que le mouvement néomalthusien était voulu par la Maçonnerie... "M. Pierret prouve, écrit [[Mgr Delassus|Mgr Delassus], que, sous le haut patronage de celle-ci, avec le concours avoué de personnages les plus éminents du parti maçonnique, des associations se sont fondées qui tendent à ce but. Le F.M. Robin y est encadré par tout un groupe de politiciens dont les noms sont tristement connus: Aulard, Henry Berenger, Seailles, Lucipia, Merlon, Fernand Gregh, Trouillot, Jaurès, etc. Et M. Pierret explique comment il prit contact avec ce mouvement dans une réunion de "Jeunesse laïque" présidée par M. Havet, de l'Institut, et dont les principaux orateurs n'étaient rien moins que M. Anatole France, de l'Académie française, M. le député Semblat et le non moins député Ferdinand Buisson, qui a présidé longtemps aux destinées de notre enseignement officiel" (ibid., p. 394-395)]

Encore nous sommes-nous gardés de toute référence communiste. la matière serait trop abondante. Au moins, connaît-on le refus de Lénine rejetant toute morale qui pourrait rappeler, de près ou de loin, le Décalogue ["Dans quel sens nions-nous la morale, l'éthique ? Mais dans le sens que prêche la bourgeoisie, qui détruit la moralité des Commandements de Dieu. Nous disons que nous ne croyons pas en Dieu et nouss avons bien que le clergé, les propriétaires fonciers, la bourgeoisie invoquent la Divinité pour défendre leurs intérêts d'exploiteurs. Ou bien, au lieu de déduire la moralité des commandements de l'éthique, des commandements de Dieu, ils la détruisent de phrases idéalistes ou semi-idéalistes, qui en fin de compte, ont toujours également la plus grande ressemblance avec les commandements de Dieu. Nous disons que notre moralité est entièrement subordonnée aux intérêts de la lutte de classe du prolétariat". En clair: Le mensonge n'est plus comme tel un péché. Il l'est s'il menace les intérêts de la lutte de classe du prolétariat. Il est vertueux, au contraire, s'il sert ces intérêts. Est BIEN, dès lors, ce qui sert la Révolution; est MAL, ce qui s'y oppose ou y fait obstacle... Nous disons, nous, qu'une telle "morale" est la négation même de la morale et la pire corruption]. En fait et en dépit de l'opposition que lui et les siens prétendent marquer avec les vices de la société bourgeoise, ce sont les mêmes turpitudes qu'on y découvre, celles que la morale chrétienne interdit aussi bien aux bougeois qu'aux prolétaires, la sainteté et la vertu n'ayant jamais été considérés par l'Eglise, comme le monopole d'une classe (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 150-151)...

La Contre-Eglise

Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 167-172: "...Si le mot de Contre-Eglise mérite d'être employé, la révolution, avec toutes ses ramifications ou séquelles doctrinales et tactiques, est, à cette heure, la 'Contre-Eglise'.

"Le mot, il est vrai, fait sourire. Beaucoup hésitent à l'employer, parce qu'il suppose le complot et que, dans leur candeur, ils refusent d'y croire. Léon XIII, sans la reconnaître et en la détournant de son sens, parle précisément du "vaste complot que certains hommes ont formé d'anéantir le christianisme" (Au milieu des sollicitudes [22], paragraphe 2), l'idée même de ce complot et de la contre-attaque plus ou moins combattive qu'il suppose, ne devrait pas étonner un membre de l'Eglise militante.

"D'autre part, l'Eglise doit tenir compte des puissances obscures qui ont toujours été à l'oeuvre dans l'histoire" (Pie XII, Discours à Pax Christi, 13 août 1952, cité dans Jean Ousset, ibid.,, p. 175).

"Le problème de la Contre-Eglise... "embrasse tous les temps. Il s'est posé à la création des anges, au paradis terrestre, au désert où le Christ a voulu se soumettre à la tentation; il restera posé pour la Chrétienté et pour chacun de nous, jusqu'à la fin du monde..." (Mgr Delassus, La Conjuration Anti-chrétienne, Desclée de Brouwer, p. 83 : "Le 15 janvier 1881, le Journal de Genève publiait une conversation de son correspondant à paris avec l'un des chefs de la majorité franc-maçonne qui dominait alors comme aujourd'hui la Chambre des Députés. Il disait: "Au fond de tout cela, il y a une inspiration dominante, un plan arrêté et méthodique qui se déroule avec plus ou moins d'ordre, de retard, mais avec une logique invincible. Ce que nous faisons, c'est le siège en règle du catholicisme romain, en prenant notre point d'appui dans le Concordat (de 1801). Nous voulons le faire capituler ou le briser. Nous savons où sont ses forces vives, et c'est là que nous voulons l'atteindre".- "En 1886, dans le numéro du 23 janvier de la Semaine religieuse de Cambrai, nous rapportions ces autres paroles qui avaient été dites à Lille: "Nous poursuivons sans merci le clergé et tout ce qui touche à la religion. nous emploierons contre lec atholicisme des moyens dont il ne se doute même pas. Nous ferons des efforts de génie pour qu'il disparaisse de ce monde. S'il advenait malgré tout qu'il résistât à cette guerre scientifique, je serais le premier à déclarer qu'il est d'essence divine". - Et M.G de Pascal, en mars 1908: "Il y a de longues années, le cardinal Mermillod me conta un trait qui peint bien la situation: quand il était à Genêve, l'illustre prélat voyait de temps à autre le prince Jérôme Bonaparte. Le prince révolutionnaire goûtait fort la conversation du spirituel évêque. Un jour il lui dit: "Je ne suis pas un ami de l'Eglise catholique, je ne crois pas à son origine divine, mais, connaissant ce qui se trame contre elle, les efforts admirablement exécutés contre son existence, si elle résiste à cet assaut, je serai bien obligé d'avouer qu'il y a là quelque chose qui dépasse l'humain". En juin 1903, La vérité Française rapportait que M. Ribot, dans une conversation intime, avait parlé de même: "Je sais ce qui se prépare; je connais par le menu les mailles du vaste filet qui est tendu. Eh bien, si l'Eglise Romaine s'en échappe cette fois-ci en France, ce sera un miracle, miracle si éclatant à mes yeux que je me fera catholique avec vous..." Est-il besoin enfin de rappeler la déclaration du Cardinal Saliège ? "Tout se passe comme s'il y avait une action orchestrée par une certaine presse plus ou moins périodique, par certaines réunions plus ou moins secrètes, tendant à préparer au sein du catholicisme un mouvement d'accueil au communisme [Ne serait-ce pas cette "théologie de la Libération", qui venant d'Amérique latine a trouvé de large échos en Europe, condamnée par Jean-Paul II ?] Il y a les meneurs, qui savent. Il y a les suiveurs, qui sont inconscients et qui marchent..." (Cardinal Saliège, Conférence aux retraites ecclésiastiques, 1953)

"La fumée de Satan dans le temple de Dieu" (Paul VI)

"Le 7 décembre 1968, Paul VI jugea les fruits du concile Vatican II: "L'Eglise se trouve en une heure d'inquiétude, d' autocritique, on dirait même d' autodestruction... Comme si l'Eglise se frappait elle-même" (Doc. Cath. n°1531, p. 12). Le 29 juin 1972, il fut encore plus lucide: "Par quelque fissure est entrée la fumée de Satan dans le temple de Dieu... Dans l'Eglise règne se climat d'incertitude... Comment est-ce arrivé ? Nous vous confions notre pensée: il y a eu l'intervention d'un pouvoir adverse. Son nom est le diable" (Doc. Cath. n°1613, p. 658).

"En 1907, Pie X, dans Pascendi [23] mettait déjà en garde l'Eglise de l'infiltration intérieure des "artisans d'erreurs": "2. Ce qui exige surtout que Nous parlions sans délai, c'est que, les artisans d'erreurs, il n'y a pas à les chercher aujourd'hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent et c'est un sujet d'appréhension et d'angoisse très vives, dans le sein même et au coeur de l'Eglise, ennemis d'autant plus redoutables qu'ils le sont moins ouvertement. Nous parlons, Vénérables Frères, d'un grand nombre de catholiques laïques, et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres, qui, sous couleur d'amour de l'Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu'aux moelles d'un venin d'erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l'Eglise; qui, en phalanges serrées, donnent audacieusement l'assaut à tout ce qu'il y a de plus sacré dans l'oeuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu'ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu'à la simple et pure humanité."

"Or, on trouve l'origine de la subversion dans l'Eglise dans des lettres de la Haute Vente au XIXe siècle, citées par Crétineau-Joly, dans l'ouvrage que Pie IX lui demanda d'établir, L'Eglise Romaine face à la Révolution. La "Haute Vente" désigne la loge majeure dans le carbonarisme italien. Elle était une sorte de Conseil suprême siégeant à Naples. Les loges ordinaires s'appelaient les "Ventes", les adeptes ayant des pseudonymes. Le carbonarisme était une Société Secrète politique révolutionnaire (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 141, notes 53 et 54).

"Dans l'une de ces lettres, on pouvait lire: 'Rendez le prêtre patriote...' (gagnez le prêtre à la cause révolutionnaire), recommandera Vindice (nom de guerre d'un des agents de la Haute Vente). Car, précisera Piccolo Tigre (Nom de guerre d'un autre agent de la Haute Vente), 'la Révolution dans l'Eglise, c'est la Révolution en permanence, c'est le renversement obligé des trônes et des dynasties'... (Crétineau-Joly, ibid., Lettre du 18 janvier 1822, t. II, p. 124, cité dans Jean Ousset, ibid., p. 141).

"La tactique avait déjà été appliquée avant 1789. Cas de ces monastères qui servirent de pépinières aux Sociétés Secrètes et dont certains se constituèrent en loges maçonniques (Deschamps, Les Sociétés Secrètes et la Société, t. III, p. 43. Ainsi, la loge "La Triple Unité" est fondée à Fécamp, en 1778, par vingt personnes, parmi lesquelles il y a neuf religieux, trois chantres et sept frères de l'Abbaye, plus un prêtre. A Guise, en 1774, c'est dans le couvent même des Minimes qu'est établie la loge "La Franchise", etc.)

"Misérable cas de ce clergé, perdu de jansénisme et de gallicanisme, dont le coeur, depuis longtemps était détaché de Rome.

"Misérable cas de ces prêtres, religieux ou prélats, qui de Mgr de Brienne, archevêque de Toulouse [qui fit nommer Mgr de Conzie archevêque de Tours. Il l'avait employé, en 1778, à "la Commission des réguliers", chargée de séculariser les monastères, sous prétexte de les réformer... "Dans plusieurs lettres adressées à Mgr de Brienne, on voit que, parmi les Cordeliers, il y avait un certain nombre de francs-maçons. Mgr de Conzie recherchait ceux-là de préférence pour les mettre à la tête des couvents qu'il réunissait les uns aux autres". Ces lettres ont été publiées par M. Gérin dans la Revue des Questions historiques, t. XVIII, p. 112, 113, 1875). Revenu de ses égarements, comme tant d'autres, Mgr de Conzie mourut chrétiennement, émigré à La Haye, en 1795] à Talleyrand, et de l'Abbé Henri Grégoire aux Gavazzi, aux Gioberti, etc., ont dû leur célébrité à leur trahison plus ou moins consciente, sinon à la plus scandaleuse des apostasies.

"Cas de ces prêtres félons qu'on trouve aux côtés du diabolique Weishaupt. Le chef des "Illuminés de Bavière" avait auprès de lui un prêtre apostat nommé Lanz, qui mourut frappé de la foudre au moment où il venait de recevoir les instructions de Weishaupt pour porter ses complots en Silésie (l'accident permit à la police de saisir les papiers de Lanz et de découvrir la secte entière ! archives comprises... Dans la liste établie par l'Abbé Augustin Barruel, on trouve: un évêque, un curé, quatre ecclésiastiques, un professeur de théologie)...

"Cas de ces prêtres ou religieux un moment gagnés au libéralisme, comme le Père Ventura qui, sous l'effet d'un caractère impétueux se laissèrent aller à des excès contrastant avec une vie par ailleurs édifiante [Le Père Gavazzi, l'abbé Gioberti, l'abbé Spola et le Père Ventura lui-même allèrent jusqu'à se faire les acolytes du sanglant Mazzini lorsque la Révolution chassa Pie IX de Rome. Pour le père Ventura, promoteur du vote familial et remarquable à bien des points de vue, il semble qu'il ait été "trop Sicilien" et que cela l'ait conduit à des positions inacceptables] ([Jean Ousset|Jean Ousset]], ibid., p. 142).

Tout ceci a été magnifiquement analysé par Mgr de Castro-Mayer dans une lettre pastorale (1953), dans laquelle il écrit que, "jusqu'à la consommation des siècles, l'Eglise sera exposée à ces jaillissements internes de l'esprit d'hérésie, et qu'il n'y a pas de progrès qui, pour ainsi dire, immunise définitivement contre ce mal. Que le démon soit engagé dans la production de telles crises, c'est ce qu'il est superflu de démontrer. L'allié qu'il parvient àintroduire dans les armées fidèles est son plus précieux instrument de combat. L'expérience actuelle [1953] montre qu'une cinquième colonne surpasse en efficacité les plus terribles armements. La tumeur étant formée dans les milieux catholiques, les forces se divisent, les énergies qui devraient utilisées entièrement dans la lutte contre l'ennemi extérieur s'épuisent en discussions entre frères. Et si pour éviter de telles discussions, les bons font cesser de telles discussions, les bons font cesser l'opposition, plus grand encore est le triomphe de l'enfer qui peut, à l'intérieur même de la Cité de Dieu, planter son étendard et développer rapidement et facilement ses conquêtes. Si, à une certaine époque, l'enfer cessait de tenter une manoeuvre aussi lucrative, on pourrait dire que, pendant cette époque, le démon a cessé d'exister... Ces causes sont perpétuelles et perpétuel aussi sera leur effet. En d'autres termes, l'Eglise aura toujours à souffrir de l'investissement intérieur par l'esprit des ténèbres".

Que la Révolution ait pris soin de ne pas négliger pareille tactique, rien de plus normal... (Jean Ousset, ibid., p. 258)

...Mais écoutons l'aveu des révolutionnaires (Jean Ousset, ibid., p. 260): dès 1720, le déiste anglais Toland, dans son Pantheisticon, écrivait que "beaucoup de membres des solidarités socratiques se trouvent à Paris, d'autres à Vienne, dans toutes les villes hollandaises, principalement à Amsterdam, et même, dût-on s'en étonner, dans la Cour de Rome.

"Miner sourdement et sans bruit l'édifice, écrira plus tard Frédéric II de Prusse à Voltaire (Lettre du 29 juillet 1775), c'est l'obliger à tomber de lui-même..."

"Vous devez sans cesse former de nouveaux plans, précisera Weishaupt (Code des Illuminés de Bavière, 1777. Cf. A. Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, t. II, p. 243, édition de 1819), afin de voir comment on peut, dans vos provinces, s'emparer de l'éducation publique, du gouvernement ecclésiastique, des chaires d'enseignement et de prédication..." (Tout un programme!)

"Car, 'la révolution dans l'Eglise, c'est la Révolution en permanence', lancera Piccolo Tigre, membre de la Haute Vente italienne, qui se trouve ainsi l'auteur de la formule que Trotsky reprendra (La révolution permanente, Rider, Paris 1932) cent dix ans plus tard pour exprimer son idéal marxiste de la Révolution...

"On sait que, plus directement aux prises avec l'Eglise Romaine, la Haute Vente se fit comme une spécialité de chercher à l'abattre en la corrompant de l'intérieur: 'L'Italie est couverte de confréries religieuses et de pénitents de diverses couleurs, notait Piccolo Tigre. Ne craignez pas de glisser quelques-uns des nôtres au milieu de ces troupeaux guidés par une dévotion stupide; qu'ils étudient avec soin le personnel de ces confréries et ils verront que, peu à peu, il n'y manque pas de récoltes à faire... Réunissez dans un lieu ou dans un autre, dans les sacristies même ou dans les chapelles, vos tribus encore ignorantes; mettez-les sous la houlette d'un prêtre vertueux, bien noté, mais crédule et facile à tromper; infiltrez le venin dans les coeurs choisis, infiltrez-le à petites doses (progressivement) et comme par hasard; puis à la réflexion, vous serez étonnés vous-mêmes de votre succès'... [les directives de l'Instruction permanente de la Vente suprême inviteront même à viser plus haut... Folie d'un projet insensé que peut seul expliquer l'aveuglement d'une haine satanique contre l'Eglise].

"'Notre but final, y peut-on lire, est celui de Voltaire et de la Révolution française: l'anéantissement à tout jamais du catholicisme, et même de l'idée chrétienne. Le pape, quel qu'il soit, ne viendra jamais aux Sociétés Secrètes; c'est aux Sociétés Secrètes à faire le premier pas vers l'Eglise [...], dans le but de les vaincre tous deux. le travail que nous allons entreprendre n'est l'oeuvre ni d'un jour, ni d'un mois, ni d'un an; il peut durer plusieurs années, un siècle peut-être, mais dans nos rangs le soldat meurt et le combat continue... Nous n'entendons pas gagner les papes à notre cause, en faire des néophytes de nos principes, des propagateurs de nos idées. Ce serait un rêve ridicule... Ce que nous devons demander, ce que nous devons chercher et attendre, comme les Juifs attendent le Messie, c'est un pape selon nos besoins. Alexandre VI, avec tous ses crimes, ne nous conviendrait pas, car il n'a jamais erré dans les matières religieuses, Un Clément XIV [connu pour avoir supprimer l'ordre des Jésuites en 1773, sur pression d'un grand nombre de souverains européens... L'Ordre des Jésuites sera rétabli en 1814 par Pie VII], au contraire, serait notre fait des pieds à la tête... Nous ne doutons pas d'arriver à ce terme suprême de nos efforts; mais quand ? mais comment ? L'inconnue ne se dégage pas encore... Or, donc, pour nous assurer un pape dans les dispositions exigées, il s'agit d'abord de lui façonner, à ce pape, une génération digne du rêve que nous rêvons. Laissez de côté la vieillesse et l'âge mûr; allez à la jeunesse, et, si c'est possible, jusqu'à l'enfance... N'ayez jamais pour elle un mot d'impiété ou d'impureté... Vous devez vous présenter avec toute l'apparence de l'homme grave et moral. Une fois votre réputation établie dans les Collèges, dans les gymnases, dans les universités et dans les séminaires, une fois que vous aurez capté la confiance des professeurs et étudiants, faites que ceux qui, principalement, s'engagent dans la milice cléricale aiment à rechercher vos entretiens... Dans quelques années, ce jeune clergé aura, par la force des choses, envahi toutes les fonctions; il gouvernera, il administrera, il jugera, il formera le conseil du souverain... Que le clergé marche sous votre étendard en croyant toujours marcher sous la bannière des Chefs Apostoliques. Vous voulez faire disparaître le dernier vestige des tyrans et des oppresseurs; tendez vos filets comme Simon Barjona (c'est-à-dire Simon, fils de Jean: saint Pierre); tendez-les au fond des sacristies, des séminaires et des couvents plutôt qu'au fond de la mer: et si vous agissez sans précipitation, nous vous promettons une pêche plus miraculeuse que la sienne. Le pêcheur de poisson devint pêcheur d'hommes; vous, vous amènerez des amis autour de la Chaire apostolique. Vous aurez pêché une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière, une révolution qui n'aura besoin que d'être un tout petit peu aiguillonée pour mettre le feu aux quatre coins du monde...'" (Lettre de Piccolo Tigre aux membres de la Vente de Turin du 18 janvier 1822, citée par Crétineau-Joly, ibid., t. II, p. 120, cité in Jean Ousset, ibid., p. 261-262).

"Dans l'esprit de l'Instruction permanente de la Vente Suprême, un passage de telle lettre de Charles Dollfus à la Comtesse d'Agoult indique fort clairement le plan suivi par les sectaires: "Il n'y a que le catholicisme qui puisse dévorer le catholicisme; une fois la tête frappée, les membres se disperseront...; le monstre se disjoindra pour s'engloutir lui-même... Sachons attendre et ne chantons pas victoire avant l'heure; elle viendra..." (du 11 août 1857, citée par Jacques Vier, in Daniel Stern, Lettres républicaines du Second Empire. Documents inédits, Editions du Cèdre, 13, rue Mazarine, Paris, cité dans Jean Ousset, ibid., p. 262).

"Et cette espérance dans une action sourde qui parviendrait à changer peu à peu l'esprit de l'Eglise comme de l'intérieur, il serait possible d'en relever maintes traces dans mille écrits au XIXe siècle. Un ministre protestant de Genève, le professeur Bouvier, n'expliquait-il pas fort clairement dans "L'Eglise libre", journal "réformé" de Nice, en janvier 1870: 'Dans notre lutte contre le catholicisme, le catholicisme libéral intervient, armé à la fois du prestige de l'antiquité des doctrines [mythe du prétendu "retour aux sources"] et ...de la nouveauté de l'esprit... Le catholicisme libéral peut seul faire l'oeuvre de réforme, d'édification 'vivante' qu'il a entreprise dans le milieu où il est né. Le pur évangile (sic) lorsqu'il est apporté aux masses catholiques par des mains protestantes, est, par cela même, compromis; on le suspecte. Le catholicisme libéral, lui, a chance de trouver un meilleur accès et de pééntrer, un jour, plus vite et plus droit, au coeur même de la place...' (Jean Ousset, ibid., p. 263).

"On le voit, c'est toujours la même idée. Rêve aussi normal qu'insensé de tous ceux qui ignorent au fond sur quelles assises repose la Sainte Eglise de Dieu. Illusion dont les libéraux furent tout à la fois les agents et les dupes au début du pontificat de Pie IX (présenté au début de son règne comme 'pape libéral'... alors qu'il deviendra le pape du Syllabus...) et dont certaines lettres de Gambetta semblent encore porter la marque lors de l'avènement de Léon XIII: Illusion qui, provoquera les sarcasmes d'Anatole France et les insultes rageuses du défroqué Charbonnel ["La désillusion est venue multiple et tristement cruelle. Léon XIII a réprouvé le néo-catholicisme. Léon XIII a réprouvé le Congrès des religions. Léon XIII a réprouvé la Démocratie chrétienne (celle de l'abbé Daens en Belgique) et réduit l'autre (celle de l'abbé Garnier) à n'être qu'une tartuferie de démocratie. Léon XIII a réprouvé l' américanisme (libéralisme) sans réserve. Léon XIII, "pape libéral" est le Souverain Pontife des anathèmes. Jamais nul pape n'a autant anathématisé en sa vie"...] à l'égard d'un pape qui frappait les catholiques, souvent généreux... mais agents plus ou moins conscients de la Révolution dans l'Eglise: Cf. Le coeur de Gambetta, p. 244, Lettres à Mlle Léonie Léon, 20 février 1878: "Aujourd'hui sera un grand jour. La paix venue de Berlin et peut-être la conciliation faite avec le Vatican... On a nommé le nouveau pape. C'est cet élégant et raffiné Cardinal Pecci, évêque de Pérouse. Cet italien, encore plus diplomate que prêtre, est passé au-travers de toutes les intrigues des Jésuites et des clergés exotiques. Il est pape, et le nom de Léon XIII qu'il a pris me semble du meilleure augure. Je salue cet évènement plein de promesse... Il ne rompra pas ouvertement avec les traditions et les déclarations de son prédécesseurs [cela susciterait la réaction de la tradition]; mais sa conduite, ses actes, ses relations, vaudront mieux que des discours, et s'il ne meurt pas trop tôt, nous pouvons espérer un mariage de raison avec l'Eglise"... Deux jours plus tard, Gambetta écrivait de nouveau: "Je sais un gré infini à ce nouveau pape du nom qu'il a osé prendre; c'est un opportuniste sacré. Pourrons-nous traiter ? Chi lo sa ? comme disent les Italiens" ...Il est à noter que ces lettres sont de la même année que le fameux Discours de Romans, dans lequel Gambetta déclarait la guerre au 'cléricalisme'...

"Rapprochements blasphématoires entre l'Evangile et la Révolution", s'écriera saint Pie X ! Mais le fait est que le blasphème de tels rapprochements eut lieu dès le début. Avant de devenir en effet le leitmotiv de Lammenais et de ses 'descendants' jusqu'à nos néo-modernistes, sillonistes et progressistes, cette façon de présenter les choses fut celle des Weishaupt, des Camille Desmoulins, des Marat, des Babeuf..., des carbonari, etc.

"Personne n'a frayé à la Liberté des voies aussi sûres que notre "grand maître 'Jésus de Nazareth'", avait déjà écrit Weishaupt, le satanique fondateur des 'Illuminés de Bavière'. "Jésus..., premier 'sans-culottes', dira Camille Desmoulins; Gracchus Babeuf le revendiquera comme un maître des 'partageux'... Marat, plus explicite encore, ne craindra pas d'affirmer que "la Révolution est tout entière sortie de l'Evangile... Jésus-Christ est notre maître à tous..." Aujourd'hui encore, des loges ne craignent pas de feindre des valeurs évangéliques pour corrompre l'esprit des gens. Visitez par exemple le site de la "Loge maçonnique Fidélité et Prudence" [24]... Proudhon parlera du 'divin socialiste', faisant écho, en cela, au 'nouveau christianisme' de Saint-Simon... Pie VII (1800-1823), de son côté, dans la Bulle Ecclesiam a Jesu-Christo notera que les Carbonari affectent un singulier respect et un zèle merveilleux pour la religion catholique (!), et pour la doctrine et la personne de Notre Seigneur Jésus-Christ, qu'ils ont parfois l'audace de nommer leur grand "maître et le chef de la société..." (Jean Ousset, ibid., p. 275).

'Le christianisme, disait Edgar Quinet, reste enfermé dans les tombeaux jusqu'à l'heure de la Révolution 'française', où l'on peut dire qu'il ressuscite, qu'il prend corps, qu'il se fait pour la première fois toucher, palper, par la main des incrédules, dans les institutions et dans le droit... L'Eglise était devenue la pierre qui enfermait l'esprit dans le sépulcre... Il fallait que cette pierre fût ôtée...'

"Et jusqu'à nos jours l'énumération pourrait s'étendre... On y trouverait Edouard Herriot, affirmant aux obsèques de Marc Sangnier que "s'il y a des socialismes plus savants, il n'y en a pas de plus persuasif que celui de l'Evangile..." (!) On voit le ton.

Dans ce courant d'éloges adressés par des non catholiques à un Evangile ou à un Christ présentés comme "révolutionnaires", tel passage de Buchez, écrit en 1836, semble bien contenir l'essentiel: 'La Révolution 'française', affirmait-il, est la conséquence dernière et la plus avancée de la 'civilisation' moderne (!); et la 'civilisation' moderne est tout entière sortie de l'Evangile (!). C'est un fait irrécusable quand on étudie l'histoire, particulièrement celle de notre pays et que l'on en analyse les évènements et leurs idées motrices. Tous les principes inscrits par la Révolution sur ses drapeaux et dans ses codes, ainsi que les mots d'Egalité et de Fraternité mis à la tête de tout ses actes, et avec lesquels, elle justifia toutes ses oeuvres, deviennent un fait incontestable si on les examine et les compare avec la doctrine de Jésus-Christ (!)'.

"Comment tant d'assurances ne forcerait-elle pas l'attention ? Si l'on en prend le sens et que l'on songe d'autre part, au refus exprimé par la dernière position (proposition 80 - condamnée-: "Le Pontife Romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne") du Syllabus, on ne peut pas ne pas être étonné par l'ampleur et la gravité d'une telle opposition:

- D'une part, le Vicaire de Jésus-CHrist condamnant jusqu'à l'espérance d'une réconciliation entre le catholicisme et la 'civilisation moderne' issue de la Révolution.

-D'autre part, les hommes de la révolution se réclamant de l'Evangile, et prétendant que la 'civilisation moderne' en est issue...!

"Imagine-t-on contradiction plus complète ? Et que l'on n'aille pas incriminer, comme certains osent le faire, la prétendue intempestivité de Pie IX! Saint Pie X, tout aussi bien, condamna le basphème (sic) de ces rapprochements entre l'Evangile et la révolution. Léon XIII lui-même, que d'aucuns n'ont pas craint de présenter comme un 'pape libéral', a été, en ce chapitre, aussi sévère que Pie IX l'avait été et que saint Pie X devait l'être: 'Que chacun évite toute liaison, écrivait-il le 8 décembre 1892, avec ceux qui se déguisent sous le masque de la tolérance universelle, du respect pour toutes les religions, de la manie de concilier les maximes de l'Evangile avec celles de la révolution, le Christ avec Bélial, l'Eglise de Dieu avec l'Etat sans Dieu...'

"Que certains révolutionnaires entrent en conflit avec l'Eglise au sujet de quelques références à l'Evangile, la chose, au fond, n'est pas extraordinaire et l'on peut dire qu'ennemies irréductibles par ailleurs, l'Eglise et la révolution s'opposent encore là-dessus. Mais que des hommes réputés 'catholiques' et s'affirmant tels (exemple en 2004, le républicain John Kerry, candidat à la présidentielle aux E.U., se présentant comme 'catholique' 'libéral' (!) partisan de l'avortement...) puissent tenir à la lettre propos semblable à ceux que nous venons de retranscrire, que ces hommes proclament à leur tout, comme les adversaires les plus évidents de leur foi et malgré les observations et condamnations de la hiérarchie ecclésiastique, les prétendues origines chrétiennes de la révolution, voilà qui devrait étonner beaucoup plus.

"Et qu'on ne vienne pas dire que, dans cet immense et très complexe phénomène de la Révolution, ces chrétiens admirent, enr éalité, tout autre chose que ce qui provoque, d'autre part, l'enthousiasme des révolutionnaires! Non, ce n'est point pour quelques avantages accidentels, comme par exemple, l'unification du système métrique, que la Révolution sera louée. Elle le sera pour ce qu'elle a d'essentiel, pour son esprit même, pour sa doctrine fondamentale, pour ce qui, en elle, exalte les sectaires et les impies: sa volonté de sécularisation de la vie sociale, son exclusion systématique de ce que ses agents apellent le "principe théocratique"; en fait, Jésus-Christ et son Eglise chassés de partout.

"Oui, c'est sur cela et non sur autre chose que se produit l'accord des révolutionnaires et de ceux que l'on peut appeler du terme général: 'catholiques-libéraux'... Les formules de propagande seront différentes. D'un côté, l'impiété étant manifeste, on comprend que, de l'autre, il n'en puisse être question. Les deux courants, pourtant, tendent au même but. Les 'catholiques'-libéraux, bien sûr, n'exigeront pas la sécularisation des isntitutions (quoique...) et de la vie sociale par haine explicite de la religion. Non, ils la proposeront et la présenteront comme un progrès ou, à tout le moins, comme voulue par l'"évolution" de l'histoire...

"La formule traditionnelle de l'ordre social (autrement dit, ce qui fut toujours désigné par l'Eglise comme la norme des relations entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel)..., une telle formule sera présentée comme ayant eu, jadis, peut-être, sa raison d'être, quand les peuples étaient encore enfants... Mais (les temps ont changé...), aujourd'hui que ces peuples ont grandi, "pris conscience" d'eux-mêmes, le rôle que l'Eglise avait jusque-là assuré à leur profit; rôle de mère - sinon de nourrice et de gouvernance - perd soudain toute légitimité. Et non seulement elle doit cesser de remplir ces fonctions, mais elle doit comprendre qu'il ne lui faut plus chercher à les remplir ! Bien loin de résister au courant révolutionnaire qui l'écarte de partout, tendant à la confiner dans un sanctuaire autour duquel on fait le vide, elle doit se retirer, s'effacer d'elle-même.

"A en croire ces nouveaux docteurs progressistes qui continuent à se dire ses fils (et sont parfois ses prêtres...), l'Eglise doit collaborer à sa propre expulsion en reconnaisant notamment que ce rôle d'éducatrice des nations fut exceptionnel, en dehors de ses attributions normales, que, la loi naturelle autant que la loi surnaturelle (que l'Evangile même !) ne justifiant pas cela, il aurait suffi, comme il suffit aujourd'hui, à l'équilibre de l'ordre temporel, d'un climat de fraternité dans le cadre d'une cité "interconfessionnaliste", à tolérance morale et dogmatique pratiquement illimitée...

"Nul doute, enseigneront encore ces mêmes 'docteurs', qu'en diffusant par le monde cet amour inconditionné de la tolérance pour tous et pour tout, la Révolution, malgré quelques excès impies sans importance parce que dus à des mouvements de réaction occasionnels beaucoup plus qu'à un esprit d'irréligion profonde... nul doute que la Révolution n'ait fait accomplir un pas nouveau à l'humanité, non plus certes, dans le sens de cette chrétienté "sacrale" du Moyen Age, laquelle était "pharisaïque" parce que tout extérieure, comme nous le comprenons désormais, mais dans le sens de la véritable chrétienté, de cette "chrétienté nouvelle", où tout sera tellement épuré que les différences de religion y seront en fait comptées pour rien et que cette société sera dite chrétienne sans qu'il lui soit nécessaire de croire même à Jésus-Christ !...

"Et, ce monde dont le Seigneur et Sauveur aura été pratiquement chassé, on aura l'audace de nous le présenter comme une "Jérusalem nouvelle", chef d'oeuvre politique et social de l'élaboration historique des siècles chrétiens, triomphe de l'action secrète, mais décisive, paraît-il..., du ferment évangélique dans les couches profondes d'une humanité qui se trouvera ainsi sauvée sans même l'avoir su ni voulu!

"Les Jansénistes du XVIIIe siècle, s'ils contribuèrent puissamment au triomphe de la Révolution, avaient au moins l'excuse de nourrir beaucoup d'illusions sur ce que devait être celle-ci et d'ignorer de quelles abominations elle deviendrait la source...

"Rien de semblable au bénéfice des 'catholiques'-libéraux! Pour eux, comme pour tous désormais, existe la leçon de 89 et de 93. La révolution a eu lieu et ses enseignements sont éclatants. Et non seulement la révolution a eu lieu, mais elle se développe, se poursuit dans le monde, déversant partout le flot de ses conséquences inexorables de laïcisme et de sécularisation méthodique, voire de persécution sanglante ou larvée...

"Les 'catholiques'-libéraux n'en restent pas moins inébranlables dans leurs convictions [au point que d'aucuns prétendent que "la Révolution n'a pas encore achevé son oeuvre..."] Ni les encycliques, ni l'évidence de ce qu'ils sont bien obligés d'appeler comme les autres la déchritianisation de la société, ne sont parvenus à les élcairer [La puissance d'égarement et l' opération d'erreur, lâchée à la fin des temps à cause de nos péchés, semble comme à son comble...]

"Depuis Lammenais et 'L'Avenir', condamnés par Grégoire XVI dès 1831, ils ont été recondamnés inlassablement par Pie IX, sous le nom de "'catholiques'-libéraux", par Léon XIII sous celui de l' "américanisme", par saint Pie X sous le couvert du "modernisme" et du "Sillon", par Pie XI sous l'aspect de ce qu' Ubi Arcano Dei appelle "modernisme juridique et social", et de nos jours, enfin, sous l'étiquette du "progressisme".

"En effet, quelle séduction plus dangereuse que celle de catholiques s'en allant dire que la révolution est fille du Christ ? Erreur abominable, écrivait Antoine Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880), que celle d'attribuer à Dieu le fruit de la perversion des hommes [...] et, à des hommes pervers, les fruits que nous tenons de Dieu. "Ce sera la pierre d'achoppement de l'époque, poursuivait l'auteur de La Légimitié (1873). Et le mirage est le que beaucoup parmi les plus sages ne savent pas encore où fixer leur esprit !... (Jean Ousset, ibid., p. 274-280).

"L'intention de détruire l'Eglise de l'intérieur paraît encore dans la revue maçonnique L'Acacia, dans son numéro de mars 1908, p. 235: 'Pourquoi, y peut-on lire, quand [le journal] 'La Croix' aura le monopole incontesté de la direction des catholiques, ne nous en emparerions-nous pas, avec le concours des Juifs, des protestants et du gouvernement, en achetant les actions ? On balayerait alors toute la rédaction cléricale pour en substituer une de libres-penseurs malins, qui conserveraient d'abord le ton de la maison, puis le changeraient peu à peu. Faire évoluer un journal sans que les électeurs s'en doutent, comme un fabricant de chocolat change de cacao, c'est l'enfance de l'art'...

"Tels sont les exemples pris entre mille possibles et que nous avons choisis aux différentes époques de l'ère révolutionnaire pour mieux marquer la constance, la permanence de l'opération... Quand on a compris le sens du combat apocalyptique qui est celui de l'Histoire, bien loin de s'étonner, on trouve logique que la Révolution cherche à détruire l'Eglise et l'ordre chrétien par le dedans autant, si ce n'est plus, que par l'extérieur (Jean Ousset, ibid., p. 265-266).

"Au reste, il est dans l'Evangile, à la fin du dialogue de Notre-Seigneur avec Pilate, une phrase avant laquelle nous nous sommes arrêtés, quand nous avons étudié cette scène de la Passion: "Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut", venait de répondre Jésus au Gouverneur, représentant du pouvoir civil. Mais le Sauveur d'ajouter: "C'est pourquoi celui qui m'a livré à toi est coupable d'un plus grand péché" (Jn XIX, 10-13). Plus coupable donc le Sanhédrin, plus coupables les scribes, les docteurs de la loi, les princes des prêtres, puisque ce sont eux qui livrèrent effectivement le Seigneur au pouvoir politique, autant dire à César, à l'Etat. Plus coupable Judas, qui, lui, appartenait au collège apostolique. Comment nier qu'il y avait là un grand mystère ?

"Certes, Jésus a été livré au pouvoir civil à tel moment précis de l'histoire du monde, et cela par les représentants d'un pouvoir spirituel dévoyé. Mais le fait est que Jésus, dans Son Eglise, Jésus, pierre d'angle de tout l'ordre chrétien, devait continuer, tout au long des siècles, à être parfois livré de la même façon à la persécution des différents César, des différents régimes, par la trahison spirituelle, intelelctuelle, d'une certaine troupe de scribes, prétendus docteurs de la loi, clercs passés à l'hérésie. Comme si Dieu voulait montrer par là que rien ne pourrait ébranler la chrétienté si elle n'était, d'abord, trahie par certains de ceux qui auraient dû être Ses défenseurs plus doctrinalement compétents.

"Ce sont toujours les hérésiarques, en effet, qui ont livré Jésus aux persécutions des différents Pilate. C'est toujours dans le sillage des hérésies que la société chrétienne fut le plus ébranlée, l'Eglise persécutée, la royauté sociale de Jésus-Christ méconnue... Or, l'hérésie comme telle, fut presque toujours une désagrégation par l'intérieur, une trahison de Jésus par certains des siens. 'Bien plus, ne craint pas d'écrire Dom Sarda, il est historiquement certain qu'en aucun siècle les hérésies n'ont pu, ni faire quelque bruit, ni se développer, si, dès le début, elles n'ont point eu de prêtres à leur service. Le prêtre apostat est le premier facteur que recherche le diable pour réaliser son oeuvre de rébellion. Il a besoin de la présenter aux regards des gens avec quelque apparence d'autorité; or, rien ne le sert autant sous ce rapport, que le contre-seing d'un ministre de l'Eglise' (Dom Sarda y Salvany, Le Libéralisme est un péché, p. 149).

"Et le fait est que, de Novarien en Arius, de Luther en Jansénius, autant dire des princes barbares aux seigneurs allemands révoltés à la voix du moine 'réformateur', sans oublier le joséphisme, il serait facile de montrer l'ordre social chrétien démantelé par la trahison préalable d'un certain nombre de représentants de l'autorité intellectuelle ou spirituelle" (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 264-265).

L'infiltration marxiste

"Action de sape et de désagrégation pratique, semblable à celle que le Parti communiste chinois recommandait dans son "ordre secret" du 12 février 1957, émanant du Bureau N° 106 (Source: Agence Fides, Rome, Nouvelles de Chrétienté, 6 février 1958). En voici le texte intégral. Les passages mis en évidence (lettres majuscules) le sont par nous. On remarquera la méthode "dialectique" à l'oeuvre: noyauter les catholiques et le clergé par le biais des "activités", par les émotions suscitées, etc. sans que des propositions athées ou trop carrément marxiste soient mises en avant qui compromettraient tout...

"Nos camarades doivent trouver le moyen de pénétrer au coeur même de chaque Eglise, se mettre au service de la nouvelle organisation de la police secrète, déployer une grande activité au sein même de toutes les activités ecclésiastiques, déclencher une attaque de grande envergure, s'engager à fond, même en appeler à l'aide de Dieu, et, pour réussir à former un front unique, se servir du grand charme et de la force séductrice du sexe féminin...

"En Conséquence, pour atteindre ce but, pour diviser les Eglises de l'intérieur et opposer entre elles les diverses organisations religieuses, l'organe du Parti a édicté les neuf dispositions suivantes:

"1. Les camarades doivent S'INTRODUIRE DANS LES ECOLES ETABLIES PAR CES EGLISES ET LES EMPOISONNER PAR LEURS DOCTRINES. Ils doivent espionner les réactionnaires pour pouvoir rendre compte de toutes leurs activités; ils doivent se mêler aux étudiants, s'adapter à leurs sentiments, se mettre ainsi au courant des activités régionales, les surveiller et, méthodiquement, S'INSERER DANS TOUS LES SECTEURS DE L'ACTION ECCLESIASTIQUE.

"2. Chaque camarade doit trouver le moyen de devenir, par le baptême, un membre de l'Eglise, et ainsi, couvert d'un habit trompeur, s'inscrire à la Légion de Marie, ou, s'il s'agit de protestants, se joindre à l'organisation des Croisés (Crusaders). Une fois là, tous déploieront une activité de grande envergure, en se servant de belles phrases pour EMOUVOIR et attirer les fidèles, ils iront plus loin encore et tâcheront de DIVISER radicalement les diverses catégories de fidèles, même en faisant appel à l'amour de Dieu et EN PLAIDANT LA CAUSE DE LA PAIX. En faisant ainsi, ils détruiront la propagande venimeuse de l'impérialisme oppresseur.

"3. Nos camarades devront assister à tous les serives religieux et, affablement, bénignement, en se servant d'une façon intelligente des méthodes les plus variées, s'unir au clergé et espionner son action.

"4. Les écoles fondées et dirigées par les Eglises sont un champ idéal pour notre pénétration. Tout en feignant la plus exquise bienveillance, les activités de notre organisation doivent appliquer cette double règle: "s'attacher l'ennemi pour supprimer l'ennemi". Ils doivent se mêler allègrement aux directeurs, aux professeurs, aux étudiants pour les dominer, en appliquant le principe "diviser c'est gouverner". En outre, ils doivent chercher à établir des contacts avec les chefs des familles des étudiants pour renforcer le travail de base de la révolution et déployer toutes nos activités secrètes.

"5. Ils doivent PRENDRE L'INITIATIVE DANS TOUTES LES ACTIVITES, PENETRER TOUTES LES INSTITUTIONS DE L'EGLISE, gagner la sympathie des fidèles et, de cette façon, ils seront capables de s'insérer dans la direction de l'Eglise elle-même.

"6. C'est en s'alignant sur les directives du Parti que la cellule de commande atteindra le but qui lui est fixé, à savoir, pénétrer dans toutes les organisations ecclésiastiques, PROMOUVOIR L'ACTION POUR LA PAIX et ainsi exercer notre influence dans tous les secteurs.

"7. En se basant sur ce principe de fer: "écraser l'ennemi en se servant de l'ennemi même", on doit chercher à persuader l'un ou l'autre membre éminent de l'Eglise de venir en Chine et lui procurer documents et autorisations nécessaires. Par cette action fausse et secrète on nous aidera à atteindre notre but, car cet homme éminent nous révèlera le vrai visage et la vraie situation de l'Eglise.

"8. Les camarades activistes doivent avoir l'esprit d'initiative, découvrir les points faibles de l'organisation ecclésiastique, EXPLOITER LES DIVISIONS, neutraliser le venin religieux et ecclésiastique en instillant notre contre-poison et mettre tout en oeuvre pour déployer nos lignes de combat.

"9. Tout camarade qui occupe un poste de commande doit avoir compris à fond que l'Eglise catholique, asservie à l'impérialisme, doit être abattue, et détruite de fond en comble. Quant au protestantisme, qui commet l'erreur de suivre une politique de coexistence, il faut l'empêcher de faire de nouvelles conquêtes, mais nous pouvons le laisser mourir de sa mort naturelle. Les neuf points mentionnés regardent le service du Parti à l'étranger".

A noter dans ce texte l'utilisation équivoque du thème de "la paix" dans les campagnes communistes.

En ce qui concerne le protestantisme, on voit combien une religion détachée de Rome offre peu d'obstacles sérieux au communisme. [Cet acharnement à détruire la seule Eglise catholique et romaine prouve bien que c'est elle qui est dans la vérité. Sinon les ennemis de Dieu s'emploieraient avec le même degré de force à détruire les autres religions.]

Par contre voici de quelle façon les ennemis de Dieu utilisent l'islam:

[...] Voici comment le Parti Démocratique de Guinée, "seul guide éclairé des masses", sous la direction de M. Sékou-Touré, entend noyauter la vie religieuse musulmane.

"Nous devons tout d'abord éviter tout propos, tout comportement, toute prise de position officielle ou publique pouvant être interprétée comme une attitude anti-religieuse...

"Nous devons ensuite NOUS INTERESSER (quelles que soient alors nos conceptions sur la religion ou notre confession) A LA RELIGION MUSULMANE non pas pour en faire une "religion d'Etat" ou pour la hisser à un quelconque sommet, mais plutôt POUR:

"a) COMBATTRE EFFICACEMENT TOUTES LES CONCEPTIONS RETROGRADES ET CONTRE-REVOLUTIONNAIRES [où l'on voit qu'aujourd'hui encore en France, l'islam n'est qu'un moyen pour affaiblir davantage le catholicisme et la cité catholique], tous les mythes, toutes les mystifications et superstitions inconsciemment et savamment entretenues parmi les masses par des escrocs patentés déguisés en amarabouts;

"b) Combattre efficacement le fanatisme religieux, fauteur de troubles, destructeur par essence des liens de fraternité et de solidarité...

"c) Combattre efficacement la domination d'une clique de faux dévots et d'exploiteurs dont les prestige a constitué pour la Nation une entrave certaine à la pénétration des idées de PROGRES et une entrave à la libération totale de l'homme...

"[...] Fraternellement. Conakry, le 16 octobre 1959. Pour le bureau Politique National. le secrétaire politique, signé: Hadj Djallo Saifoulaye. Un secrétaire, signé: Canara Daouda".

