Brissot

De Christ-Roi
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Brissot - peinture anonyme - Musée Carnavalet

Jean-Pierre Brissot, dit le Warville, fils d’un traiteur de Chartres, aux gages de la faction d’Orléans, il entre au service de Clavière, voyage en Angleterre et en Amérique, y commet des escroqueries, revient en 1789 à Paris pour créer le Patriote français, dont il obtient l’autorisation royale en juillet...

Brissot de Warville était le chef de file des Girondins (ou "brissotins"), une branche des Jacobins.

Le révolutionnaire fut condamné par ses collègues Montagnards et guillotiné le 31 octobre 1793.

Le sceptre des Bourbons sera brisé, & la France sera érigée en République

"La véritable trame de tant de forfaits (la mort programmée de Louis XVI), ... elle fut toute ourdie par Brissot. La secte lui fournit ses coopérateurs; mais il fut constamment le chef de la conspiration du 10 août. Il la trama pendant un an entier. Il l'avait tout entière dans son coeur, dès l'instant même où il se vit nommé Législateur. Initié à tous les mystères du club d'Holbach, & disputant à Condorcet même le premier rang parmi les sophistes Voltairiens, il n'était arrivé à l'Assemblée, qu'en se félicitant de se voir appelé à remplir cet oracle qu'ils avaient prononcé depuis tant d'années: Le sceptre des Bourbons sera brisé, & la France sera érigée en République.

"Louis XVI était encore enfant, & voici ce qu'écrivait le Lord Orford, plus connu sous le nom d' Horace Walpole, sur le projet des Sophistes, dont un très-court séjour à Paris avait suffi à l'instruire, & dont il rendait compte au feld Maréchal Conway, dans une lettre datée du 28 octobre 1765: "Le Dauphin (père de Louis XVI) n'a plus infailliblement que peu de jours à vivre. La perpsective de sa mort remplit les Philosophes de la plus grande joie, parce qu'ils redoutaient ses efforts pour le rétablissement des Jésuites. Vous parler de Philosophes & de leurs sentimens, vous paraitra une étrange nouvelle en fait de politique; mais savez-vous ce que c'est que les Philosophes, ou bien ce que ce mot veut dire? D'abord il désigne ici presque tout le monde; en second lieu, il signifie des hommes qui, sous prétexte de la guerre qu'ils font au Catholicisme, (against Popery) tendent, les uns à la destruction de toute Religion; les autres, le plus grand nombre, à la destruction du pouvoir monarchique. -Vous allez me dire: Comment savez-vous cela, vous qui n'êtes en France que depuis six semaines, & qui en avait passé trois confiné dans votre chambre? -Oui, mais pendant les trois semaines, j'ai fait des visites, par-tout, je n'entendais que cela. Confiné chez moi, j'ai été obsédé de visites, & j'ai eu des conversations longues & détaillées avec bien des personnes qui pensent comme je vous le dis, avec quelques-unes d'un sentiment opposé, & qui n'en sont pas moins persuadées que ce projet existe. Dernièrement, entre autres, j'avais chez moi deux Officiers, l'un & l'autre d'un âge mûr. j'eus bien de la peine à les empêcher d'en venir à une querelle sérieuse; & dans la chaleur de la dispute, ils m'en dirent plus que je n'aurais pu en apprendre par bien des recherches" (Oeuvres de Walpole, tom. 5, lett. 8, Octob. 1763).

"A peine se trouva-t-il (Brissot) assis sur le siège des Législateurs, qu'il regarda autour de lui, cherchant à distinguer parmi les adeptes ceux à qui il pourrait s'ouvrir sur le projet de renverser ce fantôme de Roi, que leurs prédécesseurs avaient encore laissé sur le Trône. Il retrouva toute sa haine dans le coeur de Péthion & de Buzot, dans celui de Vergniaux, Guadet, Gensonné & Louvet. Il en fit les premiers confident s de ses projets..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 144-145).

Pour asseoir la Révolution: "Incendier les quatre coins de l'Europe, notre salut est là..." (Brissot)

Bientôt ils imaginèrent de révolter les Puissances étrangères, pour entraîner Louis XVI dans les horreurs de la guerre avec l'ennemi du dehors, & triompher plus aisément de lui dans l'intérieur. Dès-lors on les entend dire dans leur club, ce que Brissot écrivait ensuite aux généraux de la révolution: "Il faut incendier les quatre coins de l'Europe, notre salut est là" (Voy. Considér. sur la nature de la Révol. par M. Mallet du Pan, p. 37). Par la voie des adeptes & des clubs, répandus dans l'intérieur, ils excitent en même temps des troubles continuels, pour en faire retomber l'odieux sur le Roi & sur la Reine. Dans le sein de l'Assemblée, sous prétexte d'écarter le danger dans lequel tant de séditions semblent mettre la France, sous le nom de Commission extraordinaire, ils complotent ce Comité secret, dont la faction est appelée celle des [Girondins|Girondins]]. C'est là que Brissot, à la tête de ses élus, & président de la Commission, prépare & rédige, dans le silence des complots, les décrets consommateurs de la rebellion...

