Les remèdes aux maux qui accablent la société

De Christ-Roi
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Pie XI, Lettre Encyclique Ubi Arcano, 1922. [1]

Sommaire

Les remèdes aux maux qui accablent la société: "Tel est le sens de notre brève formule : le règne du Christ"

"La pacification des esprits: Une telle paix ne saurait être que la paix du Christ"

"Nous venons, Vénérables Frères, d'énumérer brièvement les causes des maux qui accablent la société. Il reste à étudier les remèdes que, en se basant sur la nature même de ces maux, on peut juger susceptibles de la guérir.


  • La tâche qui s'impose avant toute autre, c'est la pacification des esprits.

Il y a bien peu à attendre d'une paix artificielle et extérieure qui règle et commande les rapports réciproques des hommes comme ferait un code de politesse ; ce qu'il faut, c'est une paix qui pénètre les cœurs, les apaise et les ouvre peu à peu à des sentiments réciproques de charité fraternelle.

  • Une telle paix ne saurait être que la paix du Christ : et que la paix du Christ apporte l'allégresse en vos cœurs (Coloss. III, 15) ; il ne peut y avoir de paix autre et différente que celle que le Christ donne lui-même aux siens (Jean XIV, 27), lui qui, comme Dieu, voit dans les cœurs (I Samuel XVI, 7) et règne dans l'intime des âmes. C'est d'ailleurs à bon droit que le Seigneur Jésus appelait cette paix sa paix à lui, car il fut le premier à dire aux hommes : Vous êtes tous des frères (Matth. XXIII, 8) ; c'est lui qui a promulgué la loi de l'amour et du support mutuel entre tous les hommes, et la scella pour ainsi dire de son sang : Mon précepte à moi est que vous vous aimiez les uns les autres comme moi-même je vous ai aimés (Jean, XV, 12) ; Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ (Gal. VI, 2).


Il découle de là clairement que la paix authentique du Christ ne saurait s'écarter de la règle de la justice, puisque c'est Dieu qui juge la justice (Ps. IX, 5) et que la paix est œuvre de justice (Isaïe XXXII, 17). Mais encore cette justice ne doit-elle pas adopter une brutale inflexibilité de fer ; il faut qu'elle soit dans une égale mesure tempérée par la charité, cette vertu qui est essentiellement destinée à établir la paix entre les hommes. C'est dans ce sens que le Christ a procuré la paix au genre humain ; bien mieux, suivant la forte parole de saint Paul, il est lui-même notre paix (Ephes. II, 14), puisque, en même temps que dans sa chair il satisfaisait sur la croix à la justice divine, il tuait en lui-même les inimitiés, réalisant la paix (Ibid.), et en lui réconciliait les hommes et le monde avec Dieu. Dans la rédemption même, saint Paul considère et relève moins une œuvre de justice - elle l'est, certes - qu'une œuvre divine de réconciliation et de charité : Dans le Christ Dieu se réconciliait le monde (II Cor. V, 19) ; Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique (Jean III, 16). Le Docteur angélique exprime cette pensée quand il dit, en une formule très heureuse comme toujours, que la paix véritable et authentique est plus de l'ordre de la charité que de la justice, cette dernière ayant mission d'écarter les obstacles à la paix tels que les torts, les dommages, tandis que la paix est proprement et tout spécialement un acte de charité (Summ. Theol., II-II, q. 29 art. 3, ad. III).


A cette paix du Christ, qui, fille de la charité, réside dans les profondeurs de l'âme, est applicable la parole de saint Paul sur le royaume de Dieu, car c'est précisément par la charité que Dieu règne dans les âmes : le royaume de Dieu n'est ni mets ni breuvage (Rom. XIV, 17). En d'autres termes, la paix du Christ ne s'alimente point de biens périssables, mais des réalités spirituelles et éternelles dont le Christ lui-même a révélé au monde et n'a cessé de montrer aux hommes l'excellence et la supériorité. C'est en ce sens qu'il disait : Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme ? Ou que pourra-t-il donner pour racheter son âme ? (Matth. XVI, 26.) De même il a indiqué la persévérance et la fermeté d'âme dont le chrétien doit être animé : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut perdre à la fois le corps et l'âme dans la géhenne (Matth. X, 28 ; Luc. XII, 4, 5).


Ce n'est pas que celui qui veut goûter la paix du Christ soit tenu de renoncer aux biens de cette vie ; loin de là, le Christ lui-même les lui promet en abondance : Cherchez tout d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tous ces biens vous seront donnés par surcroît (Matth. VI, 33 ; Luc. XII, 31). Seulement la paix de Dieu surpasse tout sentiment (Philip. IV, 7), et c'est pourquoi précisément elle commande aux appétits aveugles, et ignore les discussions et discordes que ne peut manquer d'engendrer la soif des richesses.