Et, à n'en point douter, parmi les modèles du genre, l'arrêté du 10 novembre 1954 de Nikita Khrouchtchev, mérite d'apparaître comme le chef-d'oeuvre de l'action antireligieuse marxiste en temps normal. Extraits publiés dans le Bulletin de l'association pour l'étude des questions religieuses, n° 16, avril 1955, 26, rue d'Armenonville, Neuilly-Sur-Seine:

"[...] En tenant compte de toutes ces données, le Parti trouve indispensable d'EFFECTUER UNE PROPAGANDE SCIENTIFIQUE ET ATHEE PROFONDE ET SYSTEMATIQUE, SANS ADMETTRE CEPENDANT QUE LES SENTIMENTS RELIGIEUX DES CROYANTS ET DES SERVITEURS DU CULTE PUISSENT ETRE OUTRAGES..."

Magnifique exemple de dialectique marxiste. Ainsi, de la persécution violente et sanglante à l'arrêté de Khrouchtchev, on découvre la panoplie de ressources du marxisme dans l'action antireligieuse... (Source: Jean Ousset, Marxisme et Révolution, en finir avec le marxisme, CIC, Bagnolet 1981, p. 160-168).

... Et détruire l'ordre social

"Après la haine de Dieu, de Son Christ, de Son Eglise, de Ses prêtres, de Ses fidèles, après la corruption morale et la corruption intellectuelle, on peut ajouter, comme autre caractère satanique de la Révolution, la destruction systématique de tout ordre politique et social digne de ce nom, autant dire vraiment conforme à la fin naturelle et surnaturalle de l'épanouissement himain qu'ils ont mission de promouvoir, d'assurer ou de favoriser.

"Contentons-nous de quelques citations pour illustrer d'ailleurs ce que tout le monde sait.

"Comme l'a dit Findel, il ne s'agissait et 'il ne s'agit rien moins que d'une réédification de la société sur des bases entièrement nouvelles, d'une réforme du droit, d'une renouvellement complet du principe de l'existence, notamment du principe de la communauté et des relations réciproques entre l'homme et ses semblables'.

"Quand on sait avec quelle patience, quel sens hautement politique le catholicisme, en ce qu'il avait même le plus opposé au paganisme, s'est développé, on ne peut manquer de reconnaître dans la Révolution un esprit radicalement contraire ("Révolution vient de revolvere, qui signifie mettre sens dessus dessous", Rivarol).

"L'aveu en est particulièrement précieux à recuillir sous la plume du libéral Tocqueville: 'Les Français ont fait en 1789 le plus grand effort auquel se soit jamais livré aucun peuple, afin de couper, pour ainsi dire, en deux leur destinée et de séparer, par un abîme, ce qu'ils avaient été jusque-là de ce qu'ils voulaient être désormais. Dans ce but, ils ont pris toutes sortes de précautions pour ne rien emporter du passé dans leur condition nouvelle; ils se sont imposé toutes sortes de contraintes pour se façonner autrement que leurs pères; ils n'ont rien oublié enfin pour se rendre méconnaissables...' (Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution, Avant-Propos).

"Une telle coupure est vraiment unique dans l'histoire. D'où la condamantion de Mgr freppel: "La Révolution 'française' a créé parmi nous les divisions durables et profondes; elle a séparé la France en plusieurs camps absolument hostiles les uns aux autres. Voilà pourquoi je la considère comme l'évènement le plus funeste de notre hsitoire nationale" (Mgr Freppel, Révolution française, p. 139, cité dans Jean Ousset, ibid.,, p. 157).

"Aussi bien, Proudhon s'écriera-t-il: 'Notre principe à nous, c'est la négation de tout dogme; notre donnée, le néant. Nier, toujours nier, c'est là notre méthode; elle nous a conduits à poser comme principes: en religion, l'athéisme; en politique, l'anarchie; en économie politique, la non propriété' (Proudhon cité par Dom Paul Benoît, La cité Anti-Chrétienne, deuxième partie, t. I, p. 17, cité in Jean Ousset, ibid.,, p. 157).

"Et Rabaut-Saint-Etienne, à la Constituante: "Pour rendre le peuple heureux, il faut le renouveler, changer ses idées, changer ses lois, changer ses moeurs, changer les choses, tout détruire, oui tout détruire, puisque tout est à recréer".

"Frénésie satanique, goût du néant, de la table rase, du refus de l'être, du refus de la stabilité, du refus de la paix sociale. Goût de l'action pour l'action, de la Révolution pour la Révolution; volonté de la Révolution permanente.

"Idéal que le marxisme poussera explicitement à sa perfection.

"Non, la grève pour l'amélioration réelle du sort de l'ouvrier qu'elle permettrait, peut-être, d'obtenir, non la grève pour un "kopeck", disait dédaigneusement Lénine, non la réforme pour le bien qu'elle apporte; mais la grève pour ce qu'elle a précisément de navrant, la grève pour le conflit social (monter les ouvriers contre les patrons), la réforme comme moyen révolutionnaire, la réforme pour la réforme, la réforme comme système de bouleversement continu, sans autre fin que la Révolution" (Jean Ousset, ibid.,, p. 157).

Volonté systématique de rupture avec le passé, avec la tradition

"Volonté à ce point farouche et absurde qu'un Jaurès, certain jour, se vit à amené à protester contre l'embarras où elle risquait de placer les révolutionnaires eux-mêmes: voir l'Intervention sur les manuels d'histoire en usage dans les écoles de l'Etat, Séance du 24 janvier 1910: "Il y a dans quelques-uns de nos manuels une sorte d'admiration un peu complaisante et béate pour les choses d'aujourd'hui, qui est injurieuse pour le passé et stérilisante pour l'avenir. Je vous l'avoue, quand je lis dans nos manuels, à la charge des siècles passés, à la charge de la monarchie, qu'alors les riches vivaient dans des palais splendides et que les pauvres végétaient dans les taudis, j'ai peur précisément qu'un des fils du peuple, venu à l'école par le détour de nos riches avenues et sortant de ces pauvres taudis où sont accumulées tant de familles ouvrières, j'ai peur que cette tête ne se relève anxieuse et interrogative, et que l'enfant ne se dise tout bas ce qu'il n'ose dire tout haut: "Eh bien! Et aujourd'hui ?". J'ai peur que nos écrivains ne soient pas justes lorsqu'ils condamnent toute une époque par le seul fait des famines qui l'ont désolée, oubliant que ce n'est pas las eule faute de l'organisation politique et sociale d'alors, mais d'une insuffisance de moyens de production, et je trouve douloureux que nous reprochions ainsi aux siècles passés les famines, qui venaient de pauvreté, de misère quand, dans l'abondance et dans la puissance des moyens de production d'aujourd'hui, nous ne pouvons pas toujours, nous ne savons pas ou nous ne voulons pas épargner toujours aux hommes ces dures épreuves. Famine de l'Inde, famine d'Irlande, en plein XIXe siècle! Oh ! Messieurs, glorifions le présent, mais avec mesure, avec sobriété !" - Reproche semblable relevé par Jean Guiraud, sur les lèvres d'un directeur de l'enseignement primaire, M. Gasquet lui-même: "Il semble, dit-il que, pour beaucoup, la Révolution ait marqué une ligne de démarcation absolue entre deux époques, qu'avant cette date fatidique, la France ait végété en une ère d'ignorance et de ténèbres, en un abîme de souffrance et de misère où l'aube de 1789 commence à laisser filtrer le premier rayon d'espoir et de salut! C'est là une conception simpliste et fausse. Elle est injurieuse pour nos ancêtres, coupables d'avoir supporté si longtemps ce joug d'iniquité. Elle est impossible à concilier avec les chefs d'oeuvre de civilisation réalisés dans ce passé avec la collaboration de tous. Cet ancien régime a connu des siècles de splendeur et de prospérité" (Jean Guiraud, Histoire partiale, Histoire vraie, t. I, p. 6, cité dans Jean Ousset, ibid.,, p. 159).

Mystère d'iniquité, apostasie des nations et "super-Etat" mondial

"Branle de démolition donné par la Révolution", a dit Barbusse (Paroles d'un Combattant), "gloire splendide et ineffaçable de notre pays..." et qui "se continue" !

"Branle de démolition" (comment ne pas faire allusion au 'vandalisme révolutionnaire' sous la Révolution 'française', en Espagne, etc. ?). La formule est exacte.

"Famille, corps intermédiaires, nations: cadres naturels offerts au plus facile et plus général épanouissement des personnes humaines, tout cela menacé, ébranlé, en certains points anéanti, non par l'accidentelle et malheureuse rencontre de quelques évènements, mais principe et systématiquement.

"Mystère d'iniquité, mystère si lourd qu'il réveille irrésistiblement dans nos mémoires le souvenir des admirables commentaires de Dom Delatte sur ce passage de la Seconde Epître aux Thessaloniciens, où saint Paul consacre quelques lignes à la manifestation de l'Antéchrist avant le dernier Avènement.

"On se souvient de l'idée exprimée par l'apôtre. "Le mystère du Christ et son règne se répandront sur toute la terre, puis viendra une heure d'apostasie, où les peuples s'éloigneront de Lui. C'est alors que l'Antéchrist, qui n'a jusqu'ici (époque de saint Paul), que des précurseurs, se révélera tout entier, lorsque le lui permettra l'effacement d'un pouvoir qui, pour un temps, le limite et le contient. De ce pouvoir, de ce frein, quel qu'il soit pour nous, l'Apôtre a parlé à Thessalonique et l'a nommément désigné. Dès que le frein se sera retiré, rien n'arrêtera plus la manifestation de l'Antéchrist..." Certes, Dom Delatte ne manque pas de souligner combien tout cela est obscur pour nous. "Nous sommes réduits, écrit-il, à des conjectures. Pourtant, nous devons quelque chose au texte de saint Paul.

"Le mal ne se manifeste, insiste l'illustre bénédictin, que dans la mesure des issues qui lui sont créées. Le travail satanique, qui tend à la destruction de l'ordre de la vie, est réduit dans son effort par une part de bien, d'ordre, d'harmonie, qui existe encore dans les choses, qui est fixée dans les isntitutions et endigue le mal... Oui, il ya une force sociale qui limite le mal et l'empêche d'aboutir au désordre et au néant, il existe une armature stable, des lignes hiérarchiques qui contiennent et réduisent l'effort du méchant... Il est évident que le jour où cette puissance d'ordre et de paix, qui, des mains de Rome païenne, a passé à la Rome chrétienne, après avoir été lentement minée par les légistes, secouée par la prétendue "Réforme" et par la Révolution, aura été définitivement ruinée par l'assaut du mal déchaîné, les routes seront ouvertes et les issues libres pour le mal. Rien ne le retiendra plus.

"Contre cette puissance d'ordre, de paix et d'harmonie qui, non seulement a pour mission d'assurer dans le sein de Dieu, le bonheur éternel de tous les membres de la famille humaine qui auront voulu s'attacher à elle, mais qui est, répétons-le, de par Dieu, la seule condition de l'ordre dans l'homme, dans la famille, dans la société, dans la nation, dans toute l'humanité, contre cette puissance, tout s'étant coalisé, et les passions populaires qui sapent l'ordre, et les pouvoirs politiques eux-mêmes ardents à leur propre ruine... (alors) rien n'empêchera plus l'avènement de l'ennemi du Christ... Il aura tous les droits, toute l'autorité; il s'appelera 'l'Etat' et courbera tout devant lui.

"Il s'appellera l'Etat ? Oui, sans doute. Il semble pourtant, après ce qui se manifeste chaque jour un peu plus, qu'on puisse préciser davantage et dire: Il s'appellera, il risque fort de s'appeler le Super-Etat, pouvoir occulte universel enfin manfesté et vraisemblablement incarné en une personne ou en un petit groupe de personnes, visibles ou invisibles, connues de tous ou masqués aux yuex des foules par le silence, le mystère et l'anonymat: pouvoir mondial de la Révolution triomphante, réalisation du vieux rêve millénaire et brûlant de la Promesse interprété imprudemment comme certitude d'empire planétaire. Pouvoir terrible qui, courbant tout sous sa "loi" régnera par toutes les ressources de contrainte; force habile; force brutale; puissance inouïe de suggestion publicitaire ou éducative, pression sur les intelligences, disposition violente des corps, espionnage, corruption policière, terreur, tortures, cures prétendues de désintoxication et formules d'aveux spontanés du type U.R.S.S., etc.

"L'Etat tout court, en effet, pour monstrueux qu'il puisse être à son degré, parce qu'il est au moins national, ne laisse pas de conserver entre ses griffes quelques débris d'un ordre naturel, qui, par destination divine, est, malgré tout, principe et cadre d'épanouissement personnel.

"Or, précisément, depuis Rousseau, le théoricien le plus explicite du système, jusqu'à l'heure qui court en ce moment, tout a été, tout est mis en oeuvre pour opérer ce que nous avons déjà appelé un "déboisement social": destruction méthodique des corps intermédiaires et des nations elles-mêmes...

"Jacques Valdour l'a fort bien dit: "Les idées révolutionnaires auraient par elles-mêmes une efficacité insuffisante... mais notre société leur oppose d'autant moins de résistance qu'elle est, depuis plus d'un siècle, la proie de l'individualisme. Aussi présente-t-elle une perméabilité redoutable à toutes les doctrines dissolvantes. Elle ne possède plus de cadres naturels, plus de forme définie; c'est une masse fluctuante que peuvent traverser tous les courants d'opinion, tous les flux de passion ou d'idées". Plus de corps sociaux vraiment animés par les lois de la vie qui devrait être la leur. Beaucoup plus que le jeu de la défense des intérêts qui paraissent les rassembler, c'est l'idéologie qui, le plus souvent, dirige en maîtresse syndicats ou autres associations. Or, dans cet ordre idéologique, c'est la Révolution qui règne.

"En vérité, il est peu de points où l'action révolutonnaire apparaisse aussi bien ordonnée, aussi sataniquement persévérante que dans cette course au Super-Etat, écraseur de toute réelle vie sociale et nationale.

"La Loi Le Chapelier (1791) ayant donné le signal de la course, jamais le train ne s'est ralenti depuis. Entreprise, tout à tour, au nom de la LIBERTE des peuples, au nom du "principe des nationalités", au nom de l' "internationale", de l'union des démocraties, la dévastation n'a jamais cessé dans la tutélaire forêt des corps sociaux ou nationaux. Aussi bien, le cri de victoire n'a-t-il pas déjà été lancé ? Recueillons-en l'avant-note sous la plume de Gustave Naquet: ""Sur les décombres des patries nivelées, se fondera la République des Etats-Unis de la Civilisation dont la France ne sera qu'un canton; de sorte que, deux mille ans après l'infructueux (!) essai du Christ (!!) pour réaliser la Paix universelle, l'avènement définitif (!!!) du Messie-Humanité marquera le triomphe de l'ancien rêve judaïque" (Gustave Naquet, L'humanité et la patrie cité in Jean Ousset, ibid.,, p. 162).

"Idéal d'un "Super-Etat", fondé sur les décombres des patries, nivelées, caricature satanique et diabolique singerie de la chrétienté. Mais la chrétienté, elle, était une famille de nations vivantes, non écrasées par l'étatisme, aux hiérarchies sociales prospères, riches en "peuples" et non en "masses" (Cf. la distinction de Pie XII, dans son message de Noël 1944 sur la Démocrtie), familles de nations ayant leur génie propre et leur souveraineté, mais réunies dans la Foi, le service et l'obéissance de leur Eglise.

Tueries et supplices
 C\'est ainsi que l\'on punit les traîtres - gravure d\'époque.JPG
  C'est ainsi que l'on punit les traîtres... - gravure d'époque

"Il reste un dernier point que nous voudrions mettre en lumière dans cette frénésie d'anéantissment de la Révolution: réalisation la plus fidèle que le monde ait jamais connue depuis l'ère chrétienne, de ce rêve de Lucifer: la tuerie, le supplice des hommes.

"Certes, une objection courante consiste à faire observer que l'histoire des peuples chrétiens contient, elle aussi, d'assez tristes pages, scandaleusement tachées de sang. Ainsi la Saint-Barthélemy.

"Pourtant, l'objection ne tient pas contre ce que nous proposons de dire en cet endroit et c'est très sereinement que nous tenons à affirmer qu'il est impossible d'opposer aux crimes de la Révolution ceux de l'histoire des âges chrétiens.

"Et cela parce qu'il y a d'abord, disproportion gigantesque quant au chiffre même de ces crimes.

"Par exemple, ce que Jean Guiraud a écrit, au début de son Histoire partiale, histoire vraie (t. I, p. 50), sur la comparaison entre les crimes de la terreur (1793) et ceux qui furent commis en certains lieux au début de la Restauration: "Environ deux cents personnes furent victimes de ce mouvement de réaction. Loin de nous, la pensée de justifier de pareils meurtres, qu'ils aient été ordonnés par la loi ou qu'ils aient été l'oeuvre de la populace". Mais on ne peut... "assimiler les exécutions de 1815 à celle qui, 22 ans auparavant, avaient fait mille fois plus de victimes" - De même à propos de l'inquisition. L'Inquisition espagnole elle-même si souvent attaquée, ne saurait être comparée, même de loin, au moindre tribunal révolutionnaire. Le prêtre apostat Llorente avait donné une statistique effrayante des victimes de l'inquisition espagnole: 341 021 condamantions dont 31 912 personnes brûlées sur le bûcher, pour la seule année de 1481, 2000 hérétiques brûlés par Torquemada...! (Histoire critique de l'Inquisition espagnole). Chiffres fantaisites: aucun document ne permet de les justifier. Contraint d'en faire la preuve, Llorente prétendit... avoir brûlé les documents!... Torquemada ne devint inquisiteur à Séville qu'en 1483!... Enfin, Llorente est pris en flagrant délit de mensonge lorsqu'il prétend citer Mariano, lequel donne le chiffre de 2000 exécutions seulement pour la durée des fonctions de Torquemada. Gams, voulant vérifier les dires de Lorente, trouve 4000 condamnés à mort (et non 31 912!) pour 330 ans d'Inquisition espagnole, soit 12 exécutions dans tout le royaume (H. Hello, La Vérité sur l'Inquisition, p. 62). Au moment même de la répression de l'albigéisme et de ses séquelles, véritable péril social et national, "la proportion des condamantions, écrit Vacandard, était, dans le tribunal de Pamiers, de une pour treize, dans le tribunal de Toulouse, de une pour vingt-deux ou vingt-trois... Cette statistique est loin des fantômes qu'évoque volontiers la plume grossissante des pamphlétaires mal informés" (LInquisition, p. 236). Au reste, toutes les condamantions n'étaient pas condamantions à la peine capitale. "Sur neuf sessions tenues par le tribunal de Pamiers (1318-1324) et portant condamnation de soixante-quatre personnes, cinq hérétiques seulement ont été livrés au bras séculier". Soit une moyenne de un par an. "Si le tribunal révolutionnaire écrit J. Guiraud à ce sujet, n'avait fait que deux victimes, une en 1793 et l'autre en 1794, en parlerait-on seulement ? Enfin, ces prétendues "victimes" étaient, à quelques exceptions près, de véritables ennemis de l'ordre public, contre lesquels la société pouvait légitimement se défendre. C'était surtout des violations de la loi naturelle qui provoquaient les plus sévères condamantions. N'oublions pas, en effet, que cathares et Albigeois condamaneint le mariage légitime; qu'un Dolcino, chef des hérétiques appelés "bizocchi", professait le communisme, rayait la luxure de la liste des péchés capitaux et enseignait à ses disciples l'usage indifférent de leurs femmes et de celles d'autrui, etc. Et qu'on ne prétende pas avec Michelet que ces doctrines étaient inoffensives parce qu'elles étaient spéculations de rêveurs sans action sur la société. C'est le contraire qui est vrai: leurs prédications avaient pour conséquences presque immédiate des trouèbles politiques et sociaux. En Italie, les cathares réussirent à prendre le pouvoir dans certaines villes. A Brescia, en 1225, ils incendièrent quelques églises et lancèrent des torches sur les maisons des fidèles. lorsque les "fraticelli" de Dolcino voulurent fonder leur cité communiste, ils s'armèrent, ravagèrent les environs de Novare, semant partout la terreur. En Angleterre, les Lollards suscitèrent des révoltes formidables, saccageant les Comtés d'Essex, de Kent, de Suffolk et de Norfolk, massacrant les gens et, notamment l'archevêque de Cantorbery et le Grand Prieur de Saint-Jean de Jérusalem.

"Et s'il y a, précisément, disproportion gigantesque quant au chiffre de ces crimes, c'est que le meurtre, l'atteinte à la simple intégrité physique du prochain ne sont pas et ne furent jamais, de notre côté, recherchés ou considérés comme un moyen d'action normal, sinon légitime, alors qu'ils le furent et le sont encore de l'autre côté. Aucun doute n'est possible sur ce point: faits et textes abondent, sans oublier maints aveux forts cyniques.

"Les criminels chez nous, n'apparaissent pas comme de grands hommes, ni comme des pionniers, les fondateurs, les héros de l'ordre chrétien. Or, rien de tel précisément du côté de la Révolution: impossible d'y nier que les personnages décisifs pour le succès de la cause sont ceux qui ont le plus de sang surles mains. les archives de l'histoire révolutionnaire sont pleines de crimes, de massacres prémédités, bien à froid, dans les loges ou autres officines plus secrètes. Le poignard, le poison, la pique, la guillotine, aujourd'hui la mitraillette ou le coup de pistolet dans la nuque, les sabotages criminels, l'exécution sommaire, l'émeute sanglante, les tribunaux dits populaires, les tortures, les camps de concentration, la terreur, (le massacre aujourd'hui de générations entières de bébés par avortement), apparaissent comme les isntruments réguliers, sinon les accessoires constants des progrès de la Révolution dans le monde. Elle fut, elle reste rigoureusement tributaire des assassins qui la servirent, qui la servent et dont elle s'est servie et se sert, les exaltant comme d'austères serviteurs, quoique un peu trop farouches à l'occasion. Ses doctrines excellent à présenter ce ramassis de canailles comme d'authentiques et purs justiciers (travaillant au nom de la Liberté et du progrès évidemment...) Par les ressources d'une dialectique inouïe, on présentera comme des héros les pires tueurs.

"Pour établir solidement la République, il faut réduire la population "de moitié" conseillera Jean Bon Saint-André, en 1793; et l'infâme Carrier, le bourreau de Nantes: Nous ferons un cimetière de la France, plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière...

"Or, précisément, on connaît la manière. le très positiviste Taine en a relevé la recette, assez fréquemment reprise depuis: "D'un côté hors du droit commun, en exil, en prison, sous les piques, sur l'échafaud, l'élite de la France, presque tous les gens de race, de sang, de fortune, de mérite, les notables de l'intelligence et de la culture, du talent et de la vertu; de l'autre côté, au-dessus du droit commun, dans les dignités et dans l'omnipotence, dans la dictature irresponsable, dans les pro-conslats arbitraires, dans la souveraineté judiciaire, un ramassis de déclassés de toutes classes, les parvenus de l'infatuation, du charlatanisme, de la brutalité et du crime" (Taine, La Révolution, t. III, p. 456).

"Et ce spectacle de la révolution dite "française" (l'expression n'est pas de nous mais de Pie XII, Lettre érigeant N.D. des Tables à Montpellier en basilique miniature: "après la destruction, par les démolisseurs de la Révolution dite française, de l'ancien sanctuaire...") s'est pratiquement reproduit partout et se reproduit encore partout où la Révolution triomphe ou fait de nouveaux progrès.

"Contentons-nous de rappeler quelques détails moins connus ou trop oubliés; les cimes maçonniques, par exemple: Chevalier de Lescure, mort empoisonné pour avoir voulu renoncer à la célèbre loge d'Ermenonville: "Je meurs empoisonné de cette infâme horde des Illuminés" (Cf. Barruel, t. V, ch. XI). on sait assez combien Mazzini et ses agents avaient une prédilection toute particulière pour le poignard... Qu'on pense encore au meurtre de Garcia Moreno, à celui de Léopold II, empereur d'Allemagne, à celui de Gustave III de Suède... Cf. ce qui eut lieu à Lyon, à Toulon, en Vendée: à Lyon, après s'être rendus maîtres de la ville, les révolutionnaires en réunirent les habitants et se mirent à les mitrailler jusqu'à ce qu'il n'en restât plus un debout... Alors, comme ils promettaient d'épargner ceux qui, couchés par terre, mais encore vivants, se relèveraient, la fusillade recommença jusqu'à l'extermination complète. 31 000 citoyens périrent et 1700 maisons furent détruites pour enf aire la "Ville affranchie". Massacres analogues à Toulon (14 625 habitants massacrés). Même férocité en Vendée. Rappelons pour mémoire cet "Oradour" avant la lettre que furent les Lucs-sur-Boulogne, où le 28 février 1794, les "Colones Ifernales" (c'est leur nom dans l'histoire) faisaient 563 victimes. Beaucoup furent massacrés dans l'église du Petit-Luc en récitant le Chapelet... En 1863, on découvrit leurs ossements encore enlacés de leurs scapulaires et de leurs rosaires. Parmi les morts, nous avons la liste de 110 enfants de 7 ans et au-dessous, dont il est question de commencer le procès de béatification. Carrier, à Nantes, fit périr pendant une dictature de quelques mois 32 924 citoens innocents, un grand nombre avec les raffinements de barabrie inouïs. On trouvera dans l'ouvrage de Taine sur la Révolution quelques chiffres saisissants: 10 000 personnes "tuées sans jugement en Anjou..." "500 000 morts dans les onze départements de l'Ouest". - Le 2 février 1796, Hoche écrira au ministre de l'Intérieur: "Il ne reste qu'un homme sur vingt de la population de 1789". Il y a eu jusqu'à 400 000 détenus à la fois dans les prisons. "Plus de 1 200 000 particuliers, conclut Taine, ont pâti dans leurs personnes" (ibid., p. 397)- Mais trop longue serait la liste qui voudrait tout citer: exécutions ou déportations du Directoire, victimes de 48, exécutions de la Commune, crimes d'une "libération" dont un ministre n'a pas craint de dire qu'auprès de lui, les Danton et les Robespierre étaient des enfants. Et cela en France suelement. Or, dans d'autres pays, mêmes tueries: en Italie, en Allemagne, au Portugal, au Mexique, en Hongrie, en Russie, en Chine, en Espagne, etc. Il est impossible de faire sommairement le bilan des victimes de la Révolution en ces toutes dernières années. Contentons-nous de rappeler quelques détails et quelques chiffres déjà anciens. Cf. L'énigme communiste de Léon de Poncins, p. 31 et sq.: "Quelques exemples pris au hasard. En janvier 1918, à Tarjanrog, 50 officiers jetés, vivants et enchaînés, dans les hauts fourneaux, des blessés arrachés de leur lit d'hôpital et achevés sur place. Des infirmières bolchevistes saisirent par les pieds un instituteur également blessé et lui frappèrent la tête contre le mur jusqu'à ce que le crâne éclatât. A Feodosie, en Crimée, petite ville de quelques milliers d'habitants, 800 individus furent exécutés: les condamnés embarqués sur le "trouvor" furent successivement dépouillés de leurs vêtements, puis on leur coupa les oreilles, le nez, les lèvres, les parties sexuelles, souvent aussi les pieds et les mains, et on jetait à la mer leurs troncs ensanglantés. A Rostov, en 1918, on fusilla tous les enfants de 14 à 15 ans qui avaient été employés par l'Armée Blanche, etc." Léon de poncins conclut ce chapitre impossible à citer: "Le chiffre des victimes de la Tcheka et du Guépéou se monte certainement à plusieurs millions". D'après M. Keneth Royal, secrétaire américain à la guerre, et selon des renseignements de source entièrement sûre, treize millions de personnes étaient détenues dans les camps de concentration en Russie en décembre 1948. En Russie seulement, non en zone soviétique.

Date historique de cette séance de l'O.N.U., en décembre 1948, où fut dénoncé ce crime jusqu'alors inconnu, le crime de "génocide", le crime d'anéantissement d'une race, et où il fut publié, selon des statistiques officielles, que, sur 34 millions de Polonais, 10 millions avaient été exterminés au cours des quatre années de guerre, tant par les Nazis que les Soviets (Jacques Arnoux, L'heure des héros, p. 10, en note, cité in Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 166).

Faire table rase d'un passé haïssable

"Les fins de la destruction sont assurément politiques: il faut faire table rase, en finir avec l'héritage d'un passé haïssable. Mais elles sont aussi utilitaires: il faut procurer des ressources à la république, des matériaux à l'armée, voire des moyens de subsistance aux citoyens. Les finances de la république sont en difficulté. On viendra donc à leur secours en nationalisant les domaines de la couronne, de l'Église et des émigrés, en les vendant comme biens nationaux au profit du Trésor, en vidant de leur contenu les palais et les abbayes..." (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 130)

C'est que "... pour rendre le peuple heureux s'écriait Rabaut Saint-Étienne, président de l'Assemblée révolutionnaire, il est nécessaire de rénover, de changer les idées, les lois, la morale… de changer les hommes, les choses, le monde… de tout détruire. Car tout est à recommencer". Soixante ans plus tard, Bazarov, dans le roman de Tourguéniev, tenait la même justification. Il faut tout détruire répétait Bazarov dans le bureau de Pavel Pavelitch.

– Que faire, si le peuple ne le veut pas ?

– Cela ne prouve rien! Répliquait Bazarov.

- Tu iras contre le peuple, alors ?

– Pourquoi pas ? criait Bazarov... (Thomas Molnar, La Contre-Révolution, Poche, Union Générale d'Éditions, Saint-Amand 1972, p. 88)

Tout est dit.

1789: Guerre aux langues locales

"... Face aux langues locales, aux idiomes, aux dialectes, aux patois, la promotion du français est affaire d'État. En 1789, dans les provinces, on ne parlait guère comme à Paris ou en Touraine. Or, "il est important, pour le maintien de l'égalité réelle que le langage cesse de séparer les hommes en deux classes". Condorcet pose ce principe. Les deux classes en question, c'est d'un côté ceux qui savent le français, de l'autre ceux qui ne le savent pas.

"On leur enseignera de force. Encore un cas où l'on étrangle la liberté au nom de l'égalité.

"La loi du 21 octobre 1793 exige que "les enfants apprennent à parler, lire et écrire la langue française". L'abbé Grégoire, dans son Rapport sur les idiomes et patois, assure que l'on peut "uniformiser la langue d'une grande nation... Cette entreprise est digne du peuple français, qui centraliser toutes les branches de l'organisation sociale et qui doit être jaloux de consacrer au plus tôt dans une république une et indivisible, l'usage unique et invariable de la langue de la liberté". Au nom du Comité d'Instruction publique, Barère présente à la Convention un rapport qui, tout en exaltant les vertus du français, condamne sans appel les idiomes locaux (document du 28 janvier 1794, 8 pluviôse an II) ... Dans ce document Barère assure que le français est la langue "qui est chargée de transmettre au monde les plus sublimes pensées de la liberté et les plus grandes spéculations de la politique"…

En regard, "l'idiome appelé bas-breton, les langues allemande et italienne (celles de l'Alsace, de la Corse) ont perpétué le règne du fanatisme et de la superstition, assuré la domination des prêtres, des nobles et des patriciens, empêché la révolution de pénétrer dans neuf départements importants et peuvent favoriser les ennemis de la France".

"Suite du réquisitoire: … "les habitants de Corse ne soupçonnent même pas l'existence des lois françaises". La variété des idiomes n'est que le legs du despotisme. "Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton, l'émigration et la haine de la République parlent allemand, la contre-révolution parle l'italien et le fanatisme parle le basque. Brisons ces instruments de dommage et d'erreurs"…

Conclusion: "Laisser les citoyens dans l'ignorance de la loi nationale, c'est trahir la patrie, c'est laisser le torrent des lumières empoisonné ou obstrué dans son cours… Donnons aux citoyens l'instrument de la pensée publique, l'agent de plus sûr de la révolution, le même langage… Ayons l'orgueil de la prééminence de la langue française depuis qu'elle est républicaine… Nos (p. 103) ennemis avaient fait de la langue française la langue des cours; ils l'avaient avilie. C'est à nous d'en faire la langue des peuples, et elle sera honorée [honorée ? en effet, on voit le résultat aujourd'hui…]. Il n'appartient qu'à elle de devenir la langue universelle"…

"…la convention se rallie d'enthousiasme aux conclusions du rapporteur, et décrète, ce même 8 pluviôse an II, que le français sera imposé dans les écoles de Bretagne, de Lorraine, d'Alsace, de Corse, du pays basque, du pays catalan. Des instituteurs doivent être nommés "dans les dix jours" dans chaque commune de campagne de onze départements (y compris le Nord, où l'on parle flamand, et les Alpes-Maritimes, où l'on parle italien). Ils seront "tenus d'enseigner tous les jours la langue française et la Déclaration des Droits de l'Homme alternativement à tous les jeunes citoyens des deux sexes".

"Malgré la terreur linguistique que la Convention tente de faire régner, la guerre aux idiomes locaux échoue, sauf dans l'enseignement secondaire et supérieur… On parle souvent patois à l'école. Au surplus, la nécessité de porter à la connaissance de tous les innombrables lois, décrets et arrêtés de la République implique un choix cruel: si on ne les traduits pas en langage vulgaire, ces textes seront ignorés; si on les traduits, on renonce à diffuser le français. Faut-il propager les idées révolutionnaires, ou la langue ?

"Napoléon est plus tolérant. Il se souvient qu'il a appris à lire en italien. A ces cavaliers recrutés en Alsace, il se garde d'imposer la langue nationale. "Laissez à ces braves gens leur dialecte, dit-il, ils sabrent toujours en français". S'il n'a pas tenu exactement ce propos, il répond à sa pensée.

"D'ailleurs, la réquisition et la conscription contribuent, mieux que l'école, à vulgariser les modes d'expression. Le temps, mieux que la contrainte, fera son œuvre" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 101-102).

Haine de la Révolution contre l'humanité

"Haine contre Dieu, Son Christ et Son Eglise; haine contre les prêtres; les caractères sataniques de la révolution, pourtant ne s'arrêtent pas là.

"Nous l'avons dit: avilir, corrompre, anéantir cette humanité jusqu'où le Fils de Dieu voulut descendre, telle est la frénésie démoniaque. D'où un incoercible besoin de détruire et de corrompre. Destruction morale, destruction intelelctuelle, destruction politique et sociale, destruction physique pure et simple de la vie corporelle elle-même...

"Encore une fois, caractère satanique, mais n'est-ce pas le caractère même de la Révolution?" (Jean Ousset, ibid., p. 144)

De l'explosion de l'individualisme au jacobinisme socialiste

La 'Réforme', première explosion d'individualisme

"La 'Réforme' fut une première explosion d'individualisme.

"Partout où la Réforme triompha sous sa forme pure, la forme luthérienne, ce ne fut d'abord qu'anarchie.

"Après que Richelieu eut anéanti la puissance militaire du protestantisme français, ... le courant naturaliste, individualiste, sourdement révolutionnaire, continue de couler dans les profondeurs. Il inspire les tirades des libertins contre la mémoire et la raison qui ont corrompu la nature et ont enlevé à l'homme le goût et l'art de la pure jouissance..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 44)

Erreurs de la Cour et des nobles, infectés de "libéralisme"

"On connaît la première représentation du Mariage de Figaro (de Beaumarchais) le 27 avril 1784, où la cour tout entière, y compris le couple royal, applaudit aux vers que Figaro adresse au comte Almaviva (vraies tirades contre la noblesse), lui reprochant de n'avoir rien fait d'autre dans la vie que de s'être donné la peine de naître…" (Sources: Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988 p. 67; & Thomas Molnar, La Contre-Révolution, Poche, Union Générale d'Éditions, Saint-Amand 1972, p. 57).

"Le vieux Voltaire put se permettre de décerner une approbation à Marie-Antoinette pour la féliciter de son "libéralisme": après son Œdipe, une autre de ses tragédies, Brutus, fut représenté devant la Cour à Versailles. Le comte de Ségur note dans ses Mémoires que deux vers avaient été applaudis avec un enthousiasme particulier:

"Je suis fils de Brutus et je porte en mon cœur La liberté gravée et les rois en horreur"...

"De nombreux actes de renoncement à l'autorité précédèrent et suivirent celui-là...

"Il semble qu'il soit dans la nature des choses que de tels actes destinés à apaiser les forces hostiles et à écarter le danger qu'elles représentent, servent mal leur cause. En réalité, ils accélèrent le processus révolutionnaire parce qu'ils dévoilent les hésitations et les craintes des contre-révolutionnaires..." (Thomas Molnar, ibid., p. 57-58).

"Dans le même genre d'idée, Pie XII a écrit: 'C'est se faire illusion de croire, comme certains, qu'on pourrait désarmer l'anticléricalisme et la passion anti-catholique en restreignant les principes du catholicisme au domaine de la vie privée. Cette 'attitude minimiste' ne ferait, au contraire, que fournir aux adversaires de l'Eglise de nouveaux prétextes' (Pie XII, Lettre aux Semaines sociales, 18 juillet 1947, cité in Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 5).

"Quand les aristocrates acclament ceux qui les pendent en effigie, on peut prévoir qu'il ne se passera pas longtemps avant qu'ils ne soient pendus pour de bon... On peut être surpris de la docilité à se laisser arrêter que montreront tant d'hommes habitués au maniement d'armes. Pas un ne tuera un des sectionnaires venus le saisir à domicile. C'est qu'ils tiennent moins à la vie qu'à une certaine manière de vivre et que, dès l'été 1789, ils sauront que cette manière de vivre est condamnée..." (Pierre Gaxotte, ibid., p. 67-68).

Haine de l'autorité et mépris de la civilisation (Pierre Gaxotte)

"Le XVIIe siècle avait été, pour le génie français, une époque de plein épanouissement...

"Pendant des années et des années, la France s'admireen Louis XIV parce qu'il est raisonnable, modéré, exact, méthodique, maître de lui, parce que ses sentiments sont nobles, sa vie glorieuse et bien distribuée. Le même idéal inspire tout le siècle. Colbert et Vauban l'expriment avec autant de force que Racine, Poussin et Bossuet. Un sermon de Bourdaloue, une instruction d'Hugues de Lionne en portent l'empreinte au même titre que le Louvre, Versailles et les comédies de Molière. Il donna la royauté du monde à la France qui, par lui, continua l'oeuvre merveilleuse d'Athènes et Rome..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988 p. 43).

L'accomplissement du véritable mal (Pierre Gaxotte)

"Le drame du XVIIIe siècle... est dans la dissolution et le retournement des idées qui avaient éclairé et dominé le XVIIe siècle. Emeutes et massacres n'en seront que la traduction éclatante et sanglante. Quand ils auront lieu, le véritable mal sera depuis longtemps accompli.

"L'esprit révolutionnaire est vieux comme les sociétés. L'aspect qu'il prit vers 1750 n'est pas lui-même une nouveauté. De tout temps, les poètes se sont plu à imaginer des pays enchantés où des hommes parfaitement bons vivraient sans contrainte au milieu d'une nature exquise, et les moralistes ont usé du même stratagème pour sermonner leurs contemporains et leur faire honte de leurs vices. Mais ce n'était là que badinage ou exercice de rhétorique. Pour que ces rêveries se muent en dogmes, pour que ces plaisanteries tournent à la haine de l'autorité et au mépris de la civilisation, il faudra qu'elles soient enflammées par une passion quasi religieuse." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 43).

Mythe du communisme égalitaire (Thomas Molnar)

"L'autorité était cependant la cible principale et ultime de la république des lettres. Le roi ne pouvait en user pour la réalisation d'aucun dessein, comme il devint parfaitement évident après la convocation des États généraux (Thomas Molnar, La Contre-Révolution, Poche, Union Générale d'Éditions, Saint-Amand 1972, p. 60).

"L'homme naturel, enfin dégagé des ruines de l'histoire, devait être l'architecte de l'histoire nouvelle (Barère s'écria le 15 juin 1789 : "Vous êtes appelés à recommencer l'histoire! " Taine commente: "À partir d'aujourd'hui il y aura deux histoires: l'histoire passée de l'homme dénué de raison, et maintenant l'histoire de l'homme rationnel" in Origines de la France contemporaine, II, 47.)

"Ce qui faisait autrefois le ciment de la société – les traditions, les lois, les servitudes, les entreprises communes, les souffrances communes, les fêtes commémoratives – tout cela devait être aboli et remplacé par une géométrie sociale reliant dans un système sans histoire les êtres humains dorénavant considérés comme autant d'unités abstraites, uniformes, pensant la même chose, partageant des intérêts identiques, sans le moindre désir de s'élever au-dessus des autres (mythe de l'égalité) ni la moindre raison de tomber plus –bas (mythe du communisme: tout le monde pareil)...

"À première vue, cette triste géométrie sociale, celle de Rousseau, de Condillac, d'Helvétius, ne semble pas faite pour enflammer l'imagination ni l'enthousiasme de quiconque, encore moins pour rassembler des disciples motivés" (Thomas Molnar, ibid., p. 72).

"La conviction croissante est que l'humanité peut prendre en main sa propre évolution pour aboutir à un monde différent et meilleur. L'homme devient le véritable DEMIURGE ou encore, comme l'écrivait un des philosophes, Dupont de Nemours, avant Marx, il est destiné à se fondre à nouveau avec cette matière dont il est originaire, à retrouver par ses seules forces, l'éternité divine. C'est ainsi que dans la doctrine révolutionnaire, l'individu est le grand centre d'intérêt, on le glorifie au-delà de toute mesure..." (Thomas Molnar, ibid., p. 77).

RÔLE DE LA FRANC-MACONNERIE

"En 1782, l'abbé Le Franc, dans Secret des révolutions révélé à l'aide de la Franc-Maçonnerie et la conjuration contre la religion catholique, puis, en 1797, l'abbé Augustin Barruel [25] dans Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme ont lancé l'idée du complot maçonnique.

"Bernard Faÿ, La franc-maçonnerie et la révolution intellectuelle du XVIIIe s., Paris 1935, montre avec force que sans l'appui au départ des nobles maçons (cf. par exemple A. lebey, La Fayette ou le militant franc-maçon, 2 vol., Paris 1937) la Révolution n'aurait pu avoir lieu et se serait limitée à des désordres vite réprimés par l'armée..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 61).

Rôle des Francs-maçons Martinistes (Abbé Barruel)

"Il faut de la patience pour découvrir tout l'ensemble du code Martiniste, à travers le langage mystérieux des nombres & des énigmes. Epargnons, autant qu'il est possible, ce travail au lecteur. Que le héros de ce code, le fameux Saint-Martin se montre à découvert; & aussi hypocrite que son maître, il ne sera plus que le vil copiste des inepties de l'esclave Hérésiarque, plus généralement connu sous le nom de Manès. Avec toute sa marche tortueuse, on le verra conduire les adeptes dans les mêmes sentiers, leur inspirer la même haine des autels du Christianisme, du trône des Souverains, & même de tout gouvernement politique. Commençons par son système religieux. En réduisant au moins de pages possibles, des volumes, des tas d'absurdités, je sais bien que j'aurais besoin d'invoquer encore la patience du lecteur; mais enfin les Maçons Martinistes ont singulièrement contribué à la Révolution, il faut bien encore que leurs sottises philosophiques soient connues.

"Qu'on imagine d'abord un Être premier, Unique, Universel, sa cause à lui-même & source de tout principe. Dans cet universel, on croira avoir lu le Dieu Grand-Tout encore, le vrai Panthéisme. C'est bien là l' Être premier des Martinistes; (Des erreurs & de la vérité, 2è partie, page 149) mais ce Dieu Grand-Tout ils sont le double Dieu, ou bien les deux grands principes, l'un bon, l'autre mauvais. Celui-là, quoique produit par le premier être, tient cependant de lui-même toute sa puissance & toute sa valeur. Il est infiniment bon, il ne peut que le bien. Il produit un nouvel être de la même substance que lui, bon d'abord comme lui, mais qui devient infiniment méchant & ne peut que le mal (Sect. 1ère) Le Dieu ou le Principe Bon, quoique tenant de soi toute sa puissance, ne pouvait former ni ce monde, ni aucun être corporel, sans les moyens du Dieu méchant. (Id. des causes temporelles, enchaînements)..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 341)

"[...] Ainsi dans le Système du Martiniste, le principe bon, le principe mauvais & tout être pensant, c'est-à-dire ...le démon et l'homme ne sont que des êtres d'une même nature, d'une seule & même essence & d'une même espèce..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 342-343).

" [..] le martiniste efface de tout code moral ces frayeurs d'un enfer & de toutes les peines à venir; car on peut l'observer chez les Sophistes d'arrières-Maçons comme chez les Sophistes de nos Académies, c'est toujours là que tendent les systèmes. On dirait qu'ils ne connaissent pas d'autres moyens d'éviter cet enfer que d'enseigner qu'il n'existe point, c'est-à-dire que d'enhardir les peuples, de s'enhardir soi-même à tous les crimes qui le méritent davantage...

"Ce n'était pas assez pour cette secte que la haine du Christ renouvelant, propageant ces antiques délires & ces blasphèmes d'une philosophie insensée; il fallait encore que la haine des lois, des Souverains & des Gouvernemens vînt se mêler à ses mystères; et en cela, l'adepte Martiniste n'a sur les Jacobins d'autre avantage que celui d'avoir combiné la ruse des systèmes avec le voeu de la rebellion, avec le sermens d'abattre tous les Trônes..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 344-345).

"Sans cesse ils nous rappellent à cette prétendue origine première "dans laquelle les droits d'un homme sur un autre homme n'étaient pas connus, parce qu'il était hors de toute possibilité que ces droits existassent entre des êtres égaux" (Voy. sur-tout p. 16 et 17, 2è partie)... (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 348)".