"Il appelle tous ceux que la Révolution a rassemblés vers le Midi, sous le nom de Marseillais. Les Jacobins de l'Occident sont avertis de faire avancer vers Paris leurs brigands de Brest. Dans Paris même, il dévoile ses projets à tous les chefs des Jacobins. Barbaroux & Panis, Carre & Beaujois, vicaire intrus de Blois, De Besse de la Drôme, Gallissot de Langres, Fournier le Créole, le général Westermann, Kieulin de Strasbourg, Santerre le brasseur, Antoine de Metz, Gorsas le journaliste, se joignent aux Girondins. Les conseils se tiennent tantôt chez Robespierre, tantôt à l'auberge du Soleil d'Or, auprès de la Bastille. Sieyès avec son club des vingt-deux & l'arrière-conseil des Jacobins, fournit tous ses moyens. Marat et Prudhomme, & Millin, & tous les journalistes du parti, ajoutent chaque jour aux calomnies contre Louis & son épouse. Alexandre & Chabot soufflent de rage aux faubourgs Saint-Antoine & Saint-Marceau. Philippe d'Orléans les sert tous de son argent & de son parti, parce qu'il espère se servir de tous pour monter sur le Trône, après en avoir précipité Louis XVI & parce que, s'il ne peut y monter & assouvir son ambition, il veut au moins assouvir sa vengeance.

"Tous les conseils sont pris & les brigands sont arrivés; le tocsin a sonné toute la nuit; le dix août paraît. la seconde Assemblée a consommé sa tâche; Louis XVI est déclaré déchu de tous ses droits à la Couronne. Du Palais de ses Pères il est passé aux Tours du Temple... C'est là que la troisième Assemblée des législateurs conjurés viendra le prendre pour le conduire à l'échafaud, & remplir les derniers sermens des arrières-Loges" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 146-148).

C'était l'abolition de la Royauté, que j'avais en vue en faisant déclarer la guerre (Brissot)

"Si l'historien hésite à voir dans cette marche toute celle de la secte, pour arriver à cette catastrophe du 10 août, qu'il lise les aveux des adeptes eux-mêmes. Le temps est venu où ils se disputent la gloire des horreurs & de tous les forfaits de cette désastreuse journée... Elle donne à Brissot le sceptre des Jacobins; Robespierre, & Marat, & Danton, le lui arrachent, & il veut le reprendre. Il s'adresse à tous ceux de la France pour démontrer ses droits. Son apologie & celle de Louvet, son coadepte, ne font pas autre chose dans toute leur substance, que l'histoire même de la conspiration que je viens de tracer. S'il faut en citer au moins quelque partie, pour la conviction du lecteur, lisons ces paroles de Brissot, & prêtons-nous à son langage:

"Les triumvirs Robespierre, & Marat, & Danton, m'ont acusé, dit-il, d'avoir provoqué la guerre; & sans la guerre, la Royauté subsisterait encore! Et sans la guerre, mille talens, mille vertus ne se seraient pas développés! Et sans la guerre, la Savoie & tant d'autres pays dont les fers vont tomber, n'auraient pas eu la liberté! - Ils craignaient la guerre faite par un Roi - politiques à vue étroite! C'est précisément parce que ce Roi parjure devait diriger la guerre, parce qu'il ne pouvait la diriger qu'en traître; parce que cette trahison seule le menait à sa perte...: c'est par cela seul qu'il fallait vouloir la guerre du Roi. - C'était l'abolition de la Royauté, que j'avais en vue en faisant déclarer la guerre. - Les hommes éclairés m'entendirent, le 30 décembre 1790, quand, répondant à Robespierre qui me parlait toujours de trahisons à craindre, je lui disais: Je n'ai qu'une crainte, c'est que nous ne soyions pas trahis. Nous avons besoin de trahison; notre salut est là". - Les trahisons feront disparaître ce qui s'oppose à la grandeur de la Nation Française; - la Royauté..."

"En parlant ici de tant de trahisons, en se glorifiant de celle qu'il ourdissait contre Louis XVI, comme de son grand titre à l'admiration des Jacobins, Brissot se garde bien de mentionner à quel prix il mettait celle qu'il préparait aux traîtres mêmes, si Louis XVI eût été alors assez riche pour l'acheter... Le neuf août encore, la veille de ce jour où tous ces conjurés devaient se mettre en action, il demandait au Roi douze millions pour se désister du complot & pour en empêcher l'exécution...

"Quels êtres que ces sophistes! Quelles idées ils se font de leurs mille vertus! Faisons-nous violence; et prêtons encore l'oreille à celui-ci; car enfin c'est dans leur propre apologie que se trouve la véritable histoire de leurs forfaits... (Mémoires de M. Bertrand, ministre d'Etat, t. 3, chap. 22)

(Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 148-150).