Que la vertu mette un frein aux convoitises, que l'on accorde aux biens spirituels la considération qu'ils méritent, et l'on obtient tout naturellement cet heureux résultat que la paix chrétienne assure l'intégrité des mœurs et met en honneur la dignité (de la personne humaine), rachetée par le sang du Christ, adoptée par le Père céleste, consacrée par les liens fraternels qui l'unissent au Christ, rendue par les prières et les sacrements participante do la grâce et de la nature divines, en attendant que, en récompense d'une sainte vie ici-bas, elle jouisse éternellement de la possession de la gloire du ciel.

Prescrire "la paix chrétienne, qui se confond avec la paix divine et par là même prescrit le respect de l'ordre, de la loi et de l'autorité"

Nous avons déjà montré qu'une des causes principales du chaos où nous vivons réside dans ce fait que de graves atteintes ont été portées au culte du droit et au respect de l'autorité, - ce qui s'est produit le jour où on s'est refusé à voir en Dieu, Créateur et Maître du monde, la source du droit et de l'autorité. Ce mal trouvera lui aussi son remède dans la paix chrétienne, qui se confond avec la paix divine et par là même prescrit le respect de l'ordre, de la loi et de l'autorité. Nous lisons, en effet, dans l'Écriture : Conservez la discipline dans la paix (Ecclésiastique, XLI, 14) ; La paix comble ceux qui chérissent ta loi, Seigneur (Ps. CXVIII, 165) ; Celui qui a le respect de la loi vivra dans la paix (Prov. XIII, 13). Le Seigneur Jésus ne s'est pas contenté de dire : Rendez à César ce qui est a César (Matth. XXII, 21) ; il a affirmé qu'il révérait en Pilate lui-même la puissance qui lui avait été donnée d'en haut (Jean, XIX, 11) ; et précédemment n'avait-il pas fait une loi à ses disciples de respecter ces scribes et pharisiens qui étaient assis sur la chaire de Moïse ? (Matth. XXIII, 2)


Dans sa famille, le Christ fut d'une admirable déférence pour l'autorité de ses parents, se soumettant pour l'exemple à Marie et à Joseph (Luc, II, 51). C'est en son nom, enfin, que les apôtres promulguèrent cette règle : Que tout homme soit soumis aux autorités supérieures, car il n'est point de pouvoir qui ne vienne de Dieu (Rom. XIII, 1 ; cf. I Petr. II, 13, 18).


Remarquons par ailleurs ce fait : sa doctrine et ses préceptes touchant la dignité (de la personne humaine), la pureté des mœurs, le devoir de l'obéissance, l'organisation divine de la société, le sacrement de mariage et la sainteté de la famille chrétienne, tout cela et l'ensemble des vérités qu'il avait apportées du ciel sur la terre, le Christ ne l'a confié en dépôt qu'à son Église seule, avec la promesse formelle qu'il l'aiderait et serait avec elle à jamais, et il lui a donné mission de l'enseigner, en un magistère infaillible, à toutes les nations jusqu'à la fin des siècles. Cette observation fait entrevoir tout de suite quels puissants remèdes peut et doit offrir l'Église catholique pour la pacification du monde.

"Extirper de la vie publique, de la famille et de la société civile, la plaie du matérialisme"

Ayant été seule constituée par Dieu interprète et gardienne de ces vérités et de ces préceptes, l'Église seule aussi jouit à jamais du pouvoir efficace

  • d'extirper de la vie publique, de la famille et de la société civile, la plaie du matérialisme, qui y a déjà opéré tant de ravages ;
  • d'y faire pénétrer les principes chrétiens, bien supérieurs aux systèmes des philosophes, sur la nature spirituelle ou l'immortalité de l'âme ;
  • d'opérer le rapprochement de toutes les classes de citoyens,
  • et d'unir le peuple tout entier par les sentiments d'une profonde bienveillance et par une certaine fraternité (Saint Augustin, de Moribus Ecclesiæ Catholicæ, I, 30) :
  • de défendre la dignité humaine et de l'élever jusqu'à Dieu qui voit les cœurs, et conforme à ses enseignements et à ses préceptes, que le sentiment sacré du devoir soit la loi de tous, particuliers et gouvernants, et même des institutions publiques ; et qu'ainsi le Christ soit tout et en tous (Coloss. III, 11).


L'Église, qui détient la vérité et le pouvoir du Christ, a seule mission de donner aux esprits la formation qui convient ; elle est aussi seule en mesure non seulement de rétablir aujourd'hui la véritable paix du Christ, mais encore de la consolider pour l'avenir en conjurant les menaces imminentes de nouvelles guerres que Nous avons signalées. Seule, en vertu d'un mandat et d'un ordre divin, l'Église enseigne l'obligation pour les hommes de conformer à la loi éternelle de Dieu toute leur activité, publique aussi bien que privée, en tant que particuliers comme en tant que membres de la collectivité : par ailleurs, il est évident que ce qui a trait au sort du grand nombre a une importance beaucoup plus grande.


Le jour où États et gouvernements se feront un devoir sacré de se régler, dans leur vie politique, au dedans et au dehors, sur les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ, alors, mais alors seulement, ils jouiront à l'intérieur d'une paix profitable, entretiendront des rapports de mutuelle confiance, et résoudront pacifiquement les conflits qui pourraient surgir.

