Cochin

De Christ-Roi
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Un historien monarchiste

Agustin Cochin, (1876-1916) à ne pas confondre cet Augustin Cochin (chartiste, 1876-1916) avec son grand-père qui s'appelait aussi Augustin (1823-1872) et qui fut fort engagé dans le catholicisme libéral (il participa notamment au pacte de la Roche-en-Breny du 12 octobre 1862. Voir Sel de la terre 16, p. 147-152), est né à Paris, dans une famille de notables parisiens.

Cochin propose avant la première Guerre mondiale une nouvelle théorie, profonde, cohérente et subtile, pour expliquer le fait révolutionnaire, celle de l'homme idéologique, homo ideologicus. Son grand-père et homonyme, en particulier, s'était fait connaître dans la défense et la diffusion du catholicisme social inspiré par Le Play. Après avoir remporté de front une licence de elttres et une autre en philosophie, il entre premier à l'Ecole des Chartres et en sort, toujours premier, avec un mémoire sur Le Conseil et les réformés de 1652 à 1658. Dès lors, nous sommes en 1903, il va consacrer le reste de sa courte vie, à un évènement unique: le jacobinisme. "Il investit tout son temps et toute son énergie à saisir ce qu'il considère comme le trait original de la Révolution 'française' et une dimension essentielle de la modernité démocratique, "ce que nous nommerions aujourd'hui le totalitarisme idéologique..." (Jean Baechler, Préface de Augustin Cochin, L'esprit du jacobinisme, PUF, Sociologies, Vendôme 1979, p. 7).

Il s'attache d'abord, par une étude des archives provinciales - Ce qui est une nouveauté dans l'historiographie de la Révolution, centrée principalement sur Paris...- à une étude minutieuse de la campagne électorale de 1789 pour les Etats généraux, d'abord en Bourgogne (1904), puis, de manière beaucoup plus fouillée encore, en Bretagne (1905-1909). Entre-temps il s'est fait connaître, sinon du grand public, du moins du public cultivé, par un article-essai: "La crise de l'histoire révolutionnaire. Taine et Aulard", (1908). A partir, de 1908 et jusqu'à la guerre et même jusqu'à sa mort, il saute en quelque sorte au point d'aboutissement, le gouvernement révolutionnaire, comme s'il était convaincu, en bon historien, que seule la fin permet de saisir et d'interpréter les commencements et les étapes intermédiaires. Pour ce faire, il se lance dans un travail de bénédictin, dans la collecte et la publication des Actes du gouvernement révolutionnaire (23 août 1793- 27 juillet 1794). Trois volumes étaient prévus. Le premier, prêt en 1914, paraîtra en 1920. Ce travail préparatoire devait déboucher sur une histoire générale de la Terreur. Dans la logique de l'entreprise, auraient dû lui succéder une ou des études sur la période 1789-1793, mais on ignore tout des projets à long terme de Cochin.

"A la déclaration de guerre, réserviste, il court s'engager sans attendre son ordre de mobilisation et brûle de partir au plus tôt au front: "Ma place est au danger, mon nom m'en fait un devoir". Ens eptembre 1914, il participe à la bataille de la Somme est est grièvement blessé. Dix mois d'hôpital lui laisseront un bras cassé, qui ne se ressoudra pas. En juin 1915, il est en Champagne. Trois blessures l'éloignent du front, où il réussit à revenir en décembre. le 25 février 1916, il est à Verdun, où il "fait" Douaumont et le Mort-homme. Une nouvelle blessure l'envoie en Corrèze, maisil refuse de rester à l'arrière. Enfin, le 8 juillet 1916, il est de nouveau sur la Somme. Blessé au cou, il meurt sur le champ de bataille... (Augustin Cochin) était de cette race de Français, conservateurs et même réactionnaires, qui plaçaient la patrie presque au sommet de la hiérarchie des valeurs, le sommet étant occupé par Dieu et la religion catholique." (Jean Baechler, ibid., p. 8).

"A sa mort, presque rien de l'oeuvre d'A. Cochin n'avait paru. En 1920, est publié le premier volume des Actes. En 1921, un recueil d'articles et d'essais, Les Sociétés de pensée et la démocratie... [1] Enfin, en 1925, paraissent, end eux volumes, Les sociétés de pensée et la Révolution en Bretagne, 1788-1789. Ces publications sont le fait de son ami et collaborateur Charles Charpentier. Alphonse Aulard crut saisir qu'A. Cochin reprenait la vieille thèse du complot maçonnique de l'abbé Augustin Barruel. Quant à l'historien robespierriste Albert Mathiez, il avoua n'y rien comprendre: "Aulard et mathiez ont donné le la, et leur critique expulse pour longtemps Augustin Cochin de l'historiographie universitaire de la Révolution française; elle sera reprise, de confiance, par leurs successeurs, qui gèrent le même patrimoine culturel".

... Mais un monarchiste "libéral"...