Le Grand orient charge ses députés de passer à l'insurrection (Abbé Barruel)

"Dès l'année 1776, le comité central de l' Orient chargea ses députés de disposer les Frères à l'insurrection, de parcourir & vivifier les Loges dans toute l'étendue de la France, de les presser, de les solliciter en vigueur dus erment maçonnique, & de leur annoncer qu'il était temps enfin de le remplir par la mort des tyrans"

"Celui des grands adeptes qui eut pour sa mission les provinces du Nord, était un officier de Cavalerie appelé Sinetty. Ses courses révolutionnaires l'emmenèrent à Lille. Le régiment de la Sarre était alors en garnison en cette ville. [...] Je ne peux que répéter ici l'exposition qu'a bien voulu m'enf aire un témoin oculaire, alors officier dans ce régiment de la Sarre, choisi par Sinetty pour entendre l'objet de son apostolat, ainsi que plusieurs autres du même régiment: "[...] Sinetty invita invita lui-même vingt de nos Officiers à une assemblée particulière. Nous crûmes qu'il voulait simplement nous rendre la fête que nous lui avions donnée. [...] le voilà qui prend la parole en orateur qui a d'importans secrets à dévoiler de la part du Grand orient. Nous écoutons - imaginez notre surprise, quand nous le voyons prendre tout à coup le ton de l'emphase, de l'enthousiasme, pour nous dire qu'il est temps enfin; que les projets si dignement conçus, si long-temps médités par les vrais Francs-Maçons doivent s'accomplir; que l'univers enfin va être délivré de ses fers; que les tyrans appelés Rois seront vaincus; que toutes les superstitions religieuses feront place à la lumière; que la liberté, l'égalité vont succéder à l'esclavage dans lequel l'univers gémissait; que l'homme enfin va rentrer dans ses droits. Tandis que notre orateur se livrait à ces déclamations, nous nous regardions les uns les autres comme pour nous dire: 'Qu'est-ce que c'est que ce fou-là? Nous prîmes le parti de l'écouter pendant plus d'une heure, nous réservant d'en rire librement entre nous. Ce qui nous paraissait le plus extravagant, c'était le ton avec lequel il annonçait que désormais les Rois ou les tyrans s'opposeraient en vain aux grands projets; que la Révolution était infaiilibble & qu'elle était prochaine; que les Trônes & les Autels allaient tomber. [...] Après nous être quelque temps divertis de ce que nous prenions pour l'effet d'une cervelle dérangée, nous avions oublié toute cette scène, quand la Révolution est venue nous apprendre combien nous nous étions trompés..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 446-450)".

Dans l'introduction au tome 3, A. Barruel indique s'être trompé sur l'arme de Sinetty: "Je ne sais comment il se fait que j'ai dit ce Sientty officier de cavalerie; c'est dans l'infanterie qu'il servait ou disait servir" (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. X).

Louis XIV eût été sur le Trône,... Louis XIV n'eût pas empêché la révolution (A. Barruel)

"Louis XIV eût été sur le Trône, au moment où le Comité régulateur & le Club central de la Maçonnerie eurent organisé leurs forces souterraines, Louis XIV n'eût pas empêché la Révolution. Il aurait eu des chefs; l'opinion en eût donné plusieurs à la révolte, & n'eût laissé aux plus fidèles que bien peu de soldats. Au cri seul de liberté & d'égalité, il aurait vu ses légions se débander & courir se ranger sous les drapeaux des Révolutionnaires.

"Louis XVI n'eût pas convoqué les Etats-Généraux, le Comité régulateur aurait convoqué la Convention nationale, & cinq mille adeptes auraient volé aux armes pour la Convention, & le peuple séduit serait accouru aux élections..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 480).

Identité des formules de 1789 avec les plans élaborés dans la secte des illuminés (Mgr Freppel)

"Après les travaux historiques de ces dernières années, il n'est plus permis d'ignorer la parfaite identité des formules de 1789 avec les plans élaborés dans la secte des illuminés, dont Weishaupt et Knigge étaient les promoteurs, et tout particulièrement au Congrès général des loges maçonniques tenu à Wilhemsbad en 1780" Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 25-26) [26]

L'élément étranger a eu une grande part dans le mouvement révolutionnaire (Mgr Freppel)

"On ne saurait oublier, d'ailleurs, avec quel empressement accoururent à Paris, pour prendre une part active à tous les évènements, le Suisse Pache, l'anglais Payne, le Prussien Clootz, l'Espagnol Guzman, le Neufchâtelois Marat, l'américain Fournier, l'Autrichien Frey, les Belges Proly et Dubuisson, un prince de Hesse, des Polonais, des Italiens, des Bataves, et des transfuges de tous les pays, dont la Révolution accepta les services et fit la fortune.

"L'élément étranger a donc eu sa grande part dans le mouvement révolutionnaire de 1789, comme il a continué depuis lors à y être largement représenté" (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889,p . 26) [27]

LE "ROI TYRAN" CEDA TOUT CE QU'ON VOULUT (Pierre Gaxotte)

"Le Roi ne réagit pas plus à l'annonce de la Prise de la Bastille que n'avait réagi Lambesc sous les tessons de bouteilles et les briques. Ou plutôt, il réagit de la même manière: il céda tout ce qu'on voulut...

"Renvoi de Breteuil, rappel de Necker retrait des troupes, reconnaissance de la municipalités illégale, visite solennelle à l'Hôtel de Ville, harangue insolente du maire Bailly, abandon de la cocarde blanche pour la cocarde tricolore: rien ne l'arrêta.

"La prise de la Bastille était pour le régime un coup terrible: la révélation de sa faiblesse. Gardant son caractère d'insurrection, elle n'eût signifié cependant qu'une impuissance policière momentanée, sans que rien d'essentiel fût compromis sans remède. Exaltée par les folliculaires, prônée par l'Assemblée, approuvée par la Cour, reconnue par les tribunaux, légitimée par Louis XVI, elle renonçait à ses propres principes.

"Qu'on imagine le trouble que produisit dans les imaginations populaires l'effondrement soudain de ce que, depuis des générations, était, en cette terre, le suprême recours contre la méchanceté des hommes et l'hostilité des choses. Le Roi demeurait, pour la masse, le père auprès de qui on cherche soutien et abri. On les appelait à sa bonté contre les exactions, contre les impôts, contre les mauvais ministres. "Ah! Si le Roi savait!" avait été, pendant des centaines d'années, le cri des pauvres gens. Et voilà que le Roi s'humilie, reconnaît la suzeraineté de l'émeute, la sainteté de l'insurrection ! Et c'est parmi le peuple de France un malaise, une terreur vague qui s'insinuent dans les coeurs et obscurcissent les esprits" (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 113-114).

La vaine ombre d'un Roi (A. Barruel)

"A peine restait-il à la France le nom, le fantôme, la vaine ombre d'un Roi dans Louis XVI. Les premiers rebelles de la Révolution, ces soit-disant Constituans, à quel point n'avaient-ils pas détruit l'autorité de ce malheureux Prince! Quelle apparence de despotisme et de tyrannie, pouvait-il alors exister au moins dans sa puissance? Eh bien, alors même le voeu des Conjurés sophistes n'étaient pas rempli, & ce fut Condorcet qui se d'en montrer l'étendue. Alors on conservait encore le nom de Royauté; Condorcet ne dit plus: Détruisez le tyran, le despote; il cria: Détruisez ce Roi même..." (Condorcet cité dans Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 141).

Ce n'est pas là le règne d'un tyran (A. Barruel)

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  Louis XVI est conduit à la Convention pour y être jugé - gravure du temps

"Ils (les Jacobins) le savent: Louis XVI pendant dix-neuf ans de règne, a écrit bien des lettres de grace, il n'a pas signé la mort d'un seul homme; & ce n'est pas là le règne d'un tyran. Ils le savent...

"Il (Louis XVI abolit en faveur de son peuple l'usage des corvées; en faveur des coupables eux-mêmes ou de tout accusé, l'usage des tortures; ce ne sont pas là les Edits d'un tyran. Ils l'ont vu encore abandonner à ses sujets tous les droits féodaux de ses domaines, afin d'obtenir par l'exemple en faveur de son peuple, ce que la justice & le droit des propriétés ne lui permettaient pas de requérir par voie d'autorité. Ils le savent, Louis XVI n'a aucun de ces vices odieux ou onéreux aux Nations); il est religieux, ennemi de tout faste; il est compatissant, généreux pour le pauvre: ils l'ont vu ouvrir tous ses trésors pourr échauffer, vêtir, nourrir l'indigence, & lui porter lui-même ses secours dans les chaumières. Ils ont vu jusqu'à ce monument que les pauvres roulant, pressant la neige en pyramide, élevèrent à Louis XVI adoucissant pour eux la rigueur des hivers; & ils le savent bien, ce n'est pas en honneur des tyrans que la reconnaissance du pauvre est tout à la fois si touchante & si industrieuse. Ils le disent & despote & tyran; ils ne l'ignorent pas; jamais Prince ne fut plus zélé pour ses devoirs, & ne fut moins jaloux de ses droits que Louis XVI. Il n'en connaissait qu'un, celui de la confiance & de l'amour. Si jamais il a su parler en maître qui veut être obéi, c'est lorsqu'environné d'assassins, il disait tant de fois à ses Gardes: S'il faut pour me sauver qu'une goutte de sang soit versée, je défends qu'on la verse. Et ce ne sont pas là les ordres d'un tyran.

Et si la calomnie s'obstine, Louis a écrit ses derniers sentimens; qu'elle lise: "Je (Louis XVI prie pour tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personne) ou ceux à qui j'aurais pu donner de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu'ils croient que je peux leur avoir fait;" qu'ils continuent à lire, ces juges régicides. C'est d'eux-mêmes qu'il parle & qu'il dit: "Je (Louis XVI) pardonne de tout mon coeur à ceux qui se sont fait mes ennemis, sans que je leur en aie donné aucun sujet; & je prie Dieu de leur pardonner". Qu'ils le suivent enfin montant à l'échafaud; qu'ils contemplent, s'ils l'osent, ce front dont la sérénité annonce toute celle de son ame au milieud es bourreaux. Et s'ils l'osent encore, qu'ils l'écoutent dans ce dernier moment; mais ils n'osent pas; ils font rouler sur lui le bruit de leurs tambours; ils les avent trop bien, non ce n'est pas ainsi que vivent, & ce n'est pas ainsi sur-tout que meurent les tyrans.

"Ils le savaient tous avant de le juger, ces conjurés législateurs; aussi dans ce moment, où ils votent la mort de Louis XVI, demandez-leur quel est son crime, & quel est leur motif? Ils l'ont dit assez: Louis XVI fut roi, & notre voeu est la mort de tout Roi. N'est-ce pas là le sens du Jacobin Robert, quand il opine: "Je condamne le tyran à mort; & en prononçant cet arrêt, il ne me reste qu'un regret, c'est que ma compétence ne s'étende pas sur tous les tyrans, pour les condamner tous à la même peine". N'est-ce pas là encore le sens du Jacobin Carra: "Pour l'instruction des peuples, dans tous les temps & dans tous les lieux, & pour l'effroi des tyrans, je vote pour la mort". Que faut-il donc entendre encore, lorsque le Jacobin Chabot conclut: "Le sang des tyrans doit cimenter la République; je vote pour la mort". Et quand le Jacobin Boileau ajoute, les peuples accoutumés à considérer les Rois comme des objets sacrés, se diront nécessairement: mais il faut pourtant que ces têtes de Rois ne soient pas si sacrées, puisque la hâche en approche, & que le bras vengeur de la justice sait les frapper: c'est ainsi que vous les poussez dans la carrière de la liberté - je vote pour la mort" (Voy. le Moniteur, Séances du 2 janvier & jours suivans 1793). Si la cause ultérieure de la mort de Louis XVI n'est pas assez manifestée par ce langage; remontez à ce club des Sophistes, où Condorcet apprenait à nous dire, qu'il viendra ce moment où le soleil n'éclairera plus que des hommes 'libres', où les Rois & les Prêtres n'existeront plus que dans l'histoire & sur les théâtres (Esquisse des Progrès de l'esprit humain, ép. 10). Revenez dans les antres des arrières-Loges; & si vous le pouvez, cachez-vous à vous-même cette grande vérité historique: Louis XVI a péri sur l'échafaud, parce qu'il était Roi" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 158-162).

... Par contre, la peine de mort contre tout homme qui osera proposer en France le rétablissement de la Royauté... (Décret du 4 décembre 1792)

"Qu' elle paraisse donc cette République de l'égalité & de la liberté, si long-temps appelée par les sophistes des Lycées & par les adeptes des arrières-Loges! Louis n'est plus sur le Trône; que Louis, & que nul Bourbons, & que nuls des mortels ne puisse désormais y prétendre. La Royauté est abolie, la France est proclamée République.

"C'est le premier décret des nouveaux conjurés qui sous le titre de Convention, succèdent à leur seconde Assemblée dite "Nationale" (Séance du 21 septembre 1792). Pour en sanctionner l'égalité, que tout titre de supériorité, de déférence même & d'honnêteté, soit proscrit! comme celui des Roi; que toute dénomination autre que celle de Citoyen soit bannie de la société (9 octobre). Pour que le seul aspect d'un Français qui a pu se montrer fidèle au Roi, ne puisse au moins en rappeler l'idée, que nul des Emigrés ne remettre le pied sur le sol de la nouvelle République; le décret de mort les y attend (10 novembre). La même peine est prononcée contre tout homme qui osera proposer en France le rétablissement de la Royauté (4 décembre)."

(Source: Décret de la Convention nationale du 4 décembre 1792, cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 156-157).

"[...] Pour cimenter enfin cette haine des Rois, que le jour où Louis XVI périt sur l'échafaud, soit à jamais la fête du peuple égal & libre; qu'en ce jour, le serment de haine à la Royauté soit solennellement prononcé par tous les Magistrats; que ce serment enfin soit le seul qui assure les droits de Citoyen & les faveurs de la Révolution; tous ces décrets sont prononcés, tous s'exécutent; & la peine de mort est enfin statuée contre tout homme qui osera proposer en France le rétablissement de ses Monarques..." (Décret du 4 décembre)"

(Source: Décret de la Convention nationale du 4 décembre 1792, cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 163).

"Ainsi la secte avance vers la consommation des Mystères" (A. Barruel)

"Ainsi la Secte avance vers la consommation des mystères. Mais ce Louis qui fut roi, existe encore, & les adeptes n'ont pas été en vain exercés dans l'antre des Kadosch, à fouler aux pieds les Couronnes, à trancher la tête du mannequin des Rois... Il faut qu'aux jeux atroces succèdent les vengeances réelles... Robespierre s'avance; laissons-le là avec tous ses bourreaux; il n'est que la bête féroce lâchée par la Secte. Ce n'est point lui, c'est elle qui dévore Louis XVI; & dans Louis même, distinguons la victime que la Secte poursuit. Ce n'est point la personne qu'elle hait; les Jacobins eux-mêmes auraient aimé & révéré Louis XVI, s'il n'eût pas été Roi. Ils font tomber sa tête, comme ils abattent les statues du bon, du grand Henri: il n'a point d'autres titres à leur haine. Il fut Roi, & il faut que tout ce qui annonce qu'il exista des Rois, que tous leurs monumens, que tous leurs emblèmes soient livrés à la hache. Ce n'est pas à Louis, c'est à la Royauté que se fait cette guerre de Vandales" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 157-158).

La guillotine est permanente dans Paris; elle se promène dans les provinces à la recherche des Royalistes & des prêtres (A. barruel)

"Quelques fleuves de sang qu'il en coûte à la France, pour arriver à cette période de complots contre la Royauté, la Secte & ses agens le voient couler par-tout avec les transpors & la brutalité des Cannibales... La guillotine est permanente dans Paris; elle se promène dans les provinces à la recherche des Royalistes ; elle se promène dans les provinces, à la recherche des Royalistes comme à celle des Prêtres. Elle ne suffit plus à leurs bourreaux; le langage des pères n'a pas même laissé aux enfants assez de mots, pour exprimer la multitude des victimes qui tombent à la fois dans la boucherie des fusillades, ou qui sont englouties par les noyades. Sera-ce donc encore la secte, qui férocise ainsi le coeur des Jacobins? Est-ce donc encore à ses leçons qu'il faudra remonter, pour expliquer & le choix, & le nombre de ses victimes, & le sens froid de ses adeptes, & les transports, l'atroce joie de ses bourreaux? Oui, vous oubliez ses mystères, & vous nous forcez de vous les rappelez, vous qui croiriez trouver ailleurs que dans les principes mêmes de la secte, la vraie source de tant d'atrocités. Oui, c'est elle qui, à l'aspect des têtes portées sur des piques, arrache à Barnave son rire sardonique, & ce secret de la férocité: était-il donc si pur ce sang, que l'on ne puisse en répandre une goutte ? Oui, c'est elle qui, à l'aspect des bigands accourrus pour inonder de sang le Château de Versailles, pour s'abreuver sur-tout du sang de la Reine, fait publier par Chapellier, Mirabeau & Grégoire, qu'il faut au peuple des victimes. C'est elle qui éteint jusques au sentiment du frère pour son frère, de l'enfant pour son père, quand l'adepte Chénier, à l'aspect d'un frère livré à ses bourreaux, répond froidement, si mon frère n'est pas dans le sens de la Révolution, qu'il soit sacrifié... C'est la secte toujours insatiable de sang, qui par la bouche de Marat, demande encore deux cents soixante & dix mille têtes, qui bientôt ne veut plus les compter que par millions. Elle le fait; tous les mystères de son égalité ne peuvent s'accomplir dans leurs dernières conséquences qu'en dépeuplant le monde; & c'est elle qui répond par Le Bo, aux Communes de Montauban, effrayées du défaut de provisions: "Soyez tranquilles, la France en a assez pour douze millions d'hommes; il faut que tout le reste, c'est-à-dire il faut que les douze autres millions de Français soient mis à mort, & alors le pain ne vous manquera plus... (Rapport du Comité de salut public, séance du 8 août 1795).

"[...] Ce n'est point de Robespierre, c'est du lycée d'Holbach que Condorcet apprit à s'écrier en pleine Assemblée législative: "Que le monde périse, plutôt que de sacrifier mes principes d'égalité... " (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 163-165).

LA "DICTATURE D'UNE MINORITE" (Jean Sévillia)

Les cahiers de doléance révéleront selon G.V. Taylor (Les cahiers de 1789. Aspects révolutionnaires et non révolutionnaires, Annales, 1973) que "la logique dominante de la Révolution du printemps de 1789 était traditionaliste ou conservatrice [royaliste], plutôt que rationaliste et philosophique [révolutionnaire]". Les trois quart des cahiers des paroisses ne demanderont aucun changement de structures, aucune modification du pouvoir" (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 62)...

Voici maintenant ce que disent deux historiens protestants de la Révolution de 1789: "on passe de la de la tyrannie d'un tyran débonnaire – celle du roi de France – à la véritable tyrannie, celle du monocamérisme ou celle des majorités changeantes d'une assemblée sous la pression des tribunes....." (Pierre Chaunu, Éric Mension-Rigau, Baptême de Clovis, baptême de la France, De la religion d'État à la laïcité d'État, Éditions Balland, Paris 1996, p. 256). Ces deux historiens admettent que la véritable tyrannie n'était pas celle du roi, mais celle de l'Assemblée...

"L'arbitraire part de l'Assemblée... dans laquelle nul ne se tient pour responsable de ce qui est censé l'oeuvre de tous" (Mgr Freppel)

"Une centralisation despotique peut détruire la liberté d'une façon comme de l'autre; et même elle l'étouffe avec d'autant plus de facilité, que l'arbitraire part d'une Assemblée, c'est-à-dire d'une majorité anonyme et impersonnelle..., dans laquelle nul ne se tient pour responsable de ce qui est censé l'oeuvre de tous...

"En tout cas, deux choses demeurent incontestables:

  • la mainmise de l'Etat sur tous les pouvoirs et corps électifs est l'un des traits caractéristiques de la Révolution 'française',
  • et cette mainmise universelle est le contraire de la liberté, ou les mots n'ont plus de sens.

"Voilà pourquoi Mme de Staël a pu dire, avec infiniment de raison, qu'en France la liberté est vieille et le despotisme nouveau" Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 38-39). [28]

Quid de la liberté de conscience & de la liberté religieuse?

  • "Ne pouvant soutenir sérieusement et contre toute évidence que la Révolution française a été favorable au développement des libertés provinciales, départementales et communales, ses partisans se rabbatent volontiers sur les libertés individuelles, et en particulier sur la liberté de conscience ou la liberté religieuse. Or, ilest à peine besoin de rappeler que la royauté n'avait pas attendu la "Déclaration des droits de l'homme" pour appliquer aux Juifs et aux Protestants les maximes de la tolérance la plus large et la moins partiale.
  • "C'est un calviniste, Necker, que Louis XVI avait appelé à la tête des conseils.
  • "Prétendre que les Français ne jouissait pas de la liberté de parler et d'écrire, quand, depuis un demi siècle, philosophes & encyclopédistes inondaient le pays d'un déluge d'écrits licencieux et impies, sous les yeux des pouvoirs publics et souvent avec leur connivence, ce serait une plaisanterie à peine digne d'être relevée."
  • Mais, (la Révolution) "est-il un seul instant où... elle ait su respecter la liberté des catholiques, c'est-à-dire d el'immense majorité de la nation? Lorsqu'on parle de liberté religieuse, à propos de la Révolution française, il se présente immédiatement à l'esprit des noms et des souvenirs tels que toute discussion sur ce point devient superflue. Tout un clergé massacré ou déporté, ou dispersé dans l'Europe entière, pour avoir refusé de prêter serment à une constitution hérétique et schismatique, produit naturel de ce despotisme d'Etat dont je parlais tout à l'heure, voilà comment la liberté religieuse est née du mouvement révolutionnaire de 1789... cette mainmise absolue de l'Etat sur les consciences, ce monument insigne de despotisme antireligieux" (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 39-40). [29]

"Sans doute la "Déclaration des droits de l'homme porte que nul ne sera inquiété pour ses opinions religieuses... Mais il suffit de regarder autour de soi pour se convaincre que c'est encore là une de ces formules mensongères sous lesquelles s'abrite le despotimse d'Etat" (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 42). [30]

Quid des libertés individuelles?

"Il en est des libertés individuelles, comme des libertés provinciales, départementales et muncipales. Le mouvement révolutionnaire de 1789, en a été la négation pure et simple, au profit d'une majorité qui absorbe en elle tous les pouvoirs (j'ai envie de dire "toutes les passions & toutes les convoitises...") et s'impose aux consciences souverainement, sous le nom de Volonté générale, suivant la doctrine du Contrat social de Rousseau. Le despotisme d'Etat aux mains d'un seul homme ou d'une Assemblée, voilà son premier et son dernier mot" (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 42-43) [31]

L'absolutisme révolutionnaire fait "revivre la théorie païenne de l'omnipotence de l'Etat au mépris de toutes libertés provinciales ou municipales" (Mgr Freppel)

Le triomphe de l'absolutisme au profit de l'Etat ou césarisme

"Le mouvement de 1789 a été le triomphe de l'absolutisme au profit de l'Etat (césarisme totalitaire: l'Etat déifié, le temporel gérant le spirutel, une systématisation totalitaire]" Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 46). [32], monstre tout-puissant, froid, lointain à mille lieus des problèmes et des soucis des Français.

"Or cette absorption est dans l'essence même de la Révolution française. Non seulement elle n'a pas réagi, comme on le demandait à la veille de 1789, contre la centralisation des pouvoirs (courant réformateur), déjà excessive sous l'Ancien Régime; mais elle l'a poussée à ses dernières limites. Faire revivre la théorie païenne de l'omnipotence de l'Etat incarné dans une majorité numérique au mépris de toutes libertés provinciales ou municipales: voilà son oeuvre.

"Entre l'Etat et l'individu, elle ne conçoit ni corps autonomes, ni organismes intermédiaires, ni associations indépendantes: tout cela l'offusque, la gêne, la contrarie dans ses tendances absolutistes.

"Si après avoir détruit la province, elle créée le département et laisse subsister la commune, c'est à condition de passer le niveau sur tous les droits historiques et de faire prédominer une seule et même volonté d'une extrémité de la France à l'autre. Cette volonté unique, prince ou assemblée, intervient souverainement sous le nom d'Etat, dans les affaires du département et de la commune, pour y régler et absorber toutes choses: adminsitration, finances, éducation... On pourra qualifier un tel système comme on le voudra, mais y associer le mot de liberté, c'est un abus de langage intolérable.

"J'entends bien les doctrinaires de la Révolution française déclarer solennellement que "tous les hommes naissent et demeurent libres". Mais c'est là une vaine déclamation qui ne tient pas devant l'idée révolutionnaire de la toute-puissance de l'Etat.

  • "On n'est pas libre, quand, de quelque côté que l'on se tourne, on vient se heurter à ce pouvoir omnipotent qui prétend ne rien laisser en dehors de sa sphère d'action.
  • "Un individu n'est pas libre, quand il n'a même pas la faculté de disposer de ses biens suivant sa conscience et au mieux de ses intérêts.
  • "Un père de famille n'est pas libre, quand c'est l'Etat qui lui impose le genre d'éducation qu'il devra donner à ses enfants, contrairement à ses convictions religieuses.
  • "Une commune n'est pas libre, quand son adminsitration tout entière est subordonnée au bon plaisir d'un agent du pouvoir central, préfet ou autre, et que le chef de la municipalité n'a pas même le droit de nommer ou de révoquer un garde-champêtre.
  • "Une fabrique n'est pas libre, lorsque, pour accepter une simple fondation de messe, elle a besoin de l'autorisation du conseil d'Etat qui peut l'accorder ou la refuser à son gré...

"Il serait facile de parcourir ainsi, de haut en bas, toute l'échelle sociale, telle qu'elle a été construite par la Révolution française, pour montrer qu'il n'y a de vraie liberté à aucun de ses degrés. 1789 a fait litière de toutes les libertés locales, pour concentrer dans les mains de l'Etat le pouvoir le plus absolu qu'il soit possible d'imaginer dans un pays civilisé" (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 36-38) [33]

L'Etat tout-puissant selon la formule des doctrinaires de la Révolution 'française' (Mgr Freppel)

  • "l'Etat source de tous les pouvoirs dans l'ordre civil, politique et social;
  • l'Etat nommant à toutes les fonctions publiques, par lui-même ou par ses agents;
  • l'Etat juge unique, administrateur unique, instituteur et professeur unique;
  • l'Etat imposant aux départements et aux communes telles charges qu'il lui plaît;
  • l'Etat maître de la fortune des particuliers, par la négation de la liberté testamentaire et par l'exagération des droits fiscaux (ici les mots de Mgr Freppel deviennent prophétiques... l'Etat détruit la propriété selon les plan de Weishaupt et de l'Illuminisme);
  • l'Etat substituant à son gré la juridiction adinistrative à la juridiction civile, moyennant les arrêtés de conflit (Tribunal des Conflits), ce qui n'est pas autre chose, au fond, que l'ancienne évocation au conseil du Roi;
  • l'Etat créant à l'Eglise des servitudes sous le nom d'articles organiques;

vous avez en un mot, tout ce qui constitue la centralisation moderne, tout excepté la liberté..." (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 50 [34]

LA VERITABLE TYRANNIE: LES "SOCIETES DE PENSEE" (Pierre Gaxotte)

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Assemblée de Francs-Maçons pour la réception des maîtres, gravure du temps B.N Section maçonnique

Que sont les sociétés de pensée vers 1750 ? (Jean Baechler)

"Les sociétés de pensée vers 1750 sont "de petits groupements disséminés à travers toute la France, où l'on cause et où l'on ne se réunit que pour causer. Causer de quoi ? De tout et de rien, de science, d'agriculture, d'économie, de politique, de littérature, bref de tout ce que l'on a appelé la "philosophie" ou les "Lumières"... Causer importe surtout par ce qu'il exclut: l'action...

"Ces petites sociétés et ces académies ne prétendent en rien à l'action...

"Cette orientation particulière entraîne des conséquences inévitables et imperceptibles, du moins au début. Une première est liée au fait que la réalité n'est jamais prise en compte, puisqu'elle n'a pas à l'être... Il ne suit pas que l'on peut dire n'importe quoi, parce que les participants sont souvent gens intelligents et cultivés, qui ne supporteraient pas des sottises trop évidentes.

"Non, la conséquence est que les idées deviennent des idées pures. On ne s'occupe plus par exemple des libertés françaises (vraies, tangibles, concrètes), liées à une histoire séculaire, fondées sur des autonomies, des privilèges, animées par le sang de la vie. On cause de la Liberté avec majuscule, une pure abstraction, avec laquelle on ne peut entrer en contact que par l'intermédiaire des mots, non dans la réalité. De même, on se désintéresse des hommes et l'on se passionne pour l'homme, on méprise le peuple pour exalter le Peuple, et ainsi de suite... On caricaturerait à peine en disant que la société de pensée est une officine à produire des majuscules !" (Jean Baechler, Préface d'A. Cochin, L'esprit du jacobinisme, PUF, Sociologies, Vendôme 1979, p. 11-12).

Une tyrannie des "philosophes" sur la littérature (P. Gaxotte)

"Les ' philosophes ' criaient à la tyrannie. La véritable tyrannie était celle qu'ils exerçaient sur la littérature !..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 71).

"Tavaillés par les libellistes, enflammés par des démonstrations théâtrales, les parlementaires excellèrent à dissimuler sous leurs tirades humanitaires et libérales les idées les plus arriérées et les intérêts les plus égoïstes...

"Ils parvinrent à faire échouer les plus utiles réformes parce qu'elles étaient contraires à leurs privilèges (droits acquis...) de classe, et en particulier l'égalité devant l'impôt amorcée plus d'une fois par le Roi depuis Louis XIV [capitation (impôt par tête, 1695), dixième (1710); vingtièmes (1771)...].

"Ils paralysaient la monarchie et dénonçaient son immobilité. Ils attisaient la révolte et empêchaient d'y porter remède ! Admire qui voudra cette absurdité..." (Pierre Gaxotte, ibid., p. 73).

(En 1789) "...Le parti libéral avait ses comités locaux: loges, académies, chambres de lecture, sociétés philosophiques et ' patriotiques ' tenues en haleine depuis le début de 1788, exercées au maniement de l'opinion et à l'agitation des places publiques par un an de cris, de discours et de manifestations... [les marxistes reprendront la technique avec l'"agitation-propagande" ou "agit-prop".....]

"Merveilleux instruments de propagande et de combat, toutes ces organisations étaient déjà reliées par une correspondance incessante, un échange régulier de nouvelles et de brochures. Il suffisait de peu de chose pour emprisonner la France électorale dans les mailles de leur réseau" (Pierre Gaxotte, ibid., p. 99-100)...

Le "despotisme de la liberté" : quand la la "volonté générale" asservit la "pluralité" (Pierre Gaxotte)

"Rousseau commence par créer un nouveau mode de sensibilité en se servant d'une langue essentiellement raisonnante pour exprimer les enchantements de la nature, mais aussi ses propres colères, ses utopies, ses besoins de destruction. Il trouve des accents, d'une beauté étonnantes, et c'est une chose presque incroyable que cet usage des plus magnifiques puissances de la langue pour préparer la ruine de la société qui l'a portée à son point de perfection.

"Dans l'article Economie politique de l'Encyclopédie et dans le Contrat social, il établit les bases de la société future qui assurera aux hommes l'exercice de leurs droits naturels. Ces fondements sont: l'égalité complète des associés, l'aliénation des droits de chacun au profit de la collectivité, la subordination des contractants à la Volonté générale" (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 53-54).

"Les cahiers de campagnes n'étaient pas des cahiers de paysans!"

"Réservoir inépuisable d'orateurs, de journalistes et de politiciens, les Sociétés établirent les modèles de cahiers, les répandirent dans les campagnes, préparèrent et dirigèrent les Assemblées électorales, firent exclure leurs adversaires, triompher leurs hommes, adopter leur programme..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 101).

Cela devait être çà la démocratie... Remarquez chers amis, aujourd'hui, rien n'a changé... On prend les mêmes et on recommence...

"Dans l'ensemble, les élections donnèrent bien ce qu'en attendaient les clubs philosophiques. L'énorme amas de cahiers de plaintes, dont une petite partie seulement est convenablement éditée, en témoignent nettement. Les Cahiers de campagnes ne sont presque jamais des Cahiers de paysans. presque partout ils ont été proposés, rédigés ou copiés par des hommes de loi... Ils reproduisent les modèles non seulement dans leur esprit, mais dans leur style - qui les trahit. Parfois le tabellion lettré qui a tenu la plume les a embellis de citations latines, de vers anglais, de passages de Fénelon, de Montesquieu, de Le Trosne, d'invocation à la Nature ou de remerciements à l'Etre suprême [...], dans le goût du Vicaire savoyard. Parfois, un laboureur tenace et rusé y a fait ajouter des revendications plus précises, ou une liste puérile de criailleries locales..." (Pierre gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 103).

La Volonté générale n'est pas la volonté du plus grand nombre...

La loi est l'expresion de la Volonté générale disaient depuis un demi siècle les Sophistes Montesquieun d'Argenson, Voltaire, Voltaire... En réalité, la loi n'est pas l'expression de la Volonté générale car cette volonté générale n'est pas la volonté du plus grand nombre! Je cite A. Cochin: "Rousseau l'a dit: La volonté générale n'est pas la volonté du nombre et a raison contre elle; la liberté du citoyen n'est pas l'indépendance de l'homme et la supprime... Le vrai peuple en 1789 n'existe que virtuellement, dans la conscience ou l'imagination des "hommes libres", des "patriotes", dit-on alors, des "citoyens conscients", c'est-à-dire d'un petit nombre d'initiés, pris jeunes, entraînés sans répit, formés toute leur vie dans les sociétés philosophiques - les sociétés de pensée - à la discipline de la liberté. [...] Contre le commun des hommes, qui ne sont pas ces privilégiés de la conscience et de la raison, il est nécessaire d'employer la ruse et la force. C'est un devoir pour les initiés. Il faut les forcer d'être libres, a dit Rousseau (Contrat social, éd. Dreyfus-Brisac, p. 38). Les Jacobins de 1793 s'y prendront par la terreur; ceux de 1909, qui ont le temps de penser aux enfants, par l'enseignement forcé et la mainmise légale..." (Augustin Cochin, L'esprit du jacobinisme, PUF, Sociologies, Vendôme 1979, p. 96-97).

De même, Pierre Gaxotte explique que "la Volonté générale n'est pas la volonté du plus grand nombre, c'est la voix profonde de la Conscience humaine, telle qu'elle devrait parler en chacun de nous et telle qu'elle s'exprime par la bouche des citoyens les plus vertueux et les plus éclairés... Comment connaître la volonté générale dans les cas où elle n'est point expliquée ? Faudra-t-il assembler toute la nation à chaque évènement . Il le faudra d'autant moins qu'il n'est pas sûr que sa décision fût l'expression de la volonté générale...

"Aussi, de 1792 à 1795, le recours aux électeurs sera-t-il considéré comme le crime contre-révolutionnaire par excellence: ce serait un retour vers l'opinion de la masse, vers l'opinion réelle, vers l'opinion du plus grand nombre.

"En définitive, la Volonté générale se définit donc par la conformité à un système philosophique. Le vrai peuple est un être idéal qui n'existe que virtuellement dans la conscience des "hommes libres" comme on disait alors, c'est-à-dire d'un petit nombre d'initiés, entraînés sans répit au despotime de la liberté et c'est ainsi que la "volonté générale", par ruse, par crainte ou par force, asservit la "pluralité"...

"L'Etat prime la famille car l'Etat demeure et la famille se dissout". L'Etat est le maître des consciences car la justice, le bien public, l'obéissance aux lois, les vertus sociales et tous les devoirs de l'homme et du citoyen, il appartient au gouvernement d'en connaître... Sans pouvoir obliger personne à croire à ces dogmes, le peuple peut bannir de l'Etat quiconque ne les croit pas; il peut le bannir non comme impie, mais comme insociable, comme incapable d'aimer sincèrement les lois, la justice est d'immoler au besoin sa vie à son devoir. Que si quelqu'un, après avoir reconnu publiquement ces mêmes dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu'il soit puni de mort... La République s'identifie avec une doctrine; la société est soumise à un dogme; le faire passer dans les faits, le traduire en actes, réorganiser le monde conformément à ses postulats: voilà la politique révolutionnaire. Sa première tâche et, pour ainsi dire, sa tâche unique, consiste à DETRUIRE et EMPECHER toute résurrection des organismes naturels qui jusque-là, encadraient et soutenaient les individus et qui sont désormais considérés comme oppressifs et immoraux..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 54-55).

L'abbé Barruel, fin XVIIIe siècle, explique qu'à la Révolution, l'opinion des Français était bien pour le Roi: ce sont les Francs-Maçons qui par tous les artifices de leurs sophismes ont travaillé dans les Loges à modifier cette opinion. Il dit qu'il connaissait "des Maçons qui dans le grade de Kadosch, avaient juré haine à tout culte & à tout Roi; qui peu d'instans après n'en oubliaient pas moins ce serment & n'en étaient pas moins décidés pour la Monarchie. L'esprit Français dans la plupart des Frères, l'emportait sur l'esprit maçonnique. L'opinion comme le coeur restait encore pour le Roi. Il fallait triompher de cette opinion dans l'esprit de ces Frères; il fallait pour cela toute la force des sophismes & toute l'illusion des Hiérophantes. C'était dans son grade d'Epopte que Weishaupt paraissait avoir épuisé son génie, pour faire passer ses élèves du mépris des Autels à la haine du Trône" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 96-97).

Propriété, famille, corporation, ville, province, patrie, Eglise: autant d'obstacles à abattre

"La propriété, la famille, la corporation, la ville, la province, la patrie, l'Eglise: autant d'obstacles à abattre.

"On objectera que la majorité des citoyens les respectent, s'y complaisent, y trouvent le bonheur et la paix de l'âme. Peu importe; il n'y a pas de liberté contre la liberté" [ou encore "pas de liberté pour les ennemis de la Liberté"...]

"Si la volonté générale ne parle pas en eux, c'est qu'ils sont pervertis et dégradés et c'est un devoir pour les citoyens "conscients" de les émanciper malgré eux....." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 55).

Secret général de la Maçonnerie dévoilé par les Maçons eux-mêmes en 1792: Egalité et Liberté (Augustin Barruel)

(En 1774), "Voltaire seul n'avait pas été initié. Les frères lui avaient trop d'obligations, ils lui devaient un trop grand nombre d'adeptes, pour qu'il mourût sans avoir reçu l'hommage de leur reconnaissance... L'impie octogénaire ne fut pas plutôt de retour dans Paris, qu'ils se mirent à préparer la plus pompeuse des fêtes pour son admission aux mystères. A quatre-vingts ans Voltaire vit la lumière. Quand il eut prononcé son serment, le secret qui le flatta le plus fut d'apprendre que les adeptes, désormais ses Frères, étaient depuis long-temps ses plus zélés disciples; que leur secret consistait tout entier dans cette égalité & cette liberté qu'il avait si souvent prêchées lui-même contre Dieu de l'Evangile & contre les prétendus tyrans... La loge retentit en ce jour de tant d'applaudissements, ... il lâcha ce blasphème: "Ce triomphe vaut bien celui du Nazaréen...". La formule sacrée des mystères lui devint si précieuse, que l'antique adepte Franklin ayant eu la bassesse de lui présenter ses enfants à bénir, il ne pronconça sur eux que ces aproles, égalité & liberté" (Vie de Voltaire) (Source: Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 438-439).

"Jusques au douze Août mille sept cent quatre-vingt-douze, les Jacobins n'avaient encore daté les de leur Révolution que par les années de leur prétendue liberté. En ce jour, Louis, depuis quarante-huit heures déclarées par les rebelles déchu de tous les droits au Trône, fut emmené captif aux tours du Temple. En ce même jour, l'Assemblée des rebelles prononça qu'à la date de la liberté, on ajouterait désormais dans les actes publics la date de l' égalité et ce décret lui-même fut daté la quatrième année de la liberté, la première année, le premier jour de l' égalité. (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 271).

"En ce même jour, pour la première fois, éclata enfin publiquement ce secret si cher aux Francs-Maçons, & prescrit dans leurs loges avec toute la religion du serment le plus inviolable. A la lecture de ce fameux décret ils s'écrièrent: Enfin nous y voilà; la France entière n'est plus q'une grande Loge; les Français sont tous Francs-Maçons, & l'univers entier le sera bientôt comme nous.

Barruel ajoute: "J'ai été témoin de ces transports; j'ai entendu les questions & les réponses auxquelles ils donnaient lieu. J'ai vu les Maçons jusques alors réservés, répondre désormais sans le moindre déguisement: "Oui, enfin, voilà le grand objet de la Franc-Maçonnerie rempli. EGALITE & LIBERTE; tous les hommes égaux & frères; tous les hommes sont libres: c'était là toute l'essence de notre code, tout l'objet de nos voeux; TOUT NOTRE GRAND SECRET".

"J'ai entendu plus spécialement ces paroles sortir de la bouche des Francs-Maçons les plus zélés, de ceux que j'avais vu décorés de tous les ordres de la Maçonnerie la plus profonde & revêtus de tous les droits de Vénérables, pour présider aux Loges.

"Je les entendus devant tout ce que les Maçons apprécient jusqu'alors des profanes, non seulement sans exiger ni des hommes ni des femmes la moindre espèce de secret, mais même avec tout le désir que toute la France désormais en fut instruite, pour la Gloire des Maçons; pour qu'elle reconnût dans eux les bienfaiteurs & les auteurs de toute cette révolution d' égalité & de liberté, dont elle donnait le grand exemple à l'univers" (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 272)

"TEL ETAIT EN EFFET LE SECRET GENERAL DES FRANCS-MACONS" (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 273).

"Il est vrai qu'il était strictement défendu aux Francs-Maçons de jamais écrire ces deux mots réunis, égalité, liberté, avec le moindre indice que dans la réunion de ces grands principes consistait leur secret; & cette loi était si bien observée par leurs Ecrivains, que je en sache pas l'avoir jamais vu violée dans leurs livres; quoique j'en aie lu un bien grand nombre, & des plus secrets, pour les différents grades.

"Mirabeau lui-même, lorsqu'il faisait semblant de trahir le secret de la Maçonnerie, n'osait en révéler qu'une partie. L'ordre des Francs-Maçons répandus par toute la terre, disait-il, a pour objet la charité, l'égalité des conditions & la parfaite harmonie (Voy. son Essai sur les Illuminés, chap. 13)..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 276).

"... si l'on entend par là que les hommes ne sont pas faits pour être esclaves, mais pour jouir d'une vraie liberté sous l'empire des lois; si par égalité, on veut dire qu'étant les enfants d'un père commun, d'un même Dieu, les hommes doivent tous s'aimer, s'aider mutuellement comme des frères, je ne vois pas que j'eusse besoin d'être maçon pour apprendres ces vérités. Je les trouvais bien mieux dans l'Evangile que dans leurs jeux puérils [A. Barruel avait du assister de force à sa propre initation aux trois premiers grades, par l'entremise d'amis de sa connaissance...] On verra même qu'il fallait parcourir bien d'autres grades, pour arriver à une liberté, à une égalité toute différentes ( de celle de l'Evangile)..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 286).

Dernier objet de la Maçonnerie...

"L'essentiel est d'en (290) faire connaître la doctrine & le dernier objet. C'est à cela aussi que je vais m'appliquer..."

"Quoique dans les premiers grades des Maçons tout semble puéril, il est cependant bien des choses que la secte n'a jetées en avant dans les premiers grades que pour juger par l'impression qu'elles feraient sur les jeunes adeptes, à quel point elle peut les conduire.

Le grand objet qu'elle nous dit avoir en vue, c'est tantôt de bâtir des temples à la vertu & des cachots au vice...; & tantôt d'initier les adeptes à la lumière, de les délivrer des ténèbres où les profanes sont tout le reste des hommes [en quelque sorte, il y a les sur-hommes - les initiés forcément - et les sous-hommes, tous les autres! Il y a les Purs et les Impurs, etc... Hitler avaient une thématique similaire...].

"Cette promesse est celle du premier Catéchisme des Maçons. On ne trouvera pas un seul initié qui n'en convienne. Cependant, cette promesse seule annonce qu'il est pour les Maçons une morale, une doctrine, auprès de laquelle toute celle du Christ & de son Evangile n'est qu'erreur & ténèbres [c'est l'inversion satanique des valeurs...]

L'ère maçonnique n'est point celle du Christianisme; l'année de la lumière date pour eux des premiers jours du monde. C'est là un de ces usages que nul Maçon ne désavouera. Or cet usage dit assez clairement que toute leur lumière, leur morale, leur science religieuse est antérieure à la Révélation évangélique, à celle même de Moyse & des prophètes; qu'elle sera tout ce qui plaît à l'incrédulité d'appeler la RELIGION DE LA NATURE... (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 321)

Dans le langage des Maçons, toutes leurs Loges ne font qu'un temple fait pour représenter l'univers même, le temple qui s'étend de l'Orient à l'Occident & du Midi au Nord. Dans ce temple on admet avec la même indifférence le Juif & le Chrétien, le Musulman et l'idolâtre, les hommes de toute religion, de toute secte. Tous y voient la lumière, tous y apprennent la science des vertus, du vrai bonheur, & tous peuvent y persister dans leur secte, dans tous les grades, jusqu'à celui qui leur apprend enfin que toutes les religions ne sont qu'erreurs & préjugé. Quoique bien des Maçons ne voient dans cette réunion que cette charité générale dont la différence des opinions ne doit pas empêcher les effets de s'étendre sur le Gentil & sur le Juif, sur l'Orthodoxe & sur l'Hérétique; j'ai peur que tant de zèle pour réunir l'erreur & le mensonge ne soit pas autre chose que l'art de suggérer l'indifférence pour toutes les religions, jusqu'à ce que le moment arrive de les détruire toutes dans le coeur des adeptes.

C'est toujours avec la précaution des plus terribles sermens sur le secret, que les Maçons communiquent leur prétendue lumière, ou leur art de bâtir des temples à la vertu & des cachots au vice.

"[...] Ou la science des maçons est vraiment une science de vertu & de bonheur conforme aux lois du Christianisme, au repos des Etats; & alors qu'ont-ils donc tant à craindre des Pontifes & des Rois, depuis que l'univers est chrétien? Ou bien cette prétendue science est en opposition avec les lois religieuses & civiles de l'univers chrétien, & alors il ne reste plus qu'à leur dire: celui-là fait le mal, qui aime à se cacher...

5° Ce que les Maçons cachent n'est pas ce que l'on peut trouver de louable dans leur association; ce n'est pas cet esprit de FRATERNITE, de bienveillance générale qu'ils avaient de commun avec tous les religieux observateur de l'Evangile; ce ne sont pas même les plaisirs, les douceurs [35] de leur égalité, de leur union, de leurs repas fraternels. Au contraire, ils exaltent sans cesse leur esprit de bienfaisance, & personne n'ignore les plaisirs des adeptes convives. Il est donc dans leur secret quelque chose d'une toute autre anture que cette fraternité, quelque chose de moins innocent que la joie des santés maçonniques.

"Voilà ce qu'on peut dire en général à tout Maçon.

"L'affectation seule du secret sur ces premiers mots de la Maçonnerie, Egalité, Liberté, le serment de ne jamais montrer dans ces deux mots la base de la doctrine Maçonnique, annonçaient qu'il devait y avoir une explication de ces mots..., telle qu'il importait à la secte d'en cacher la doctrine aux hommes de l'Etat ou de la Religion... C'est en effet pour arriver à cette explication dans les derniers mystères qu'il fallait tant d'épreuves, tant de sermens (d'obéissance au Grand Maître) & tant de grades... (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 289-290-293).