En cet ordre d'idées, certains efforts ont bien été tentés jusqu'ici ; mais, on le sait, ils n'ont abouti à rien ou presque rien, principalement sur les points où les divergences internationales sont les plus vives.


C'est qu'il n'est point d'institution humaine en mesure d'imposer à toutes les nations une sorte de Code international, adapté à notre époque, analogue à celui qui régissait au moyen âge cette véritable Société des Nations qui s'appelait la chrétienté. Elle aussi a vu commettre en fait beaucoup trop d'injustices ; du moins la valeur sacrée du droit demeurait incontestée, règle sûre d'après laquelle les nations avaient à rendre leurs comptes.


Mais il est une institution divine capable de garantir l'inviolabilité du droit des gens ; une institution qui, embrassant toutes les nations, les dépasse toutes, qui jouit d'une autorité souveraine et du glorieux privilège de la plénitude du magistère, c'est l'Église du Christ : seule elle se montre à la hauteur d'une si grande tâche grâce à sa mission divine, à sa nature, à sa constitution même, et au prestige que lui confèrent les siècles ; et les vicissitudes mêmes des guerres, loin de l'amoindrir, lui apportent de merveilleux développements.


  • Il ne saurait donc y avoir aucune paix véritable - cette paix du Christ si désirée - tant que tous les hommes ne suivront pas fidèlement les enseignements, les préceptes et les exemples du Christ, dans l'ordre de la vie publique comme de la vie privée ;
  • il faut que, la famille humaine régulièrement organisée, l'Église puisse enfin, en accomplissement de sa divine mission, maintenir vis-à-vis des individus comme de la société tous et chacun des droits de Dieu.


Tel est le sens de notre brève formule : le règne du Christ.

Jésus-Christ, en effet, règne d'abord sur tous les hommes pris individuellement : il règne sur leurs esprits par ses enseignements, sur leurs cœurs par la charité, sur toute leur vie enfin quand elle se conforme à sa loi et imité ses exemples.

Jésus-Christ règne ensuite dans la famille lorsque, ayant à sa base le sacrement du mariage chrétien, elle conserve inviolablement son caractère d'institution sacrée, où l'autorité paternelle reflète la paternité divine qui en est la source et lui donne son nom (Ephes. III, 15), où les enfants imitent l'obéissance de Jésus adolescent, et dont toute la vie respire la sainteté de la Famille de Nazareth.
Jésus-Christ règne dans la société lorsque, rendant à Dieu un souverain hommage, elle reconnaît que c'est de lui que dérivent l'autorité et ses droits

Jésus-Christ règne dans la société lorsque, rendant à Dieu un souverain hommage, elle reconnaît que c'est de lui que dérivent l'autorité et ses droits,

  • ce qui donne au pouvoir ses règles, à l'obéissance son caractère impératif et sa grandeur ;
  • quand cette société reconnaît à l'Église son privilège, qu'elle tient de son Fondateur, de société parfaite, maîtresse et guide des autres sociétés ; non que l'Église amoindrisse l'autorité de ces sociétés - légitimes chacune dans sa sphère, - mais elle les complète très heureusement, comme le fait la grâce pour la nature ;
  • d'ailleurs le concours de l'Église permet à ces sociétés d'apporter aux hommes une aide puissante pour atteindre leur fin dernière, qui est le bonheur éternel, et les met plus à même d'assurer le bonheur de leurs membres durant leur vie mortelle.


Il apparaît ainsi clairement qu'il n'y a de paix du Christ que par le règne du Christ, et que le moyen le plus efficace de travailler au rétablissement de la paix est de restaurer le règne du Christ.


Aussi, lorsqu'il s'efforçait de tout restaurer dans le Christ, Pie X, comme par une inspiration divine, préparait cette grande œuvre du rétablissement de la paix, qui devait être le programme de Benoît XV.


Quant à Nous, poursuivant la tâche que Nos deux prédécesseurs s'étaient proposée, ce que tous Nos efforts tendront à réaliser, c'est la paix du Christ par le règne du Christ, avec une confiance absolue dans la grâce de Dieu, qui, en Nous appelant au souverain pontificat, Nous a promis son assistance permanente.


Pour mettre ce programme à exécution. Nous comptons sur le concours de tous les hommes de bien ; mais c'est d'abord à vous que Nous faisons appel, Vénérables Frères, vous que le Christ, notre Guide et Chef qui Nous a confié le soin de l'ensemble de son troupeau, a appelés à prendre une part très importante de Notre sollicitude pastorale. L'Esprit-Saint, en effet, vous a constitués pour gouverner l'Église de Dieu (Actes XX, 28) ; vous êtes tout spécialement investis du ministère de la réconciliation, vous remplissez le rôle de légats du Christ (II Cor. V, 18, 20) ; vous participez au magistère de Dieu, vous êtes dispensateurs de ses mystères (I Cor. IV, 1) ; et pour cette raison vous êtes appelés sel de la terre et lumière du monde (Matth. V, 13, 14), docteurs et pères des peuples chrétiens, modèle... du troupeau (I Petr. V, 3), et serez magnifiés dans le royaume des cieux (Matth. V, 19) ; vous tous enfin êtes comme les membres principaux, unis par des liens d'or, qui maintiennent la forte unité du corps du Christ (Ephes. IV, 15, 16), c'est-à-dire de l'Église, établie sur le fondement inébranlable de Pierre.