Augustin Cochin se rattache, par sa famille, au courant du libéralisme "catholique", caractérisé par l’acceptation de l’ordre nouveau issu de la Révolution, ne limitant ses critiques qu’aux excès de cette dernière. Il n’appartient donc pas à ce que l’on a appelé l’école contre-révolutionnaire. Pour lui, la Révolution "est l’effet naturel d’une situation générale, nullement d’un complot". C’est pourquoi, loin de souscrire aux thèses d'Augustin Barruel, il les récuse expressément: "La thèse du complot [...] a eu bien des formes, depuis la forme naïve, avec le père Barruel, dont la conspiration de mélodrame va de Voltaire à Babeuf, ... Or, c'est là encore une thèse à écarter, après l'enquête de Taine... La Révolution a tenu parole: elle est une tyrannie, c’est vrai, mais une tyrannie sans tyrans, ... 'la dictature sans dictateur', disent les Jacobins eux-mêmes" (Moniteur, Convention, 25 août 1794, cité in Augustin Cochin, L'esprit du jacobinisme, PUF, Sociologies, Vendôme 1979, p. 124-125). Voir aussi cette page internet: [2]

Cochin n'a pourtant pas vu que si "la Révolution est une tyrannie sans tyrans", elle n'en est pas moins une tyrannie de millions de tyrans! Au Roi tyran guillotiné, on a remplacé un "peuple" tyran.

Lorsque Cochin écrit: "Il y a sous le régime social, oppression sans doute, et oppression de la majorité... Il n'est pas vrai que toute minorité d'oppresseurs soit une faction ou un complot" (Augustin Cochin, L'esprit du jacobinisme, PUF, Sociologies, Vendôme 1979, p. 126), il se contente d'asséner une thèse sans voir non plus que si il n'y a pas oppression d'une majorité, il y a par contre bel et bien, et contrairement à la légende dorée de la démocratie (la majorité fait loi), oppression d'une minorité. Jean Sévillia l'explique très bien: "En [...] 1789, c'est une minorité qui s'empare du pouvoir et se le dispute... Conduite au nom du peuple, la Révolution s’est effectuée sans le consentement du peuple, et souvent même contre le peuple..." (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 177).

Enfin, Cochin ne donne aucune réponse aux preuves avancées par l'Abbé Barruel dans ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme. Cochin se contente de dire, avec les autres, que le complot n'existe pas ou n'a pas existé. Mais il n'avance aucun argument ni surtout aucune preuve de son analyse. Dans ces conditions, il est malvenu, voire malhonnête, de contrer une thèse étayée par de nombreuses lettres et documents, sans apporter la moindre preuve ou le moindre argument réfutant ces éléments.

Le libéralisme de Cochin (condamné par les papes du XIXe et du XXe siècle jusqu'à Pie XII) constitue son point faible et nous semble-t-il, son erreur. Il n'a pas été jusqu'au bout de son intuition. Et il est évident que la Révolution a été longuement & froidement préméditée dans les Loges et plus particulièrement dans la secte d'Adam Weishaupt, qui fonda en 1776, la Secte des Illuminés de Bavière.

Le libéralisme de Cochin ne le préserva pas du camp extrémiste; il ne l'a en tout cas pas empêché d'être systématiquement occulté ou écarté par les pontes universitaires d'une histoire radicale-socialiste et marxiste, jusque dans les années soixante.

Un libéral réhabilité par Furet

L’histoire dite de " défense républicaine " – principalement à l’oeuvre à partir du centenaire de la Révolution –, plus tard renforcée par l’histoire marxiste, prétend voir dans la Révolution "un bloc" (Clemenceau), un phénomène "collectif" inéluctable, dont le sujet est avant tout le "peuple" (Michelet, cet historien d’apparence qui fut surtout un auteur romantique, abonde de récits en ce sens). Par suite, disent-ils, le processus révolutionnaire est devenu violent et dans quelques cas, incontrôlable, avant tout en raison des oppositions qu’il a rencontrées, et de l’obligation dans laquelle les révolutionnaires se sont trouvés: celle de défendre le "peuple" (on se demande lequel...) contre la coalition des ennemis extérieurs et intérieurs. Le même argument sera utilisé pour justifier le "communisme de guerre" et la terreur léniniste...

François Furet, qui a consacré à Cochin un très brillant essai, réhabilite sa mémoire ("Augustin Cochin, La théorie du jacobinisme" in Penser la Révolution française, Gallimard, 1978).

On se fera une idée de l'attitude des épigones à l'égard de Cochin par cette notice de l'historien marxiste Albert Soboul: "Sur les sociétés de pensée. Rappelons, mais plutôt au titre de l'historiographie, les ouvrages aujourd'hui dépassés d'A. Cochin..." (A. Soboul, La civilisation et la révolution française, Arthaud, 1970, p. 608)...

Il me semble qu'aujourd'hui, les historiens dépassés sont tous ces marxistes et ces révolutionnaires. De plus en plus, des travaux sortent qui renvoient leur propagande là d'où elle n'aurait jamais du sortir. La ringardise change de camp. Et c'est tant mieux.