Ce que recouvre liberté et égalité maçonniques

Le grade maçonnique où le voile se déchire: celui de Kadosch ou l'homme régénéré

"C'était à ce grade qu'avait été admis l'adepte dont j'ai parlé plus haut. Je ne suis pas surpris de l'état d'épuisement auquel il se trouvait réduit par les épreuves qu'il venait de subir. Quelques adeptes du même grade m'ont appris qu'il n'est point de ressources dans les moyens physiques, dans les jeux des machines, pour effrayer un homme, point de spectres affreux, point de terreurs, dont on n'emploie les ressources pour éprouver la confiance de l'aspirant. M. Montjoie nous parle d'une échelle à laquelle on fit monter le duc d'Orléans, & dont on l'obligea de se précipiter. Si c'est là que son épreuve fut réduite, il est à croire qu'il fut bien ménagé. Qu'on imagine un profond souterrain, un véritable abyme, d'où s'élève une espèce de tour fort étroite jusqu'au comble des loges. C'est au fond de cet abyme qu'est conduit l'initié, à travers des souterrains où tout respire la terreur. Là, il est enfermé, lié & garotté. Abandonné à cet état, il se sent élevé par des machines qui font un bruit affreux. Il monte lentement, suspendu dans cet abyme ténébreux; il monte quelquefois des heures entières, retombe tout-à- coup, comme s'il n'était plus soutenu par ses liens... Cette description ne rend que bien imparfaitement une partie des épreuves dont nous parlent des hommes qui les ont subies eux-mêmes. Ils ajoutent qu'il leur est impossible d'en faire une excate description; que leur esprit se perd; qu'ils cessent quelquefois de savoir où ils sont; qu'il leur faut des breuvages, & que souvent on leur en donne qui ajoutent à leurs forces épuisées, sans ajouter à leur pouvoir de réflechir; ou plutôt qui n'ajoutent à leurs forces que pour ranimer tantôt le sentiment de la terreur, tantôt celui de la fureur".

"Par bien des circonstances qu'ils disent de ce grade, j'aurais cru qu'il appartenait à l'Illuminisme; mais le fond en est encore pris de l'allégorie maçonnique. Il faut encore ici renouveler l'épreuve du grade où l'initié se change en assassin; mais le Maître des Frères à venger n'est plus Hiram; c'est Molay, le Grand maître des Templiers; & celui qu'il faut tuer, c'est un Roi, c'est Philippe le Bel, sous qui l'ordre des Chevaliers du Temple fut détruit. (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 318-319).

"Au moment où l'adepte sort de l'antre, portant la tête de ce Roi, il s'écrie Nékom, je l'ai tué. Après l'atroce épreuve, on l'admet au serment. Je sais d'un des adpetes qu'à cet instant il avait devant lui un des Chevaliers Kadosch, tenant un pistolet, & faisant signe de le tuer s'il refusait de prononcer ce serment... Ce même adepte interrogé s'il croyait que la menace fût sérieuse, répondit: 'Je ne l'assurais pas, mais je le craindrais bien'" (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 319-320).

"Enfin le voile se déchire, l'adepte apprend que jusqu'alors la vérité ne lui a été manifesté qu'à demi; que cette liberté & cette égalité dont on lui avait donné le mot dès son entrée dans la Maçonnerie, consistent à ne reconnaître aucun supérieur sur la terre; à ne voir dans les Rois & les Pontifes que des hommes égaux à tous les autres, & qui n'ont d'autres droits sur le trône ou auprès de l'autel que celui qu'il plaît au peuple de leur donner, que ce même peuple peut leur ôter quand bon lui semblera... On lui dit encore que depuis trop long-temps les Princes & les Prêtres abusent de la bonté, de la simplicité de ce peuple; que le dernier devoir d'un Maçon, pour bâtir des temples à l'égalité & à la liberté, est de chercher à délivrer la terre de ce double fléau, en détruisant tous les autels que la crédulité & la supersitition ont élevés; tous les trônes, où l'on ne voit que des tyrans régner sur des esclaves.

Barruel précise: "Je n'ai point pris ces connaissances du grade des Kadosch simplement dans les livres de M. Montjoie ou de M. le Franc, je les tiens des initiés eux-mêmes..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 320-321).

Rapprochement des grades maçonniques

"Dans les deux premiers, c'est-à-dire ceux d' apprenti & de compagnon, la secte commence par jeter en avant son mot d' égalité, de liberté. Elle n'occupe ensuite les novices que de jeux puérils ou de fraternité, de repas maçonniques; mais déjà elle les accoutume au plus profond secret par un affreux serment.

"Dans celui de Maître, ellle raconte son histoire allégorique d'Adoniram qu'il vaut venger, & de la parole qu'il faut retrouver.

"Dans le grade d' Elu, elle accoutume ses adeptes à la vengeance, sans leur dire celui sur qui elle doit tomber. Elle les rapelle aux patriarches, au temps où tous les hommes n'avaient, suivant les prétentions, d'autre culte que celui de la religion naturelle, où tous étaient également Prêtres & Pontifes; mais elle ne dit pas encore qu'il faille renoncer à toute religion révélée depuis les Patriarches. Ce dernier mystère se dévoile dans les grades Ecossais. Les Maçons y sont enfin déclarés libres; la parole si long-temps cherchée est celle du Déiste; c'est le culte de Jéhovah, tel qu'il fut reconnu par les Philosophes de la nature. Le vrai Maçon devient Pontife de Jéhovah; c'est là le grand mystère qui lui est présenté comme laissant dans les ténèbres tous ceux qui n'y sont pas initiés... (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 322). "Ici on vous déclare que cette fameuse parole découverte par les Maçons est Jéhovah. [...] Jéhovah est simplement pour eux le Dieu commun du genre humain..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 326-327).

"Dans les grades des Chevaliers Rose-Croix, celui qui a ravi la parole, qui a détruit le vrai culte de Jéhovah, c'est l'auteur même de la Religion Chrétienne; c'est-à-dire Jésus-Christ & de son Evangile qu'il faut venger les Frères, les Pontifes de Jéhovah.

"Enfin, dans le grade de Kadosch, l'assassin d'Adoniram (qui possédait la parole et qui l'a perdue) devient le Roi qu'il faut tuer pour venger le Grand-Maître Molay, & l'Ordre des Maçons successeurs des Templiers. La religion qu'il faut détruire, pour retrouver la parole ou la doctrine de la vérité, c'est la Religion de Jésus-Christ, c'est tout culte fondé sur la Révélation. Cette parole, dans toute son étendue, c'est la liberté & l' égalité à rétablir par l'extinction de tout Roi & par l'abolition de tout culte.

"Telle est la liaison & la marche, tel est l'ensemble du système maçonnique; & c'est ainsi que, par le développement successif de son double principe d' égalité & de liberté, de son allégorie du Maître des Maçons à venger, de la parole à retrouver, la secte conduisant les adeptes de secrets en secrets, les initie enfin à tout le code de la Révolution & du jacobinisme..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 323).

L'Abbé Barruel précise: "Je sais qu'il est bien d'autres grades dans l'arrière-Maçonnerie, telle que celui de l'Etoile et celui des Druides. Les Prussiens ont ajouté les leurs, les Français en ont fait autant. J'ai cru devoir m'en tenir aux plus communs, parce qu'ils suffisent à faire voir la marche & l'esprit de la secte..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 324).

Les clubs des Jacobins: une conspiration antichrétienne contre l'autel, le trône et la société (A. Barruel)

L'abbé Augustin Barruel indique que "La secte est toute entière dans ses opinions; elle n'existe plus, elle est doublement écrasée, quand ses disciples l'abandonnent pour se rendre aux principes de la raison et de la société" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. XV).

"Bien des années avant cette révolution française, des hommes qui se firent appeler 'philosophes' conspirèrent contre le Dieu de l'Evangile, contre tout christianisme, sans exception, sans distinction du Protestant ou du catholique, de l'Anglican ou du Presbytérien. Cette conspiration avait pour but essentiel de détruire tous les autels de Jésus-Christ. Elle fut celle des sophistes, de l'incrédulité & de l'impiété..." (Augustin Barruel, ibid., t. I, p. XXI).

"Cette coalition des adeptes de l'impiété, des adeptes de la rebellion, des adeptes de l'anarchie, forma les clubs des Jacobins; sous ce nom commun désormais à la triple secte, les adeptes réunis continuent à tramer leur conspiration contre l'autel, le trône et la société..." (Augustin Barruel, ibid., t. I, p. XXII).

Des principaux auteurs de la conspiration

"Vers le milieu du siècle où nous vivons [v. 1750], trois hommes se rencontrèrent, tous trois pénétrés d'une profonde haine contre le chrisitianisme. Ces trois hommes étaient Voltaire, d'Alembert & Frédéric second, roi de Prusse (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 1).

"[...] Il faut à ces trois hommes en ajouter un quatrième. Celui-ci appelé Diderot, haïssait la religion, parce qu'il était fou de la nature;..."

"Un grand nombre d'adeptes furent dans la suite entraînés dans cette conspiration. La plupart n'y entrèrent qu'en qualité d'admirateurs stupides ou d'agents secondaires. Voltaire en fut le chef; d'Alembert, l'agent le plus rusé; Frédéric le protecteur & souvent le conseil; Diderot, l'enfant perdu... (Augustin Barruel, ibid., t. I, p. 2).

"De retour à Paris, vers l'an 1730, il [Voltaire] s'en cachait si peu, il avait déjà publié tant d'écrits contre LE CHRISTIANISME, IL SE FLATTAIT si bien DE POUVOIR L'ANEANTIR, que M. Hérault, lieutenant de Police lui reprochant un jour son impiété, & ajoutant: vous avez beau faire, quoi que vous écriviez, vous ne viendrez pas à bout de détruire la religion chrétienne. Voltaire n'hésita pas à répondre: C'est ce que nous verrons (ibid.)...

"Je suis las, disait-il, de leur entendre répéter que douze hommes ont suffi pour établir le chritianisme, & j'ai envie de leur prouver qu'il n'en faut qu'un pour le détruire"... (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, t. I, p. 7 et "Vie de Voltaire par Condorcet", p. 33).

A. Barruel poursuit: "Aussi lorsque je nomme Voltaire et Frédéric, Diderot & d'Alembert, comme les chefs d'une conjuration antichrétienne, [...] je dis que chacun d'eux avait formé le voeu d'anéantir la religion de Jésus-Christ; qu'ils se communiquèrent secrètement ce voeu; qu'ils combinèrent de concert le moyen de le réaliser, qu'ils n'épargnaient rien de ce que toute la politique de leur impiété pouvait mettre en usage pour le ?; qu'ils furent les appuis, les principaux ? des agens secondaires entrés dans leurs convent; et qu'ils mirent enfin à le poursuivre toute leur intelligence, toute l'ardeur & toute la connivence de véritables conjurés. Je prétends même tirer les grandes preuves de cette conjuration antichrétienne, de ce que nous pouvons justement appeler les archives des conjurés, c'est-à-dire de leur correspondance intime & long-temps secrète, ou bien de leurs aveux, & de diverses productions des principaux adeptes de la conjuration" (Augustin Barruel, ibid., t. I, p. 29-30).

"La formule choisie par Voltaire, [...] fut dictée par le démon de la haine, de la rage & de la frénésie; elle consistait en ces deux mots, écrasez l'infame, et ses mots dans sa bouche, dans celle de d'Alembert, de Frédéric et de tous les adeptes, signifièrent constamment, écrasez Jésus-Christ, la religion de Jésus-Chist, écrasez toute religion qui adore Jésus-Christ.

"[...] Quand Voltaire se plaint que les adeptes ne sont pas assez unis dans la guerre qu'ils font à l'infame; quand il veut ranimer leur zèle par l'espoir du succès dans cette guerre, il rappelle distinctement le projet & l'espoir qu'il avait déjà conçu lui-même, lorsque vers 1730, le lieutenant de police de Paris lui dit qu'il ne suffirait pas à détruire la religion de Jésus-Christ, et qu'il eut la hardiesse de répondre: "c'est ce que nous verrons" (Lettre 66 à d'Alembert, 20 juin 1760 cité dans Augustin Barruel, ibid., t. I, p. 32).

"Quand il se félicite de ses propres succès dans la guerre contre l'infame & des progrès que la conjuration fait autour de lui, il s'applaudit spécialement qu'à Genève, dans la ville de Calvin, il n'y a plus que quelques gredins qui croient au consubstantiel..." (119 Lettre, 28 septembre 1763 cité dans Augustin Barruel, ibid., t. I, p. 33)

"[...] Les autres adeptes n'entendirent pas autrement eux-mêmes ce mot du guet. Au lieu du ferment d'écraser l'infame, Condorcet met nettement dans la bouche de Voltaire le ferment d'écraser le christianisme, (Vie de Voltaire), & Mercier celui d'écraser Jésus-Christ (Lettre de Mercier n° 60, de M. Pelletier cité dans Augustin Barruel, ibid., t. I, p. 37).

"[...] lorsqu'il (Voltaire) écrivait à Diderot, "quelque parti que vous preniez, je vous recommande l'infame, (la religion du Christ), il faut la DETRUIRE chez les honnêtes gens & la laisser à la canaille pour qui elle est faite..." (23 décembre 1762) (Augustin Barruel, ibid., t. I, p. 41).

Union de leurs complots contre le Trône & leurs complots contre l'Autel

"[...] l'abolition des Rois fut résolue, comme celle de la Religion de Jésus-Christ. Dès cet instant les deux conspirations contre l'Autel, contre le Trône, ne formèrent plus à l'école des Sophistes qu'une seule & même conspiration. Dès lors ce ne fut plus la voix isolée de Voltaire ou celle de quelqu'autre Sophiste livré ses caprices, & lançant ses sarcasmes contre l'autorité des Rois; ce furent les efforts réunis des Sophistes, désormais combinant les projets de la rebellion avec tous ceux de leur impiété; désormais confondant leurs moyens & leurs voeux, & leurs haines, & tous leurs artifices, pour apprendre aux peuples à renverser les trônes de leurs Rois, comme ils leur apprenaient à démolir les autels de leur Dieu.

"L'accusation est importante, elle est formelle; les preuves en sont toutes dans la bouche des Conjurés eux-mêmes. Et ce n'est pas ici le simple aveu de leur conspiration; c'est l'orgueil du Sophiste qui met toute sa gloire dans son crime, qui en peint la noirceur, l'hypocrisie & la scélératesse, comme il eût peint l'objet & le génie, & les travaux de la sagesse même ou de la vraie philosophie pour le bonheur du genre humain. Ecoutons-les eux-mêmes traçant l'histoire de leurs complots, & donnant leurs complots & donnant leurs succès pour la plus grande preuve des "progrès de l'esprit" dans la carrière des vérités philosophiques... (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 132-133).

"Alors voici la trame qu'il se met à nous développer, comme l'histoire & le triomphe de la philosophie:

"Il se forma bientôt en Europe une classe d'hommes moins occupés encore de découvrir ou d'approfondir la vérité, que de la répandre; qui se dévouant à poursuivre les préjugés dans les asiles où le Clergé, les écoles, les gouvernemens, les corporations anciennes les avaient recueillis & protégés, mirent leur gloire à DETRUIRE LES ERREURS POPULAIRES, plutôt qu'à reculer les limites des connaissances, manière indirecte de servir leurs progrès, qui n'était ni la moins périlleuse, ni la moins utile...

"En Angleterre, Collins & Bolingbroke; en France, Bayle [36], Fontenelle [37], Voltaire [38], Montesquieu [39], & Les écoles formées par ces hommes, combattirent en faveur de la vérité [laquelle?... Certainement pas Notre Seigneur Jésus-Christ,... mais celle de l'homme!...]; employant tour à tour les armes que l'érudition, la philosophie, l'esprit & le talent d'écrire peuvent fournir à la raison; prenant tous les tons, employant toutes les formes, depuis la plaisanterie jusqu'au pathétique, depuis la compilation la plus savante & la plus vaste jusqu'au roman & au pamphlet du jour; couvrant la vérité d'un voile qui ménageait les yeux top faibles, & laissait le plaisir de deviner; caressant les préjugés avec adresse, pour leur porter des coups plus certains; n'en menaçant presque jamais plusieurs à la fois, ni même un seul tout entier...; consolant quelquefois les ennemis de la raison, en paraissant ne vouloir dans la Religion qu'une demi-tolérance, dans la politique qu'une demi-liberté; ménageant le despotisme, quand ils combattaient les absurdités religieuses; & le culte, quand ils s'élevaient contre le tyran...; ATTAQUANT CES DEUX FLEAUX DANS LEUR PRINCIPE, quand même ils paraissaient n'en vouloir qu'à des abus révoltans ou ridicules; & frappant ces arbres funestes dans leurs racines, quand ils semblaient se borner à en élaguer quelques branches égarées; tantôt en apprenant aux amis de la liberté que la superstition qui couvre le despotisme d'un bouclier impénétrable, est la première victime qu'ils doivent immoler, la première chaine qu'ils doivent briser; tantôt au contraire la dénonçant aux despotes comme la véritable ennemie de leur pouvoir, & les effrayant du tableau de ses hypocrites complots & de ses fureurs sanguinaires; mais ne se flattant jamais de réclamer l'indépendance de la raison, la liberté d'écrire, comme le droit & le salut du genre humain; s'élevant avec une infatigable énergie contre tous les crimes du fanatisme & de la tyrannie; poursuivant dans la Religion, dans l'administration, dans les moeurs, dans les lois, tout ce qui portait le caractère de l'oppression, de la dureté, de la barbarie (...); ordonnant au nom de la nature aux Rois, aux Guerriers, aux Prêtres, aux Magistrats, de respecter le sang des hommes; leur reprochant avec une énergique sévérité celui que leur politique ou leur indifférence prodiguait dans les combats ou dans les supplices; prenant enfin pour cri de guerre, RAISON, TOLERANCE, HUMANITE...

"Telle fut cette PHILOSOPHIE NOUVELLE, objet de la haine commune de ces classes nombreuses [40] qui n'existent que par les préjugés. - Ses chefs eurent presque toujours l'art d'échapper à la vengeance, en s'exposant à la haine; de se cacher à la persécution, en se montrant assez pour ne rien perdre de leur gloire" (Condorcet, Esquise d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, 9e époque, cité dans Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 134-137)

A. Barruel poursuit: "Quand la rebellion, l'impiété & la révolte personnifiées auraient choisi la personne & la plume de Condorcet pour dévoiler, & l'époque, & l'objet, & les auteurs, & les moyens, & toute l'artificieuse scélératesse des complots d'abord formés contre l'Autel, ensuite dirigés & pousuivis contre les Rois & contre les chefs des Nations, par quels traits ces complots pouvaient-ils être rendus plus évidents, plus manifestes? Comment le héros ou l'adepte le plus spécialement initié à tous les mystères de la conjuration, pouvait-il en retracer plus clairement le double voeu, & nous montrer plus nettement celui de renverser les Trônes, naissant immédiatement du voeu de renverser l'Autel?

"Que l'historien s'empare donc de cet aveu, ou pour mieux dire encore de ce panégyrique des complots. Il y verra tout ce qui peut échapper au plus hardi, au mieux instruit des Conjurés, se réunir sous la plume de Condorcet, pour nous tracer la conspiration la plus caractérisée, la plus générale, ourdie par ces hommes appelés Philosophes, ourdies non-seulement contre les Rois & leurs personnes, & contre tous les Rois, mais contre la Royauté elle-même, de toute Monarchie. Le moment où se forme la conjuration est celui où les Collins, les Bolingbroke, les Bayle, les maîtres de Voltaire & Voltaire lui-même ont déjà propagé la doctrine de leur impiété contre le Christ" (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 138).

"Etrangler le dernier des Rois avec les boyaux du dernier des Prêtres" (Diderot)

"Il n'est d'ailleurs que Diderot lui-même capable de nous dire à quel point cette haine est dans son coeur. Nous avons entendu Voltaire souhaitant voir le dernier Jésuite étranglé avec les boyaux du dernier Janséniste; la même phrénésie contre les Prêtres & les Rois inspirait à Diderot les mêmes expressions. C'était une chose connue dans tout Paris, que cette exclamation qui lui échappait si souvent dans les convulsions de sa folie ou de sa rage: Quand verrai-je donc le dernier des Rois étranglé avec les boyaux du dernier des Prêtres!" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 183).

"Une secte impie & audacieuse: Liberté de penser, voilà leur cri" (M. Séguier)

"Ecoutons M. Séguier, Avocat Général, dénonçant, le 18 août 1770, au Premier Parlement du Royaume, cette même conjuration des "Philosophes":

'Depuis l'extirpation des hérésies qui ont troublé la paix de l'Eglise, disait l'orateur Magistrat, on a vu sortir des ténébres un système plus dangereux par ses conséquences, que ces anciennes erreurs, toujours dissipées à mesure qu'elles se sont reproduites. Il s'est élevé au milieu de nous une secte impie & audacieuse: elle a décoré sa fausse sagesse du nom de philosophie; sous ce titre important, elle a prétendu posséder toutes les connaissances. Ses partisans se sont élevés en précepteurs du genre humain. Liberté de penser, voilà leur cri, & ce cri s'est fait entendre d'une extrémité du monde à l'autre. D'une main, ils ont tenté d'ébranler le Trône, & de l'autre ils ont voulu renverser les Autels. Leur objet était d'éteindre la croyance, de faire prendre un nouveau cours aux esprits sur les institutions religieuses & civiles, & la Révolution s'est pour ainsi dire opérée, les prosélytes se sont multipliés, leurs maximes se sont répandues; les Royaumes ont senti chanceler leurs antiques fondements; & les nations étonnées de trouver leurs principes anéantis, se sont demandées par quelle fatalité elles étaient devenues si différentes d'elles-mêmes.

'Ceux qui étaient le plus faits pour éclairer leurs contemporains, se sont mis à la tête des incrédules; ILS ONT DEPLOYE L'ETENDARD DE LA REVOLTE, & par cet esprit d' indépendance ils ont cru ajouter à leur célébrité. Une foule d'écrivains obscurs ne pouvant s'illustrer par l'éclat des mêmes talens, a fait paraître la même audace... Enfin la Religion compte aujourd'hui presque autant d'ennemis déclarés, que la Littérature se glorifie d'avoir produit de prétendus philosophes. Et le gouvernement doit trembler de tolérer dans son sein UNE SECTE ARDENTE D'INCREDULES, qui semble ne chercher qu'à SOULEVER LES PEUPLES SOUS PRETEXTE DE LES ECLAIRER' (Voyez le Réquisitoire du 18 août 1770)...

"Cette dénonciation formelle de la double conspiration des Sophistes, était appuyée sur le soin qu'ils avaient de propager leurs principes tout à la fois impies & régicides dans une foule de productions journalières, & en particulier sur celles que l'éloquent Magistrat présentait à la Cour, comme méritant plus spécialement d'être proscrites" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 190-191).

Témoignage d'un adepte repentant

Augustin Barruel dans le deuxième tome de ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, présente le cas d'un ancien adepte de la secte qui se repent, dénommé Leroi. L'auteur fait état d'une de ses lettres "écrite peu de temps après la prise de la Bastille, année 1789, par le médecin Alphonse Leroi..."

Une Révolution préparée depuis des années..., dans tous les cabinets...

Voici les termes de cette lettre: "Monsieur le comte, ne vous y trompez pas: ceci n'est pas l'affaire d'une bourasque. La Révolution est faite & consommée. Elle a été préparée depuis des années par les plus grands génies de l'Europe; elle a des partisans dans tous les cabinets..." (Lettre du médecin Leroi après la prise de la Bastille, cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 152).

"Au moment où il fait ses aveux (ce Leroi), la Constitution & le Serment de l'apostasie (1791), n'étaient pas encore décrétés; ...Tout était préparé, tout se hâtait, mais l'Assemblée n'en était encore qu'à ses premiers forfaits contre l'autorité politique & les droits du souverain. C'est à l'aspect de ces premiers forfaits qu'on reproche à Leroi les mal-heureux effets de son école, & c'est à ce reproche qu'il répond: à qui le dites-vous! Je le sais mieux que vous; mais j'en mourrai de douleur et de remords. Lorsqu'il dévoile ensuite toute la noirceur de cette trame ourdie par son académie secrète, dans la maison d'Holbach; lorsqu'il nous dit: 'c'est là que se formait, que se poursuivait toute cette conspiration, dont vous voyez les funestes effets; les complots qu'il déteste sont ceux qu'il voit déjà suivis de tant d'ouvrages & de tant de dangers pour le Trône... Ainsi autant l'aveu du malheureux adepte nous rend indubitable la conspiration tramée par les Sophistes contre la Religion, autant il nous démontre celle qu'ils ont tramée contre le Trône" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 153).

" [...] Pesons donc cet aveu de l'adepte pénitent. Que nous dit Condorcet glorieux & superbe de la conspiration des Philosophes contre le Trône que ne dise ce malheureux Leroi, mourant de honte, de douleur & de remord!..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 156).

La maison d'Holbach

" [...] L'adepte pénitent (Leroi) nous montre ces mêmes disciples de Voltaire, de Montesquieu & de Jean-Jacques, sous le nom empruntés d'Economistes, réunis, coalisés dans la maison d'Holbach; & il nous dit: c'est là que les adeptes combinaient leurs travaux & leurs veilles pour EGARER L'OPINION PUBLIQUE SUR LA RELIGION & sur les droits du Trône.

"C'est de là que sortaient la plupart de ces livres que vous avez vu paraître depuis long-temps contre la Religion, les moeurs et le gouvernement. Tous étaient composés par les membres ou par les ordres de notre société; tous étaient notre ouvrage ou celui de quelques Auteurs affidés (Voy. le premier vol. de ces Mémoires, chap. XVII) (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 157).

Témoignage du roi de Prusse

"Pourrez-vous rejeter celui (témoignage) de l'homme qui très certainement avait le plus grand intérêt à ménager la secte?..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 196)

"... Le temps vint en effet où Frédéric lui-même s'aperçut que ses chers Philosophes ne lui avaient dit que la moitié de leur secret..., en l'initiant aux mystères de leur impiété; qu'en le servant de toute sa puissance pour écraser le Christ, ils ne pensaient à rien moins qu'à l'écraser lui-même et tous les Monarques ses confères. Frédéric ne fut point alors l'adepte pénitent, comme le malheureux Leroi; son âme était trop enfoncée dans les routes de l'impiété; mais il fut au moins l'adepte honteux de se trouver si étrangement dupe; l'indignation et le dépit prenant la place de l'admiration, il rougit d'avoir eu si long-temps pour amis des hommes qui se servaient de lui, pour frapper dans ses fondements mêmes la puissance dont il était le plus jaloux" (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 197).

"Il se fit le dénonciateur public de ces mêmes Encyclopédistes, qui devaient une si grande aprtie de leur succès à sa protection. Il avertit les Rois que le grand objet de la SECTE était de les livrer à la multitude; d'apprendre aux Nations que les sujets doivent jouir du droit de déposer leur Souverain, lorsqu'ils en sont mécontens. (Réfutation du Système de la nation par le Roi de Prusse). Il avertit les Rois de France, que la conspiration était plus spécialement dirigée contre eux.

"La dénonciation claire et formelle fut conçue en ces termes: 'Les Encyclopédistes réforment tous les Gouvernemens. La France (dans leurs projets) doit devenir un Etat républicain, dont un Géomètre sera le Législateur; & que des Géomètres gouverneront, en soumettant toutes les opérations de la nouvelle République au calcul infinitésimal. Cette République conservera une paix constante, & se soutiendra sans armée"' (Premier Dialogue des Morts par le Roi de Prusse) (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 198).

"Il (Frédéric) n'en dit pas moins clairement: 'Les Encyclopédites sont une secte de soit-disant philosophes, formée de nos jours; ils se croient supérieurs à tout ce que l'antiquité a produit en ce genre. A l'effronterie des Cyniques ils joignent l' impudence de débiter tous les paradoxes qui leur tombent dans l'esprit. Ce sont des présomptueux qui n'avouent jamais leur tort. Selon leur principe, le sage ne se trompe jamais; il est le seul éclairé; de lui doit émaner la lumière qui dissipe les sombres ténèbres dans lesquelles croupit le vulgaire imbécile & aveugle...'

"En peignant ainsi de ces traits les prétentions, le ridicule orgueil des maîtres & des disciples, Frédéric eût voulu qu'on envoyât les uns & les autres aux petites Maisons, pour qu'ils fussent législateurs des fous leurs semblables"

"D'autres fois encore, Frédéric pour la cause & pour celle de tous les Rois, croyant devoir quitter le langage du dépit & de l'épigramme, ne dédaignait pas d'opposer aux Sophistes celui du raisonnement. On le voyait alors entrer en lice, & s'abaisser, en quelque sorte, jusqu'à la réfutation des calomnies & des impertinences de ses maîtres. C'est ainsi qu'il se mit à réfuter le Système de la nature, & cette autre production que l'académie secrète des conjurés avait fait paraître sous le nom de Dumarsais, sous le titre d' Essais sur les préjugés. Là, s'occupant sur-tout à dévoiler la ruse des Sophistes, il nous montrait avec quel art perfide les conjurés calomniaient à la fois les prêtres & les Souverains, ne cherchaient qu'à rendre les uns et les autres également odieux à tous les peuples" (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 199-200).

Mais attention, n'allons pas croire que la cause des Ecclésiastiques soit subitement devenue précieuse à Frédéric... A. Barruel indique qu'il (aux conjurés) "leur pardonne de détruire l'autel; il les seconde même encore dans cet objet; mais il défend le trône; il a donc découvert, il est donc convaincu de leurs complots contre l'autel, ils sont passés à des conjurations contre le trône. Aussi est-ce bien là plus précisément l'objet de ses réfutations" (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 202)

" ... leurs complots complots devenus manifestes lui rendirent la SECTE si odieuse, qu'il mit désormais son génie à contenir chez lui les Philosophes, et à les rendre ailleurs aussi méprisables qu'il les voyait dangereux par-tout.

"Alors il composa ces Dialogues des morts entre le Prince Eugène, Marlbourough, & le Prince Lichtenstein, où il dévoile plus spécialement l'ignorance, l'absurde prétention des Encyclopédistes à régler l'univers à leur mode, et surt-tout leur projet d'abolir le Gouvernement Monarchique, de commencer par renverser le Trône des Bourbons pour faire de la France une République.

"Alors Voltaire & d'Alembert sollicitèrent vainement sa protection pour les adeptes. Frédéric répondait séchement & laconiquement, que les écrivailleurs de la SECTE n'avaient qu'à chercher un asile dans cette République de Hollande, où ils pourraient faire le métier de tans d'autres qui leur ressemblaient. Les expressions de son mépris & de son indignation furent même telles, que d'Alembert croyait devoir les adoucir dans ce qu'il mandait à Voltaire (Lettre de d'Alembert à Voltaire, 27 déc. 1777).

"...Ce fut alors enfin que Frédéric cessa d'être pour les Sophistes le Salomon du Nord. D'alembert ne vit plus en lui qu'un homme plein d' humeur, & qu'un malade..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 203-204).

"Il est à observer que ni d'Alembert ni Voltaire ne cherchèrent à dissuader Frédéric sur le projet & le complot qu'il attribuait à leur école. Le silence sur la conspiration leur parut le parti de la prudence..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 203-205).

A. Barruel ne reçoit pas la moindre objection contre les preuves qu'il fournit

"Après les détails que j'ai donnés dans le premier volume sur l'antre (le club d'Holbach ou "d'Holbachien") où s'assemblaient les Conjurés, & sur la décalaration de l'adepte Leroi, je ne crois pas ici avoir besoin de nouvelles preuves sur cet objet; JE N'AI PAS MÊME ENTENDU LA MOINDRE OBJECTION CONTRE CELLES QUE J'EN AI DONNEES..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 206) [41]

L'ASSASSINAT DU PETIT PEUPLE

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Massacre du Chatelet, le 2 et le 3 septembre 1792


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Massacre aux Carmes


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Massacre à la Salpêtrière - gravure du temps


Massacre à Bicêtre - gravure populaire.JPG

Massacre à Bicêtre - gravure populaire


Fusillade devant Saint-Roch - gravure du temps.JPG

Fusillade devant Saint-Roch - gravure du temps


Massacre à la Force.JPG

Massacre à la Force


Massacre à Avignon en 1791 - gravure du temps.JPG

Massacre à Avignon en 1791 - gravure du temps

Au nom de leur idéologie, les révolutionnaires ont d'abord assassiné le petit peuple des paysans artisans et ouvriers, avant de s'en prendre aux nobles.

Il fallait décapiter le bas-peuple en l'extirpant des 'obscurantistes' et des 'brigands', de tous ceux qui ne voulaient pas du nouveau régime, le purifier & le rendre 'libre':

"Malgré les idées reçues, la première victime de cette hécatombe a été le peuple français. 'Les aristocrates à la lanterne', chante la Carmagnole. Mais pendant la révolution, un 'aristocrate' n'est pas un membre de la noblesse: fût-il artisan ou paysan, c'est un rebelle au nouveau régime. Le mot aristocrate signifie en général un ennemi de la révolution, signale Thomas Paine. On en use sans lui donner la signification particulière qui s'attachait autrefois à l'aristocratie..." (Thomas Paine, Lettre à Edmund Burke, 17 janvier 1790, cité par Alfred Cobban, Le sens de la révolution 'française', Julliard, 1984).

"... Les études statistiques montrent que les guillotinés étaient à 31% des ouvriers ou des artisans, à 28% des paysans, à 20% des marchands ou des spéculateurs. Les nobles et les ecclésiastiques n’ont respectivement fourni que 9% et 7% des victimes..." (Jean Sévilia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p.197).

Ces chiffres de Jean Sévillia sont sensiblement les mêmes que ceux fournis par René Sédillot: "... (les exécutions) concernent pour 28% des paysans, pour 31% des marchands et des spéculateurs, mais seulement pour 8 à 9% des nobles, pour 6 à 7% des membres du clergé..." (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 24).

"... on décapite moins des aristocrates que des artisans ou des boutiquiers, moins par fanatisme que par habitude…" (René Sédillot, ibid., p. 22)

"Chateaubriand dit : 'Les conventionnels (1792-1795) faisaient couper le cou à leurs voisins avec une extrême sensibilité pour le plus grand bonheur de l’espèce humaine…' (Chateaubriand in Jean Sévillia, ibid., p. 176).

C'est que les plus grandes dictatures disent toujours travailler au bien du petit peuple...

"En additionnant les condamnations capitales prononcées par l'instance judiciaire, les exécutions sommaires, les décès en prison et les victimes de la guerre civile (tous camps confondus), le bilan global de la Terreur s'établit entre 200 000 et 300 000 morts. Soit 1% de la population de l'époque. A l'échelle de la France d'aujourd'hui, cela donnerait près de 600 000 morts..." (Jean Sévillia, Historiquement correct, pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 197).

Notons encore que si aujourd'hui, la révolution ne tue plus directement (elle ne tue plus les corps, mais elle continue à tuer les âmes...), elle n'en reste pas moins une dictature pour un Claude Reichman: "Anonyme et féroce, la dictature qui soumet la France à son joug est probablement la pire que la France ait jamais connue..." (Claude Reichman, Le secret de la droite).

En 1789, "c'est une minorité qui s'empare du pouvoir et se le dispute..." (Jean Sévillia)

"Conduite au nom du peuple, la révolution s'est effectuée sans le consentement du peuple et souvent même contre le peuple" (Jean Sévillia)

"Les jacobins coupèrent des têtes par milliers, fusillèrent en tas, noyèrent par masses compactes en des bateaux à soupapes, des gens qui, sur la centralisation administrative, n'avaient pas les mêmes idées qu'eux..." (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 439).

"Conduite AU NOM du peuple, la Révolution s’est effectuée sans le consentement du peuple, et souvent même CONTRE le peuple" (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 177).

Le peuple français acclamait le Roi après la prise de la Bastille. En voici une gravure:

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Vive le Roi! Gravure d'après Debucourt manifestant la popularité de Louis XVI après la prise de la Bastille

On peut donc dire en forçant le texte de Jean Sévillia, que conduite au nom du peuple, la Révolution s’est effectuée sans le consentement du peuple, et "même CONTRE le peuple".... tout court!

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Le Roi revenant au château, après sa visite à l'assemblée, est acclamé par la foule - le 15 juillet 1789 - Aquatinte de Janinet


En 1789 le peuple était catholique & royaliste. Une minorité de factieux appartenant à des "clubs de pensée" parvint à manipuler quelques groupes pour renverser la Monarchie. La suite est une succession de carnages et d'atrocités: après l'assassinat du peuple, les révolutionnaires se déchireront entre eux pour acquérir la gloire d'avoir renverser le Trône et l'Autel.


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Arrestation de Robespierre (Gravure d'après Harriet)


"Le Dieu qui semble vouloir laver la France de ses iniquités, dans ces fleuves de sang, vient donner au monde un autre spectacle de ses vengeances. Le Christ n'a plus d'Autel en France? Les Rois n'ont plus de Trône; ceux qui ont renversé & le Trône & l'Autel, CONSPIRENT LES UNS CONTRE LES AUTRES.

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"Les intrus, les déistes & les athées on égorgé les Catholiques; les intrus, les athées & les déistes S'EGORGENT LES UNS LES AUTRES. Les Constitutionnels ont chassé les Royalistes, les Républicains chassent les Constitutionnels; les démocrates de la République une & indivisible, TUENT LES DEMOCRATES de la République fédérée; la section de la Montagne guillotine la section de la Gironde. La section de la Montagne se divise en factions d'Hébert & de Marat, en faction de Danton & de Chabot, en faction de Cloot & de Chaumette, en faction de Robespierre qui les dévore tous, & qui sera à son tour dévoré par la faction de Tallien & de Fréron. Brissot & Gensonné, Guadet, Fauchet, Rabaud, Barbaroux & trente autres sont jugés par Fouquier-Tinville comme ils sont jugés Louis XVI; Fouquier-Tinville est lui-même jugé comme il jugea Brissot... Péthion & Bazot crians dans les forêts, périssent consumés par la faim, dévorés par les bêtes; Perrin meurt dans les fers, Condorcet s'empoisonne dans la prison, Valage & Labat se poignardent..., Marat est tué par Charlotte Corday; Robespierre n'est plus; Sieyès leur reste encore, parce qu'il faut encore à la France ses fléaux. L'enfer pour affermir le règne de son impiété, le Ciel pour l'en punir, lui donnent sous le nom de Directeurs ses cinq tyrans ou ses Pentarques & son double Sénat... Il s'effraient, se jalousent, s'exilent les uns les autres; mais de nouveaux tyrans arrivent, & s'unissent; les déportations, la stupeur, l'effroi & ses Pentarques, en ce moment; voilà les Dieux qui régent sur la France. Le silence de la terreur dans son empire, ou sa vaste prison, vingt millions d'esclaves tous muets sous la verge... voilà ce peuple tant de fois proclamé égal & libre & souverain..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 169-171).

Ce qui divise la France & les Français (Charles Maignen)

La souveraineté du peuple est une hérésie, par le Père Charles Maignen, Docteur en théologie, 1892.

Bagarre à Versailles entre des hussards et des gardes-françaises, le 7 juillet 1789 - gravure du temps.JPG

Bagarre à Versailles entre des hussards et des gardes-françaises, le 7 juillet 1789, gravure du temps


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Exécution des Suisses de Chateauvieux - gravure du temps


Ce qui divise la France en deux camps, ce n'est pas la forme du gouvernement c'est le principe de l'autorité.

Nous sommes en présence de deux doctrines : celle de l'Eglise : «Tout pouvoir vient de Dieu», et celle de la Révolution : «Tout pouvoir vient du peuple»...

L'une et l'autre peuvent s'adapter aux différentes formes du pouvoir politique. La première a trouvé son application dans les républiques de Venise, de Gênes et des cantons Suisses, comme dans la monarchie française [traditionnelle]. La seconde a dominé les monarchies constitutionnelles, comme les trois républiques qui se sont succédées, en France, depuis la Révolution.

Tout n'est donc pas dit quand on s'est proclamé républicain ou monarchiste; mieux vaudrait dire si l'on est partisan ou adversaire de la souveraineté du peuple.

Pourquoi, en pratique, la division se manifeste-t-elle plutôt, sur la forme que sur le principe de l'autorité ? Est-ce pure équivoque et malentendu ? Non.

C’est que, en réalité, si toutes les formes politiques sont conciliables avec l'une et l'autre doctrine, il en est cependant qui répondent plus complètement à l'une ou à l'autre.

La philosophie enseigne que la monarchie est la meilleure forme de gouvernement et si l'Eglise devait se prononcer un jour sur la question de principe, sans proscrire aucune forme régulière, c'est en ce sens qu'elle le ferait.

Nous savons, d'autre part, que les partisans de la souveraineté du peuple, préfèrent la république à la monarchie, même constitutionnelle, et l'établissent ou tendent à l'établir partout.

Il est donc naturel qu'en France, pays de la logique et des conséquences extrêmes, la lutte des deux principes se manifeste par la lutte des formes politiques qui en sont, chacune pour sa part, la plus parfaite expression.

Avant tout, il faut poser nettement la question, telle qu'elle s'agite dans les esprits, afin d'avoir une pierre de touche qui permette aux vrais enfants de l'Eglise de se reconnaître, et qui fasse l'union, en séparant le bon grain d'avec l'ivraie.

Si les catholiques sont divisés, c'est parce qu'ils ne sont pas assez séparés de leurs ennemis.

Plusieurs se laissent prendre aux apparences et aux formules ; il faut mettre en lumière et en évidence l'objet fondamental du débat et montrer où est l'ennemi, si vraiment on veut le vaincre.

Le dogme révolutionnaire de la souveraineté du peuple ; voilà l'ennemi !

Tant que cette erreur dominera les esprits, il n'y aura pas, dans le monde, un seul gouvernement qui puisse rester chrétien. La monarchie chrétienne sera impossible, faute d'un peuple qui sache obéir, et d'un roi qui ose commander.

La république chrétienne sera plus impossible encore, parce qu'il est insensé d'établir un gouvernement populaire, là ou le peuple ne connaît pas de limites à sa souveraineté.

Il faut donc que tous les efforts de l'Eglise et des catholiques tendent à ce but : proclamer la déchéance de l'homme qui a usurpé, dans la société, la place de Dieu !

L'Eglise, un jour, le fera.

Elle frappera d'anathème, le dogme fondamental de la Révolution :

«Si quelqu'un dit que la souveraineté ne vient pas de Dieu, mais du peuple et réside essentiellement dans la nation, qu'il soit anathème».

Ce sera le jour du triomphe !

Mais, en attendant, nous catholiques, parlons, et proclamons hautement, en face de la bête révolutionnaire, ivre du sang des âmes qu'elle dévore, la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, source unique et seul maître de toute souveraineté.

C'est là, je le reconnais, un programme qui serait peu goûté des électeurs, et voilà le souci qui a rendu insuffisants et inefficaces les programmes rédigés jusqu'ici par les catholiques. Mais le programme du parti catholique, ne doit pas être un programme électoral.

L'Eglise ne peut pas établir le peuple juge de ses différends avec l'Etat.

Si nous soumettons ses droits et ses immunités au verdict du peuple souverain, nous sommes bien coupables.

Prenons part aux luttes politiques pour instruire et non pour séduire.

Apprenons au peuple que s'il veut de bons gouvernants, il faut qu'il consente à avoir des maîtres.

Rappelons lui qu'il détient contre le bon sens et la justice, les droits incessibles du pouvoir souverain, et, si nous descendons dans l'arène politique, que ce ne soit pas pour lui dire l'Ave César des gladiateurs, mais le Credo des martyrs" (Charles Maignen, La souveraineté du peuple est une hérésie, 1892).

La république est le châtiment de la France pour son reniement (Charles Maignen)

(Suite du texte)

"[...] La république actuelle, avec ses hommes et ses lois, est le châtiment de la France.

"La France, nation préférée, fille aînée de l'Eglise, comblée des dons naturels et surnaturels de Dieu, la France a péché.

"Dans une même heure de révolte et de folie, elle a renié le Christ, son Dieu, elle a tué son père le Roi très chrétien. La France est punie.

"Depuis ce jour de crime la nation n'est pas seulement divisée, elle est mutilée, décapitée.

«C'est en punition du péché que les impies arrivent au pouvoir avec la permission de Dieu.»

"Ainsi conclut saint Thomas quand il examine les moyens de remédier à la tyrannie :

«Il faut cesser de pécher pour que cesse la plaie des tyrans.»

«Tollenda est igitur culpa ut cesset tyrannorum plaga.»

"Voilà le principe d'ou il faut partir pour trouver un remède à nos maux.

"Tollenda est culpa!

"Le péché de la France moderne est double.

"Il y a en elle un péché d'origine : l'apostasie et le régicide en un mot, la Révolution.

"Il y a en elle un péché actuel : la prétention du peuple à la souveraineté, la méconnaissance de toute autorité qui n'émane point de lui ; c'est-à-dire, l'impénitence dans le péché de révolution. Dieu qui aime la France, lui fait sentir le poids de sa colère. «Regnare facit hominen hypocritam propter peccata populi.» (Job, XXXIV, 30).

"Le [CENSURE] et le franc-maçon, l'homme hypocrite, règnent sur nous. [Chacun aura compris qui est le censuré dans cette phrase il s'agit de cet antique ennemi du christianisme et de Dieu même, celui qui le fit crucifier et qui aujourd'hui s'appuie sur les différentes ligues pour bailloner la vérité..., le tout évidemment au nom des "droits de l'homme"...].

"Il faut faire comprendre au peuple pourquoi et comment il est puni, si l'on veut qu'il se convertisse et que Dieu lui pardonne. Prêchez donc, vous qui parlez de Dieu, prêchez la grandeur du crime et la justice de l'expiation. Ne laissez pas le peuple oublier qu'il est coupable. Héritier d'un bien mal acquis, il faut qu'il le sache et qu'il le rende: à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu.

"A César, c'est-à-dire à celui qui gouverne sur terre, le peuple doit rendre le pouvoir souverain, dans l'ordre temporel : l'autorité de faire et d'imposer la loi.

"A Dieu, le peuple doit de le reconnaître pour son juge et de professer, comme nation, le culte qu'il a Lui-même institué.

"Il faut prêcher l'obéissance à Dieu, d'abord, puis à tous ceux qui commandent en son nom et suivant sa loi.

"Il faut que les catholiques apprennent à haïr la Révolution ; il faut la leur montrer sous son vrai jour, avec ses hontes, ses infamies et ses crimes.

"Il faut que les catholiques apprennent à mépriser «la civilisation moderne, le progrès et le libéralisme», avec lesquels l’Eglise, leur mère, «ne doit pas et ne peut pas se réconcilier ni transiger».

"Il faut qu'ils rompent, enfin, avec les erreurs et les illusions du siècle, dont la plupart subissent inconsciemment l'oppression.

"Il faut qu'ils sachent résister autrement que par des paroles ; non seulement en protestant contre les lois impies, mais en les violant.

"Il faut qu'ils revendiquent les libertés de l'Eglise, non pas en se plaçant sur le terrain condamné du droit commun, mais au nom des droits supérieurs de la Vérité et de la Justice, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi des Rois.