Vous Nous avez donné naguère un nouveau témoignage éclatant de votre zèle empressé quand, comme Nous le marquions au début de cette lettre, à l'occasion du Congrès eucharistique de Rome et du centenaire de la S. Congrégation de la Propagande, vous êtes presque tous accourus de toutes les régions du monde dans la Ville Éternelle auprès des tombeaux des Apôtres.


Cette assemblée de pasteurs, à laquelle leur renom et leur autorité donnaient tant d'éclat, Nous a suggéré l'idée de convoquer en temps opportun ici à Rome, capitale de l'univers catholique, une assemblée solennelle analogue, chargée d'appliquer les remèdes les plus appropriés après un pareil bouleversement de la société humaine ; et le retour prochain de l'Année Sainte est un heureux augure qui confirme encore les grands espoirs que Nous mettons en ce projet.


Toutefois, Nous n'osons point Nous résoudre à procéder sans délai à la reprise du Concile œcuménique ouvert par le très saint Pape Pie IX - ce souvenir remonte à Nos jeunes années, - qui ne mena à terme qu'une partie, fort importante, d'ailleurs, de son programme. Le motif de Notre hésitation est que Nous voulons, comme le célèbre guide des Israélites, attendre dans l'attitude suppliante de la prière que le Dieu bon et miséricordieux Nous manifeste plus clairement sa volonté (Juges, VI, 17).


En ces conjonctures, Nous le savons parfaitement, votre dévouement et votre activité n'ont nullement besoin de stimulant, et Nous leur rendons au contraire les hommages les plus mérités. Néanmoins, la conscience de Notre charge apostolique et de Nos devoirs paternels à l'égard de tous Nous inspire et Nous fait une sorte d'obligation d'ajouter comme de nouvelles flammes au feu qui vous dévore, dans l'assurance que Nos exhortations vous porteront à consacrer des soins encore plus attentifs à la portion du troupeau que le Maître a confiée à chacun de vous.


Que d'œuvres aussi excellentes qu'opportunes, concernant le clergé et tout le peuple fidèle, Nos prédécesseurs n'ont-ils pas, avec votre collaboration, sagement conçues, heureusement commencées et menées à bonne fin, initiatives que, étant données les circonstances, ils ont eu un singulier mérite à réaliser ! Nous en avons été informé par la renommée, transmise par la presse et confirmée par d'autres témoignages, comme aussi par les rapports particuliers que Nous tenons de vous-mêmes et d'un grand nombre d'autres personnes. Nous en rendons au Dieu éternel les plus ferventes actions de grâces dont Nous sommes capable.


Parmi ces œuvres, Nous relevons particulièrement celles, nombreuses et singulièrement opportunes, qui ont trait à la diffusion des saines doctrines et à la sanctification des âmes ; de même, les organisations, dites Pieuses Unions, de clercs et de laïques, qui ont pour objet le soutien et le développement des missions chez les infidèles, en vue d'étendre le règne de Dieu et de porter aux peuples barbares le salut temporel et éternel ; de même encore, les groupements si multipliés de jeunes gens, qui allient à une dévotion particulière envers la Sainte Vierge et surtout envers la sainte Eucharistie une pratique exemplaire de la foi, de la pureté, et d'une charité réciproque toute fraternelle ; ajoutons les associations tant d'hommes que de femmes, et tout spécialement les associations eucharistiques, qui se vouent à honorer l'auguste Sacrement, soit par des hommages plus fréquents ou plus solennels, tels même que de grandioses processions se déroulant par les rues des cités, soit encore par l'organisation d'imposants Congrès régionaux, nationaux, et même internationaux, où presque tous les peuples ont des représentants, mais dont tous les membres sont merveilleusement unis par la même foi, la même adoration, les mêmes prières, la même participation aux dons du ciel.


C'est à ce courant de piété que Nous attribuons l'accroissement fort notable de l'esprit apostolique, Nous voulons dire ce zèle très ardent qui, d'abord par la prière assidue et une vie exemplaire, puis par la voie féconde de la parole et de la presse et les autres moyens, y compris les œuvres de charité, tend à faire rendre au Cœur de Jésus, par les individus, par la famille et par la société, l'amour, le culte et les hommages dus à sa divine royauté. C'est le même but que poursuit ce bon combat " pour l'autel et le foyer ", cette lutte qu'il faut engager sur de multiples fronts en faveur des droits que la société religieuse qu'est l'Église et la société domestique qu'est la famille tiennent de Dieu et de la nature pour l'éducation des enfants. A cet apostolat se rattache enfin tout cet ensemble d'organisations, de programmes et d'œuvres qui, par l'appellation sous laquelle on les réunit, constituent l'action catholique, qui Nous est très particulièrement chère.