Après la trahison de Louis XVI, la trahison de la Nation & de l'Assemblée

"Continuons à lire & écoutons encore cet étrange sophiste. Après nous avoir dit comment il a trahi Louis XVI, le voilà qui va nous dire encore comment il a trahi & la Nation & l'Assemblée; comment ils s'y sont pris lui & ses adhérens, pour amener le peuple & la majorité de cette Assemblée à des forfaits dont ce peuple & cette majorité ne voulaient pas.

Brissot: "On m'a reproché mon opinion (du 9 juillet) sur la déchéance du Roi; on a reproché à Vergniaud la sienne. - J'en atteste tous mes collègues; j'en atteste ceux qui ont connu l'état de notre Assemblée, la faiblesse de la minorité des patriotes, [ces factieux étaient donc bien une minorité]...; sans doute il fallait quelque courage pour hasarder, au milieu de cette Assemblée, l'hypothèse 'éloquente' de Vergnaux sur les 'crimes du roi'. Il en fallait le elndemain de cette réunion qui avait affaibli le parti des 'patriotes', pour tracer le tableau vigoureux des crimes du Roi, pour oser proposer de le soumettre en jugement. C'était un blasphème aux yeux de la majorité; & je le prononçai cependant.

"En nous parlant ensuite des Girondins, son principal appui, "occupés sans cesse, continue Brissot, à réparer leurs fautes, réunis avec d'autres 'patriotes' éclairés, ils préparaient les esprits à prononcer la suspension du Roi. - Ces esprits en étaient bien loin encore; & voilà pourquoi je hasardais le fameux discours sur la déchéance, du 26 juillet; discours qui parut aux yeux ordinaires un changement d'opinion, & qui pour les hommes 'éclairés' n'était qu' une manoeuvre prudente & nécessaire. - Je savais que le côté droit ne désirait rien tant que d'aborder la question sur la déchéance, parce qu'il se croyait sûr du succès, parce que l'opinion n'était pas mûre dans les départements. - La défaite des 'patriotes' était inévitable. Il fallait donc louvoyer pour se donner le temps, ou d' 'éclairer' l'opinion publique, ou de mûrir l'insurrection; car la suspension ne pouvait réussir que par l'un ou par l'autre. Tels étaient les motifs qui me dictèrent ce discours du 26 juillet, qui m'a valu tant d'injures & me fit ranger parmi les royalistes, tandis que le Patriote français (c'est le journal qu'il écrivait...) ne cessait de prpéparer les esprits dans les départements, à ces mesures extraordinaires.

Voici l'enseignement que tire l'Abbé Barruel des aveux du conjuré: "A travers les réflexions que suggèrent tous ces aveux, que le lecteur pèse un instant ces paroles: Il fallait donc louvoyer pour se donner le temps, ou d' 'éclairer' l'opinion publique, ou de mûrir l'insurrection . Elles nous manifestent une grande vérité dans la théorie des révolutions. Elles nous disent que ces insurrections qu'on nous donne pour les grands mouvements du peuple, de la majorité de la Nation, ne sont précisément que les grands mouvements des factieux CONTRE LA MAJORITE de la Nation; que si la Nation eût pensé comme ces factieux, ils n'auraient pas eu besoin de réunir tous leurs brigands pour triompher par les armes & la terreur, d'une Nation qui n'a que son opinion sans armes & prise au dépourvu.

"On peut nous dire ici que la France avait alors ses Gardes nationaux; oui, elle les avait; mais Brissot n'avait garde de les appeler. Il les avait vu accourir des Provinces à la fédération du 14 juillet, & c'étaient là ceux qui s'appelaient vraiment les Fédérés. Mais presque tous avaient donné au Roi & à la Reine les marques les moins équivoques d'attachement; ce n'est pas devant ces Fédérés nationaux qu'on se fût flatté de détrôner Louis XVI. Que font les conjurés? Ils appellent tous ces brigands appelés Marseillais, non qu'ils fussent Marseillais ou Provençaux, mais parce qu'ils étaient pour la plupart sortis des galères de Marseille. ils donnent le nom de Fédérés à ces galériens..., brigands de toutes les contrées; ils forcent la populace des fauxbourgs à marcher avec eux; ils assassinent le Commandant de la Garde nationale, pour la paralyser, & ne laisser agir avec leurs bandits que la partie de ces Gardes gagnée par les chefs de la conspiration. Ils appellent ensuite volonté du peuple, soulèvement de la Nation, ce qu'ils nous démontrent eux-mêmes n'être que leurs complots & le soulèvement de leurs brigands contre la Nation, contre le Roi. C'est ainsi que s'est faite toute la Révolution, toute par des émeutes & des insurrections journalières, c'est-à-dire, d'après la théorie & les aveux des chefs, toute par les moyens de la force & de la terreur, qui mettent sous le joug cette Nation que nul autre moyen n'a pu séduire" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 151-155).