"Il faut qu'ils appellent le parlementarisme un mensonge, la liberté des cultes un délire, le libéralisme une peste et la souveraineté du peuple une hérésie.

"Le jour où le peuple catholique de France, serré autour de ses chefs, saura penser, parler et agir de la sorte, la révolution sera finie et la patrie sauvée.

"Alors, il sera facile de s'entendre sur le choix d'un chef ou d'une forme de gouvernement. Ceux qui nous auront conduits à la victoire, par un tel chemin, sauront faire leur devoir jusqu'au bout. Dieu comblera la France catholique de ses dons, et vainqueur de ses ennemis, nous donnera des maîtres selon son cœur. Sedem ducum superborum destruxit Deus, et sedere fecit mites pro eis." (Eccli., X, 17.)

"Plusieurs parmi les lecteurs, trouveront assurément les lignes précédentes trop mystiques et ne verront rien de moins pratique qu'une telle conclusion pour un tel travail.

"Vous qui pensez ainsi, vous êtes l'obstacle au salut.

"L'obstacle au salut, ce sont les catholiques qui songent uniquement aux moyens humains, en un péril où Dieu seul peut nous sauver. Or, les moyens humains, ne sont pas seulement impuissants à nous sauver, ils hâteront notre ruine.

"Quels moyens avons-nous, humainement, de sauver la religion et la France ?

"Ceux que nous donne la Constitution.

"Et quel moyen la Constitution nous donne-t-elle ?

"Le suffrage universel, seulement.

"C'est-à-dire, précisément ce qui perpétue et enracine au cœur de la France le péché mortel de révolution.

"C'est-à-dire, la grâce du peuple souverain, grâce promise au prix de quelles humiliations et de quelles bassesses! grâce toujours révocable et sans cesse rachetée.

"Comment jetterez-vous l'anathème sur le dogme de la souveraineté populaire, si vous attendez d'elle le salut ?

"Comment proclamerez-vous les droits imprescriptibles et divins de l’Eglise, si le programme du parti que vous fondez pour la défendre est un programme électoral, destiné à rallier la majorité des hommes de ce temps ?

"O infernale ruse de l’esprit de mensonge qui nous accule dans ce défilé!

"Passez, Ô catholiques, sous les fourches caudines des votes populaires! il n’y a pas d’autres issue!

"Alors les défaillances se préparent ; on s’étudie à gagner l’opinion, on réduit le bagage importun des principes au strict nécessaire ; on est «libéral» ami du «progrès» admirateur passionné de la «civilisation moderne».

«Qu’est-ce que le peuple, dit saint Jean Chrysostome, quelque chose rempli de tumulte et de trouble... Est-il plus misérable que celui qui le sert ? Que des gens du monde y prétendent, cela est tolérable, bien qu’en vérité intolérable ; mais que ceux qui disent avoir quitté le monde souffrent d’un tel mal, cela est plus intolérable encore».

"Et parmi ceux qui ont quitté le monde, il en est qui souffrent de ce mal du monde et que le monde n’a pas quittés ; il en est qui prétendent tout concilier, tout unir : la vérité avec le mensonge, la lumière avec les ténèbres, la souveraineté du peuple avec les droits de Dieu.

"On célèbre déjà le triomphe de leurs doctrines ; tout en restant ennemis de l’Eglise, ceux qui persécutent se font leurs amis ; les âmes périssent et la paix règne entre les loups et les pasteurs. Il ne faut pas réveiller les colères du peuple, le maître va parler, l’heure des élections approche ; silence !

"En nous faisant bien humbles, bien petits, nous tiendrons peut-être l’indulgence dont nous avons besoin, pour nous faire pardonner le crime d'exister encore.

"Et pendant que l’on se tait, l’erreur parle, les mille voix de la presse déversent sur les âmes un flot de boue et de mensonge, et l'on n'entend plus que le bruit de ce flot, et l'on oublie tout, jusqu'à la langue dans laquelle se parle la vérité ; en sorte que si une voix la proclame, et qu'on l'entende, sa parole inconnue produit un scandale ou se perd dans la nuit.

"Voilà l'obstacle au salut : c'est le libéralisme «catholique».

"Frappez les catholiques-libéraux et vous tuerez la Révolution!" (Charles Maignen, La souveraineté du peuple est une hérésie, 1892).

La Secte poursuit ses complots contre la propriété & la société

"A travers cette succession de massacres, de factions & de tyrans, la Secte semblerait avoir perdu le fil de ses complots; elle n'a pas cessé un instant de les poursuivre. En ce moment, plus que jamais, elle les presse de ses Pentarques, contre les Prêtres & les Nobles; contre ses Pentarques eux-mêmes, elle a encore le dernier de ses mystères. Vainement ils s'efforcent de maintenir un reste de société pour affermir leur Trône sur les débris de celui des Bourbons; elle n'a point perdu de vue ses projets ultérieurs. Elle a dit: ces débris des Trônes & de toute société civile périront avec les débris de la propriété. Sous ces premiers législateurs, elle a d'abord anéanti celle (propriété) de l'Eglise, bientôt a disparu celle des Nobles émigrés. Ceux de l'intérieur ont vu la leur se fondre sous les confiscations" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 171).

Ecraser le négociantisme, les commerçans fripons, marchands, Nobles & Eglise

"Bientôt les adeptes Buissart, Robespierre & les deux Julien, ont écrit qu'il était venu le temps de TUER l'aristocratie mercantile, comme celle des nobles. Ils ont dit dans leurs confidences, ainsi que Weishaupt dans ses mystères, qu'il fallait écraser le négociantisme; que là où il y avait beaucoup de gros commerçans, il y avait beaucoup de fripons, & que la liberté ne pouvait y établir son empire... ; (Voy. les pièces trouvées chez Robespierre, imprimées par ordre de la Convention, N° 43, 75, 89, 107, &c.) & les spoliations, les réquisitions ont dépouillé les bourgeois, les marchands, comme les Nobles & l'Eglise. Et ce ne sont pas là les derniers coups que la secte médite contre toute propriété, pour écraser enfin toute société...

"Sous les Pentarques mêmes, lisons les adresses qu'elle prépare au peuple, & que les adeptes Drouet, Baboeuf & Lagnelot se disposent à maintenir" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 172).

"Nous prétendons désormais vivre & mourir comme nous sommes nés. Nous voulons l'égalité ou la mort!" (Baboeuf)

"Peuple de France, pendant quinze siècles tu as vécu esclave, & par conséquent malheureux. Depuis six années tu respires à peine dans l'attente de l'indépendance, du bonheur & de l'égalité. Toujours & par-tout on berça les hommes de belles paroles; jamais & nulle part ils n'ont obtenu la chose avec le mot. De temps immémorial on nous répète avec hypocrisie, les hommes sont égaux; de temps immémorial la plus monstrueuse inégalité pèse insolemment sur le genre humain. Depuis qu'il y a des sociétés civiles, le plus bel apanage de l'homme est sans contredit reconnu, mais n'a pu encore se réaliser une seule fois... Eh bien! nous prétendons désormais vivre & mourir comme nous sommes nés. NOUS VOULONS l'EGALITE OU LA MORT! Voilà ce qu'il nous faut; & nous l'aurons cette égalité réelle, n'importe à quel prix... Malheur à ceux que nous rencontrerons entre elle & nous! Malheur à qui ferait résistance à un voeu prononcé!..." (Extrait de l'Adresse au Peuple Français, trouvée dans les papiers de Baboeuf, cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 172-174).

"La Révolution française n'est que l'avant-courrière d'une révolution bien plus grande, bien plus solennelle, & qui sera la dernière" (Baboeuf)

LA REVOLUTION FRANCAISE N'EST QUE L'AVANT-COURRIERE D'UNE REVOLUTION BIEN PLUS GRANDE, BIEN PLUS SOLENNELLE, & QUI SERA LA DERNIERE... (Baboeuf cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 174).

L'abbé Barruel ajoute: "Pour tenir les Nations en garde, montrons-leur encore dans le dernier caractère de cette Révolution, ce qui les menace toutes sans exception, des mêmes malheurs qu'elle a fait éprouver à la France. Car la Secte l'a dit dans ses mystères: ce n'est pas à un peuple que ses projets se bornent: ils les embrassent tous. J'interrogerai donc encore les faits, & nous verrons s'ils ne nous disent pas tout ce qu'a dit le code de la Secte, sur l'étendue & l'universalité de ses conspirations" (Baboeuf cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 182).

Universalité des succès de la Secte expliquée par l'universalité de ses complots

"De tous les phénomènes de la Révolution Française, le plus étonnant sans doute, & malheureusement aussi le plus incontestable, c'est la rapidité des conquêtes qui en ont déjà fait la Révolution d'une si grande partie de l'Europe, qui menacent d'en faire la REVOLUTION DE L'UNIVERS. C'est la facilité avec laquelle ses Armées ont arboré son drapeau tricolore, & planté l'arbre de son égalité & de la liberté désorganisatrice, dans la Savoie & la Belgique, en Hollande & aux rives du Rhin, en Suisse & au-delà des Alpes du Piemont, du Milanais, & jusqu'à Padoue même..." (Baboeuf cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, pp. 183 & suiv.).

"Périssent s'il le faut tous les arts, pourvu qu'il nous reste l'égalité réelle" (Baboeuf)

"Ce qu'il nous faut de plus que l'égalité des droits? Il ne nous faut pas seulement cette égalité transcrite dans la Déclaration des droits de l'homme & du citoyen; nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons. Nous consentons à tout pour elle, à faire table rase pour nous en tenir à elle seule. Périssent s'il le faut tous les arts, pourvu qu'il nous reste l'égalité réelle! ..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 174).

L'Abbé Barruel poursuit un peu plus loin par cette interrogation: "Nous nous flattons encore que nos sciences éloigneront ces temps de barbarie, cette époque des hommes réduits à errer nomades, sans lois & sans magistrats; mais nos sciences mêmes, nous l'avons vu dans les mystères, sont-elles pour la Secte autre chose que le principe de nos malheurs & du prétendu esclavage de nos sociétés? (Voy. Grade du Régent Illuminé). Et si les faits ne parlent pas encore asez haut, si tant de monumens des arts abymés dans un instant, ne disent pas encore assez clairement ce que sont pour le Jacobin toutes les productions du génie; s'il est encore un reste de pudeur ou d'apparente vénération pour les Pères des Lettres, gardons-nous bien de croire que les adeptes aient réellement rougi de leurs Vandales-Carmagnoles. Et le feu, & la hache n'ont fait que hâter les "progrès" dont ils s'applaudissent. Baboeuf n'est pas le seul à dire: "Périssent, s'il le faut, tous les arts, pourvu qu'il reste l'égalité réelle..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 176-177).

"OUI A LA COMMUNAUTE DES BIENS! Plus de propriété individuelle" (Baboeuf)

"Législateurs & gouvernans... propriétaires riches & sans entrailles, en vain essayez-vous de neutraliser notre sainte entreprise, en disant: "Ils ne font que reproduire cette loi agraire, demandée déjà plusieurs fois avant eux".

"Calomniateurs! taisez-vous à votre tour; & dans le silence de la coalition, écoutez nos prétentions, dictées par la nature [ce qui est évidemment un mensonge...] & posées sur la justice...

"La loi agraire, en le partage des terres, fut le voeu irréalisable de quelques soldats sans principes, de quelques peuplades mues par leur intérêt plutôt que par 'la Raison'. Nous tendons à quelque chose de plus sublime, de plus équitable. OUI A LA COMMUNAUTE DES BIENS! Plus de propriété individuelle des terres; la terre n'est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des biens de la terre: les fruits sont à tout le monde..." (Baboeuf cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 174-175).

"Qu'il ne soit plus d'autre différence parmi les hommes que celle de l'âge & du sexe" (Baboeuf)

"Disparaissez enfin, révoltantes définitions de riches & de pauvres, de grands & de petits, de maîtres & de valets, de gouvernans & de gouvernés! Qu'il ne soit plus d'autre différence parmi les hommes que celle de l'âge & du sexe..." (Baboeuf, Extraits de picèes trouvées chez Baboeuf, imprimées par ordre de l'Assemblée, cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 175).

On peut dors & déjà constaté que le révolutionnaire Baboeuf a été dépassé aujourd'hui par les ténébreuses revendications d' égalité y compris dans l' âge (jeunisme) & dans le sexe ("féminisme")!...

L'Abbé Barruel indique: "Sans doute ils ont parlé trop tôt, les auteurs de cette adresse; mais qui ne voit au moins qu'ils ont parlé comme le Hiérophante illuminé, l'Homme-Roi de Weishaupt?..." (Augustin Barruel, ibid., t. V, p. 175).

Que le monde périsse, plutôt que de sacrifier mes principes d'égalité... (Condorcet)

"[...] Ce n'est point de Robespierre, c'est du lycée d'Holbach que Condorcet apprit à s'écrier en pleine Assemblée législative: "Que le monde périsse, plutôt que de sacrifier mes principes d'égalité... " (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 165).

Les manoeuvres éclairées de Brissot

"Après nous avoir dit comment il Brissot a trahi Louis XVI, le voilà qui va nous dire encore comment il a trahi & la Nation & l'Assemblée; comment ils s'y sont pris lui & ses adhérens, pour amener le peuple & la majorité de cette Assemblée à des forfaits dont ce peuple & cette majorité ne voulaient pas.

"On m'a reproché mon opinion (du 9 juillet) sur la déchéance du Roi; on a reproché à Vergniaud la sienne. - J'en atteste tous mes collègues; j'en atteste ceux qui ont connu l'état de notre Assemblée, la faiblesse de la minorité des patriotes, [de l'aveu même de Brissot, ses factieux 'patriotes' étaient donc bien une minorité]...; sans doute il fallait quelque courage pour hasarder, au milieu de cette Assemblée, l'hypothèse 'éloquente' de Vergnaux sur les 'crimes du roi'. Il en fallait le lendemain de cette réunion qui avait affaibli le parti des 'patriotes', pour tracer le tableau vigoureux des crimes du Roi, pour oser proposer de le soumettre en jugement. C'était un blasphème aux yeux de la majorité; & je le prononçai cependant.

"En nous parlant ensuite des Girondins, son principal appui, "occupés sans cesse, continue Brissot, à réparer leurs fautes, réunis avec d'autres 'patriotes' éclairés, ils préparaient les esprits à prononcer la suspension du Roi . - Ces esprits en étaient bien loin encore; & voilà pourquoi je (Brissot) hasardais le fameux discours sur la déchéance, du 26 juillet; discours qui parut aux yeux ordinaires un changement d'opinion, & qui pour les hommes 'éclairés' n'était qu' une manoeuvre prudente & nécessaire. - Je savais que le côté droit ne désirait rien tant que d'aborder la question sur la déchéance, parce qu'il se croyait sûr du succès, parce que l'opinion n'était pas mûre dans les départements. - La défaite des 'patriotes' était inévitable. Il fallait donc louvoyer pour se donner le temps, ou d' 'éclairer' l'opinion publique, ou de mûrir l'insurrection; car la suspension ne pouvait réussir que par l'un ou par l'autre. Tels étaient les motifs qui me dictèrent ce discours du 26 juillet, qui m'a valu tant d'injures & me fit ranger parmi les royalistes, tandis que le Patriote français (c'est le journal qu'il écrivait...) ne cessait de prpéparer les esprits dans les départements, à ces mesures extraordinaires.

Voici l'enseignement que tire l'Abbé Barruel des aveux du conjuré Girondin: "A travers les réflexions que suggèrent tous ces aveux, que le lecteur pèse un instant ces paroles: Il fallait donc louvoyer pour se donner le temps, ou d' 'éclairer' l'opinion publique, ou de mûrir l'insurrection . Elles nous manifestent une grande vérité dans la théorie des révolutions. Elles nous disent que ces insurrections qu'on nous donne pour les grands mouvements du peuple, de la majorité de la Nation, ne sont précisément que les grands mouvements des factieux CONTRE LA MAJORITE de la Nation; que si la Nation eût pensé comme ces factieux, ils n'auraient pas eu besoin de réunir tous leurs brigands pour triompher par les armes & la terreur, d'une Nation qui n'a que son opinion sans armes & prise au dépourvu.

"On peut nous dire ici que la France avait alors ses Gardes nationaux; oui, elle les avait; mais Brissot n'avait garde de les appeler. Il les avait vu accourir des Provinces à la fédération du 14 juillet, & c'étaient là ceux qui s'appelaient vraiment les Fédérés. Mais presque tous avaient donné au Roi & à la Reine les marques les moins équivoques d'attachement; ce n'est pas devant ces Fédérés nationaux qu'on se fût flatté de détrôner Louis XVI. Que font les conjurés? Ils appellent tous ces brigands appelés Marseillais, non qu'ils fussent Marseillais ou Provençaux, mais parce qu'ils étaient pour la plupart sortis des galères de Marseille. ils donnent le nom de Fédérés à ces galériens..., brigands de toutes les contrées; ils forcent la populace des fauxbourgs à marcher avec eux; ils assassinent le Commandant de la Garde nationale, pour la paralyser, & ne laisser agir avec leurs bandits que la partie de ces Gardes gagnée par les chefs de la conspiration. Ils appellent ensuite volonté du peuple, soulèvement de la Nation, ce qu'ils nous démontrent eux-mêmes n'être que leurs complots & le soulèvement de leurs brigands contre la Nation, contre le Roi.

"C'est ainsi que s'est faite toute la Révolution, toute par des émeutes & des insurrections journalières, c'est-à-dire, d'après la théorie & les aveux des chefs, toute par les moyens de la force & de la terreur, qui mettent sous le joug cette Nation que nul autre moyen n'a pu séduire" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 151-155).

"Au sein d'une foule atomisée et désorientée, une poignée d'individus sont tout-puissants, à condition de s'entendre à l'avance sur le programme et les noms et de NE PAS APPARAITRE A LA LUMIERE. Les sociétés de pensée se retrouvaient ici comme le poisson dans l'eau. Leur cercle intérieur - les permanents dirions-nous aujourd'hui - se réunissait avant toute réunion et s'entendait sur chaque point. Lors des réunions, les membres, dispersés dans la foule, monopolisaient le verbe, huaient les fortes têtes éventuelles, ralliaient la masse ahurie, ou bien, si elle ne se laissait pas faire, prolongeaient les débats jusqu'à ce que la lassitude l'inclinât à voter n'importe quoi..." (ou dans le sens de la Secte.....)

"[...] L'affaire fut menée rondement... Par un tour de passe-passe déconcertant de facilité, le peuple des sociétés s'était substitué au peuple réel et se présentait à Versailles comme son représentant légitime....." (Jean Baechler, Préface de Augustin Cochin, L'esprit du jacobinisme, PUF, Sociologies, Vendôme 1979, p. 20).

MOYENS DES CONJURES

Habituer les personnes à l'inversion intellectuelle

Corruption morale avons-nous dit. Mais, pour y parvenir, corruption des esprits, aveuglement des intelligences. Il serait trop long d'entrer dans le détail. Mais qu'on prenne un par un tous les systèmes philosophiques qui se sont succédés depuis le XVIIIe siècle, on vera qu'ils aboutissent tous, plus ou moins, au scepticisme, à l'agnosticisme, au mépris de l'intelligence véritable (et de la "Raison"...) Dogmatisme du doute, du refus d'affirmer, sinon de la négation nihiliste.

Dogmatisme de l'absurde avec Hegel. Beau résultat, en vérité, pour une ère qui se prétend celle des "lumières" et qui voudraient faire croire que l'école est son temple.

Quand on étudie sérieusement la Révolution et les oeuvres de ceux qui la préparèrent ou développèrent, on ne peut s'empêcher d'être étonné par tant d'ignorance et de légèreté. Quand saint Thomas, étudiait une "question", au moins avait-il l'honnêteté et la pudeur de faire part des oppositions qui, précédemment, semblaient avoir été faites à sa thèse; et ce n'est qu'après avoir réduit pièce à pièce les sophismes de ses devanciers que le Docteur Commun faisait avancer ses propres démonstrations. Qu'on daigne comparer cette méthode et celles de nos "modernes", et l'on nous dira de quel côté se trouvent rigueur et conscience scientifique, sûreté et certitude...

On se propose moins d'éclairer l'intelligence du peuple que de maîtriser et d'anéantir en elle toute idée chrétienne. Nesta H. Webster, Secret Societies and subversives movements :

"Le but final de la Révolution n'est pas le socialisme, ni même le communisme; ce n'est pas un changement dans le système économique actuel; ce n'est pas la destruction de la civilisation dans un sens matériel. La Révolution désirée par les chefs est morale et spirituelle, c'est une anarchie d'idées dans laquelle toutes les bases admises depuis dix-neuf siècles seront renversées, où seront piétinées toutes les traditions jusqu'alors honorées, et où, par-dessus tout, l'idée chrétienne sera finalement oblitérée..." (Jean Ousset, ibid.,, p. 152-153).

Encore si ces prétendus hommes de science et de lumières étaient des spécialistes de la réfutation rigoureuse et de la polémique loyale! Si, dans leur dessein d'abattre le catholicisme, ils en avaient discuté sérieusement les arguments, examinés les raisons !...

L'Eglise n'a pas craint de sauver les oeuvres de la pensée païenne jusqu'au nom de maints esprits faux dont les théories seraient depuis longtemps ignorées si les Docteurs Chrétiens ne les avaient mises en lumière avant de les réfuter.

Comme l'a dit Hurter, l'Eglise conquiert les plus savants de ses fils en les invitant sans cesse au travail, qu'il s'agisse de préciser ce qu'elle enseigne ou de réfuter ce qu'elle nie. La Révolution, elle, s'est surtout spécialisée dans le sarcasme, la calomnie, sinon l'incohérence de la critique. Bien loin de poursuivre loyalement son adversaire pied à pied, s'appliquant à le vaincre par la connaissance même des erreurs qu'elle aurait scrupuleusement démasquées, elle a inventé la "conspiration du silence" et sa réfutation prétendue de la doctrine catholique consiste d'abord à ignorer, à tout faire ensuite pour qu'elle soit ignorée aussi universellement que possible.

Comme le prouve assez l'étude de nos programmes officiels, son éclectisme accepte tout. Nos jeunes bacheliers pourront avoir les "lumières" plus que suffisantes sur les sophismes de Kant, Spender, Hume, Descartes, Stuart Mill, Bergson, mais Thomas d'Aquin, pour eux, le plus souvent, n'évoquera rien de précis, sinon le formalisme d'une "scolastique" proclamée périmée [Ce n'est pas l'Eglise, mais Julien l'Apostat qui a écrit que "tous ceux qui font profession d'enseigner devront désormais avoir l'âme imbue des seules doctrines conformes à l'esprit public" (EP. 42)].

Ce sectarisme de l'opinion, qui tend à exclure non ce qui est faux, mais ce qui n'est pas conforme à l'esprit public ou, plus exactement, à l'esprit de ceux qui le façonnent, n'est-ce pas celui qui règne aujourd'hui ?

L'Eglise, en pourchassant l'hérésie, la démontrait, la critiquait et, pour cela même, la tirait, comme Hercule fit de Cerbère, en pleine lumière, à ce point que beaucoup d'hérésies ne nous sont connues que par la réfutation vigoureuse mais loyale que les Saints Pères en ont faite.

Suprême habileté du dogmatisme de l'erreur qui pèse sur le monde moderne, les Souverains Pontifes ont protesté contre elle à plusieurs reprises (Pie XI, Divini Redemptoris [42]... et Pie XII, dans un récent discours aux journalistes).

L'historien Nesta Webster relate ainsi son expérience:

"A l'époque où je commençais d'écrire sur la révolution, un éditeur très connu de Londres me dit: "N'oubliez pas que, si vous adoptez une attitude anti-révolutionnaire, vous aurez contre vous le monde littéraire tout entier... Ceci me parut incroyable. Si j'avais tort, soit dans mes conclusions, soit dans mes faits, j'acceptais d'avance toutes les attaques qu'on pourrait diriger contre eux. Est-ce que des années de laborieuses recherches historiques ne méritaient pas d'être reconnues et ne pouvaient pas, au moins, prétendre à une réfutation raisonnée ? Or, il arriva que, malgré des articles de presse très élogieux, mon livre provoqua des critiques prenant une forme que je n'aurais jamais pu prévoir. Pas une seule fois on n'essaya honnêtement de réfuter soit ma Révolution française, soit ma Révolution mondiale, par les méthodes habituelles de la controverse. Des assertions fondées sur les documents ne rencontraient qu'une contradiction pure et simple, sans aucune preuve à l'appui. En général, le plan adopté était le suivant: on ne cherchait même pas à réfuter, mais bien plutôt à jeter le discrédit sur mes ouvrages, en les comprenant intentionnellement de travers, en m'attribuant des vues que je n'avais jamais eues ou en m'attaquant personnellement. On sera obligé d'admettre que cette méthode d'attaque est sans équivalent dans n'importe quelle autre sphère de controverse littéraire. Il est intéressant de noter que cette même tactique fut adoptée, il y a cent ans, contre le professeur Robinson et l'abbé Barruel dont les travaux sur les causes secrètes de la Révolution firent sensation à leur époque" (Nesta Webster, Secret Societies and Subversives movements, Edit. Boswel, Londres, préface, cité dans Jean Ousset, ibid.,, p. 154).

Inverser le sens des mots, la subversion du langage

Tout d'abord, rappelons cette vérité, avec Jean Ousset: "CHRISTIANISER, C'EST HUMANISER; CHRISTIANISER, C'EST CIVILISER..., alors que, tout au contraire, DECHRISTIANISER, LAICISER, C'EST TENDRE A UN AFFAISSEMENT GENERAL DE LA MORALITE PUBLIQUE ET PRIVEE autant qu'à une prompte dépersonnalisation de l'homme..." (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 464).

Cette précision liminaire est importante car les révolutionnaires se sont appliqués à changer le sens des mots.

Ainsi pour les fanatiques de la "liberté", christianiser, c'est déshumaniser; christianiser c'est déciviliser..., alors que, tout au contraire, déchristianiser, laïciser, c'est tendre à un progrès normal de l'évolution des sociétés, c'est tendre à civiliser la morale autant qu'à une prompte personnalisation de la personne! Comme quoi, les mots ne veulent pas dire la même chose selon que l'on est catholique ou révolutionnaire!

Exemples de travestissement du vocabulaire : 'civilisation', 'bien', 'mal', 'morale', 'lumières', 'obscurs', 'humanisme', 'humanité', 'charité', 'tolérance', 'amour', 'progrès', 'liberté de pensée', 'liberté de conscience', etc..., tous ces mots ont, dans la rhétorique révolutionnaire, une acception inverse à celle du catholicisme : la civilisation, c'est la société athée et laïque; le bien c'est le mal; le mal, c'est le bien; la morale c'est la libre immoralité; les lumières sont évidemment celles des prétendus philosophes athées et anti-cléricaux; l'obscurité est celle des catholiques forcément fondamentalistes, intégristes, fanatiques, et j'en passe...; l'amour, c'est la liberté d'aimer le mal; le progrès, c'est l'Etat athée qui bannit Jésus-Christ de ses lois...; la liberté de conscience, c'est la liberté de rendre un culte à Satan si c'est la conscience qui le commande...; le vrai humanisme c'est le droit d'avorter, divorcer, euthanasier (?), cloner (peut-être pour bientôt...), c'est la société où la mort est prise comme règle de vie et où le meurtre suscite moins de réprobations que la progression normale des naissances..., alors que l'humanisme chrétien, c'est une "culture pro-vie"...

Voilà donc la vérité sur la rhétorique révolutionnaire: ils ont inversé le sens des mots et ils pratiquent systématiquement l'inversion intellectuelle, jusqu'à tuer même la raison...

"Ce qu'il y a de plus funeste pour les peuples, après la Révolution, écrit Blanc de Saint Bonnet, c'est la langue qu'elle a créée. Ce qu'il y a de plus redoutable après les révolutionnaires, ce sont les hommes qui emploient cette langue dont les mots sont autant de semences pour la Révolution... Ne jetons plus aux foules des termes dont on ne leur explique point le sens théologique et vrai. Ils ne cessent d'engendrer les idées qui tiennent les masses en ébullition et les arrachent au devoir de la vie" (Antoine Blanc de Saint Bonnet, La Légitimité, 1873, p. 281-284, ouvrage honoré d'un Bref personnel de Pie IX, cité dans Jean Ousset, ibid.,, p. 155).

La perversion des mots et des idées, n'est-ce pas encore le péril entrevu par saint Grégoire-le-Grand, quand, dans son "Commentaire du Livre de Job", il parle de ces chrétiens qui, vers la fin des temps, "obéissant à une fausse politique, seraient lâches et timides dans la défense de la vérité, et, par une coupable tolérance, se tairaient devant les violations des lois divines et humaines. Ils prêcheront la sagesse et la politique mondaine, et ils pervertiront, par leurs sophismes et leur faconde, l'esprit des simples" (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 297).

Tous les maîtres chrétiens qui ont traité du discernement des esprits (Exercices spirituels de Saint-Ignace de Loyola, donnés par la Très Sainte Vierge) se sont plus à désigner comme piège très ordinaire de l'ennemi infernal, le style fumeux, l'ambiguïté, les expressions vagues, doubles, le flou, le mal défini et le ténébreux dans la rédaction et la pensée...

Tout au contraire, disait Pie IX, "il faut rendre aux mots leur vraie signification"... "Manque de clarté, de logique et de vérité", et, par là-même, "ne relevant pas du génie catholique et français", voilà ce que, dès le premier paragraphe de sa lettre, Pie X reprochera au "Sillon"...

Comment s'étonner, que Rappoport ait exprimé une préférence contraire ?

"La philosophie de Hegel, écrit-il (in Pioners of the Russian Revolution), doit une grande partie de son succès à sa philosophie obscure... Pour en comprendre la signification, celui qui étudiait son système devait tâtonner dans l'ombre avec l'inévitable résultat que chacun y trouvait ce qui lui convenait le mieux et y adoptait la signification qui était la plus conforme à sa personnalité et à ses désirs... C'est là le secret du succès de maintes doctrines obscures et contradictoires...; elles s'accordent à tous les goûts et à tous les palais...; une nouvelle doctrine qui est claire, logique, sans mysticisme et sans contradiction attire rarement la forte majorité..." (Rapport cité in Jean Ousset, ibid.,, p. 155-156).

Ainsi s'exprimait naguère le T.R.P. Cordovani, O.P., Maître du Sacré-Palais, en 1950:

"Cette tendance moderne, manifeste chez les libéraux qui mettraient volontiers le catholicisme en harmonie avec toutes les idéologies et avec tous les mouvements sociaux, avec toutes les marches en avant et toutes les volte-face, n'est-elle pas de marque hérétique, même inconsciemment chez beaucoup ?...

"Ces binômes forcés de "catholiques-révolutionnaires", "catholiques-communistes", "catholiques-maçons" (!), etc., sont une moquerie.

"Que ceux qui vivent hors de l'Eglise de Dieu ne s'en rendent pas compte, c'est déjà grave; mais, si nous ne nous en rendons pas compte nous-mêmes, nous sommes inexcusables. C'est la vérité qui libère, la vérité connue et aimée (Le Christ, pierre d'angle de TOUT édifice), non les compromis, les hybridismes [mariages adultères entre la vérité et l'erreur], qui déshonorent la raison avant d'être une offense pour notre foi...

"A la faveur de telles équivoques, venir poser un masque à toutes nos erreurs, les installer l'une après l'autre en donnant à chacune le nom de vérité, c'est la calamité suprême disait Blanc de Saint-Bonnet. C'est avoir trouvé le moyen d'aveugler définitivement les hommes...

"(Aussi) celui qui, aujourd'hui, écarte la vérité fait moins de mal que celui qui la proclame à moitié [que celui par exemple qui veut que le Christ règne au privé, mais pas, et surtout pas au public!...]. On possède assez de bon sens en France pour voir la première erreur [celui qui écarte la vérité], pas assez de philosophie pour voir la seconde [celui qui proclame à moitié...]" (T.R.P. Cordovani, O.P., Osservatore Romano, 19 mars 1950, Cf. Verbe n° 123 où ce texte est reproduit, cité in Jean Ousset, ibid., p. 300).

"Résultat donc ruineux dans l'ordre spirituel comme intellectuel... On comprendra qu'à ce prix, il ne soit pas très difficile aux 'catholiques'-libéraux de garder le contact et de ne pas interrompre le "DIALOGUE" avec l'adversaire [...]: chose dont ils se vantent comme si c'était là un but suprême proposé par l'Evangile à tout chrétien.

"Or, le nombre est trop grand de ceux qui oublient aujourd'hui, que l'Eglise n'est pas d'abord ordonnée pour DIALOGUER, mais est d'abord ordonnée à la plus grande gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ, pour la conversion des nations et de toutes créatures (donc l'Etat, qui lui aussi est une créature, y compris...)

"De là viennent les déceptions de ceux qui tendraient à en faire avant tout (de l'Eglise) un office international de défense des droits de l'homme ou de lutte contre l'injustice sociale... Pour admirables qu'elles soient, ces fins ne sont pas -au moins directement- celles de l'Eglise; elles peuvent être et sont naturellement ce "surcroît" divinement promis à ceux qui recherchent d'abord le royaume de Dieu et Sa justice; et c'est la raison pour laquelle, les résultats sont minces lorsque l'on a l'imprudence de renverser l'ordre de ce rapport, et d'accaparer l'Eglise au profit d'une de ces fins secondaires..." (Jean Ousset, ibid., p. 486)

"Beau succès, en vérité, d'être d'accord sur l'emploi de certains mots ['Evangile', 'Chrétienté', 'civilisation', etc.] aussi sonores que perfides lorsqu'on est séparé par un abîme quant au sens même de ces mots... Aussi, l'histoire s'est-elle chargée de confirmer l'exactitude de l'apostrophe du Cardinal Pie:

""Vous avez semé beaucoup et vous avez peu recueilli... Jamais mouvement plus vaste n'a abouti à si petit et si douteux résultat..." (Cardinal Pie cité in Jean Ousset, ibid., p. 300-302).

Manipuler-déformer: le soit-disant "ralliement"...

L'aventure de ce que l'on a appelé "le ralliement" est, à ce sujet, fort significative. Il en est peu où l'habileté dans le mensonge, et ce qu'on peut appeler le succès dans la capitulation, aient été poussés aussi loin par les 'catholiques'-libéraux. Qui s'est réclamé davantage de l'enseignement de Léon XIII, et, notamment de sa Lettre, "Au milieu des sollicitudes" (1892) [43]? Or, qu'en ont-ils fait ? Qu'ont-ils fait ?

Quand on sait ce contre quoi Léon XIII demandait de faire front dans cette lettre fameuse, ce pourquoi il suppliait de s'unir "comme un seul homme", et que l'on connaît ce que l'étiquette du "ralliement" a été chargée de couvrir et de faire passer, il est impossible au plus aveugles de ne pas voir que C'EST LE CONTRAIRE précisément DE CE QUI ETAIT RECLAME DANS "Au milieu des sollicitudes" qui a été réalisé en s'en réclamant (!)...

Ce "ralliement" qui, par la trahison évidente des 'catholiques'-libéraux a tourné à l'acceptation pure et simple des conquêtes de la Révolution était et devait être, dans la pensée de Léon XIII, comme une MOBILISATION GENERALE de toutes les forces catholiques.

Bien loin d'inviter à une acceptation du laïcisme menaçant, c'est à UN COMBAT POUR UNE CITE CATHOLIQUE que le Souverain Pontife conviait les chrétiens de France par son appel du 16 février 1892.

Tels passages de la Lettre "Au milieu des sollicitudes":

"Tous les citoyens sont tenus de s'allier pour maintenir dans la nation le sentiment religieux vrai et pour le défendre au besoin, si jamais une école athée, en dépit des protestations de la nature et de l'histoire, s'efforçait de chasser Dieu de la société, sûre par là, d'anéantir le sens moral au fond même de la conscience humaine. Sur ce point, entre les hommes qui n'ont pas perdu la notion de l'honnête, aucune dissidence ne saurait subsister... Pauvre France! Dieu seul peut mesurer l'abîme de maux où elle s'enfoncerait, si cette législation, loin de s'améliorer, s'obstinait dans une telle déviation, qui aboutirait à arracher l'esprit et du coeur des Français la religion qui les a faits si grands. Et voilà, précisément, le terrain sur lequel, tout dissentiment politique mis à part, les gens de bien doivent s'unir comme un seul homme, pour combattre, par tous les moyens légaux et honnêtes, ces abus progressifs de la législation... Jamais on ne peut approuver des points de législation qui soient hostiles à la religion et à Dieu, c'est, au contraire, un devoir de les réprouver... Les catholiques, en conséquence, ne sauraient trop se garder de soutenir une telle séparation (de l'Eglise et de l'Etat). En effet, vouloir que l'Etat se sépare de l'Eglise, ce serait vouloir, par une conséquence logique, que l'Eglise fut réduite à la liberté de vivre selon le droit commun à tous les citoyens. Cette situation, il est vrai, se produit dans certains pays... Mais, EN FRANCE, NATION CATHOLIQUE PAR SES TRADITIONS ET PAR LA FOI PRESENTE DE LA GRANDE MAJORITE DE SES FILS, L'EGLISE NE DOIT PAS ETRE MISE DANS LA SITUATION PRECAIRE QU'ELLE SUBIT CHEZ D'AUTRES PEUPLES..."

A la lumière de ces textes, que penser dès lors, d'un passage comme celui-ci, extrait d'un article de Jean Bouvard, paru dans la Côte-d'Or "Catholique" du vendredi 23 janvier 1953, où il est dit, à propos du "Ralliement":

"La solennelle exhortation du pape Léon XIII invitant "toutes les familles spirituelles françaises" à s'unir "autour de de la République" est un fait que l'on doit rappeler tant que les dénigreurs du régime ne l'auront pas remplacé en mieux, même s'ils tirent à eux la couverture... théologique ou prétendue telle..." ?

Présenter le "Ralliement" comme une solennelle exhortation du pape Léon XIII adressée à toutes "les familles spirituelles françaises" pour les inviter seulement à s'unir autour de la République!... Il faut être vraiment certain de l'ignorance crasse du plus grand nombre des lecteurs sur cette question [et j'ai envie de dire qu'il faut vraiment être tordu...], pour qu'un écrivain ose écrire et confier à l'impression d'aussi grossières contre-vérités!...

Un document de plus à ajouter au dossier de ce que l'abbé Meinvielle a plaisamment appelé "la déformation singulière, consciente ou suggérée, mais méthodique et constante, des enseignements pontificaux de Léon XIII"...

On connait la preuve indirecte qu'en a donné dans un aveu célèbre le communiste Florimond Bonte (à Lille, le 10 avril 1927):

"Quant à vous, démocrates chrétiens, nous ne vous combattons pas. Vous nous êtes trop utiles... Si vous voulez savoir quelle besogne vous accomplissez, regardez-moi. Je sors de chez vous. Avant la guerre, j'étais l'un des vôtres. Depuis, je suis allé jusqu'à la conclusion logique des principes que vous m'abez enseignés. Grâce à vous, le communisme pénètre où vous ne laisseriez pas entrer ses hommes: dans vos écoles, vos patronages, vos cercles d'études et vos syndicats. Donnez-vous beaucoup de peine. Tout ce que vous ferez pour vous, démocrates chrétiens, c'est pour la Révolution communiste que vous le ferez..."

On comprend dès lors l'extrême sévérité des jugements de l'Eglise à son endroit.

Le R.P. Ramière, l'illustre promoteur de "l'Apostolat de la prière" et un de ceux qui ont contribué le plus à la consécration du genre humain au Sacré-Coeur par Léon XIII, ne craint pas d'écrire, pour désigner le catholicisme'-libéral:

"L'ennemi le plus dangereux de la royauté sociale de Jésus-Christ" (Titre du chapitre IV de la deuxième partie de son ouvrage: Le règne social du Coeur de Jésus): "Il existait sur la terre, explique-t-il, une armée dont l'histoire, dix-huit fois séculaires, était une série non interrompue de désastres apparents et de réels triomphes. Toujours en lutte avec des ennemis cent fois plus nombreux, elle les avait tous vaincus, quoique tous se fussent flattés de l'avoir anéantie. Gardienne d'une citadelle dont Dieu s'est cosntitué le protecteur, elle se riait des assauts que lui livraient les puissances de la terre...

"Mais voilà que l'ennemi, désespérant de la vaincre par la force, a eu recours à un infernal stratagème. Il s'est adressé aux défenseurs de la citadelle et c'est à eux qu'il a confié le soin d'en démolir les fortifications et d'en ouvrir les portes. Toutefois, pour obtenir d'eux ce concours, il s'est gardé de leur proposer ouvertement une trahison que leur loyauté aurait repoussée. Il s'y est pris plus habilement.

"Il a fait appel à leur générosité; il leur a persuadé que, s'ils avaient le désir de défendre la citadelle, leurs adversaires avaient un droit égal à l'attaquer et que la "justice" exigeait qu'au lieu d'employer toutes leurs forces à repousser ces attaques, ils prissent la défense du "droit" des assaillants... L'intrigue n'a eu que trop de succès: au sein de cette armée que son union avait rendue invincible, il s'est formé un parti nombreux, qui a pris pour cri de guerre la liberté de l'attaque; et ceux qui n'ont pas voulu s'enrôler dans ce parti se sont vus, plus d'une fois, en butte, de la part de leurs frères d'armes, à une hostilité plus acrimonieuse que les ennemis eux-mêmes...

"Il n'est pas un de nos lecteurs qui n'ait percé le voile transparent de cette allégorie et qui n'y voie l'image des dangers que le 'libéralisme' 'catholique' fait courir à l'armée de Jésus-Christ. Voilà bien, en effet, la zizanie semée par l'homme ennemi dans le champ du père de famille; voilà le piège auquel nobles coeurs se sont laissés prendre; voilà le stratagème auquel l'immortel Adversaire de la vérité doit des avantages que la violence n'avait jamais pu lui procurer !...

"Qu'est-ce donc que le libéralisme catholique poursuit le P. Ramière ? C'est une forme mitigée de libéralisme absolu, autrement dit de la libre-pensée... Le 'libéralisme' 'catholique' ne va pas, à beaucoup près, aussi loin que cette dernière [il ne proclame pas textuellement le droit à l'erreur]; mais il fait à cette monstrueuse erreur (la libre-pensée) des concessions qui suffisent à détruire l'intégrité de la foi chrétienne. Il ne nie pas non plus qu'il y ait une vérité absolue. Il ne conteste pas la divinité de Jésus-Christ et l'autorité de l'Eglise. Mais il s'accorde avec la libre-pensée à renfermer la foi à ces vérités dans la sphère de la conscience individuelle (ou privée comme on dit aujourd'hui...) Vis-à-vis de la société et du pouvoir qui la gouverne, la vérité n'aurait pas, selon lui, d'autres droits que l'erreur. Dans l'une comme dans l'autre, le pouvoir public ne devrait voir que des opinions, dont il serait tenu de protéger la liberté, aussi longtemps qu'elles n'auraient pas recours à la violence pour entraver la liberté des opinions contraires. Ainsi, aux yeux des libéraux, soit 'catholiques', soit anti-chrétiens, la loi doit être athée, c'est-à-dire qu'elle ne doit pas plus s'occuper de Dieu que s'il n'existait pas. Ses préceptes sont pour elle comme non anenus: Son autorité est NULLE, Sa Révélation, sans valeur... Dans son for intérieur, le chrétien et comme homme privé, le magistrat peut croire à toutes ces choses; mais comme magistrat et dans l'exercice de son autorité, il doit se comporter absolument comme s'il n'enc royait rien...(!) La théorie libérale exige donc que tous les chrétiens qui participent aux fonctions publiques aient deux consciences: une conscience individuelle, d'après laquelle ils conformeront à la loi de Dieu toutes leurs actions privées, et une conscience publique qui leur permettra de ne tenir aucun compte de cette loi, dans l'accomplissement de leurs fonctions. Comme chrétiens, ils iront à la Messe et, comme magistrats, ils présideront au divorce. Si nous étions encore au temps du paganisme, ils accompagneraient César au temple des idoles... - Mais, disent les 'catholiques'-'libéraux', si nous refusons à l'opinion publique cette satisfaction, nous l'irritons contre nous et nous nous mettons hors d'état d'exercer sur elle aucune influence. Oui! absolument comme les chrétiens des premiers siècles ne pouvaient [être Chrétiens et sacrifier en même temps aux idoles... D'où les martyres...] confesser l'unité de Dieu et la divinité de Jésus-Christ sans soulever contre eux l'opinion publique de leur temps... C'est toujours le même combat... Mais ce serait nous bercer d'un espoir insensé que de prétendre faciliter le salut du monde [et notre propre salut ?...] en sacrifiant les droits du Sauveur... Jésus-Christ, en effet, ne serait plus le Sauveur véritable s'il n'était plus le Sauveur nécessaire... Au reste, ce ne sont pas les attaques de ses ennemis qui affaiblissent la vérité; ces attaques, au contraire, n'ont pour résultat que de la faire resplendir davantage. Il est dans son essence d'être combattue par l'erreur, comme il dans l'essence de la lumière d'être contraire aux ténèbres" (R.P. Ramière, Le règne social du Coeur de Jésus, p. 94-102, cité dans Jean Ousset, ibid., p. 304-305).

Pie IX, n'avait pas été moins sévère, qui soutint, lui aussi, la thèse du plus grand péril représenté par l'action de ces 'catholiques' en flirt avec la Révolution.

"Il y en a qui ont l'air de vouloir marcher d'accord avec nos ennemis, écrivait-il au président du Cercle Saint-Ambroise de Milan (Bref de Pie IX au Cercle de la jeunesse catholique de Milan, 6 mars 1873), et qui s'efforcent d'établir une alliance entre la lumière et les ténèbres, un accord entre la justice et l'iniquité, au moyen de ces doctrines qu'on appelle CATHOLIQUES-LIBERALES, lesquelles s'appuyant sur les principes les plus pernicieux, flattent le pouvoir laïque quand il envahit les choses spirituelles et poussent les esprits au respect ou, tout au moins, à la tolérance des lois les plus iniques, absolument comme s'il n'était pas écrit que: "personne ne peut servir deux maîtres"...

"Or CEUX-CI (les catholiques-libéraux) SONT PLUS DANGEREUX ASSUREMENT ET PLUS FUNESTES QUE DES ENNEMIS DECLARES, et parce qu'ils secondent leurs efforts sans être remarqués, peut-être même sans s'en douter, et parce que, se maintenant sur l'extrême limite des opinions formellement condamnées, ils se donnent une certaine apparence d'intégrité et de doctrine irréprochable, alléchant ainsi les imprudents amateurs de conciliation et trompant les gens honnêtes, lesquels se révolteraient contre une erreur déclarée. De la sorte, ils DIVISENT (technique marxisto-maçonnique) les esprits et affaiblissent les forces qu'il faudrait réunir pour les tourner ensemble contre l'ennemi".