Toutes ces œuvres, et les autres institutions de même nature qu'il serait trop long d'énumérer, il importe de les maintenir avec énergie ; bien plus, on doit les développer avec une ardeur chaque jour croissante en les enrichissant des perfectionnements nouveaux que réclament les circonstances de choses et de personnes. Cette tâche peut paraître ardue et difficile aux Pasteurs et aux fidèles ; elle n'en est pas moins évidemment nécessaire, et il faut la ranger parmi les devoirs primordiaux du ministère pastoral et de la vie chrétienne.


Tous ces motifs démontrent - avec trop d'évidence pour qu'il soit besoin d'insister - à quel point toutes ces œuvres se commandent les unes les autres, et quels étroits rapports elles ont avec la restauration si désirée du règne du Christ et avec le retour de la paix chrétienne, impossible hors de ce règne : la paix du Christ par le règne du Christ.


Et voici maintenant, Vénérables Frères, ce que Nous vous demandons de dire à vos prêtres. Témoin et naguère collaborateur des travaux de toute sorte qu'ils ont courageusement entrepris pour le troupeau du Christ, le Pape a toujours apprécié et continue d'apprécier hautement le zèle admirable qu'ils déploient dans l'accomplissement de leur tâche, comme leur ingéniosité à découvrir des méthodes toujours nouvelles pour faire face aux nouvelles situations créées par l'évolution du temps. Ils Nous seront unis par un lien d'autant plus étroit, et, à Notre tour, Nous leur porterons une affection d'autant plus paternelle que, par la sainteté de leur vie et l'intégrité de leur obéissance, ils seront de meilleur cœur et plus étroitement unis à leurs chefs et maîtres les évêques, comme au Christ en personne.


Que Nous placions dans le clergé régulier une confiance spéciale pour la réalisation de Nos desseins et de Nos projets, il n'est pas besoin, Vénérables Frères, de longs discours pour vous en convaincre : vous savez trop bien l'importance du rôle que remplit ce clergé pour l'extension du règne du Christ dans nos pays et au dehors.


Voués à l'observation et à la pratique non seulement des préceptes mais encore des conseils évangéliques, les membres des familles religieuses, soit qu'ils s'exercent à la contemplation des choses divines dans l'ombre des cloîtres, soit qu'ils se produisent au grand jour de l'apostolat, expriment au vif dans leur existence l'idéal des vertus chrétiennes et, se consacrant tout entiers au bien commun, renoncent sans réserve aux biens et aux commodités de la terre pour jouir plus abondamment des biens spirituels ; ils excitent les fidèles, témoins constants de tels exemples, à porter leurs aspirations vers les biens supérieurs, et ils obtiennent ce résultat en s'adonnant aux œuvres admirables par lesquelles la bienfaisance chrétienne soulage toutes les souffrances du corps et de l'âme. Dans ce dévouement, comme en témoignent les monuments de l'histoire ecclésiastique, ces prédicateurs de l'Évangile sont allés à maintes reprises, sous l'impulsion de la divine charité, jusqu'à sacrifier leur vie pour le salut des âmes, et par leur mort ils ont contribué à étendre le règne du Christ, en reculant les frontières de la vraie foi et de la fraternité chrétienne.


Rappelez par ailleurs à l'attention des fidèles que c'est en travaillant, dans des œuvres d'apostolat privé et public, sous votre direction et celle de votre clergé, à développer la connaissance de Jésus-Christ et à faire régner son amour, qu'ils mériteront le titre magnifique de race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté (I Petr. II, 9) ; c'est en s'unissant très étroitement à Nous et au Christ pour étendre et fortifier par leur zèle industrieux et actif le règne du Christ, qu'ils travailleront avec plus d'efficacité à rétablir la paix générale entre les hommes. Car le règne du Christ établit et fait épanouir une certaine égalité de droits et de dignité entre les hommes, tous ennoblis du sang précieux du Christ ; et ceux qui paraissent commander aux autres doivent en droit et en fait, à l'exemple du Christ Seigneur lui-même, être les administrateurs des biens communs, et par suite les serviteurs de tous les serviteurs de Dieu, principalement des plus humbles et des plus pauvres.


Cependant les transformations sociales qui ont amené ou accru la nécessité de recourir au concours des laïques dans les œuvres d'apostolat, ont exposé les inexpérimentés à des dangers nouveaux, aussi graves que nombreux. L'épouvantable guerre à peine finie, l'agitation des partis est venue bouleverser les cités ; un tel débordement de passions et une telle perversion d'idées se sont emparés du cœur et de l'esprit des hommes qu'on peut redouter de voir l'élite des chrétiens et même des prêtres, pris au mirage des apparences de la vérité et du bien, s'infecter de la funeste contagion de l'erreur.