De même s'adressant à la "Fédération des Cercles catholiques" de Belgique, Pie IX reviendra sur la même idée:

"Ce que nous louons le plus dans (votre) religieuse entreprise, c'est que vous êtes, dit-on, remplis d'aversion pour les principes CATHOLIQUES-LIBERAUX que vous tâchez d'effacer des intelligences autant qu'il est en votre pouvoir. Ceux qui sont imbus de ces principes font profession, il est vrai, d'amour et de respect pour l'Eglise et semblent consacrer à sa défense leurs talents et leurs travaux; mais ils n'en travaillent pas moins à pervertir son esprit et sa doctrine, et chacun d'eux, suivant la tournure particulière de son esprit, incline à se mettre au service, ou de César, ou de ceux qui INVENTENT DES DROITS EN FAVEUR DE LA FAUSSE LIBERTE.

CETTE INSIDIEUSE ERREUR EST PLUS DANGEREUSE QU'UNE INIMITIE OUVERTE, PARCE QU'ELLE SE COUVRE DU VOILE SPECIEUX DU ZELE ET DE LA CHARITE..., et c'est assurément en vous efforçant de la combattre et en mettant un soin assidu à en éloigner les simples que vous extirperez la racine fatale des dicordes et que vous travaillerez efficacement à produire et à entretenir l'union étroite des âmes." (Pie IX cité in Jean Ousset, ibid., p. 306-307).

Dompter l'opinion publique

"Pour écraser l'infame dans le sens de Voltaire, pour arriver au point d'anéantir les autels & le culte du Dieu prêché par les Apôtres, il ne fallait rien moins que changer ou dompter l'opinion publique, la foi de tous les peuples répandus sur la surface de la terre, sous le nom de Chrétiens. La dompter par la force ne pouvait pas entrer dans les moyens des conjurés.

"Ces progrès de la corruption & de l'impiété supposaient un assez grand nombre d'années, pour que Voltaire & Frédéric ne se flattassent pas d'y arriver (Lettre de Frédéric à Voltaire du 3 mai 1767 cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 60).

Le Code de l'Illuminisme indique: "Il faut gagner à nos principes la faveur de la mode, afin que les jeunes Ecrivains les répandent dans le peuple & nous servent sans le vouloir..." Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 337). C'était, déjà, en germe, le despotisme de la "Pensée unique" qui asservit aujourd'hui nos contemporains à la dictature maçonnique.

"6° Ici revient l'article que j'ai cité plus haut sur la manière de rechercher l'appui des femmes, sur l'art que tout Régent doit étudier pour savoir les flatter, les gagner, & les faire servir au grand objet de l'Illuminisme..." (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 353).

"7° "Il faut aussi, ajoute immédiatement le Code, il faut aussi par-tout gagner à notre ordre le commun du peuple. Le grand moyen pour cela est l'influence sur les écoles..."

"8° "Lorsqu'on s'est emparé quelque part de l'autorité & du gouvernement, on fait semblant de n'avoir pas le moindre crédit, pour ne pas donner l'éveil à ceux qui travailleront contre nous. Au contraire, là où vous ne pourrez venir à bout de rien, vous prendrez l'air d'un homme qui peut tout. Cela nous fait craindre & rechercher, & fortifie notre parti'" (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 354).

"15° "Lorsqu'un Ecrivain annonce des principes qui sont vrais, mais qui n'entrent pas encore dans notre plan d'éducation pour le monde, ou bien des principes dont la publication est prématurée, il faut chercher à gagner cet auteur. Si nous ne pouvons pas le gagner & en faire un adepte, il faut le décrier..." (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 354).

"19° "Quand parmi nos adeptes, il se trouve un homme de mérite, mais peu connu ou même entièrement ignoré du public, n'épargons rien pour l'élever, pour lui donner de la célébrité. Que nos frères Incconus soient avertis d'enfler par-tout les trompettes de la renommée, pour forcer au silence l'envie & la cabale..." (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 356-357). Dans ces points quinze et dix-neuf, nous voyons de quelle manière la Secte loue ou bien décrie un auteur selon qu'il entre dans son projet ou le combat... C'est la raison pour laquelle aujourd'hui, certains sont sytématiquement mis en avant par les grands medias, cependant que d'autres sont occultés, rejetés de la face médiatique, ils sont traités en parias...

"22° "Si notre ordre ne peut pas s'établir quelque part avec toute la forme et la marche de nos classes, il faut y suppléer par une autre forme. Occupons-nous du but, c'est là l'essentiel; peu importe sous quel voile, pourvu qu'on réussisse. Cependant, il en faut (un voile) toujours un quelconque; car c'est dans le secret que réside la grande partie de notre force" (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 357-358).

"26° "Ne perdez jamais de vue les Ecoles militaires, les Académies, les Imprimeries, les Chapitres des Cathédrales, les établissemens quelconques qui influent sur l'éducation ou le gouvernement. Que nos Regens soient sans cesse occupés à former des plans, & à imaginer la manière dont il faut s'y prendre pour nous rendre maîtres de tous ces établissemens..." (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 359).

Notons que l'Abbé Barruel indique à la fin de ce chapitre: "(N.B. Tout ce chapitre, à part le peu de réflexions que j'y ai mêlées, n'est qu'une traduction du Code, article par arcticle. Instruction B du grade de Régent)" (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 360).

La Secte poursuit: "Que ne ferons-nous pas, ... répandant par-tout & jusque dans les chaumières, les productions de notre choix? Avons-nous une fois pour nous l'opinion publique, il nous sera facile de couvrir de mépris, & d'ensevelir dans un profond oubli, tout écrit fanatique (entendez Catholique) annoncé dans les autres journaux; de recommander au contraire & de faire valoir par-tout les productions conformes à nos voeux. Peu à peu nous pourrons attirer dans nos mains tout le commerce de la librairie. Alors les fanatiques auront beau écrire en faveur de la superstition & des despotes, ils ne trouveront plus ni vendeurs, ni lecteurs ou acheteurs.

"Crainte que les libraires ne réclamassent contre une institution de cette nature, ils devaient eux-mêmes y être attirés par les avantages qu'on leur proposerait, & par la crainte de voir leur commerce réduit à rien s'ils n'entraient pas dans les vues de la coalition. Ils étaient assurés que les Frères employeraient tous les moyens possibles pour faciliter le débit des oeuvres conformes au but de l'Union; mais ils l'étaient aussi que tout livre contraire à ses projets serait décrié dans ses journaux & par tous les adeptes. Ils n'avaient pas d'ailleurs à craindre de voir diminuer le nombre des livres à vendre. La société savait intéresser les Ecrivains à multiplier leurs productions, par la partie du gain qu'elle leur asssurait. Il devait enfin y avoir des fonds établis pour dédommager tout libraire qui, au lieu de vendre les oeuvres composées dans un esprit contraire à la coalition, les aurait supprimées ou laissées dans le fond de son magasin, en refusant de les exposer en vente, ou bien en faisant semblant de les ignorer, de n'en pas avoir d'exemplaires; en abusant, de toutes les manières possibles, de la confiance des auteurs & de celle du public..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 37-38).

Inonder le public de livres antichrétiens

Inonder la France de journaux: arracher l'estime & l'affection des Français pour le Roi & la Reine

"Dans le plan que nous verrons tracé par les conjurés eux-mêmes, la France devait d'abord être inondée de journaux, invitant désormais le peuple à mettre enfin la dernière main à l'oeuvre de sa liberté. A force de libelles, de calomnies & de traits odieux répandus sur Louis XVI & sur la Reine, ils devaient leur arracher l'estime & l'affection des Français" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 145).

Un "amas d'iniquité" (Grégoire XVI)

En 1830, Grégoire XVI in Mirari vos: "la papauté juge durement le flot nouveau des livres qui déversent dans la pensée un amas d'iniquité…"

L'Abbé Barruel indique en effet en 1797: "En Hollande sur-tout il y paraissait chaque mois, chaque semaine, quelques-unes de ces productions sorties de la plume des plus hardis impies. On y faisait paraître entre autres le militaire philosophe, les doutes, l'imposture sacerdotale,... productions à peu près les plus monstrueuses de la secte [que dirait donc aujourd'hui A. Barruel devant toutes ces productions contemporaines ordurières, pornocrates, révolutionnaires, suscitées et encouragées par la secte?! Le gouffre semble sans fin!]

"On eût dit que Voltaire présidait seul à tout ce commerce de l'impiété, tant il mettait de zèle pour en seconder le débit. Il était averti des éditions; il en avertissait les frères de Paris; il leur recommandait de se les procurer, de les faire circuler; il leur reprochait leur défaut d'ardeur à les répandre; il les semait lui-même dans tous ses environs (Voyez les Lettres au comte d'Argental, à Mad. du Dessant, à d'Alembert & sur-tout sa ? en 1769)" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 160).

"Les conjurés avaient à la cour même, des hommes puissans, des ministres adeptes qui savaient faire taire la loi même, ou ne lui permettaient de parler quelquefois que pour favoriser sous main plus efficacement le commerce d'impiété & de corruption que les magistrats prescrivaient. Le duc de Choiseul & Malherbes furent encore les promoteurs de ce moyen d'arracher au peuple sa religion & de lui insinuer toutes les erreurs du philosophisme. Le premier avec toute la confiance que lui donnait le despotisme de son ministère, menaçait la Sorbonne de son indignation, lorsque, par ses censures publiques, elle essayait de prévenir les peuples contre ces productions du jour. C'était précisément pour cet étrange usage de l'autorité que Voltaire s'écrait, Vive le ministère de France!, vive sur-tout M. le duc de Choiseul! (Lettre de Voltaire à Marmontel, 1767)".

"Malesherbes, que la surintendance de la librairie mettait plus à portée d'éluder à chaque instant la loi, par l'introduction & la circulation de ces oeuvres impies, étaient sur cet objet dans une parfaite intelligence avec d'Alembert... Ils eussent l'un et l'autre bien voulu que les défenseurs de la religion n'eussent pas la même liberté de faire imprimer leurs réponses à la légion d'impies qui se levait en France. Ce moment n'était pas encore venu... Avec sa PRETENDUE TOLERANCE, Voltaire s'indigna que, sous le Ministre philosophe, les apologistes de l'Evangile jouissent encore du droit d'être entendus; et d'Alembert fut obligé d'écrire que si M. de Malesherbes laissait imprimer contre les philosophes, c'était à contre coeur & par des ordres supérieurs, dont ce ministre même n'avait pas pu empêcher l'exécution" (Lettre du 15 janvier 1757)" (Augustin Barruel, ibid., t. I, p. 160).

"A mesure que se répandaient en Europe toutes ces productions, dont Voltaire & le club d'Holbach vinrent à bout de l'inonder, les conquêtes des Francs-Maçons devaient très naturellement s'étendre. Alors il fut aisé aux Philosophes de se faire écouter par des hommes déjà tous disposés aux secrets des mystères par ces productions antichrétiennes, antiroyalistes, & de leur inspirer le désir d'un de la Maçonnerie: ce fut la le grand service qu'elle dut aux Sophistes du siècle..." (Augustin Barruel, ibid., t. II, p. 437-438).

Réclamer la liberté de la presse cependant qu'on étouffe & les écrits & la pensée de quiconque ne pense pas comme nous...

"Cependant, les écrivains adeptes, & Bahrdt, & Schulz, & Riemi, & Philon-Knigge lui-même qui, en quittant les Frères, n'avait pas renoncé à servir leurs complots, & cent autres Ecrivains de la Secte, inondaient le public de leurs productions, de leurs libelles, & en vers & en prose, en comédies, en romans, en chansons, en dissertations; tous les fondemens de la société & de la religion, soit catholique, soit protestante, étaient attaqués avec une impudeur que rien n'égale. Il ne s'agissait plus alors de venger les protestans des Catholiques; le projet de détruire la Religion & des uns & des autres, se montrait ouvertement. Cependant les éloges les plus pompeux étaient réservés aux productions des Frères, qui prêchaient avec le moins de réserve l'impiété ou la sédition. Par une contradiction plus étonnante encore, mais toujours dans l'esprit de la Secte, ces mêmes hommes exerçant le plus terrible despotisme sur tous ceux qui osaient ne pas penser & ne pas écrire comme eux, semblaient ne demander aux Souverains, pour eux & pour les autres, d'autre droit que celui qu'ils disaient tenir de la nature, celui de publier, sans contrainte & sans gêne, leurs opinions & leurs systèmes. Bahrdt sollicitait sur-tout ce prétendu droit, dans sa production sur la liberté de la presse. C'était le livre d'un véritable athée, qui verse à pleines mains sur le public tous les poisons de l'anarchie & de l'impiété; l'auteur n'en fut pas moins loué par les adeptes périodiques...; & malgré sa requête sur la liberté de la presse, les Frères unis n'en continuèrent pas moins leurs efforts pour étouffer & les écrits & la pensée de quiconque ne pensait pas comme eux..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 43-44).

Découverte de l'Union Germanique

L'usage que les Frères unis faisaient de cette Liberté, réveilla enfin, pour un instant au moins, l'attention de quelques Souverains. Frédéric-Guillaume, Roi de Prusse, alarmé par les productions impies & séditieuses qui se succédaient chaque jour dans ses Etats, crut devoir mettre un frein à la licence. Il fit à cette occasion de nouveaux réglemens, appelés l'Edit de religion. Cet Edit fut reçu par les illuminés avec une audace qui déjà semblait dire qu'ils étaient assez forts pour se jouer des Souverains. Et le Prince & la nouvelle loi devinrent l'objet continuel de leurs sarcasmes & des plus violentes déclamations... Leur insolence mit le comble à l'outrage, par un écrit sorti de l'antre de Bahrdt même, & que la dérision avait intitulé Edit de religion. Des Magistrats, chargés de venger cette injure, eurent l'ordre de s'emparer de la personne & des papiers de Bahrdt. Cet ordre fut exécuté. Tout ce que l'on pouvait attendre de preuves relatives à la coalition & à son objet, fut constaté. Il semble que la Cour de Berlin aurait dû imiter celle de Bavière, en rendant publiques toutes ces preuves; mais les adeptes avaient dès-lors trop d'influence sur les alentours du Ministère. Les prétextes ne manquèrent pas pour condamner à l'oubli les archives de cette nouvelle espèce de complots. Tout ce que l'on en sut, c'est que rien n'était plus réel que le plan des conjurés; c'est une foule d'auteurs, de libraires, de personnes même que l'on en eût les moins soupçonnées, étaient entrés dans cette confédération. On ne saurait trop dire à quel point Weishaupt l'avait secondée personnellement. On sait seulement qu'il s'était transporté deux fois dans le chef-lieu des Frères unis; qu'il y avait passé plusieurs jours avec Bahrdt; que les Frères Unis de l'un, les plus zélés au moins & les plus actifs, étaient aussi les adeptes de l'autre... Quelque constaté que fût son délit, il en fut quitte pour quelque temps de prison. le reste de ses jours se passa dans la détresse, sans corriger ses vices... Les Illuminés ont cru devoir l'abandonner... au mépris que lui avaient valu les infamies; mais s'ils firent semblant d'en rougir eux-mêmes, ils ne cessèrent pas pour cela de poursuivre ses complots..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 44-46).

Continuation et succès de l'Union germanique

Au moment en effet où cette monstrueuse Union fut découverte, elle avait déjà fait trop de progrès en Allemagne pour qu'elle dût périr avec son principal auteur. Et la Prusse & le reste de l'Allemagne n'avaient pas tardé à s'infecter de ces sociétés littéraires, qui n'étaient en quelque sorte qu'une nouvelle forme donnée aux Minervales de Weishaupt. Bientôt il n'y eut pas plus de ville, de bourg même, sans ces espèces de clubs, qu'il n'y en avait sans Loges Illuminées, & par-tout les adeptes de Weishaupt se trouvaient à la tête des unes & des autres... La forme des complots put varier encore, mais l'essence resta. Ce fut même après leurs découvertes que leurs effets devinrent plus sensibles. Ce fut alors qu'il fut spécialement impossible de se cacher qu'il devait y avoir entre les libraires & les journalistes de la Secte, une vraie coalition pour étouffer & supprimer tous les livres contraires à son double esprit d'impiété & de sédition... Les auteurs honnêtes & religieux, zélés pour le maintine des lois, avaient beau chercher à éclairer le peuple; tantôt ils ne trouvaient point de libraires qui consentissent à exposer leurs productions en vente, ou à se charger de l'impression; tantôt ceux qui avaient fait semblant d'y consentir, ne cherchaient qu'à dégoûter l'auteur à force de délais & de prétextes. L'auteur se chargeait-il lui-même des frais d'impression, les exemplaires restaient pour quelque temps au fond d'un magasin, sans être exposés en vente, sans qu'aucun libraire se mît en peine de les vendre; & ils étaient ensuite renvoyés à l'auteur, comme si personne n'en eût voulu... leur existence n'était pas même mentionnée dans ces foires spécialement destinées en Allemagne au commerce des livres... D'autres fois, l'auteur était trahi bien plus étrangement encore; son manuscrit était livré aux écrivains de la Secte; & sa réputation (si pourtant on peut nommer ainsi des injures, des sarcasmes & des sophismes) se trouvait annoncée sur le revers même de son livre dès la première édition qui en paraissait... Plus d'un auteur eût pu intenter en ce genre le même procès que M. Starck se vit forcé de faire à son libraire, & démontrer la même connivence avec la Secte, le même abus de confiance, les mêmes perfidies. "Au moins est-ce un trait que l'on peut constater par quantités de lettres de plusieurs savans, qu'ils écrivaient fort inutielement aux libraires de côté & de l'autre pour leur demander plusieurs de ces ouvrages, dont les Illuminés étaient seuls mécontens; que toutes ces lettres restaient sans réponse; que les libraires auxquels l'auteur même avait envoyé des douzaines d'exemplaires, au lieu de les livrer aux demandeurs, affectaient d'en renvoyer la vente aux foires suivantes, en disant qu'il ne se présentait point d'acheteurs..." Il est encore certain que plusieurs livres de cette espèce étaient à peine arrivés chez les libraires, qu'ils les renvoyaient à l'auteur, sous les prétextes les plus flétrissants. - Ce qu'il y a même ici de plus étonnant,c 'est que les écrivains les plus assurés de ces refus, étaient précisément ceux qui prenaient plus hautement la défense du Prince... Dans les Etats mêmes du Roi de prusse, on ne put pas venir à bout de faire annoncer, & de vendre par les voies ordinaires, l'apologie de ce souverain & de son Edit sur la Religion. Les libraires avaient à peine reçu quelques exemplaires de cette apologie, qu'ils les renvoyèrent tous à l'auteur. - Les écrivains de la Secte voulaient-ils au contraire publier leurs diatribes, leurs sarcasmes, leurs grossières invectives contre la Religion & les Souverains, contre les personnes constituées en dignité & les plus respectables; les libraires, s'empressaient de les vendre, les écrivains périodiques de les annoncer, & d'appeler par les plus grandes éloges la foule des lecteurs (Voy. Nachrichten von cinen grossen aber unfichebaren Bünde. Pièces justif. N° 8 & 13, & le journal de Vienne par Hoffmann) (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 46-80).

Garder le secret: "frappez et cachez votre main" (Voltaire)

"Quoique ces conjurés se parlassent ordinairement avec assez de clarté sur l'objet de leurs complots, le secret n'en était que plus recommandé à l'égard du public. Voltaire surtout le recommandait aux adeptes, comme un objet de la plus grande importance. "Les mystères de Mitra, leur faisait-il dire par d'Alembert, ne doivent point être divulgués,... Il faut qu'il y ait cent mains invisibles qui percent le monstre (la religion), et qu'il tombe sous mille coups redoublés..." (Lettre à d'Alembert, 27 avril 1768)

"[...] Car pour son voeu général d'anéantir le christianisme, la haine de Voltaire ne lui avait pas permis de le cacher; mais il avait à craindre, d'une part l'opposition des lois, & de l'autre il voulait éviter le mépris & la honte qui pouvaient rejaillir sur lui, sur les adeptes, de l'impudence de leurs mensonges, de l'effronterie de leurs calomnies, si l'on avait pu en nommer les auteurs & les prendre personnellement à partie..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 45-46).

Voici les instructions secrètes: "Confondez l'infame le plus que vous pourrez; dites hardiment tout ce que vous avez sur le coeur; frappez & cachez votre main. On vous reconnaîtra; je veux bien croire qu'on en est l'esprit, qu'on ait le nez assez bon, mais on ne pourra pas vous convaincre..." (Lettre à d'Alembert, mai 1761).

"Le Nil, disait-on, cachait sa tête et répandait ses eaux bienfaisantes, faites-en autant, vous jouirez en secret de votre triomphe. Je vous recommande 'l'infame' (Lettre à Helvétius, 11 mai 1761); "on embrasse notre digne chevalier, & on l'exhorte à cacher sa main aux ennemis..." (Lettre à M. de Villevielle, 26 avril 1767).

[...] Il n'est point de précepte que Voltaire inculquât plus souvent que celui de frapper & de cacher sa main. (Augustin Barruel, ibid., t. I, p. 47).

"D'Alambert excellait dans cet art du secret & de cacher sa marche, aussi Voltaire le recommandait-il aux frères comme le vrai modèle à suivre & comme l'espoir du troupeau. "Il (le secret) est hardi, leur disait-il, mais il n'est point téméraire; il est pour faire trembler les hypocrites (entendez les hommes religieux) sans donner prise sur lui" (Lettre de Voltaire à Thiriot, 19 novembre 1760, cité in Augustin Barruel, ibid., t. I, p. 48).

"Non seulement Frédéric approuvait ce secret & ces ruses (Lettre à Voltaire du 16 mai 1771), mais nous le verrons appliquer lui-même tous les artifices de la ténébreuse politique au moyen de faire réussir la conjuration" (Augustin Barruel, ibid., t. I, p. 49).

Au tome III de ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme (1798), l'Abbé Barruel expose le secret demandé aux Illuminés: "Aussi les premières leçons du Frère Insinuant, désormais Instituteur, doivent-elles rouler sur l'importance & l'étendue du secret à observer dans l'Illuminisme. Il commencera par dire à son Novice: Le silence & le secret sont l'ame de l'Ordre; & vous l'observerez ce silence auprès de ceux-mêmes que vous pourriez soupçonner aujourd'hui être nos frères, & auprès de ceux qui vous seront connus dans la suite. Vous regarderez comme un principe constant parmi nous que la franchise n'est une vertu qu'auprès des Supérieurs [c'est-à-dire les Illuminés, ceux qui sont Initiés]; la méfiance & la réserve sont la pierre fondamentale. Vous ne direz à personne ni aujourd'hui ni dans la suite, la moindre circosntance de votre entrée dans l'Ordre, pas même quel grade vous pourrez être, ou en quel temps vous aurez été admis. En un mot, vous ne parlerez jamais devant les Frères mêmes, des objets relatifs à l'Ordre, à moins, d'une vraie nécessité" (V. Ecrits originaux, Statuts de l'Ordre, N° 20; réforme des Statuts, 27, vérit.. Illum.; Statuts génér. N° 31 & 32, cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 65).

"25° "Les hauts grades (de l'Illuminisme) doivent toujours être inconnus aux grades inférieurs. On reçoit plus volontiers les ordres d'un inconnu, que ceux des hommes dans lesquels on reconnait peu à peu toutes sortes de défauts..." (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 359).

L'Abbé Barruel précise encore: "Dans l'Illuminisme, chaque grade de supériorité a ses instructions spéciales, inconnues aux inférieurs" (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 418).

"Mentez, mentez toujours, il en restera quelque chose" (Voltaire)

"Mentez, mentez toujours, osait écrire Voltaire à ses amis, il en restera quelque chose!" (Lettre au marquis d'Argens).

"Depuis trois siècles la haine des protestants et, plus tard, des voltairiens, contre l'Eglise, a tellement altéré son histoire (de l'Eglise), qu'il est très difficile d'y découvrir la vérité.

"On arrange les faits, on ajoute, on retranche, on invente, au besoin. On impute à l'Eglise des crimes qu'elle déteste. On fait peser sur la Religion des accusations odieuses. Méfiez-vous, en général, des faits historiques où la Religion joue un rôle ridicule ou barbare ou ignoble. Il se peut qu'ils soient vrais; et alors il faut porter tout le blâme sur l'homme faible ou vicieux qui a oublié son caractère de prêtre ou d'évêque ou même de pape, et qui, devant faire le bien, a fait le mal; mais il se peut aussi (et c'est le plus ordinaire) que ces faits soient, sinon inventés complètement, du moins tellement travestis et axagérés, que l'on peut, avec justice, les taxer de mensonge.

"Il est fort commode d'attaquer l'Eglise de cette façon; mais est-ce légitime? Est-ce loyal? Est-ce sincère?" (Abbé de Ségur, Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion, Paris J. Lecoffre, 1851, p. 112-113).

(Source: Bibliothèque Nationale de France, B.N.F. [44])

Travailler à la perfection intérieure & extérieure...; étudier l'art de se dissimuler & de se déguiser

"(le novice) Son grand devoir doit être de se former le coeur, de manière à gagner non seulement l'affection de ses Frères, mais celle de ses ennemis mêmes. Il lui est ordonné bien positivement de travailler de toutes ses forces à la perfection extérieure & intérieure. Il est vrai que bientôt à cette loi succède celle d' étudier l'art de dissimuler & de se déguiser; mais son Frère Insinuant est là pour lui apprendre comment cet art fait partie de la vraie perfection, pour écarter les soupçons que ce rapprochement pourrait donner.

"La morale qu'on lui fait étudier (au novice) est celle d'Epictète, de Sénèque, d'Antonin, de Plutarque, tous étrangers au Christianisme..., et celle des Sophistes modernes, tels que Wieland, Metners, Busedow, dont le but est rien moins que de faire un Chrétien pour faire un honnête homme. Sous l'affection d'une philosophie honnête & modérée, cette morale est celle même de la lubricité & de l'impiété, tracée dans Le Livre de l'Esprit, par le Sophiste Helvétius (V. la liste de ces oeuvres dans Les Ecrits originaux, réforme des Statuts, N° 25, cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme (1798), t. III, p. 73-74).

Notons encore avec A. Barruel que les Illuminés recommandent à leurs adeptes une attitude exemplaire qui évite toute familiarité...: "Evitez toute familiarité & toute occasion de montrer votre côté faible; parlez toujours de l'Illuminisme avec dignité..." (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 114).

"18° "[...] Vous donnerez vous-mêmes l'exemple de la conduite à tenir... Evitez avec eux (les hommes) la familiarité; ne vous confiez jamais à eux; traitez-les poliment, mais sans gêne, afin qu'ils vous honorent & vous craignent..." (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 356).

Mettre l'élève dans l'espoir de découvertes toujours plus grandes

Le code de l'Illuminisme recommande aux Supérieurs d' "entretenir l'espoir de découvertes toujours plus importantes à mesure qu'on avance (dans les grades).

"Cherchez à mettre vos élèves dans une situation, où ils soient souvent & constamment occupés de notre société; faites-en leur idée favorite..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 376).

Miner sourdement et sans bruit l'édifice

"Aussi n'avons-nous pas à parler ici de guillotines, de réquisitions à force armée, & de combats livrés pour abattre tous les autels du christianisme.

"Les premiers moyens des Sophistes devaient être moins tumultueux, plus souterrains, plus lens; mais dans leur lenteur même ils n'en devaient être que plus insidieux & plus efficaces. Il fallait que l'opinion publique périt en quelque sorte par la gangrène, avant que les autels tombassent sous la hache. C'est ce que Frédéric avait très bien senti, lorsqu'il écrivait à Voltaire que, MINER SOURDEMENT & SANS BRUIT L'EDIFICE, C'ETAIT L'OBLIGER A TOMBER DE LUI-MÊME... (29 juillet 1775). C'est ce que d'Alembert avait encore mieux senti, lorsqu'il reprochait à Voltaire d'aller trop vite, lorsqu'il lui écrivait que si le genre humain s'éclairait, c'est parce qu'on avait la précaution de ne l'éclairer que peu à peu..." (31 juillet 1762). (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 61).

L'Encyclopédie, grand moyen d'éclairer le genre humain, & d'écraser l'infame...

"Ce fut enfin la nécessité de cette précaution, qui inspira à d' Alembert le projet de l'Encyclopédie, comme le grand moyen d'éclairer peu à peu le genre humain, & d'écraser l'infame. Il conçut ce projet, Diderot le saisit avec enthousiasme; Voltaire le soutint avec une confiance qui ranima souvent celle de d'Alembert & de Diderot, prêts à succomber l'un et l'autre plus d'une fois sous leur entreprise (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 61).

[...] La première (ressource) était l'art d'insinuer l'erreur, l'impiété dans les articles où naturellement elle devait le moins être attendue, dans les parties de l'Histoire, de la Physique, même de la Chymie, de la Géographie que l'on aurait cru pouvoir parcourir avec le moins de danger. La seconde (ressource) était l'art des renvois, cet art si précieux, qui consistait après avoir mis sous les yeux du lecteur" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, t. I, p. 64) quelques vérités religieuses, à lui faire sentir qu'il devait chercher d'autres leçons dans des articles d'une toute autre espèce...

"Malgré toutes ces ruses, les personnes zélées pour la religion s'élevèrent avec force contre l'Encyclopédie; le Dauphin se récria sur-tout & obtint pour un temps la suspension de cet ouvrage. Les auteurs essuyèrent les dégoûts à diverses reprises; d'Alembert fatigué semblait y renoncer. Voltaire qui sentait mieux que personne l'importance de ce premier moyen des conjurés, releva leur courage. Loin de se relâcher lui-même, il travaillait, il demandait, il envoyait sans cesse de nouveaux articles... Il exalatait sur-tout l'honneur de la persévérance dans une si belle entreprise (voyez ses lett. années 1755-1756); il les pressait, les conjurait au nom de l'amitié, au nom de la philosophie de vaincre les dégoûts, de ne pas se laisser décourager dans une si belle carrière (voyez ses lett. du 3 septembre 1752 & du 13 novembre 1756, surtout du 8 janvier 1757)" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 76).

Extinction des Jésuites

(Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 84) [45]

"Les Jésuites étaient un corps de 20 000 religieux, répandus dans tous les pays catholiques; ils étaient spécialement dévoués à l'éducation de la jeunesse. Ils se livraient aussi à la direction des consciences, à la prédication; par un voeu spécial, il s'engageaient à faire les fonctions de missionnaires par-tout où les Papes les enverraient pr^cher l'Evangile. Formés avec soin à l'étude des lettres, ils avaient produit un grand nombre d'auteurs, & sur-tout de théologiens appliqués à combattre les diverses erreurs qui s'élevaient contre l'Eglise. Dans ces derniers temps, en France sur-tout, ils avaient pour ennemis les Jansénistes & les soit-disant philosophes. leur zèle pour l'église catholique était si connu & si actif, que le roi de Prusse les appelait les gardes du corps du pape (154e Lettre du roi de Prusse à Voltaire 1767). (A. Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, t. I, p. 93).

"[...] le duc de Choiseul, & cette fameuse courtisanne, la marquise de Pompadour, qui régnaient alors en France, sous le nom & à l'ombre de Louis XV, n'aimaient pas plus les Jansénistes que les Jésuites. Le duc & la marquise avaient tous les secrets des conjurés Sophistes, par cela seul qu'ils avaient celui de Voltaire (Lettre de Voltaire à Marmontel, du 13 août 1760). Et Voltaire ainsi qu'il s'en explique lui-même, aurait voulu qu'on envoyât chaque Jésuite dans le fond de la mer avec un Janséniste au cou (Lettre à Chabanon). (A. Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, t. I, p. 94).

"Les Jansénistes ne furent donc que les dogues ou la meute lancée par Choiseul, la Pompadour et les philosophes, contre les Jésuites.

Extinction de tous les Corps religieux

(Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 114).

"[...] Ce projet fut de nouveau fortement senti par Frédéric. Une lettre de Voltaire, datée du 3 mars 1767, lui fournit l'occasion de le développer: "Hercule allait combattre les brigands & Bellérophon, les chimères, écrivait le sophiste de Ferney; Je ne serai pas fâché de voir des Hercules & des Béllérophons délivrer la terre des brigands & des chimères catholiques" [46]. La réponse de Frédéric, datée du 24 du même mois, même année est conçue en ces termes: "Il n'est point réservé aux armes de détruire l'infame; elle périra par les bras de la vérité & par la séduction de l'intérêt... Il s'agirait de détruire les cloîtres, au moins de commencer à réduire leur nombre..."

"...Miner sourdement & sans bruit l'édifice de la déraison, c'est l'obliger à s'écrouler de lui-même" (Lettre - de Frédéric - du 13 août 1775).

"Brienne (prélat et homme politique français, chef du Conseil royal des Finances de Louis XVI, archevêque de Toulouse...) se prêta si bien aux vues des sophistes qu'avant la révolution il y avait déjà en France quinze cents couvents de supprimés. Il s'y prenait de manière à n'avoir plus besoin bientôt de suppression. A force d'accueillir & de solliciter lui-même les plaintes des jeunes contres les anciens, des inférieurs contre les supérieurs, à force de gêner, de contrarier les élections des supérieurs, il semait & nourrissait la DIVISION, le désordre et l'anarchie dans les cloîtres...

"D'un autre côté, les confrères des sophistes inondaient le public de tant de libelles contre les moines [aujourd'hui, c'est contre le pape...], ils étaient venus à bout de les rendre si ridicules, qu'à peine se présentait-il de nouveaux sujets pour remplacer les morts. De ceux qui restaient, les uns étaient honteux de porter une robe couverte d'opprobre (Voltaire, 15e Lettre au Roi de Prusse); et d'autres, excédés par les tracasseries de Brienne, demandaient eux-mêmes leur suppression..." (A. Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, t. I, p. 130).

Infiltration des principes "liberté et égalité" dans les corps religieux

Le thème de la soit-disant liberté est capital dans la sophistique révolutionnaire. Jugez-en par vous-même:

(Condorcet) "Annonçant que son voeu était celui de tous les 'philosophes', il proposa sans détour ses problèmes sur la Royauté même. Il leur donna pour titre, De la République; il mit en tête la question: Un Roi est-il nécessaire à la liberté? Il répondit lui-même: La Royauté non seulement n'est pas nécessaire, non seulement n'est pas utile; mais elle est contraire à la liberté, elle est inconciliable avec la liberté..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, t. II, p. 141-142) (Voyez De la République par Condorcet, an 1791).

L'Abbé Barruel poursuit, au tome 1, p. 131: "Le philosophisisme & les principes de la liberté, d' égalité s'introduisaient même dans plusieurs de ces maisons, avec tous les désordres qu'ils entraînent naturellement. Les bons religieux, les anciens sur-tout versaient des larmes de sang sur ces persécutions de Brienne. Encore quelques années, & il aurait fait à lui seul en France, tout ce que Frédéric et Voltaire avaient projeté contre l'existence des corps religieux. Leur décadence était on ne peut plus sensible dans une foule de maisons: c'était un prodige qu'il en restât encore de ferventes. Cela a été un bien plus grand prodige encore, que la foi du plus grand nombre de ces moines se soit ranimée précisément au jour de la révolution, parmi ceux mêmes qui avaient demandé auparavant leur suppression. Je sais, à ne pouvoir pas en douter, que le nombre de ceux-ci était au moins le triple de ceux qui ont fait le serment constitutionnel. Le moment de l'apostasie les a effrayés: la persécution ouverte de l'assemblée nationale les ranima, en leur montrant à quoi tendait une suppression méditée depuis long-temps, comme un des grands moyens philosophiques pour arriver à la perte absolue du christianisme (A. Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, t. I, p. 131).

"[...] La religion souffrait dans ses ministres la plus atroce des persécutions; mais pour arriver à ce triomphe, les conjurés, dans ce long intervalle d'années, avaient employé d'autres moyens que j'ai à faire connaître."

Faire des adeptes parmi les maîtres d'école, les Académies militaires et les supérieurs des séminaires ecclésiastiques

"Une préférence d'un autre genre est celle que Weishaupt donne aux gens stables et domiciliés dans les villes, tels que les marchands et les chanoines, comme pouvant étendre sa doctrine avec plus d'assiduité & la fixer dans leur canton (Instruction du provincial Illuminé, Ecrits originaux de la Secte, t. I, IIe partie, p. 26, n° 3).

"[...] les frères enrôleurs s'attacheront sur-tout à faire des adeptes parmi les maîtres d'école, dans les Académies militaires & autres de ce genre, et même, s'ils le peuvent, parmi les supérieurs des séminaires ecclésiastiques" (ibid., n° 11 & 13, cité in Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 48).

Weishaupt indique encore dans le code de l'Illuminisme: "S'il est intéressant pour nous d'avoir les écoles ordinaires, il est aussi très important de gagner les Séminaires Ecclésiastiques & leurs Supérieurs. Avec ce monde-là, nous avons la principale partie du pays; nous mettons de notre côté les plus grands ennemis de toute innovation; &, ce qui est par dessus-tout, avec les Ecclésastiques, le peuple & les gens du commun se trouvent dans nos mains" (Augustin Barruel, ibid., t. III, p. 369).

Fonder une colonie de philosophes français

"De leur côté, les Sophistes de l'impiété & de la rebellion ne furent pas long-temps à s'appercevoirent combien les Francs-Maçons fraternisaient avec toute leur philosophie. Ils voulurent savoir ce que c'étaient que des mystères dont les profonds adeptes se trouvaient leurs plus zélés disciples. Bientôt les Philosophes Français se firent tous Maçons. Plusieurs années avant la Révolution, il était bien dificile de trouver dans Paris un Sophiste qui n'appartînt pas à quelqu'une des Loges maçonniques..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 438).[47]

Décerner des honneurs académiques...

"Le lecteur & l'historien même pourraient s'étonner de voir ici Voltaire mettre tant d'importance, employer tant d'intrigues, appeler à la fois les ducs, les courtisans & les confrères, & ne pas rougir même de conseiller la lâche hypocrisie, la vile dissimulation, pour la simple admission d'un de ses conjurés à l'Académie Française; mais que le lecteur et l'historien pèsent ces paroles de d'Alembert: "Je sens tout ce qu'il en résulterait pour la cause commune ou bien pour la GUERRE que nous & nos adeptes avons vouée au christianisme, & toutes ces machinations pour un semblable objet seront aisées à appliquer. Admettre en effet à cette Académie l'homme publiquement reconnu pour le plus hardi des icnrédules, ... n'était-ce pas ouvrir la porte des triomphes littéraires à l'impiété la plus scandaleuse?... (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 148).

Obtenir la convocation des Etats généraux

Ouverture des Etats-généraux, le 5 mai 1789 - gravure de Patas.JPG

Ouverture des Etats-généraux, le 5 mai 1789

L'Abbé Barruel indique que pour les Sophistes, le grand obstacle au rétablissement des prétendus droits primitifs d' égalité, de liberté & le peuple dans ses droits imprescriptibles de souveraienté législative, était dans cette antique distinction des trois ordres du Clergé, de la Noblesse et des Communes (voy. t. 2 de ces mémoires, ch. 4 & 6). "Obtenir la convocation des Etats-Généraux, anéantir dans ces mêmes Etats toute cette distinction des trois ordres; tel devait être & tel fut en effet le premier des moyens révolutionnaires.

"Le vide que Necker avait laissé dans le trésor public, les déprédations & les désordres d'un siècle sans moeurs, parce que les Sophistes en ont fait le siècle de toute impiété, ont réduit un Monarque, presque seul conservant les moeurs antiques au milieu des désordres qui l'entourent, à convoquer les Notables de son Empire, pour satisfaire à sa seule passion, celle de travailler au bonheur de son peuple...

"il faut que les Tribuns de la Nation se lèvent & discutent leurs droits contre le Souverain. A la tête de tous les conjurés, Philippe d'Orléans est aussi le premier à se lever pour eux. Pour la première fois, il affiche le zèle de la chose publique; le premier acte de son zèle est une protestation solennelle contre les dispositions de Louis XVI, pour subvenir aux besoins de l'Etat (Voy. Séance royale pour le timbre & l'impôt territorial). Dans ces manoeuvres contre le Souverain, il s'unit à tous ces Magistrats que distinguait alors l'esprit des factions; à ce Déprémesnil, encore infatué des visions martinistes & des principes révolutionnaires; aux Conseillers de Monsabert & Sabatier, les plus ardents ennemis de la Cour; & à ce Fréteau même, qui votera un jour la mort du Roi. Il se joue du premier Parlement, & à force d'intrigues il en obtient le premier cri légal, la première demande formelle des Etats-Généraux.

"La fermentation des esprits fait hésiter Louis XVI; Philippe d'Orléans ajoute à la fermentation; ses brigands se répandent dans Paris; il solde les émeutes. Louis XVI croit enfin devoir accorder ces Etats-Généraux. La Secte qui les doit à d'Orléans n'a plus besoin que d'un Ministre qui en dirige la convocation, dans le sens des complots. Ce Ministre sera précisément celui des conjurés qui a ouvert l'abyme. Ce sera ce Necker, dont la perfide politique a ruiné le Trésor de l'Etat; ce Necker, l'homme tout à la fois des des courtisans ambitieux, qui de nouveau le poussent vers le Trône pour s'en rapprocher aux-mêmes; l'homme des Princes de Beauveau & de Poix, du Maréchal de Castries, du Duc d'Ayen, de Bésenval & de Guibert; l'homme des courtisans conspirateurs, de La Fayette & des Lameth; l'homme des grands sophistes de l'impiété, dont les complots se trament dans la maison tout comme au club d'Holbach; l'homme enfin, dont l'image dans ses triomphes révolutionnaires, sera si dignement portée à côté de celle d'Orléans.

"Louis XVI a pu connaître ce perfide Ministre; il a eu sous les yeux tout le plan de la conspiration, ourdie notamment par Necker & par les adeptes de son philosophisme. Ce Prince, hélas! trop boen pour croire à tant d'hypocrisie & de scélératesse, sera un jour réduit à s'écrier: Pourquoi n'ai-je pas cru il y a onze ans, tout ce que j'éprouve aujourd'hui? On me l'avait dès-lors annoncé. C'est sur Necker que tombèrent ces paroles trop tardives. Alors même de son premier ministère, c'étaient & la personne & les complots, tramés dans sa maison & au club d'Holbach, que dénonçait formellement un mémoire présenté au comte de Maurepas & à Louis XVI" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 114-117).

Affamer le peuple pour le forcer à l'insurrection

"En faveur de ces Droits (de l'homme), tous les conseils des conjurés s'unissent, & ils ont dit: De retour auprès du Trône, Necker affamera ce peuple pour le forcer à l'insurrection; les Frères excitateurs enverront de Paris les harpies des faubourgs demander du pain à Louis XVI; désormais à la tête des Municipes, Bailly & ses assesseurs les feront suivre par les légions des Nationaux; désormais à la tête des Nationaux, La Fayette les emmenera à Versailles; il en entourera Louis XVI sous prétexte de veiller à sa défense, & il s'endormira. Mirabeau, Péthion & Chapellier, Montesquiou & Dupont, Charles Lameth, Laclos, Sillery, d'Aiguillon, préviendront l'Assemblée qu' il faut au peuple des victimes; ils l'empêcheront de se porter auprès du Monarque pour veiller sur ses jours; (Séance du 3 octobre) & ils profiteront des ténèbres pour animer la populace, les brigands & les soldats. Ils ont déjà tout le coeur des furies; ils en prendront le masque & le costume pour diriger leurs coups. D'Orléans abreuvera ses montres des liqueurs de la rage, de la frénésie, & il leur montrera la Reine, la première victime à immoler. Sieyès & Grégoire, & la foule des autres conjurés, resteront spectateurs; mais si le Roi succombe, ils donneront la couronne à d'Orléans, sûrs de la morceler au gré de leur égalité & de leur liberté, dès qu'il la tiendra d'eux..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 124-125).

"Ici se termine ce que j'ai appelé les préléminaires de la Révolution. Necker a fait de son Assemblée "nationale" ce qu'il voulait en faire; il l'a transportée dans cette ville où il voulait la voir pour sa révolution. Dans la amarche tracée par les Sophistes pour écraser le prétendu infame, ici s'ouvre la guerre des lois contre le Christ" (Augustin Barruel, ibid., t. V, p. 124-125).

Spoliations violences et mort cachées sous le nom de Tolérance

"Les spoliations, les violences les plus outrées, la mort, telle a été la tolérance des révolutionnaires... (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. 173).

"L'homme tolérant par indifférence (d'Alembert) n'aurait pas écrit ces paroles: "...Ces Autrichiens sont des Capucins insolents qui nous haïssent & nous méprisent, & que je voudrais voir anéantir avec la superstition qu'ils protègent"... (Lettre à Voltaire 12 janvier 1763) [lettre dans laquelle il écrit donc vouloir voir périr une nation entière au seul motif qu'elle a fait preuve de son attachement au christianisme!... Cela en dit long sur la tolérance des dits "philosophes"...]

"Il n'est pas inutile d'observer que ces Autrichiens que d'Alembert voudrait voir anéantir, étaient précisément les alliés de la France, alors en guerre avec le roi de Prusse, aux victoires duquel il applaudissait... Cette double circonstance semblait annoncer combien la philosophie l'emportait dans le coeur des conjurés sur l'amour de la patrie..." (A. Barruel, ibid.,t. I, p. 180).

"La fin sanctifie les moyens" (Weishaupt)

"Il (Weishaupt) avait inventé ce mot: La fin sanctifie les moyens; il l'appliquait au vol que ses adeptes pouvaient faire & faisaient dans les bibliothèques des Princes ou des Religieux; Knigge son rédacteur l'applique à la caisse des Francs-Maçons honnêtes. Nous verrons la secte en faire des applications bien plus importantes..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 157).

La Révolution combat pour le MAL & le mensonge, avec les armes du MAL & du mensonge. Dès lors, faire un mal pour atteindre le but n'a aucune importance: pour la Révolution, tout est permis. Un demi mensonge est souvent plus efficace qu'un gros, et il n' y a pas de principes immuables à sauvegarder à tout prix. Ce qui est efficace est bon, aucun problème moral...

Ainsi, l'Abbé Barruel relate "ce que Sieyès répond à ceux (des reproches) de M. Mallet du Pan, sur l'horreur qu'inspirent ces moyens révolutionnaires: Vous nous parlez toujours de nos moyens; eh! Monsieur, c'est la fin, c'est l'objet & le but qu'il faut apprendre à voir... Et ce principe qui console nos Sieyès de tant d'atrocités, c'est encore de la secte elle-même qu'ils l'ont appris; c'est du code & des Loges de Weishaupt que nous l'avons vu passer au code Jacobin" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 166). L'abbé Barruel indique que "c'est dans la bouche même de cet auteur" (Mallet du Pan), qu'il a "appris la réponse que Sieyès faisit à ses reproches" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 166)

Signes de reconnaissance entre Maçons

"Les Maçons en ont trois qu'ils appellent le signe, l'Attouchement & la parole.