Combien sont-ils, en effet, ceux qui admettent la doctrine catholique sur l'autorité civile et le devoir de lui obéir, le droit de propriété, les droits et devoirs des ouvriers de la terre et de l'industrie, les relations réciproques des États, les rapports entre ouvriers et patrons, les relations du pouvoir religieux avec le pouvoir civil, les droits du Saint-Siège et du Pontife romain, les privilèges des évêques, enfin les droits du Christ Créateur, Rédempteur et Maître, sur tous les hommes et tous les peuples ?

(Pie XI, Lettre Encyclique Ubi Arcano, 1922. [2])


"AVOIR LA CHARITE QUI EST LE LIEN DE LA PERFECTION" (Saint Paul)

Les fruits de la charité

Léon XIII n'a cessé d'y exhorter. Commentant le mot de Saint Paul aux Colossiens: "Mais surtout ayez la charité qui est le lien de la perfaction", il dit: "Oui, en vérité, la charité est le lien de la perfection... Personne n'ignore quelle a été la force de ce précepte de la charité, et avec quelle profondeur, dès le commencement, il s'implanta dans le coeurs des chrétiens, et avec quelle abondance il a produit

  • des fruits de concorde,
  • de bienveillance mutuelle,
  • de piété,
  • de patience,
  • de courage !

Pourquoi ne nous appliquerions-nous pas à imiter les exemples de nos pères ? Le temps même où nous vivons ne doit pas exciter médiocrement à la charité."

(Léon XIII, Encyclique Sapientiae Christianae, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 97.)


Si cette souveraine vertu se pratiquait suivant les règles évangéliques, la société civile s'en porterait beaucoup mieux

"Nous vous recommandons par-dessus tout la charité sous ses formes variées,

  • la charité qui donne,
  • la charité qui unit,
  • la charité qui ramène,
  • la charité qui éclaire,
  • la charité qui fait le bien par les paroles, par les écrits, par les réunions, par les sociétés, par les secours mutuels. Si cette souveraine vertu se pratiquait suivant les règles évangéliques, la société civile s'en porterait beaucoup mieux."

(Léon XIII, Discours au Patriciat romain, mai 1893, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 98.)


LAISSER A L'EGLISE LA LIBERTE DE RESSUSCITER DANS LES ÂMES LES PRECEPTES DIVINS ET D'ETENDRE SUR TOUTES LES CLASSES DE LA SOCIETE SA SALUTAIRE INFLUENCE (Léon XIII)

"Pour conjurer le péril qui menace la société, ni les lois humaines, ni la répression des juges, ni les armes des soldats ne sauraient suffire; ce qui importe par-dessus tout, ce qui est indispensable, c'est qu'on laisse à l'Eglise la liberté de ressusciter dans les âmes les préceptes divins et d'étendre sur toutes les classes de la société sa salutaire influence."

(Léon XIII, Discours aux ouvriers français, 20 octobre 1889, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 98.)

"De même que dans le passé, contre les hordes de barbares, nulle force matérielle n'a pu prévaloir, mais bien au contraire la vertu de la religion chrétienne qui, en pénétrant leurs esprits, fit disparaître leur férocité, adoucit leurs moeurs et les rendit dociles à la voix de la vérité et de la foi évangélique; ainsi, contre les fureurs de multitudes effrénées, il ne saurait y avoir de rempart assuré sans la vertu salutaire de la religion, laquelle, répandant dans les esprits la lumière de la vérité, insinuant dans les coeurs les préceptes de la morale de Jésus-Christ, leur fera entendre la voix de la conscience et du devoir, et mettra un frein aux convoitises avant même que d'en mettre à l'action et amortira l'impétuosité des passions mauvaises."

(Léon XIII, Lettre aux Italiens, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 98.)


RETABLIR LA SOCIETE DANS SA VERITABLE CONSTITUTION, RESTAURER LES NOBLES SENTIMENTS ET RECONSTITUER UN BON ET SAIN REGIME CORPORATIF

"Nous n'entendons pas dire qu'il faille revenir au système des castes de l'Egypte ou de l'Inde, ni recosntituer la féodalité, ni suivre les errements de l'ancien régime, mais il faut bien se pénétrer de cette idée: que pour échapper aux funestes effets de l'individualisme qui, mettant tout en miettes, réduit tout à l'impuissance, il est absolument nécessaire de :

  • refaire des associations, et de les organiser conformément à la diversité de leurs fins et des fonctions exigées par la société.
  • Pour atteindre ce but, il n'y a que la constitution d'un bon et sain régime corporatif.

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 99.)

"L'Eglise ambitionne de ramener l'union des deux classes jusqu'à les unir l'une à l'autre par les liens d'une véritable amitié.., dans l'amour fraternel où s'opère l'union de tous, riches et pauvres." (Léon XIII)

"Dans la société, les deux classes (employeurs et employés) sont destinées par la nature à s'unir harmonieusement et à se tenir mutuellement dans un parfait équilibre. Elles ont un impérieux besoin l'une de l'autre: il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital. La concordre engendre l'ordre et la beauté; au contraire, d'un conflit perpétuel, il ne peut résulter que la confusion des luttes sauvages." (Léon XIII, Encyclique Rerum novarum, 1891, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 100.)