"Tout Maçon qui veut savoir si vous avez vu la lumière, commence par vous tendre la main, pour voir si vous le toucherez en adepte..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 418).

"Les honnêtes Franc-Maçons en frémiront, mais il faut bien qu'ils sachent à quels monstres leurs Loges avaient été ouvertes. Dans tout moment d'émeute, soit à l'Hôtel de Ville, soit aux Carmes, les vrais signes de ralliement, le vrai moyen de fraterniser avec les brigands étaient les signes maçonniques. Dans l'instant même des massacres, les bourreaux tendaient la main en Franc-Maçons à ceux des impies spectateurs qui les approchaient. Ils les acceuillaient ou bien repoussaient suivant qu'ils les trouvaient experts ou ignorans dans la réponse. J'ai vu un homme du bas peuple qui m'a lui-même répété la manière maçonnique dont le sbourreaux lui présentaient la main, & qui fut repoussé par eux avec mépris, parce qu'il ne savait pas la réponse, tandis que d'autres plus instruits étaient au signe même accueillis d'un sourire, au milieu du carnage. - J'ai vu même un Abbé que ce signe maçonnique sauva des brigands à l'Hôtel de Ville. Il est vrai que la science maçonnique lui eût été fort utile, sans son déguisement; car les brigands auxquels il avait échappé le recherchèrent quand on leur dit que c'était un Abbé... Les Abbés & les Aristocrates Maçons ne pouvaient que mieux y reconnaître combien ils avaient été dupes de la fraternité des arrières-secrets..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, note p. 134).

Pour asseoir la Révolution: "Incendier les quatre coins de l'Europe, notre salut est là..." (Brissot)

Bientôt ils imaginèrent de révolter les Puissances étrangères, pour entraîner Louis XVI dans les horreurs de la guerre avec l'ennemi du dehors, & triompher plus aisément de lui dans l'intérieur. Dès-lors on les entend dire dans leur club, ce que Brissot écrivait ensuite aux généraux de la révolution: "Il faut incendier les quatre coins de l'Europe, notre salut est là" (Voy. Considér. sur la nature de la Révol. par M. Mallett du Pan, p. 37). Par la voie des adeptes & des clubs, répandus dans l'intérieur, ils excitent en même temps des troubles continuels, pour en faire retomber l'odieux sur le Roi & sur la Reine. Dans le sein de l'Assemblée, sous prétexte d'écarter le danger dans lequel tant de séditions semblent mettre la France, sous le nom de Commission extraordinaire, ils complotent ce Comité secret, dont la faction est appelée celle des [Girondins|Girondins]]. C'est là que Brissot, à la tête de ses élus, & président de la Commission, prépare & rédige, dans le silence des complots, les décrets consommateurs de la rebellion...

"Il appelle tous ceux que la Révolution a rassemblés vers le Midi, sous le nom de Marseillais. Les Jacobins de l'Occident sont avertis de faire avancer vers Paris leurs brigands de Brest. Dans Paris même, il dévoile ses projets à tous les chefs des Jacobins. Barbaroux & Panis, Carre & Beaujois, vicaire intrus de Blois, De Besse de la Drôme, Gallissot de Langres, Fournier le Créole, le général Westermann, Kieulin de Strasbourg, Santerre le brasseur, Antoine de Metz, Gorsas le journaliste, se joignent aux Girondins. Les conseils se tiennent tantôt chez Robespierre, tantôt à l'auberge du Soleil d'Or, auprès de la Bastille. Sieyès avec son club des vingt-deux & l'arrière-conseil des Jacobins, fournit tous ses moyens. Marat et Prudhomme, & Millin, & tous les journalistes du parti, ajoutent chaque jour aux calomnies contre Louis & son épouse. Alexandre & Chabot soufflent de rage aux faubourgs Saint-Antoine & Saint-Marceau. Philippe d'Orléans les sert tous de son argent & de son parti, parce qu'il espère se servir de tous pour monter sur le Trône, après en avoir précipité Louis XVI & parce que, s'il ne peut y monter & assouvir son ambition, il veut au moins assouvir sa vengeance.

"Tous les conseils sont pris & les brigands sont arrivés; le tocsin a sonné toute la nuit; le dix août paraît. la seconde Assemblée a consommé sa tâche; Louis XVI est déclaré déchu de tous ses droits à la Couronne. Du Palais de ses Pères il est passé aux Tours du Temple... C'est là que la troisième Assemblée des législateurs conjurés viendra le prendre pour le conduire à l'échafaud, & remplir les derniers sermens des arrières-Loges" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 146-148).

"C'était l'abolition de la Royauté, que j'avais en vue en faisant déclarer la guerre" (Brissot)

"Si l'historien hésite à voir dans cette marche toute celle de la secte, pour arriver à cette catastrophe du 10 août, qu'il lise les aveux des adeptes eux-mêmes. Le temps est venu où ils se disputent la gloire des horreurs & de tous les forfaits de cette désastreuse journée... Elle donne à Brissot le sceptre des Jacobins; Robespierre, & Marat, & Danton, le lui arrachent, & il veut le reprendre. Il s'adresse à tous ceux de la France pour démontrer ses droits. Son apologie & celle de Louvet, son coadepte, ne font pas autre chose dans toute leur substance, que l'histoire même de la conspiration que je viens de tracer. S'il faut en citer au moins quelque partie, pour la conviction du lecteur, lisons ces paroles de Brissot, & prêtons-nous à son langage:

"Les triumvirs Robespierre, & Marat, & Danton, m'ont acusé, dit-il, d'avoir provoqué la guerre; & sans la guerre, la Royauté subsisterait encore! Et sans la guerre, mille talens, mille vertus ne se seraient pas développés! Et sans la guerre, la Savoie & tant d'autres pays dont les fers vont tomber, n'auraient pas eu la liberté! - Ils craignaient la guerre faite par un Roi - politiques à vue étroite! C'est précisément parce que ce Roi parjure devait diriger la guerre, parce qu'il ne pouvait la diriger qu'en traître; parce que cette trahison seule le menait à sa perte...: c'est par cela seul qu'il fallait vouloir la guerre du Roi. - C'était l'abolition de la Royauté, que j'avais en vue en faisant déclarer la guerre. - Les hommes éclairés m'entendirent, le 30 décembre 1790, quand, répondant à Robespierre qui me parlait toujours de trahisons à craindre, je lui disais: Je n'ai qu'une crainte, c'est que nous ne soyions pas trahis. Nous avons besoin de trahison; notre salut est là". - Les trahisons feront disparaître ce qui s'oppose à la grandeur de la Nation Française; - la Royauté..."

"En parlant ici de tant de trahisons, en se glorifiant de celle qu'il ourdissait contre Louis XVI, comme de son grand titre à l'admiration des Jacobins, Brissot se garde bien de mentionner à quel prix il mettait celle qu'il préparait aux traîtres mêmes, si Louis XVI eût été alors assez riche pour l'acheter... Le neuf août encore, la veille de ce jour où tous ces conjurés devaient se mettre en action, il demandait au Roi douze millions pour se désister du complot & pour en empêcher l'exécution...

"Quels êtres que ces sophistes! Quelles idées ils se font de leurs mille vertus! Faisons-nous violence; et prêtons encore l'oreille à celui-ci; car enfin c'est dans leur propre apologie que se trouve la véritable histoire de leurs forfaits... (Mémoires de M. Bertrand, ministre d'Etat, t. 3, chap. 22)

(Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 148-150).

"Nous voulions la guerre parce qu'à coup sûr la paix tuait la république...." (Louvet)

"Avec la même évidence, l'Historien pourra trouver toute l'histoire de cette atroce révolution du 10 août, dans les discours du député Louvet; il y verra les mêmes complots & les mêmes artifices décrits avec la même jactance. Nous voulions la guerre , dit, entre autres, ce Louvet; "nous la voulions, nous autres Jacobins, parce qu'à coup sûr la paix tuait la république...." Parce qu'entreprise à temps, ses premiers revers inévitables pouvaient du moins se réparer, & devaient puger à la fois le Sénat, les Armées & le Trône.... Ils appelaient à la guerre, tous les républicains dignes de l'être. ils osaient aspirer à l'honneur de tuer la Royauté même; de la tuer à jamais, d'abord en France, & puis dans l'univers". Puis, en venant au rôle que jouaient ses complices, "ceux que tu appelles les miens, dit-il (Louvet) à Robespierre, c'étaient Roland; il avait dénoncé Louis XVI à la France entière - Servan; il avait partagé l'honorable retraite du Ministre de l'Intérieur; il n'était rentré qu'avec lui, & cela pour sauver la France - Péthion; sa conduite en même temps vigoureuse & sage usait la Royauté - Brissot; il écrivait contre la monarchie; (& Condorcet aussi dans le même temps) - Vergniaud, Gensonné & beaucoup d'autres; ils faisiaent d'avance, le projet de la suspension - ... Moi, (Louvet) j'écrivais la Sentinelle; & ses éternelles vanteries me forcent à me rappeler quelquefois que ce journal a plus, que le Défenseur de la Constitution (journal de Robespierre), contribué à la révolution du dix" (Adresse de Louvet à Robespierre)".

"Si l'on veut encore voir les aveux & les jactances d'une foule d'autres conjurés sur l'art avec lequel ils avaient préparé cette journée, qu'on lise la Lettre de Robespierre à ses Commettans, les Observations de Péthion sur cette lettre; les Annales 'patriotiques' de Carra & Mercier, 30 novembre 1792; la Chronique de Paris par Millin, & ses menaces du 5 août, &c. &c..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 155-156).

UN INVENTAIRE DU SACCAGE (René Sédillot)

Louis XIV- La statue de Louis XIV, Place des Victoires, est abattue par la foule - dessin de Prieur - Musée Carnavalet.JPG
La statue de Louis XIV, Place des Victoires, est abattue par la foule - dessin de Prieur -
   Musée Carnavalet

"L'inventaire du vandalisme révolutionnaire sera dressé par Louis Réau, dans un solide ouvrage dont on reprend ici les données essentielles (Les Monuments détruits de l'art français)… Un patriote ne doit rien laisser subsister de ce qui peut évoquer la monarchie: à commencer par les restes mortels des souverains, dans leurs tombeaux de Saint-Denis... (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 134)

"Du 6 au 8 août 1793, sont profanés et abattus cinquante et un sépulcre: tandis que la basilique perd ses vitraux et sa couverture de plomb, les corps sont jetés à la fosse commune, les gisants en bronze ou en cuivre sont fondus, y compris le tombeau de Charles VIII qui était le chef d'œuvre de Guido Mazzoni. Le parement en or de Charles le Chauve disparaît. Le calice de Suger échoue à Washington. En trois jours, on a détruit l'ouvrage de douze siècles", dira le procès-verbal de l'architecte dom Poirier. Sept ans plus tard, Chateaubriand, de retour d'exil, contemple encore un spectacle de désolation: "Saint-Denis était découvert, les fenêtres en étaient (p. 135) brisées, la pluie pénétrait dans ses nefs verdies, et il n'y avait plus de tombeaux"...

"Sont également profanés, au Val-de-Grâce et à l'église Saint-Paul, les cœurs embaumés de Louis XIII et de louis XIV. Réduits en poudre, ils servent d'ingrédient à un peintre sans préjugés.

"Sur la façade de Notre-Dame, la Commune prescrit de décapiter la galerie des Rois. Avec une corde passée au cou de chacune d'elles, les vingt-huit statues datant du XIIIe siècle sont abattues et abandonnées sur le parvis, transformé en décharge publique...

"Royaliste fervent, Lakanal sauve les têtes des Rois: pour les soustraire aux iconoclastes, il les fait enterrer dans sa cour. Vingt et une d'entre elles seront retrouvées cent soixante-dix ans plus tard. Encore saura-t-on que la Commune s'est trompée: il s'agissait non pas des rois de France, mais des rois de Juda et d'Israël.

"Les vrais rois de France, authentiquement statufiés à Paris et en province, sont du moins les victimes du grand nettoyage urbain. Louis XII, à Blois et à Gaillon, Henri IV à l'Hôtel de Ville et au pont-Neuf, Louis XIII sur la place Royale et à Richelieu, Louis XIV, place des Victoires (la statue équestre que Bouchardon a réussi à faire tenir en équilibre), mais aussi place Vendôme, et à Dijon, à Rennes, à Montpellier, à Poitiers, à Pau, à Lyon, Louis XV sur la place de la Révolution, et à Bordeaux, à Rennes, à Reims, à Valenciennes, à Nancy, sont renversés sans façon: à pied ou à cheval, en marbre ou en bronze, ils payent les fautes qu'ils ont assurément commises, et que la Révolution ne leur pardonne pas. Par comparaison, on admirera combien les révolutionnaires du XXe s., dans la Russie de Lénine et de Staline, seront plus respectueux(et plus fiers) de leur passé impérial: Pierre le Grand continuera de caracoler au cœur de Léningrad, et le tombeau de Catherine II sera pieusement protégé des fureurs de la populace.

"Sur toile, les rois de France n'ont guère plus de chance que dans le bronze. A Fontainebleau, on brûle le Louis XIII de (p. 136) Philippe de Champaigne; à Strasbourg, on dresse un bûcher en place publique avec les portraits de Louis XIV et de Louis XV. A Paris, on brûle les tapisseries du Garde-Meuble royal qui portent l'image du souverain.

"A défaut de rois, les démolisseurs s'en prennent aux fleurs de lis, que condamne un arrêté de la Commune du 19 juin 1790. Elle fait recruter des gratteurs professionnels, pour expurger du symbole le Louvre et les Tuileries. Partout, les verrières fleurdelisées sont abattues. A Chambord, est détruite l'immense fleur de lis qui orne la lanterne centrale.

"Et puis, ne faut-il pas en finir avec les arcs triomphaux qui commémorent les victoires de la monarchie ? La Commune, en 1792, ordonne la démolition des portes Saint-Denis et Saint-Martin, sans que sa décision soit suivie d'effet. Les gazetiers, dans un même élan, demandent que disparaisse Versailles. "Il faut de ce jour faire disparaître tous les monuments de la royauté… il ne faut pas laisser pierre sur pierre à Versailles, à Trianon, à Rambouillet, à Saint-Cloud, à Fontainebleau, à Chantilly". Ce morceau de bravoure est signé Hébert, dans "la grande colère du père Duchesne". Le château de Versailles "doit être rasé sans délai", répètent les Révolutions de Paris. La république n'en trouvera pas le temps, ou n'en aura pas le courage. Il est vrai que Versailles a la chance de n'être pas de style gothique, et c'est peut-être ce qui l'immunise, tout comme Trianon, le Louvre, les Invalides, la place Vendôme ou l'Ecole militaire…

"Mais d'autre châteaux, royaux ou féodaux, sont sacrifiés. A Neuilly, un entrepreneur abat le château de Madrid, qui avait abrité les amours de François Ier et de la duchesse d'Etampes. Il écrase les faïences des hautes cheminées pour en faire du ciment. A Marly, le château construit par Mansart et ses douze pavillons sont abattus, après pillage, lacération des soieries des boudoirs et arrachage des boiseries. Un entrepreneur auvergnat vend le plomb des conduites d'eau, les carrelages de faïence, les marbres incrustés dans les murs. Un artisan zélé sculpte l'empreinte d'une semelle sur le postérieur de la vénus de Médicis. Reste l'abreuvoir…

"A Meudon , le château Vieux du Grand Dauphin est incendié. Comme les conduites d'eau ont été arrachées pour être fondues, il est (p. 137) impossible de maîtriser le sinistre.. Ne subsistent que des colonnes de marbre rose, qui seront apposées sur l'arc de triomphe du Carrousel.

"A Sceaux, le château de Colbert, construit par Perrault, est rasé. Restent, dans le parc, quelques dépendances. A Rambouillet, le domaine est dépecé, vendu, les grilles sont arrachées. Compiègne est sauvé par l'installation du prytanée militaire, Fontainebleau par l'installation d'une École centrale, en attendant l'École spéciale militaire sous le Consulat. Le Grand Trianon, d'abord à l'abandon, est mis en location par le Directoire. Le Petit Trianon devient une auberge entre les mains du traiteur Langlois, avant d'échoir à Pauline Bonaparte. Le pavillon du Jardin français de Versailles est repris par un limonadier. …

"Le patrimoine français subit ailleurs des atteintes sans recours: à Nérac, le château de Henri IV est détruit; une aile échappe au désastre. Chantilly est d'abord pillé, la statue du Grand Condé est déboulonnée et décapitée, le château est finalement adjugé en 1799 à deux entrepreneurs, Boulée et Damoye, pour 11 123 000 francs en assignats, puis démoli de façon à monnayer les matériaux. Subsistent le petit château et les Grandes Ecuries. Saint-Maur, qu'a construit Philibert Delorme, est vendu et abattu. Anet, dû encore à Philibert Delorme, est confisque, livré à des spéculateurs qui le détruisent; reste l'aile gauche. De l'Isle-Adam, aux Bourbons-Conti, ne demeure que la terrasse avec quelques balustres. Chaumont perd l'aile qui fait face à la Loire. Chanteloup, qu'a édifié Robert de Cotte en Touraine, ne conserve que sa pagode. Au château de Maismont, en Picardie, des bestiaux sont parqués dans les salons… Dans le Vaucluse, la Tour d'Aigues brûle. Grignan, dans la Drôme est en partie ruiné. La Vaugyon, dans le Limousin, l'est en totalité. En Gironde, le château de la Bellue, pillé en 1792, est vendu en 1796; il n'a plus ni serrures, ni gonds, ni vitres, ni contrevents… (René Sédillot, ibid., p. 134-137).

A l'assaut de l'art chrétien

"Envers les monuments de l'art religieux, les sans-culottes sont impitoyables. On ne peut que retenir quelques échantillons de leurs hauts faits… A Paris et dans la région parisienne, rasée l'abbaye de Longchamp qu'a fondée Isabelle, sœur de Saint-Louis;… Abattue, l'église de Royaumont… Démantelée, l'abbaye du Lys fondé par Blanche de Castille à Dammarie. Incendiée, l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, avec son prestigieux réfectoire (40 mètres de longueur, 16 m de hauteur), et avec la bibliothèque des moines, dont quelques livres échoueront à Saint-Petersbourg. Dépouillée de ses vitraux, la Sainte-Chapelle de Vincennes. Rayée de la carte, à ce point qu'on en oubliera l'emplacement, l'abbaye de Notre-Dame de Montmartre; Rayée également, l'abbaye de Longjumeau. Dans Paris même, dix-huit églises sont condamnées. Pour 13 500 francs, un citoyen se fait adjuger les matériaux de Saint-Magloire.

"Il s'en faut de peu que ne soient perpétrés de véritables attentats. Devenue propriété nationale, la Sainte-Chapelle manque d'être jetée à bas. De Notre-Dame, qui a perdu la flèche de son transept et les statues de ses portails avec sa galerie des Rois, le comte de Saint-Simon, future gloire du socialisme aristocratique, se porte acquéreur des toits. A Saint-Denis, les patriotes prétendent détruire la basilique, après en avoir éventré les tombeaux. A Chartres, ils se borneront à décapiter et à brûler la statue miraculeuse de Notre-Dame de sous-Terre...

"Toutes les provinces de France sont le théâtre de semblables agressions. Mutilées, l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. Vendues et détruites, l'abbaye de Marmoutiers, la collégiale de Crépy-en-Valois. Tronquée l'église de Corbie (dont la longueur est ramenée de 117 mètres à 36), et violés ses reliquaires. Réduites presque à néant, l'abbaye Saint-Martial de Limoges, la cathédrale Saint-Vincent de Mâcon (dont subsiste un porche du XIIe s.), l'église Saint-Thibault de Provins, la demeure des Templiers à Montmorency, la Sainte-Chapelle du palais des Ducs à Dijon, l'église Notre-Dame-le-Grand de Valenciennes, et, encore à Valenciennes, l'abbatiale Saint-Armand (à l'exception de son clocher-porche), l'église de Pontoise, la Collégiale de Mantes, l'église de Luzarches, la Sainte-Chandelle d'Arras, qu'on abat avec des câbles, la cathédrale de Noulogne-sur-Mer, qui ne garde que sa crypte romane. Loti, l'ensemble prestigieux de Cîteaux, dont on vend séparément l'abbaye, l'église et l'hôtellerie…

"A Tours même, un fanatique fait sauter la basilique Saint-Martin le jour de la fête du saint. Un cas banal parmi des centaines: l'abbaye d'Aiguerive, près de Montrichard, fondée au XIIe s. par des Augustins, est mise aux enchères comme bien national. Son acquéreur émigre. Un second acheteur, en 1795, démolit le cloître, dépèce la charpente de l'église, vend les matériaux. C'est le coup de grâce….

"En juillet 1794, juste après Thermidor, l'abbé Grégoire, chargé par la Convention d'un rapport sur ces destructions, invente le mot "vandalisme". Encore les Vandales n'avaient-ils pas commis autant de méfaits. "Il y a de quoi verser des larmes de sang sur la perte de tant de chef-d'œuvre", s'exclame l'abbé, qui a pourtant sa part de responsabilité dans la mise en œuvre de la révolution...

"Tardivement prise de regret, l'assemblée vote alors un décret qui place toutes les œuvres d'art "sous la protection de la nation". Mais la sanction ne s'en souciera guère et le décret n'aura pas de sanction (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 138).

Vandalisme révolutionnaire, ralentissement incontestable du progrès scientifique, littérature médiocre

Que dire du bilan artistique et scientifique ?

"D'un côté le vandalisme révolutionnaire nié par Stanley Idzerta (Iconoclasm during the french Revolution, The American historical Review, 1954, p. 13-26), dont les effets néfastes ont été mis en lumière par G. Gautherot (Le vandalisme jacobin, Destruction administrative d'archives, d'objets d'art, de monuments religieux à l'époque révolutionnaire, 1914).

"Un ralentissement du progrès scientifique est incontestable (J. Fayet, La Révolution française et la science, 1960) par suite de désorganisation des académies et de certaines éliminations.

"La littérature révolutionnaire fut médiocre, le théâtre, si vivant au XVIIIe siècle, sombre dans la niaiserie (H. Welschinger, Le théâtre de la Révolution, 1897; Marvin Carlton, Le théâtre de la révolution française, 1970; D. Hamiche, Le théâtre et la révolution).

"Un excès de sensiblerie coexiste avec les désordres les plus sanguinaires (P. Trahard, La sensibilité révolutionnaire, 1789-1794, 1936). Enfin il faut mettre au passif de la révolution un enseignement primaire désorganisé (Gontard, L'enseignement primaire en France de la Révolution à la loi Guizot, 1958; Rigault, Histoire générale de l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes, t. III,, 1940). (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 432)

La France plus pauvre

"…les français qui voient aujourd'hui Henri IV caracoler sur le Pont-Neuf, ou le château de Chantilly servir d'arrière-plan aux courses de l'été ne savent pas que ce sont là des ersatz, de simples reproductions, qui remplacent tant bien que mal l'original détruit: la nouvelle statue de Henri IV est fondue dans le bronze des Napoléons enlevés à la colonne Vendôme et à Boulogne-sur-Mer.

"Perdant des pierres, des bronzes, des toiles, la France de la révolution et de l'Empire perd aussi des hommes. Il faudrait inventer un mot pour désigner le phénomène qu'on appellera plus tard la fuite des cerveaux et qui est alors une fuite de talents. Comme Chateaubriand, les artistes émigrent, portant à l'étranger leur savoir-faire et, du même coup, les capitaux que peut présenter leur créativité. Fragonard, ruiné par la révolution, fait un moment retraite à Grasse (qui est en ce temps au roi de Sardaigne), où il emporte les panneaux qu'il avait peints pour Mme du Barry, et qui finiront à New York. Riesener, après la confiscation de ses biens et le saccage de ses ateliers, se réfugie à Berlin. Le belle Louise Vigée-Lebrun, qui a tant de fois fait le portrait de la reine, émigre dès 1789 et, de Rome à Vienne, de Berlin à Pétersbourg et à Londres, parcourt l'Europe monarchique où elle répand ses œuvres. D'autres artistes se fixent aux Etats-Unis, en Angleterre: la France égalitariste fait peur aux élites.

"Aux artisans du luxe, la révolution porte le coup de grâce: elle les prive à la fois de leurs mécènes et de leur clientèle. Elle stérilise brusquement leur inspiration. Elle les met à la merci des dénonciations, des vexations, des tracasseries policières. En abolissant la corporation des orfèvres, elle supprime la maîtrise, libère les apprentis, ouvre la porte à la médiocrité. Marat lui-même (qu'on a déjà vu se prononcer contre le sabotage de la médecine) convient de la menace que cette politique fait peser sur l'art… Après Thermidor, le mal ne sera que partiellement réparé. Le (p. 147) Directoire fait sa part au mauvais goût. L'Empire, avec un style majestueux, témoigne de bonne volonté; mais sa cour accorde trop belle place aux parvenus.

"Sur le plan de l'art, le compte final des profits et pertes de la révolution et de l'Empire ne peut être que déficitaire. Dans le plateau de la balance, des réalisations ou des projets de réalisation, dus surtout à la période napoléonienne: le futur arc de triomphe, la future Madeleine, le futur palais de la Bourse, le Carrousel, la colonne Vendôme, un urbanisme efficace. Dans l'autre plateau, des dommages innombrables et irréparables (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 146-147).

La Révolution, faite au nom de l'Egalité, a enrichi les riches et appauvri les pauvres

"Ce n'est pas seulement l'agronomie française qui a pris du retard; la paysannerie en a pris avec elle. J.-C. Toutain, qui a le mérite de rassembler et de décanter toutes les données de base auxquelles ont s'est ici référé, risque cet ultime jugement, qu'on ne saurait récuser: "Qu'ont apporté la Révolution et l'Empire à l'agriculture? Essentiellement la suppression des droits féodaux, des droits de parcours et de vaine pâture, l'obligation de se conformer à certains types d'assolements, une répartition plus juste de l'impôt, le partage des communaux… Si les propriétaires sont plus riches depuis l'abolition des droits, rien n'a changé. Il n'y a pas une bête de plus, ni de prairies artificielles. On cultive plus de terres, les biens nationaux et communaux, mais on les épuise et le rendement a baissé. Les nouveaux acquéreurs (p. 174) restent ignorants; ils ont faim de terres, sont prêts à travailler, mais n'ont ni outils, ni engrais… Les petits paysans, qui sont la majorité, loin d'être favorisés par la suppression du droit de parcours et la vente des communaux, en sont ruinés" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 173).

"Étrange conclusion: la Révolution, faite au nom de l'égalité, a enrichi les riches et appauvri les pauvres... C'est un résultat qu'on retrouvera sur d'autres terrains... (René Sédillot, ibid., p. 173-174).

"Une nouvelle bourgeoisie se substitue à celle de l'Ancien Régime: acquéreurs de biens nationaux, fournisseurs aux armées, nouveaux fonctionnaires, généraux, hommes de loi, etc." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 430).

Industrie, 40 années de perdues

"Si l'industrie piétine, si les inventeurs chôment, c'est aussi parce que la révolution coupe des têtes… Les savants, comme les animateurs d'entreprise sont parfois éliminés physiquement, à la manière de Lavoisier, en interrompant sur l'échafaud une carrière qui aurait pu être féconde; à moins qu'ils ne mettent fin eux-mêmes à leurs jours, à la façon du chimiste Nicolas Leblanc, l'inventeur de la soude artificielle, dont les biens sont confisqués et qui est acculé au suicide; de Gabriel Palteau de Veymerange – (p. 185) l'un des bâtisseurs du Creusot –, qui pourchassé comme contre-révolutionnaire, se jette par la fenêtre et s'écrase sur le pavé; à la façon encore d'Ignace de Wendel, dont la tête a été mise à prix et, qui ayant dû émigrer, sombre dans le désespoir et se condamne au poison, quelque part du côté de Weimar. C'est de ce dernier que Goethe, qui a suivi et assisté ses efforts, commente sobrement la fin tragique: "Son esprit organisateur et toujours en éveil cherchait à tromper son inaction par des plans étendus… Éloigné de sa patrie, dans un coin tranquille de la forêt de Thuringe, il tomba victime de bouleversements infinis". Des bouleversements qui coûtent cher à la France…

"La maison de Wendel résume tout le drame de l'industrie française. Parce que les jeunes ont dû fuir, elle est gérée par une veuve septuagénaire, Marguerite d'Hayange, aux prises avec les problèmes que posent "la stagnation du commerce des fers", et avec les exigences du ministère de la Guerre qui lui demande cent tonnes de boulets par mois, alors que l'entreprise manque de tout… Il faut l'autorité du représentant du peuple à l'armée de la Moselle pour protéger le personnel de la maison. "Il est défendu au nom de la nation et de ses intérêts, de troubler ou retenir aucun objet ni ouvriers utiles, sous le prétexte de recrutement ou de marche en masse: le tout étant fondé sur le bien général."

"Avec quelques centaines d'ouvriers, Mme d'Hayange a beau fabriquer, en vingt-quatre heures, 850 gros boulets, 84 gros obus, 4800 balles de fer battu, elle est suspecte par sa naissance, par son mariage, par sa famille émigrée, par sa force de caractère. On la rend "responsable de tous les évènements". On finit par avoir raison de l'obstination de cette vieille femme. Les forges et usines de la "citoyenne Wendel" sont mises sous séquestre (30 décembre 1793). Incarcérée à Metz, puis à Sarguemines, elle ne sera libérée que bien après Thermidor. Entre-temps, l'entreprise nationalisée tombe aux mains d'un régisseur incompétent. Les ouvriers, payés en assignats, abandonnent le travail. Ils sont réquisitionnés, avec interdiction de déserter leur poste sous peine (p. 186) de mort… Ils répliquent en sabotant leurs outils… Quand Marguerite d'Hayange, infirme et ruinée, reçoit la permission de regagner son village, elle n'y trouve plus que désolation: les hauts fourneaux sont éteints, les forges sont mortes, la maison est déserte et silencieuse. A quatre-vingt-deux ans, la vaillante femme s'éteint, léguant à ses descendants, avec quelques habits usés et quelques meubles de sapin, l'exemple de la constance dans l'adversité…

"Les forges mises aux enchères, échoient à un citoyen Granthil qui ne parvient pas à leur rendre vie. Au début de 1803, l'affaire est mise en faillite. En juin, elle est adjugée à un négociant de Metz, qui prête son nom à la famille de Wendel: François de Wendel, fils d'Ignace, recouvre l'héritage, reconstitue le domaine, ressuscite l'entreprise. Les guerres napoléoniennes multiplient les commandes… Mais en 1811, ses usines occupent encore à peine 150 ouvriers, avec des méthodes artisanales et un équipement archaïque, recourant au bois et au charbon de bois, alors que, de l'autre côté de la Manche, la fonte est pour 97% fabriqué au coke…

La révolution a anéanti l'entreprise (entreprise Wendel de forges et usine de métallurgie). L'empire ne la sauve qu'en lui assurant des débouchés trop commodes, à des fins militaires, et en la détournant de la conquête d'autres débouchés, plus pacifiques et plus sûrs, ceux qui feront du XIXe s. le siècle du fer. C'est seulement en 1816 que François de Wendel pourra se rendre en Angleterre, pour étudier et noter les progrès de la métallurgie; en 1819 que l'entreprise pourra travailler à l"anglaise"; en 1823 que sera édifié un haut fourneau à coke et que sera introduite en France la technique du puddlage, breveté par Cort en 1784. Près de quarante années ont été perdues (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 184-186).

Un bilan économique négatif

"Le bilan économique de la période révolutionnaire est négatif, avec, entre autres,

  • "des phénomènes de désindustrialsiation
  • "et le désastre du commerce maritime et colonial. Le rattrapage napoléonien sera insuffisant: en 1815, l'écart se sera creusé entre la France et une Angleterre définitivement maîtresse des mers et dominante dans tous les circuits commerciaux.
  • "la période révolutionnaire et impériale semble avoir enraciné des comportements peu favorables au développement économique, à commencer par le goût excessif des élites pour les carrières de l'adminsitration et de l'armée.
  • Pour les notables du siècle nouveau, le critère de l'argent a remplacé le privilège" (Frédéric Bluche, Stéphane Rials, Jean Tulard, La révolution française, PUF, Que sais-je, Vendôme 2004, p. 120).


Pierre Gaxotte: "Sur le plan économique, le bilan de la révolution est sombre. C'est ce que souligne Aftalion dans L'économie de la Révolution (1987). Voir aussi Woronoff, L'industrie sidérurgique en France sous la Révolution et l'Empire (1984).

"Ruine incontestable de l'économie portuaire, fin de la richesse de Bordeaux, Nantes et de La Rochelle victimes de la guerre maritime.

"Lévy-Leboyer, dans Les banques européennes et l'industrialisation internationale sur la première motié du XIXe s. (1964), souligne, p. 28, l'effondrement de l'industrie textile pendant la Terreur (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 431).

"Soreau (La Loi Le Chapelier, Annale historique de la Révolution française, 1931, p. 287-314) montre qu'en détruisant les corporations, la révolution a facilité l'exploitation des enfants dans l'industrie, plaie du XIXe siècle...

"L'assistance elle-même fut désorganisée. Après Thuillier dans ses études sur le Nivernais, Alain Forrest montre à travers La Révolution et les pauvres (1986) cette désorganisation de l'assistance et l'accroissement de la misère...

"Les ouvriers ont perdu les avantages que leur assuraient les compagnonnages: la loi le Chapelier du 14 juin 1791 leur interdit toute coalition (Soreau, note sur Les compagnonnages avant et après la révolution, ibid., p. 181-186)" (Pierre Gaxotte, ibid., p. 429).

Pour François Crouzet, la Révolution a cassé l’essor économique et a rendu irrémédiable le décalage économique avec l’Angleterre en différant le développement et en brisant le take off de la France.

Selon Denis Woronoff, sur le court terme la Révolution française a sérieusement perturbé la production et les échanges. Elle a stabilisé les façons de produire et ralenti la croissance. [48]

Une régression barbare

"Depuis 89, tout s'agite, tout roule sur la Révolution. La Révolution nie Dieu, Jésus-Christ et l'Eglise, elle affirme l'homme avec la légitimité de ses passions et la prépotence absolue de son droit dans l'organisation de la société. Il s'agit toujours d'établir l'ordre social en dehors de l'ordre religieux, et même en opposition à toute révélation surnaturelle" (Abbé Rohrbacher, Histoire universelle de l'Église catholique, Paris : Librairie Louis Vivès, 1904, tome XIV, livre 92e, p. 10).

La Révolution n'est pas la civilisation ; elle en est le contraire.

"Et tous ensemble sont ce que j'ai appelé le chancre de la société moderne, et en seraient la ruine totale, si l'Église n'était pas là" (Mgr Bougaud, Le christianisme et les temps présents, 4e édition, Paris : Librairie Poussielgues Frères, 1890, Tome 4e, 3e partie, chap. II, pp. 386-387).

"Et qu'est-ce, d'ailleurs, que ...la Révolution, sinon le droit de l'homme affranchi du contrôle de Dieu ? Et qu'est-ce qu'un tel droit, sinon le retour à la barbarie ? ...La Révolution est la dernière barbarie..." (Antoine Blanc de Saint Bonnet, L'infaillibilité, 1861, Paris : Nouvelles Éditions Latines, 1956, p. 29-31).

La révolution marque donc le retour à la barbarie antique. Mais la situation est bien plus terrible. Car de nos jours, les impies se sont détournés de Dieu en conscience, en connaissant la Vérité: ce sont des apostats qui ont renié Dieu, alors que les Barbares des temps anciens eux, ne savaient pas...

DES 1789, LA REVOLUTION BASCULE DANS LA VIOLENCE (Jean Tulard)

"...Les Etats généraux, convoqués par Louis XVI en août 1788, s'ouvrent à Versailles le 5 mai 1789...

"Le Tiers, sous la pression de sa minorité activiste, se déclare le mandataire de toute la population. Le 17 juin, il se proclame Assemblée 'nationale'. Le 20 juin (serment du Jeu de paume), les députés du Tiers jurent de ne se séparer qu'après avoir donné une constitution à la France. Le 23 jui, au cours d'une assemblée plénière, le roi ordonne aux états de siéger par ordre. Après qu'il a quitté la salle où se tenait la séance, la noblesse et une partie du clergé se retirent. les représentants du Tiers, eux, restent sur place: "Nous sommes ici par la volonté du peuple [on se demande lequel...], rugit Mirabeau, et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes"... Les baïonnettes ne viendront pas, car le roi transige. Le 27 juin, il demande au clergé et à la noblesse de se réunir avec le Tiers état. Née d'un coup de force, la révolution politique est faite: la souveraineté ne réside plus dans le monarque, mais dans l'assemblée 'nationale'. Dans la pratique, cette assemblée est dominée par des bourgeois ou des nobles. Le peuple, dont Mirabeau se targue, n'a pas donné son avis..." (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 178-179).

"De mai à juillet 1789, constate Jean Tulard, la révolution bascule dans la violence. Le dérapage dans le sang ne date pas de 1792, mais de l'éré 1789" (Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la révolution 'française', Robbert Laffont, Bouquins, 1987)...

"La culture politique qui conduit à la Terreur remarquait François Furet en 1978, est présente dans la révolution 'française' dès l'été 89. La guillotine s'alimente à sa prédication morale..." (François Furet, Le Passé d'une illusion, Robert Laffont/Calmann-Lévy, 1995).

1789: débuts de la politique antireligieuse (Jean Sévillia)

"le clergé dépouillé de sa propriété; tous les fonds de l'Eglise convertis en assignats pour payer les traitans; tous les vases sacrés profanés & pillés; tout l'or & tout l'argent des Temples, jusqu'à l'airain sonnant qui servait à convoquer le peuple au Service divin, convertis en lingots pour payer les spoliateurs mêmes; ce n'est encore là que les premiers essais de cette guerre que la Révolution vient faire à l'Eglise chrétienne (Voy. Décrets des 23 oct. 2 nov. 19 déc. 1789; 13 février 1790)... Il reste encore à cette Eglise sa foi, son vrai trésor; & Mirabeau a prononcé que c'est là le trésor qu'il faut lui enlever: que si la France n'est pas décatholicisée, la Révolution n'est pas consolidée. A cette décision succèdent les décrets d'une constitution qu'il appelle civile, & dont il fait le code du Clergé. C'est la constitution du schisme & de l'apostasie. C'est la première Religion inventée pour accoutumer le peuple à ne plus en avoir. Fondée sur les principes mêmes de l' égalité & de la liberté révolutionnaires, elle cosntitue le peuple souverain dans le Sanctuaire, comme il s'est constitué souverain auprès du Trône; elle donne à ce peuple souverain les droits que l'Evangile réserve à ses pasteurs. C'est la religion de Camus, de l'apostat d'Ypres & du schisme d'Utrecht, depuis long-temps frappé de l'anathême. Malgré tous les dehors dont elle s'enveloppe, les Evêques Français & les Pasteurs du second ordre ont démêlé la ruse & l'artifice; ils ont offert leur tête & refusé le serment de l'apostasie; bientôt tous ces Pasteurs fidelles chassés de leurs Eglises, de leurs Sièges, abreuvés, rassasiés de calomnies, d'outrages, éprouvent tout l'effet de ces promesses des Comités législateurs: Osez tout contre le clergé, vous serez soutenus. Déjà le culte national n'est plus que celui du parjure & de l'intrusion; tout vrai Prêtre de Jésus-Chirst est banni de son Temple; ceux de Nîmes & d'Avignon sont déjà massacrés; & celui qui jura d' écraser Jésus-Christ, & celui qui osa ne voir dans l'Evangile de Jésus-Christ que l'Evangile des esclaves, & celui qui ouvrit la Révolution par l'avis d'ôter à la France la Religion de Jésus-Christ, jouissent des triomphes de l'apothéose! Et le plus magnifique des Temples que la France eût élevés à Jésus-Christ, n'est que la mosquée de Voltaire, de Jean-Jacques, de Mirabeau (prophétique...); le Panthéon des Dieux que la France s'est faits des coriphées de son impiété (Séances des 10 avril, 24 août, 4 janvier, 4 avril, 30 mai & 27 août)..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 130-132)

"Ceux qui louent sans nuance l'action de la Constituante négligent toutefois de rappeler que cette assemblée a posé les prémices d'une politique qui va connaître des développements tragiques.

"Le 11 août 1789, la dîme, qui permettait à l'Eglise d'assurer sa mission sociale dans les écoles et les hôpitaux est supprimée.

"Le 28 octobre 1789, l'assemblée suspend autoritairement le recrutement monastique.

"Le 2 novembre 1789, les biens ecclésiastiques sont saisis.

"Le 13 février 1790, les voeux monastiques sont interdits et les ordres contemplatifs supprimés.

"Le 23 février 1790, l'assemblée décide que ses décrets seront dorénavant lus en chaire par les curés.

"Le 17 mars 1790, les biens de l'Eglise, déclarés biens nationaux, sont mis en vente.

"Le 12 juillet 1790, la constitution civile du clergé est adoptée. La France est divisée en 83 diocèses (un par département), le clergé devenant le salarié de la nation (assujettissement de l'Eglise à l'Etat). Ce texte n'est pas même d'inspiration gallicane: il vise à édifier une religion d'Etat en rupture avec Rome.

"C'est donc bien avant la Terreur, dès la Constituante, que la Révolution engage la bataille contre le catholicisme. Pour la première fois dans l'histoire de France, les catholiques, qui constituent 95% de la population, sont marginalisés dans leur propre pays" (Source: Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 181-183).

[Cela doit être çà la Liberté et la démo(n)cratie révolutionnaire...]

l'Abbé Barruel nous brosse le tableau de cette politique anti-religieuse des révolutionnaires et établit un lien avec ce qui était demandé au serment des Kadosch (grade maçonnique):

"De nouveaux conjurés sur le siège de ces derniers législateurs poursuivent les complots contre le Sacerdoce. De nouveaux sermens toujours plus insidieux sont proposés aux Prêtres; ils dévoilent dans tous l'apostasie & l'artifice. Leur confiance fatigue; les réfractaires à leur Dieu ne voient plus dans eux que des réfractaires à la loi; aux décrets du parjure & de l'apostasie succèdent les décrets de déportation (IIe Assemblée, Décrets des 29 novembre, 6 avril, 26 mai & 26 août) & ces décrets eux-mêmes ne sont pour les brigands que le signal de faire ce que les conjurés législateurs n'osent pas statuer publiquement.

Révolution - Massacre des prêtres réfugiés dans la Chapelle des Carmes.JPG

"Leurs Municipes ont eu soin d'entasser dans les temples, changés en vastes prisons, ces Prêtres à déporter; les brigands sont aux portes avec leurs piques & leurs haches; c'est le jour des Hercules & des Bellérophons septembriseurs; c'est celui des adeptes bourreaux exercés dans les derniers mystères à venger Abiram, à frapper les victimes, à arracher le coeur, à porter en triomphe les têtes des prétendus profanes. Quand l'historien peindra ces jours d'atrocités, qu'il se souvienne du serment des Kadosch & des hommes sur qui doit tomber la vengeance. Qu'il suive au fond des Loges les brigands que Philippe d'Orléans y fit initier; il sera moins surpris de voir tant de Pontifes, tant de prêtres immolés en ce jour, à la haine des adeptes & aux mânes du Fondateur..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 132-133)

Jusqu'ici cependant ... la secte n'a pas dit par quel culte elle veut suppléer celui de nos pères. Il n'est plus en France d'Eglise pour les Catholiques; mais les Intrus constitutionnels, les enfans de Luther & de Calvin prononcent encore dans leurs temples le nom de Jésus-Christ... La troisième Assemblée lève le masque. Les Hiérophantes de Weishaupt ont dit dans leurs mystères, qu'ils viendront ce jour où la raison serait le seul code de l'homme: l'adepte Hébert paraît avec ce Code; il n'est plus pour la France que le culte de la raison. C'est celui du Sophiste à qui la raison dit qu'il est un Dieu; c'est celui du Sophiste à qui la raison dit qu'il n'est point de Dieu; c'est celui du Sophiste s'adorant lui-même..., ou sa raison, sa prétendue sagesse...; c'est celui du suprême délire; il n'en sera pas moins le seul culte du Jacobin égal & libre... Que nul encens ne brûle désormais, si ce n'est autour de cette Idole. Tout ce qui avait pu échapper jusqu'alors de l'ancien culte va tomber sous la hache; c'est le temps d' étouffer dans son germe tout ce qui exista d'évangélique, d'abolir jusqu'à la mémoire du Dieu des Chrétiens, de ses Saints & de ses Fêtes. leurs jours sont efacés des calendriers du peuple, comme ils l'étaient depuis longtemps de celui de la secte; l'ordre des semaines, des mois & des années est renversé. Le grand jour du Seigneur, le Dimanche est aboli... C'est le règne des conjurés Hébert & Robespierre" (Augustin Barruel, ibid., t. V, p. 135-137).

La condamnation de Pie VI, Lettre Quod aliquantulum (1791)

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                Pie VI - par G.D. Porta - Musée de Versailles

En mars 1791, le verdict pontifical tombe: Pie VI condamne le statut imposé au clergé par la constituante. Dans sa Lettre Quod aliquantulum, du 10 mars 1791, aux évêques français de l’Assemblée Nationale, il s'écrit:

"L’effet nécessaire de la Constitution décrétée par l’assemblée est d’anéantir la religion catholique et, avec elle, l’obéissance due aux rois.

"C’est dans cette vue qu’on établit, comme un droit de l’homme en société, cette liberté absolue qui non seulement assure le droit de 'n’être pas' inquiété sur ses opinions religieuses, mais qui accorde encore cette licence de penser, de dire, d’écrire et même de faire imprimer impunément en matière de religion tout ce que peut suggérer l’imagination la plus déréglée ; droit monstrueux qui paraît cependant résulter à l’assemblée de l’égalité et de la liberté naturelles à tous les hommes. Mais que pouvait-il y avoir de plus insensé que d’établir parmi les hommes cette égalité et cette liberté effrénée qui semble étouffer la raison, le don le plus précieux que la nature ait fait à l’homme et le seul qui le distingue des animaux ?" [49]

Agressivité révolutionnaire contre toutes les religions

"Protestants et Juifs ont accueilli la révolution avec faveur, attendant l'émancipation totale que Louis XVI n'avait pas eu le temps de leur donner. Ils déchantent vite. De novembre 1793 à mars 1795, ce n'est pas seulement le catholicisme qui est hors la loi: réformés ou juifs, tous les lieux de cultes sont fermés. À Metz, les synagogues sont dévastées. En Alsace, les livres hébraïques et les ornements sont brûlés. Des rabbins entrent dans la clandestinité. Baudot, commissaire de la Convention auprès des armées du Rhin et Moselle, réclame la "régénération guillotinière" pour les Juifs qui "mettent la cupidité à la place de l'amour de la patrie, et leurs ridicules superstitions à la place de la Raison". Déclaré suspect, un juif de Bordeaux, Jean Mendès, ose affirmer à l'audience que 'ses principes religieux ne s'accordent point avec la Constitution'. Il est envoyé à l'échafaud..." (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 193).