"Le lien formé est un lien moral qui met l'un dans une position supérieure et l'autre dans une position inférieure. Or, par là même qu'il y a lien de dépendance ou de supériorité, il y a obligation de patronat, de paternité d'un côté et de filialité de l'autre, et voilà pourquoi les questions qui touchent au travail intéressent à la fois la religion, la morale et la politique" Mgr Delassus, ibid., note 1, p. 100.)

"Faire cesser l'antagonisme entre les riches et les pauvres, n'est point le seul but que poursuit l'Eglise; instruite et dirigée par Jésus-Christ, elle porte ses vues plus haut, elle propose un corps de préceptes plus complet, parce qu'elle ambitionne de ramener l'union des deux classes jusqu'à les unir l'une à l'autre par les liens d'une véritable amitié.

"Ce sera trop peu de la simple amitié; si l'on obéit aux préceptes du christianisme, c'est tous dans l'amour fraternel que s'opère l'union de tous, riches et pauvres."

Réintégrée dans les coeurs, cette charité se fixera comme d'elle même dans des institutions, pour peu qu'on le veuille.

(Léon XIII, Encyclique Rerum novarum, cité in Mgr Delassus, ibid., note 1, p. 100.)


"quand j'aurais même toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien" (Saint Paul)

"Mes frères:

  • quand je parlerais les langues des hommes et des Anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymblale qui retentit.
  • Quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science;
  • quand j'aurais même toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien.
  • Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres,
  • quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien."

(Saint Paul, Epître aux Corinthiens, I, 13.)


Restaurer un bon et sain régime corporatif

"Ce que nous demandons,c 'est qu'on cimente à nouveau l'édifice social en revenant aux doctrines et à l'esprit du christianisme, enf aisant revivre, au moins quant à la substance, dans leur vertu bienfaisante et multiple..., ces corporations d'arts et de métiers qui jadis, informées de la pensée chrétienne, et s'inspirant de la maternelle sollicitude de l'Eglise, pourvoyaient aux besoins matériels et religieux des ouvriers, leur facilitaient le travail, prenaient soin de leurs épargnes et de leurs économies, défendaient leurs droits, et appuyaient, dans la mesure voulue, leurs justes revendications." (Léon XIII, Aux ouvriers français, 20 octobre 1889, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 100.)

Les corporations rétablies, non dans leur ancienne constitution, mais dans leur esprit, dans cet esprit que Léon XIII vient de dire, contribueraient pour beaucoup au rétablissement de la "paix".

[...]

Notre Seigneur Jésus-Christ en a imposé la pratique en ces termes: "Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux." "Cette formule, dit le P. Gratry, [...] se trouve être, comme la loi des astres, un principe complet, le principe d'une science plus riche, plus belle, plus importante que celle du ciel étoilé. Voilà la loi première, la loi morale, cause unique de tous les progrès humains." (La loi morale et la Loi de l'Histoire, t. I, p. 11, cité in Mgr Delassus, ibid., note 1, p. 102.)

De fait, la prospérité s'établit et se développe partout où cette loi est observée, aussi bien dans les nations que dans les tribus, et dans les corporations que dans les familles. Par contre, la discorde, la guerre, la ruine..., se fixent partout où cette loi cesse d'être respectée.

OPERER UNE REFORME MORALE

"A mon avis, la seule solution que puisse recevoir ce qu'on appelle la "question ouvrière", et plus généralement la question sociale, c'est une réforme morale qui rétablirait:

la réciprocité du dévouement et des services

une éducation nouvelle donnée à la nation...

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 194-195.)

"FAIRE DE LA FAMILLE LE POINT DE DEPART DE TOUTES LES INSTITUTIONS" (Balzac)

Les Français étaient heureux et prospères lorsque la famille était chez eux solidement constituée

"[...] quand l'esprit de famille animait la société entière, le gouvernement du pays, de la province et de la cité, et présidait aux rapports des classes entre elles.

Aujourd'hui, la famille n'existe plus chez nous qu'à l'état élémentaire. La reconstituer est l'oeuvre fondamentale, celle sans laquelle toute tentative de rénovation restera stérile. Jamais la société ne sera régénérée, si la famille ne l'est d'abord. "Personne n'ignore, a dit Léon XIII, que la prospérité privée et publique dépend principalement de la cosntitution de la famille." (Lettre sur la famille chrétienne, 11 juillet 1892, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 103.)

Balzac a dit aussi: "Il n'y a de solide et de durable que ce qui est naturel, et la chose naturelle en politique est la famille. La famille doit être le point de départ de toutes les isntitutions." ( Mgr Delassus, ibid., p. 103.)