Pour asseoir la Révolution, la Législative déclare la guerre à l'Europe

"Le 20 avril 1792, la Législative déclare la guerre "au roi de Bohême et de Hongrie", François Ier, qui vient d'accéder au trône des Habsbourgs. La France s'engage dans un conflit qui durera vingt-trois ans, et s'achèvera par la défaite de Waterloo et l'occupation du pays...

"Si Jacobins et Girondins ont désiré l'affrontement, c'est par réflexe idéologique. "Il faut déclarer la guerre aux rois et la paix aux nations" lance Merlin de Thionville...

"C'est ensuite pour forcer Louis XVI à prendre parti pour la Révolution. "La Législative, rappelle François Furet, a voulu le conflit avec l'Europe pour des raisons de politique intérieure: là-dessus, tous les historiens sont d'accord" (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 184-188).

L'épopée patriotique de l'an II ? Encore un mythe (Jean Sévillia)

"Parmi la population, aucun enthousiasme ne se manifeste. Ce ne sont pas des volontaires qui vont se battre, mais les hommes désignés au sein de chaque commune. Un nombre considérable choisit l'insoumission ou la désertion. Pierre Gaxotte rapporte qu'en 1794, sur 1 200 000 mobilisés, on recense 800 000 déserteurs (Pierre Gaxotte, La révolution française, Complexe , 1988)

"D'ailleurs les premières batailles sont désastreuses. Des régiments entiers passent à l'ennemi. Le général Dillon, qui veut enrayer la débandade, est tué par ses propres soldats... (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 185-186).

La traque aux "empoisonneurs de l'opinion publique"

"Le 12 août 1792, la famille royale est enfermée au Temple. La commune remplit les prisons de suspects, institue u ntribunal populaire, décide l'arrestation des "empoisonneurs de l'opinion publique", tels que les auteurs des journaux contre-révolutionnaires [vive la Liberté !], traque les prêtres réfractaires.

"Le 26 août, la Législative rend effectif le décret auquel Louis XVI avait [par malheur] opposé son veto, en l'aggravant: tout prêtre ayant refusé la Constitution civile du clergé doit abandonner le pays "dans le délai de quinze jours". Bannis de leur patrie, 45 000 ecclésiastiques français (45% des réfractaires) s'exilent aux quatre coins de l'Europe, voire en Amérique. Environ 30 000 prêtres (30% des réfractaires) entrent dans la clandestinité. 4000 sont arrêtés et déportés sur les pontons de Rochefort ou en Guyane, d'où une poignée seulement reviendra.

"A la fin du mois d'août 1792, à Paris, 2600 personnes sont détenues, réparties dans neuf prisons. Une rumeur circule: des comploteurs royalistes s'apprêteraient à distribuer des armes aux prisonniers de droit commun. Après un pseudo-jugement, qui, selon les calculs de Frédéric Bluche, dure en moyenne quarante-cinq secondes par accusé, les prêtres réfractaires internés à l'Abbaye et aux Carmes sont exécutés (Frédéric Bluche, Septembre 1792. Logiques d'un massacre, Robert Laffont, 1986)... Le 4 septembre aus oir, le carnage prend fin. Au total, près de 1400 détenus ont été massacrés, soit la moitié des effectifs des prisons parisiennes. Parmi les victimes, on compte 220 ecclésiastiques, 150 gardes suisses ou gardes du palais rescapés du 10 Août, une centaine d'aristocrates, une cinquantaine de "suspects divers", mais aussi plus de 800 escrocs, faux-monnayeurs, criminels ou fous, condamnés de droit commun à qui aucune arrière-pensée politique ne peut être prêtée.

"Les massacres de Septembre représentent un accès de folie dont Frédéric Bluche a mis en lumière la préméditation, favorisée par la presse révolutionnaire et par les autorités gouvernementales et municipales. plus tard, Danton avouera qu'il voulait frapper Paris de terreur et réduire les modérés au silence... (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 186-187).

QUAND LES LEGENDES SE DISSIPENT...

Elle (la révolution) n'apparaît plus nécessairement comme "un bloc", dont il faille tout accepter. Les légendes se dissipent. Les réalités se précisent… La révolution a ses zones d'ombre…

Comment de la révolution, pourrait-on dissocier l'Empire ? Les deux épisodes s'enchaînent, sur un espace de temps qui n'excède pas la moitié ou le tiers d'une vie humaine. Ils ne font qu'un et ce sont le plus souvent les mêmes personnages qui les ont animés. Le lieutenant Bonaparte, jacobin militant, trouve son prolongement naturel dans le général Bonaparte, pourfendeur des royalistes sur les marches de Saint-Roch, et dans le Premier Consul, qui fait enlever, juger, exécuter le duc d'Enghien, avant d'en finir avec Cadoudal. "Je ne suis, dit Napoléon à Sainte-Hélène, qu'un signet dans le livre de la révolution".

Mais il est vrai aussi que l'Empereur n'est pas seulement la Révolution bottée, celui qui confirme dans leurs acquisitions les détenteurs de biens nationaux et bataille interminablement contre l'Angleterre pour sauver les conquêtes des soldats de l'an Deux. Il apparaît aussi comme le contraire de la Révolution, lorsqu'il restaure une monarchie [mais cela n'a plus rien à voir avec la Monarchie catholique traditionnelle d'Ancien Régime…], fonde une dynastie, crée une noblesse, met en place des institutions, rétablit l'ordre là où les révolutionnaires avaient semé le désordre.

La révolution ne s'arrête pas à Thermidor, ni au Consulat. L'Empire appartient à l'héritage de la Révolution. Il l'aggrave ou la corrige. Il en est le complément logique.

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Notre source principale pour ce bilan 'historique' de la révolution est René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987.

En confrontant la France de 1789 avec celle de 1815, René Sédillot, économiste de formation, historien de vocation, propose son solde comptable humain, juridique, culturel, économique, social.

Avec l'esprit libre et dans le style clair qu'on lui connaît, il dresse un bilan sans se soucier des légendes et des conventions...

1789 "L'explosion du capitalisme", de l'affairisme et de la maçonnerie... (René Sédillot)

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    Le triomphe de la finance - gravure satirique du temps

Le règne de l'argent

"...La vraie révolution française, celle qui va marquer tout le siècle, se situe sur le plan financier: à la primauté du sang, qui caractérisait théoriquement l'Ancien Régime, succède la primauté de l'argent. A la noblesse, qui détenait en principe les privilèges succède la bourgeoisie. Aux nobles succèdent les notables. Marat lui-même s'interroge: "Qu'allons-nous gagner à détruire l'aristocratie des nobles, si elle est remplacée par l'aristocratie des riches?"…

"Il ne s'agit pas d'un avènement du capitalisme: celui-ci coexistait avec l'ancienne société, dans le cadre d'une économie de marché. Mais les capitalistes n'avaient pas le premier rang. Même un Samuel Bernard, même un John Law ne pouvaient prétendre aux honneurs que dans la mesure où ils se pliaient aux règles établies, en s'anoblissant et en entrant dans le système. Le roi, de toute façon, était au-dessus de la mêlée.

"Il s'agit d'une explosion du capitalisme. Du second rôle, il passe au premier. Aucune autorité, désormais, ne sera en mesure de lui servir de contrepoids. Les droits de la naissance ne pourront rien contre ceux de la finance. L'explosion se traduit par la promotion du banquier et du spéculateur: tout banquier, dans la tourmente, est nécessairement spéculateur; mais tous les spéculateurs ne sont pas banquiers.

"Avant la révolution, les banquiers privés étaient nombreux, parfois influents, mais sauf Necker en 1789, ils ne tenaient jamais le haut du pavé. Beaucoup d'entre eux étaient de confession protestante, d'origine cévenole ou suisse, et ils fondaient des dynasties bancaires: le Genevois Isaac Mallet s'était établi à Lyon en 1735, le Neuchâtelois Perregaux à Paris en 1781. Genevois encore, Bidermann et Clavière apparaissaient dans la capitale en 1782, et le Zurichois Hottinguer en 1783. Le calviniste Tronchin était, à Lyon puis à Paris, le banquier favori de Voltaire, qui ne méprisait pas les manieurs d'argent.

"La révolution assure d'emblée la promotion des bourgeois fortunés, qui ne tardent pas à prendre le contrôle des municipalités à Marseille, Lyon, Bordeaux ou Nantes. "Ce sont les hommes riches qui vont gouverner Bordeaux" (Jean Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française), Bordeaux qui choisit pour maire Saige, "dix fois millionnaire". A Nantes, le Comité de salut public est entre les mains des plus riches négociants, - la plupart affiliés aux loges maçonniques – dont Buteiller père, le plus opulent..." (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 242-243).

1789 Corrupteurs et corrompus au pouvoir (R. Sédillot)

"Le règne de l'argent n'implique pas seulement la promotion des banquiers et des spéculateurs. Il se traduit par une montée de la corruption... (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 247).

"La vertu fait cruellement défaut dans l'histoire de la révolution. Les corrupteurs ont le champ libre, pour acheter les consciences, les concours, les suffrages. Les corruptibles sont légion, et ils ne résistent pas toujours à la tentation" (René Sédillot, ibid., p. 248).

"Parmi les corrupteurs figurent bien entendu les gens de finance, qui ont le moyen de séduire, les nouveaux riches qui ont envie de mesurer l'étendue de leurs pouvoirs. Mais il y a aussi les anciens riches, voire les aristocrates nantis, qui croient trouver dans la subversion révolutionnaire l'occasion de satisfaire des ambitions nouvelles. Le type accompli de ces corrupteurs est le duc d'Orléans (Philippe d'Orléans), qui cache à peine son désir de monter sur le trône, en substituant la branche cadette à la branche aînée des Bourbons... "Philippe Égalité" ne cesse guère de stimuler et de subventionner les agitateurs, ceux du 14 juillet, ceux des journées d'octobre, il se fait élire à la Convention et vote la mort du roi, avant de monter à son tour sur l'échafaud... Quelques historiens verront en lui la "main invisible" qui, à ses débuts, orchestre la Révolution.

"…Autres corrupteurs, les étrangers – autrichiens, hollandais, prussiens, et plus encore anglais – qui croient pouvoir peser sur le cours des évènements en achetant les acteurs du drame. La "cavalerie de Saint-Georges", actualisée à l'enseigne de "l'or de Pitt", n'est pas une pure légende, et elle n'a que l'embarras du choix pour prodiguer ses interventions…

"Le palmarès des corrompus de la révolution est trop nourri pour qu'on puisse ici l'épuiser. On ne saurait qu'en présenter quelques échantillons, parmi les moins discutables.

Mirabeau, stipendié de la Cour, envoie de juin 1790 à mars 1791, deux fois par semaine, la facture de ses interventions: une bonne cinquantaine de documents, qui atteste son double jeu.

Danton, … il se vend à qui veut l'acheter: la Cour, le duc d'Orléans, la Prusse peut-être…

Marat ne se pique même pas d'intégrité ni d'indépendance. C'est publiquement et par voie d'affiches que pour l' Ami du Peuple il demande 15000 livres au duc d'Orléans, devenu citoyen Égalité..." (René Sédillot, ibid., p. 248-249).

"Voilà pour les figures de proue. Les seconds rôles ne sauraient passer pour plus vertueux, même s'il reste beaucoup à apprendre sur leur compte. Dès maintenant, on est sans illusion sur le cas de Fabre d'Églantine, impliqué dans le scandale de la Compagnie des Indes; sur celui de Fouquier-Tinville, qui traite à prix d'argent de la liberté ou de la mort des incarcérés; sur celui de Camille Desmoulins, qui quémande six louis auprès de Mirabeau et dilapide les 100 000 livres de la dot de sa femme Lucile; sur celui de Cambon, le grand argentier de la République, qui se fait adjuger, ainsi qu'à ses fils deux fils aînés, d'innombrables domaines nationaux, terres, fermes, immeubles, au point de se constituer un (p. 250) prodigieux patrimoine; sur le cas de Dumouriez, habitué des tripots, et constamment prêt à monnayer ses trahisons; sur le cas de Hébert, le plus fougueux et le plus mal embouché des révolutionnaires, dont les "foutreries" et les "bougreries" camouflent peut-être de singulières accointances avec la réaction (Marina Grey, Hébert, le père Duchesne, agent royaliste)…

"Il va de soi qu'après Thermidor et sous le Directoire, avec Tallien, Barras et quelques autres personnages de poids, la corruption est souveraine.

"Faisant la liaison entre la révolution et l'Empire, prêts à vivre sous tous les régimes – et par eux – , des hommes comme Talleyrand et Fouché savent tirer parti des circonstances. "Nous tenons la place s'exclame Talleyrand quand Barras en 1797 le nomme ministre des Relations extérieures. Il faut faire une fortune immense!". Cette fortune, on l'évalue déjà à 40 millions à la fin du Consulat… Fouché, qui passe de la présidence du club des Jacobins au ministère de la Police impériale, est en bonne position pour toutes les intrigues et tous les chantages; par l'intermédiaire d'Ouvrard, il entame des pourparlers secrets avec Londres: ses gestes ne sont jamais gratuits…" (René Sédillot, ibid., p. 249-250).

"C'est du haut en bas de l'échelle sociale que décline la moralité publique… La France entière découvre les gains faciles et immérités, les comptes obscurs ou clandestins, les fortunes et les ruines subites…" (René Sédillot, ibid., p. 251).

"Pour elle (l'Angleterre), dira Michelet, la guerre a finalement été "plus lucrative que la paix elle-même". Le long conflit qui l'a opposée à la France s'achève par son triomphe. La France en sort appauvrie, l'Angleterre mûre pour l'enrichissement…" (René Sédillot, ibid., p. 254).

LE VRAI BILAN: DEUX MILLIONS DE MORTS

"Sur le plan démographique, les problèmes ont été esquivés. On ne possède que des chiffres approximatifs quant au nombre des victimes de la terreur, non seulement de celles qui montèrent sur l'échafaud mais de tous les obscurs qui périrent noyés, mitraillés ou massacrés par des hordes de furieux..."

(Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 427).

        Noyades de Nantes par le Conventionnel Carrier en 1793 (Gravure de Duplessis-Berteaux).JPG
          Personnes noyées par les Révolutionnaires en 1793.

Deux millions de morts (René Sédillot)

"...Deux millions de morts: tel semble être, aux seuls dépens de la France, le coût des guerres de la Révolution et de l'Empire. Deux millions de Français, jeunes pour la plupart, tombent sans postérité. Leur disparition, et du même coup celle des Français qui auraient dû être leurs enfants et petits-enfants, pèseront sur toute la démographie du siècle, et l'appauvriront.

"Deux millions: c'est à peu près autant que ce que coûteront ensemble à la France les deux conflits [donc réunis...] les plus meurtriers de l'histoire, ceux de 1914 et de 1940...

"Mais le sacrifice est plus lourd quand il frappe un peuple de quelque 27 millions d'âmes, que s'il se rapporte à 40 millions de citoyens...

"La France du XVIIIe avait perdu l'habitude des épreuves de ce genre. Depuis la fin du règne de Louis XIV [1715-1792], son territoire n'avait plus été envahi.

"Les seules guerres qu'elle avait encore affrontées s'étaient déroulées bien au-delà de ses frontières, du côté de la Pologne, de la Prusse ou du Canada. Elle avait acquis la Lorraine et la Corse au moindre prix, moyennant la perte de quelques centaines d'hommes. Au demeurant, les conflits ne mobilisaient guère que des professionnels, et l'on se battait "en dentelles", même si les dentelles étaient quelquefois tachées de sang.

"Avec la révolution, tout change!

"D'une part, les invasions recommencent: on se bat sur le sol français – dès 1792, et pour finir sur deux occupations ennemies, en 1814 et 1815.

"D'autre part, la guerre n'est plus l'affaire des professionnels: tout le peuple, levé en masse, est appelé à prendre sa part des honneurs et des horreurs du combat. C'est la PROMOTION DEMOCRATIQUE DE L'HOLOCAUSTE!..." (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 11)

La "promotion démocratique de l'holocauste" (René Sédillot)

"Pis encore: à la guerre contre l'étranger se superpose la guerre civile, et, selon l'usage, elle est la plus impitoyable. Les massacres dans les prisons de Paris, la guillotine sur les grandes places des cités, le carnage vendéen comptent parmi les données de l'hécatombe révolutionnaire.

"Mais c'est bien sur le champ de bataille que les pertes sont les plus lourdes. Sur les champs de bataille, ou plus exactement à cause d'eux: car les pertes majeures se situent après le combat, dans les hôpitaux où les blessés agonisent faute de soins, souvent emportés par la gangrène ou le typhus.

"La France pourtant "a pris la résolution solennelle de n'entreprendre aucune conquête, de n'attaquer la liberté d'aucun peuple". Le rappel de cet engagement figure étrangement dans "l'exposition des motifs qui ont déterminé l'Assemblée nationale à déclarer qu'il y a lieu de déclarer la guerre au roi de Bohême et de Hongrie" (Séance du 22 avril 1792, texte rédigé par Condorcet): acte premier d'une guerre qui doit embraser l'Europe et durer vingt-trois ans, sous la double réserve du bref intermède de la paix d'Amiens (mars 1802-avril 1803) et de l'entracte de la Première Restauration (avril 1814- mars 1815).

"Mais puisque les droits féodaux ont été abolis, leur démantèlement ne doit-il pas s'appliquer aux seigneurs allemands qui possèdent des domaines en Alsace ? Va-t-il falloir les indemniser ? Y a-t-il là matière à casus belli ?

"Sans y prendre garde, la France révolutionnaire passe vite de la paix à la guerre… Brissot et ses amis se font les prédicateurs d'une guerre libératrice [...], qui reléguerait au second plan les difficultés intérieures.

"La guerre dit-on dans les clubs, serait actuellement un bienfait national, et la seule calamité à redouter serait de n'avoir pas la guerre"… (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 12-13).

Adieu, rêves de fraternité!...

"Adieu, rêves de fraternité! La guerre est votée dans l'enthousiasme: guerre à l'Autriche, c'est-à-dire aux rois. On va libérer les peuples opprimés et détrôner les despotes… [le carnage commence et va durer deux siècles jusqu'aux terribles guerres mondiales du XXe siècles, héritées des "Lumières" & de la Révolution…]

"Napoléon n'est pas le conquérant-né que décrivent complaisamment ses contempteurs. Il n'a chaussé les bottes de la Révolution que pour en confirmer les conquêtes [on oublie souvent de préciser que ses batailles ont été remportées avec le matériel militaire de Louis XVI...]

"Il n'élargit son domaine que pour les sauvegarder. C'est l'Angleterre qui l'y contraint: elle ne tolérera jamais la présence d'une grande puissance sur le rivage qui lui fait face. Comme Calais jadis, les bouches de l'Escaut, entre des mains ennemies, constituent pour Londres la pire des menaces. Les principes révolutionnaires ne gênent pas l'Angleterre: elle les soutiendrait même volontiers, s'ils lui paraissent en mesure d'affaiblir la France et l'économie française; elle apprécie le désordre sur le continent. Mais l'ordre consulaire et impérial ne luit dit rien qui vaille. L'Angleterre, forte de sa "cavalerie de Saint-Georges", noue et renoue les coalitions contre une France qui lui paraît dangereuse. Elle n'aura de cesse que la France, évacuant la Flandre maritime, ait été ramenée dans le cadre de son hexagone. – (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 13).

La "nation mobilisée"...

"...Les volontaires n'affluent pas. Le Français moyen, hier fidèle à son roi, ne se sent pas de goût à s'enrôler dans les armées de la république…

"La révolution leur criait: "– Volontaires, – Mourez pour délivrez tous les peuples vos frères!"… Mais l'historien constate qu'ils ne sont pas nombreux à se précipiter pour délivrer des peuples qui ne réclament rien !...

"Le nombre de ceux qui rejoignent les armées est à coup sûr inférieur au nombre de ceux qui se sont présentés aux tribunes patriotiques. Au volontariat déficient, il faut substituer une technique inédite, celle de la réquisition... [cela doit être çà la liberté révolutionnaire...]

"En 1793, un décret (du 23 août) organise la levée en masse. C'en est fini des armées de métier, formées de nobles et de mercenaires. Le peuple entier est appelé à mourir sur les champs de bataille... [Quel progrès!]

"Ce texte adopté par la Convention dans l'enthousiasme, s'exprime ainsi: "Les jeunes gens iront au combat… Les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l'amour de la République"…

" …À ce prix, la Convention parvient en 1794, à lever quelque 1200 000 hommes: une armée sans précédent, dont l'effectif permanent dépasse 800 000 hommes" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 14).

" ...les hommes ne consentent à rejoindre que moyennant cent à trois cents livres, ou contre des parcelles de biens nationaux. On enrôle à prix d'argent…

"(p. 16) …La Loi Jourdan de 1798 (an VI), élu à l'assemblée des Cinq-Cents, fixe les nouvelles conditions de la conscription. Tous les Français, désormais, sont soldats de droit, de vingt à vingt-cinq ans, et se doivent à la défense de la patrie…

"(p. 17) Le dénombrement des Français qui sont tombés sur les champs de bataille de la Révolution et de l'Empire laisse place à quelques interrogations… Les statistiques ne peuvent être que des estimations, et celles-ci varient selon les auteurs. Pour ce qui concerne la période révolutionnaire, et non compris l'effroyable bilan des guerres de Vendée, on retient en moyenne le chiffre de 400 000 morts (Alexandre Sanguinetti, Histoire du soldat). Les pertes les plus lourdes se situent en 1793, par la faute de généraux incapables et de capitaines élus…

"Pour les guerre de l'Empire, on hésite généralement entre 700 000 et 1 700 000 (chiffre de Taine), avec une évaluation minimale de 430 000 et une évaluation maximale de 2 600 000. Hors concours, La Fayette, le 21 juin 1815 (trois jours après Waterloo), pour obtenir l'abdication de l'Empereur, évoque à la tribune des deux Chambres réunies "les trois millions de morts français, tombés des sables de l'Égypte aux steppes de la Russie"… De tels écarts donnent la mesure de l'incertitude. Le démographe Bourgeois – Pichat opine pour 860 000, Jean Tulard pour le million. C'est ce nombre qu'on retiendra: 470 000 décès enregistrés, 530 000 disparus qui n'ont pas reparu. En toute hypothèse, la saignée est cruelle...

"(p. 18) "Un homme comme moi, aurait dit Napoléon à Metternich, ne regarde pas à un million de morts"…

"(p. 20) Au total, de 1789, à 1815, l'épopée doit faire environ 1 400 000 victimes, tombées à l'ennemi, ou décédées des suites de leurs blessures ou disparues: 400 000 pour les guerres de la Révolution, un million pour celles de l'Empire. Reste à prendre en compte, pour parvenir au bilan final, les morts de la terreur et de la Vendée…

"(p. 22) La décapitation… Les massacres ont commencé dès 1789, avec la grande peur dans les campagnes, comme avec le meurtre de la garnison de la Bastille, de l'intendant de Paris et du prévôt des marchands. Ils se multiplient en septembre 1792, quand le pouvoir débordé laisse égorger les suspects entassés dans les couvents et les prisons: de 150 à 200 victimes à l'Abbaye, 300 à la Conciergerie, 180 à la Force, 215 au Châtelet, 115 aux Carmes, 200 à Bicêtre, dont 33 enfants; 72 aux Bernardins, 75 au séminaire Saint-Firmin… (estimations voisines de celles de Frédéric Bluche, Les Massacres de septembre). Seuls sont épargnés Saint-Lazare et Sainte-Pélagie. Bilan des massacres: 1300 morts rien que pour Paris en quatre jours. Ce n'est qu'un banc d'essai.

"Avec la terreur, l'élimination des indésirables revêt des formes légales pour devenir un moyen de gouvernement. Robespierre oublie qu'à la Constituante il a proposé d'abolir la peine de mort. Mais l'assemblée a préféré, en octobre 1789, décreter le droit égal des citoyens à la décapitation, jusqu'alors privilège de la noblesse...

"La guillotine travaille en série, place de Grève, puis place de la Révolution et à la Barrière du Trône renversé, par charretées de 50 à 60 victimes quotidiennes aux plus beaux jours: soit 1862, à Paris, de mars 1793, date de la chute de Robespierre; et finalement, compte tenu des exécutions postérieures à Thermidor, 2639: on décapite moins des aristocrates que des artisans ou des boutiquiers, moins par fanatisme que par habitude…

"(p. 23) Partout où les contre-révolutionnaires ont tenté leur chance, les délégués du Comité de salut public, rivalisent dans l'extermination. A Toulon, devenu Port-de-la-Montagne, Fréron se vante de faire tomber 200 têtes par jour. "Il y a déjà 800 Toulonnais fusillés, déclare-t-il allègrement. La république est vengée d'une manière digne d'elle"...

"Ni l'âge, ni le sexe n'ont été épargnés", commente fièrement "Brutus Bonaparte, citoyen sans culottes" (Lucien) dans un message à la Convention après le mitraillage du Champ de Mars. "Ceux qui avaient été seulement blessés par le canon républicain ont été taillés en pièces par l'épée de la liberté et la baïonnette de l'égalité"...

"A Marseille, Barras tire gloire des condamnations à mort dont il est prodigue. Dans le Vaucluse, le représentant Maignet, qui fait incendier les villages rebelles, obtient de la Commission d'Orange 332 exécutions. A Lyon, Collot d'Herbois met à son actif 1684 guillotinés ou mitraillés: soixante jeunes gens sont abattus à coups de canon dans la plaine des Brotteaux. A Bordeaux, Tallien entend "niveler les têtes et faire saigner les bourses". Sa bonne amie Thérésa Cabarrus l'incline à préférer la seconde méthode, sans doute à son profit.

"Mais à Cambrai, Joseph Lebon assure qu'il va préparer "une fricassée de têtes", et à Arras il préside aux décapitations tandis que la fanfare municipale joue le "çà ira"...

"Il n'existe évidemment pas de statistiques globales des exécutions révolutionnaires. Les historiens chercheront à tenir cette macabre comptabilité. La plupart opinent pour 17 000 condamnations à mort sous la Terreur (après octobre 1793), et pour 35 000 victimes en tenant compte des décès en prison et des exécutions sommaires…

"(p. 24) (les exécutions) concernent pour 28% des paysans, pour 31% des marchands et des spéculateurs, mais seulement pour 8 à 9% des nobles, pour 6 à 7% des membres du clergé [Comme quoi la révolution n'a pas été conduite eu nom du petit peuple et pour le peuple, mais bien au nom d'une idélogie...]

"Toutes ces exécutions de Paris ou des provinces ne sont que broutille et hors d'œuvre: le plat de résistance est en Vendée..."

(René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 16-24).

Le "génocide en Vendée" (René Sédillot)

"Il n'y a plus de Vendée! Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l'enterrer dans les parais de Savenay. J'ai écrasé les enfants sous les pieds de mes chevaux, massacré les femmes qui n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher. J'ai tout exterminé… Les routes sont semées de cadavres. Il y en a tant que sur plusieurs points ils font des pyramides".

"Ainsi le général François Westermann rend compte de ses hauts faits, conformes d'ailleurs aux instructions de la Convention qui, par décret du 2 août 1793, a ordonné la destruction systématique et l'incendie de tout le pays, récoltes comprises, en même temps que la mise à mort des rebelles.

"(p. 25) ... Si l'on s'en tient à la proportion des victimes par rapport au peuple concerné, les habitants des provinces de l'Ouest sous la Révolution ont payé de leur vie plus encore que les Israélites sous l'occupation hitlérienne. Dans les deux cas, on note une même volonté délibérée d'extermination.

[Cela doit être çà aussi la "promotion démocratique de l'holocauste": l'extermination totale !...]

"(p. 25) ... Les Vendéens et les Chouans se sont soulevés d'abord pour refuser la conscription, mais aussi pour défendre leur foi et leur roi. Ils ont pris les armes "au sens littéral, dans les magasins militaires ou dans les mains des républicains vaincus" (Michelet). Ils se battent au nom du Sacré-Cœur et pour "le petit roi qui est au Temple", au sein d'une "grande Armée catholique et royale", qui a plus de fourches que de fusils, plus d'ambition que de moyens, et dont les chefs se jalousent, s'ignorent ou se chamaillent…

"Si, par accident, un chef royaliste fait preuve de clémence, il importe que ce geste ne soit pas rendu public: Bonchamp sauve la vie de cinq mille prisonniers républicains, et Merlin de Thionville, qui a été envoyé en Vendée, en informe le Comité de Salut public. Mais il ajoute cette recommandation: "Il faut ensevelir dans l'oubli cette malheureuse action. N'en parlez même pas à la Convention… Les brigands n'ont pas le temps d'écrire ni de faire des journaux. Cela s'oubliera comme tant d'autres choses"…

[Notez au passage chers amis, la façon dont les Révolutionnaires traitaient les catholiques: des 'brigands'... Cela en dit long sur leur prétendue tolérance].

"Décret du 1er novembre 1793, sur rapport de Barère: "Toute ville, qui recevra dans son sein des brigands ou qui ne les aura pas repoussés avec tous les moyens dont elle est capable, sera punie comme une ville rebelle, et en conséquence elle sera rasée". (p. 25)

"Rapport de l'adjudant général Rouyer: "Nous fusillons tout ce qui tombe sous notre main, prisonniers, blessés, malades aux hôpitaux"…

"Consignes du général Turreau, qui commande les "colonnes infernales": "Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main seront passés au fil de la baïonnette. On agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Les personnes seulement suspectes ne seront pas épargnées… Tous les villages, métairies, bois, genêts et généralement tout ce qui peut être brûlé sera livré aux flammes... Je le répète, je regarde comme indispensable de brûler villes, villages et métairies"... : avec leurs habitants, s'il se peut…

"(p. 26) Rapport du commandant de la deuxième colonne au même général Turreau: "Je continue de brûler et de tuer tous ceux qui ont porté les armes contre nous. Cela va bien, nous en tuons plus de cent par jour, enfin tous ceux que nous croyons nos ennemis".

"Rapport de Nevy, qui commande la cinquième collone: "J'ai brûlé et cassé la tête à l'ordinaire".

"Lettre du représentant Francastel au Comité de Salut public: "On m'assure que l'armée de Brest leur a tué trois mille femmes. Elles jetaient leurs enfants dans la rivière du pont-aux-Baux, et tout le pays dans les environs est jonché de leurs morts. Cependant on les trouve encore partout comme des nuées de sauterelles, et on serait presque tenté de croire qu'elles ressuscitent, si leurs cadavres empestiférés ne justifiaient le contraire"

"Lettre du commandant Périguaud à Turreau: "Pères, mères, enfants, tout a été détruit".

"Ordre de Grignon à ses troupes: "Je sais qu'il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays, mais c'est égal, nous devons tout sacrifier".

"Rapport de Duquesnoy: "J'ai brûlé et incendié toutes les maisons et égorgé tous les habitants que j'ai trouvé"...

"Rapport de Cordelier: "J'ai fait passer derrière la haie (pour exécutions à coups de baïonnette) environ six cents particuliers des deux sexes...

"C'est par avance la technique d'Oradour, multipliée à plaisir. Au Mans, en décembre 1793, on fusille par feux de peloton, on écrase les enfants, on viole les femmes. Dans un délire de sadisme, on introduit dans le corps des victimes des cartouches auxquelles ont met le feu. On embroche avec des fourches des femmes encore vivantes. Westermann, le lendemain, organise une battue pour sabrer les rescapés...

Noyades de Nantes par le Conventionnel Carrier en 1793 (Gravure de Duplessis-Berteaux).JPG

"(p. 27) A Nantes, où ont été entassés les prisonniers faits à Savenay, le Conventionnel Jean-Baptiste Carrier commence par fusiller par groupes de cent ou deux cents. Cette méthode lui semble trop peu expéditive, et l'entassement des cadavres propage les épidémies. Pourquoi ne pas charger la Loire du soin de débarrasser la république de ceux qui refusent ses bienfaits ? Il fait couler dans le fleuve une gabarre sur laquelle quatre-vingt-dix prêtres ont été entassés. Ce n'est qu'un premier essai. La technique des noyades est mise au point: chaque nuit, dans les prisons, on prélève cent ou deux cents détenus, on les jette dans des bateaux à fond de cale, et, sabords et pont dûment cloués, on fait couler bas les embarcations. Carrier appelle ces baignades des "déportations verticales". Si des hommes et des femmes périssent de la sorte ligotés ensemble, il en fait des "mariages républicains". Après ces exploits, la Loire, promue au rang de "baignoire nationale", charrie des corps dont se repaissent les poissons et les corbeaux: le chargé de mission de la Convention peut se targuer d'avoir noyé quatre ou cinq milles hommes, femmes et enfants. Mais il se vante et il en rajoute: en six noyades, des calculs plus modérés portent sur 1800 victimes, dont peut-être 800 pour la baignade la plus réussie.

"A Angers, le maire ne veut pas être en reste: "On a en trois jours, écrit-il, fusillé environ 800 brigands au Pont de Cé, et jeté leurs cadavres dans la Loire".

"A Quiberon, en juin 1795, les Chouans et les émigrés qui les ont rejoints doivent capituler. Le général Humbert leur promet la vie sauve. Hocher, obéissant aux ordres de la Convention, applique la loi: 952 prisonniers sont fusillés près de Sainte-Anne d'Auray, au Champ des Martyrs.

"C'est l'ultime épisode d'une "solution finale" dont s'affirment satisfaits les représentants Hentz et Francastel. Ils écrivent dès le 21 avril 1794: "Vous pouvez être assurés que la Vendée est un désert et qu'elle ne contient pas 12 000 personnes vivantes". Carrier, de son côté, publie sa profession de foi: "Nous ferons de la France un cimetière plutôt que de ne pas la régénérer à notre façon"…

"(p. 28) L'estimation totale des victimes varie du simple au sextuple: au plus bas 100 000, au plus haut 600 000. Les 117 000 disparus que retient Reynald Secher (Le Génocide franco-français: la vendée-Vengé, P.U.F.) ne concernent que les départements de la "Vendée militaire". Le nombre le plus élevé est celui de Pierre Chaunu, qui s'exprime en maître démographe, celui aussi dont fait état Alexandre Sanguinetti dans son Histoire du soldat. Il s'entend pour les bleus et blancs confondus, pour les tués à l'arme blanche, au fusil de chasse, au fusil modèle 1777, pour les victimes de la maladie, de la disette sur une terre brûlée, des exécutions sommaires, pour les blessés qui succombent dans l'impossibilité où l'on est de les soigner: les guerres civiles sont inexorables.

"On retiendra ici un nombre médian, de l'ordre de 400 000. Il concerne à la fois les insurgés morts au combat (les résistants à l'oppression), en Bretagne et en Vendée, les morts du camp républicain, et ceux des autres provinces de l'Ouest – de la Normandie à la Gironde…

"Ce tragique décompte doit être encore complété par les victimes de multiples luttes fratricides, notamment dans le Lyonnais, en Provence ou en Corse; par les victimes des Terreurs blanches: celle de 1795 au temps des Compagnons de Jéhu, celle de 1815 au temps des "Verdets", lors de l'assassinat du maréchal Brune à Avignon, du général Ramel à Toulouse. Tous ces règlements de comptes entre Français portent le bilan global des guerres civiles aux alentours de 600 000 unités.

"Refaisons l'addition des pertes dues à la Révolution et à l'Empire: 400 000 morts pour les guerres jusqu'en 1800; un million pour les guerres napoléoniennes; 600 000 pour les guerres intestines; et l'échafaud pour mémoire. Voilà nos deux millions de morts" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 24-28).

1796 La faillite

"...Pratiquement, de 1726 à 1789, c'est-à-dire pendant près de deux tiers de siècle, la France a joui d'une parfaite stabilité monétaire, comme elle n'en avait pas connu même au temps de Saint-Louis… Les Français appréciaient pleinement la sécurité que leur offrait la livre tournois, immobile à l'équivalence de 4.50 grammes d'argent fin. Une seule mutation, sous Louis XVI (en 1785) prenait en compte la hausse du métal jaune par rapport au métal blanc, en ramenant la teneur de la livre en or de 310 à 29 milligrammes; simple correction technique, qui n'entamait pas la crédibilité de la monnaie…

"Quand les états généraux deviennent assemblée nationale, le problème financier se pose soudain en des termes angoissants. Le (p. 224) pillage des greniers à sel, la destruction des bureaux d'octroi et des registres du fisc ne peuvent que l'aggraver. Les capitaux s'évadent: capitaux français des émigrés, capitaux des banques étrangères qui rapatrient leurs fonds à Londres, Gênes ou Amsterdam. Les impôts ne rentrent plus. Le déficit est béant…

La solution:

Assignat.JPG

Assignat de cinquante livres.JPG

Les premiers assignats sont créés. Ce sont des papiers-monnaies à 5% d'intérêt et garantis sur les biens nationaux du clergé... Vive la liberté religieuse!


"l'Assemblée se croit riche à milliards dès l'instant qu'elle nationalise les biens ecclésiastiques: c'est une aubaine extraordinaire que de disposer, sans bourse délier, d'un pareil trésor... Pourquoi ne pas gager du papier sur ces avoirs fonciers? Voilà lancée l'idée des assignats, "signes" représentatifs d'arpents de terre. En décembre 1789, est créée une Caisse de l'extraordinaire, que doteront les ventes de domaines nationaux et qui émettra pour 400 millions de papier.

"L'assignat devient monnaie légale. Si quelques Constituants mettent en garde l'opinion contre ce "funeste papier", la plupart en célèbrent les mérites. "Douter de la valeur de l'assignat, clame Mirabeau, c'est douter de la Révolution, c'est un crime…"

"Pour parer au déficit grandissant du Trésor, aux "besoins du commerce", puis au coût de la guerre, les émissions se renouvellent, leur plafond est relevé par étapes… Puis, pour plus de facilités, la notion même de plafond est abandonnée en mai 1793. Après Thermidor, le rythme des émissions s'accélère. En 1795, il passe de 700 millions par mois à 3 milliards, puis, avec le Directoire, à 5. Quand l'aventure prend fin, au seuil de l'année 1796, la circulation officielle s'élève à 39 milliards. Au total, il a été fabriqué pour plus de 45 milliards d'assignats: soit quinze fois plus que durant le système de Law. La révolution a multiplié par 20, en sept années, le volume de la masse monétaire…" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 223).

"La conséquence la plus visible, et la plus immédiate, c'est la dépréciation de ce papier pléthorique, avec pour contrepartie la hausse des prix [inflation]. L'assignat perd 15% sur le métal au milieu de 1791, mais déjà 40% en juillet 1792, et 64% en juillet 1793. Sur les marchés extérieurs, à Londres, à Hambourg, à Bâle, le change français dégringole. A l'intérieur, les Français savent à quoi s'en tenir: "Les écus sont des écus, raillent-ils, les assignats des torche-culs". En peu de temps, le pain, le sucre, le café, la chandelle, le savon doublent de prix. Les paysans répugnent à livrer le grain, les commerçants refusent de vendre.

"A la hausse des prix réplique la taxation. Défense de vendre au-dessus du "maximum", sous peine de mort. Au refus de vente réplique la définition du crime d'accaparement. Au maximum et à la répression réplique le marché noir.

"La terreur monétaire fait fi de toute liberté. On dissout les sociétés de capitaux, on ferme la bourse, on interdit aux gazettes de publier les cours des changes, on prohibe la vente du numéraire, on promet la mort à quiconque refuse des assignats, on ordonne la saisie de l'or et de l'argent. Quand après Thermidot la Convention repentante revient sur ces mesures, elle ne peut que relancer l'inflation.

"Les 1000 livres-assignats, qui valent encore 340 livres-métal en juillet 1794 tombent à 210 en janvier 1795, à 40 en juillet, à 5 en janvier 1796, à 2 en juillet 1796, à 10 sous en août. Le Louis d'or se traite à 17 950 livres-papier le 5 juin 1796. Les rapports de police consignent les propos tenus dans la rue sur l'assignat: "Passé Sèvres, on ne trouverait pas un verre d'eau pour un assignat". Ils notent qu'une femme a tué deux de ses enfants, faute de pouvoir les nourrir (30 mars 1795; que propriétaires et rentiers cherchent leur nourriture dans des tas d'ordures (10 juin 1795); que des femmes disent qu' "il faut un roi, mourir pour mourir" (15 novembre 1795); que des passants murmurent: "On vivait sous les rois, on meurt sous le gouvernement actuel" (7 décembre 1795). Une affiche sur le boulevard de la Madeleine réjouit les badaux: "République à vendre, à bas prix, en numéraire" (René Sédillot, ibid., p. 225).

"La faillite [financière] est consacrée le 19 février 1796, à 9 heures, lorsque sur la place des Piques, ex-place Vendôme, sont brûlés solennellement 890 millions d'assignats provenant d'un emprunt forcé, ainsi que les planches à billets. Mais 25 milliards d'assignats circulent encore. Le Directoire n'en arrête la fabricaztion que pour la reprendre sous un autre nom. Pour 30 assignats, il offre un mandat. De la sorte les 25 milliards d'assignats qui subsistent, réduits au trentième, doivent engendrer 833 millions en mandats; et sans plus tarder, le Directoire ordonne l'impression des mandats pour 2400 millions. Nouvelle interdiction des règlements en métal. Défense de refuser les mandats.

"L'échange des assignats contre mandat n'a pas de succès. A quoi bon troquer papier contre papier? Les 1000 livres-mandats tombent à 160 en avril 1796, à 120 en mai, à 80 en juin, à 50 en juillet, à moins de 30 en novembre, à 10 en février 1797. Les seuls preneurs volontaires sont les acquéreurs de biens nationaux, désormais cédés sans enchères. Les spéculateurs s'en offrent à cœur joie, tandis que les citoyens moins avisés sombrent dans la misère. Les armées de la république ne peuvent vivre que sur l'ennemi, les hôpitaux ferment, le brigandage prospère. La livre de pain vaut 150 livres, la livre de sucre 1600. Un juge à Paris se fait maçon entre els audiences. Un membre de l'Institut, le botaniste Adanson, exprime le regret de ne pouvoir se rendre à l'Académie, faute d'avoir les moyens d'acheter, pour 15 ou 20 000 livres, une paire de souliers.

"Il s'était fait de nouveaux riches, mais bien davantage de nouveaux pauvres" (Marcel Marion). Témoignage du district de Dieppe: "Nous n'y pouvons plus tenir: notre cœur est déchiré à l'aspect des maux de nos concitoyens". Témoignage du district de Caen: "On voit sur toutes les figures les traces produites par la famine..." (René Sédillot, ibid., p. 226).

Sous la pression de l'évidence, le Directoire capitule. Il restaure la liberté de payer en espèces ou en papier (23 juillet 1796). Il décide que les mandats seront repris au centième de leur valeur nominale par les caisses publiques. Cette dévaluation de 99% s'ajoute à celle qu'a opérée la substitution du mandat à l'assignat, à 1 pour 30. Le citoyen qui a fait confiance au papier a ainsi perdu dans la proportion de 3000 à 1…" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. ).

"L'Angleterre gagnante; ...un recul sans appel" (René Sédillot)

La Cavalerie Saint-Georges finance les révolutionnaires

"... Ce que la France perd, l'Angleterre le gagne. Plus encore sur le plan commercial que sur tout autre plan, elle est la grande bénéficiaire de la Révolution et de ses suites. Elle est sans doute consciente, dès le début du grand bouleversement, de la chance qui s'offre à elle: comme elle a une revanche à prendre sur la monarchie française qui a aidé l'Amérique à se libérer, elle n'est pas fâchée de voir le roi contesté et diminué... "Voici, dit Fox après la 'prise de la Bastille', l'évènement le plus important de l'histoire du monde et le plus heureux..."

"La 'cavalerie de Saint-Georges' ne manque pas l'occasion de financer discrètement les révolutionnaires les plus corruptibles..." (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 220).

"Ainsi, dans tous les domaines du commerce, sur terre comme sur mer, la Révolution et l'Empire consacrent à la fois le triomphe britannique et l'éclipse de la France. Le commerce français ne retrouvera son niveau d'activité de 1789 qu'après 1825... Encore la part de la France dans le commerce mondial sera-t-elle alors loin de rejoindre le pourcentage atteint avant la révolution... Ce pourcentage-là ne sera jamais retrouvé. En chiffres absolus, trente-cinq années ont été perdues. En chiffres relatifs, à l'échelle du monde, le recul est sans appel" (René Sédillot, ibid., p. 222).

Fermer le ban!

Conclusion

  • La Révolution n'est pas née de l'Évangile contrairement à ce que d'aucuns voudraient nous faire croire (Lamartine par exemple...); elle est née contre l'Evangile, des passions que réprouve l'Evangile. Elle en est la contradiction et la haine.
  • La Révolution s’expliquerait dans sa continuité et son efficacité, par la direction occulte assumée par un groupe d'action offensif (l'Illuminisme) et les membres de la Franc-Maçonnerie soumis à son influence.
          Gardes françaises refusent de tirer sur le peuple le 23 juin 1789 - gravure du temps.JPG
          Les Gardes françaises refusent de tirer sur le peuple le 23 juin 1789, gravure du temps. 

"La question du roi quand il vit la foule parisienne se presser devant le portail du palais de Versailles est bien connue: "Est-ce une rébellion ?"; la réponse ne l'est pas moins: "Non Sire, c'est une révolution !" Ce qui est moins connu c'est qu'alors qu'on le pressait de donner l'ordre au régiment de la garde d'attaquer la foule, le roi répondit avec indignation: "Tirer sur des femmes ? Vous n'êtes pas sérieux ?" Il semble que le jeune lieutenant Bonaparte fit à des amis cette remarque: "Quel couillon!"... C'est que le jeune lieutenant, lui, ne tardera pas à tirer et à faire tirer sur le peuple.

  • Les conséquences de cette tragédie se font encore ressentir aujourd'hui où tout libraire, tout imprimeur, toute radio, toute chaîne de télévision est, d'une manière ou d'une autre, assujetti à la Secte. Le journal ou la radio qui ne voudrait pas admettre de compromission avec la Secte ne bénéficierait d'aucune aide de l'Etat: il serait quasiment condamné à mourir. Voilà l'étranglement à petit feu des opposants que se proposent la Secte dite libérale.
  • La manière d'en sortir (la contre-révolution) mériterait à elle seule toute une étude qui dépasse le champ historique et les frontières du sujet. Elle pourrait notamment faire l'objet de développements mêlant politique, histoire et Religion.