"LA REFORME DOIT COMMENCER PAR LA RECONSTITUTION DE LA FAMILLE" ( Mgr Delassus)

Que le principe de conservation des nations résident dans "la puissance de leurs vertus morales" (Frantz Funck-Brentano)

"Ce ne sont ni les victoires des hommes de guerre, dit M. Funck-Brentano, ni les succès des diplomates, ni même les conceptions des hommes d'Etat, qui conservent aux nations la prospérité et la grandeur - et surtout qui peuvent les leur rendre lorsqu'elles les ont perdues; - c'est la puissance de leurs vertus morales." Cette conviction, formée dans son esprit, par l'étude approfondie des divers civilisations, est la conclusion de son livre La Civilisation et ses Lois.

C'est une dangereuse illusion de croire qu'un homme, fût-ce un homme de génie, puisse, du jour au lendemain, nous tirer de la situation où nous sommes, et rendre à la France son ancienne grandeur. La chute est trop profonde, elle date de trop loin: il y a plusieurs siècles qu'elle fut commencée. Il ne pourrait que nous relever et nous replacer sur la voie. Or, il n'y a point d'autre voie de salut que celle des vertus, les vertus morales et sociales, qui se montrent à l'origine de toutes les sociétés, leur donnant naissance, puis, faisant leur prospérité par la concorde et le secours mutuel."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 104.)


La famille est "la cellule organique du corps social", la cellule de base où se trouve le foyer des vertus morales et sociales

"La famille est la cellule organique du corps social. C'est en elle que se trouve le foyer des vertus morales et sociales; c'est d'elle que nous les avons vues rayonner et pénétrer de leur puissance tous les organes sociaux et l'Etat lui-même.

Il en fut ainsi chez tous les peuples qui arrivèrent à une civilisation.

Or, la famille n'existe plus en France. Cette affirmation pourra surprendre (Que dirait Mgr Delassus qui écrivit cette chose en 1910, face aujourd'hui à un anéantissement complet de la famille: divorce, pacs, mariages homosexuels, adoptions homosexuelless, etc. !); mais elle n'étonnera que ceux qui voyant notre pays dans son état actuel, n'ont jamais eu l'idée de ce qu'il était autrefois et de ce qu'il doit être.

"Autrefois, la famille française, comme la famille de la société antique, constituait un tout dense et homogène qui se gouvernait avec une entière indépendance (je dirais liberté) vis-à-vis de l'Etat..., sous l'autorité absolue de son chef naturel, le père, et dans la voie des traditions et des coutumes léguées par ses ancêtres.

Aujourd'hui, la famille est à ce point dans la dépendance de l'Etat que le père n'a même plus la liberté d'élever ses enfants comme sa conscience et ses traditions de famille lui disent de le faire. L'Etat s'en empare, avec la volonté légalement proclamée de faire de ces enfants des sans-Dieu et conséquemment des sans-moeurs. Et les pères de famille ont tellement perdu le sentiment de ce qu'ils sont, qu'ils laissent faire!

C'est que nous n'avons plus en France, de la famille, l'idée qu'on en a eue autrefois, l'idée qu'en ont tous les peuples qui vivent et qui prospèrent. Nous ne la voyons plus que dans la génération présente. Celle-ci ne forme plus dans notre pensée, et même dans la réalité, avec les générations précédentes et les générations subséquentes, ce tout homogène et solidaire qui traversait les âges dans sa vivante unité."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 104-106.)


Ne plus considérer l'individu mais la famille et porter nos efforts à la reconsituer

"Depuis un siècle, tous nos efforts ont échoué. Pourquoi ? Parce que, subissant l'action déprimante des lois et des coutumes issues des sophismes de Jean-Jacques, nous n'avons vu que l'individu, nous avons travaillé sur l'individu, au lieu de considérer la famille et de faire porter nos efforts à la reconstituer. La famille reconstituée produirait à nouveau des hommes, c'est que nous n'avons plus de familles pour les produire; et nous n'avons plus de familles, aprce que la société a perdu de vue le but de sa propre existence, qui est de non pas de procurer à l'individu le plus de jouissances possibles, mais de protéger la germination des familles, et de les aider à s'éléver toujours plus haut."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 115.)


Ne plus considérer l'individu mais la famille et porter nos efforts à la reconsituer

"Depuis un siècle, tous nos efforts ont échoué. Pourquoi ? Parce que, subissant l'action déprimante des lois et des coutumes issues des sophismes de Jean-Jacques, nous n'avons vu que l'individu, nous avons travaillé sur l'individu, au lieu de considérer la famille et de faire porter nos efforts à la reconstituer. La famille reconstituée produirait à nouveau des hommes, c'est que nous n'avons plus de familles pour les produire; et nous n'avons plus de familles, parce que la société a perdu de vue le but de sa propre existence, qui est de non pas de procurer à l'individu le plus de jouissances possibles, mais de protéger la germination des familles, et de les aider à s'éléver toujours plus haut."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 115.)


Rendre à la famille la faculté de se replacer sous la le régime de la famille-souche

"Si nous voulons que la France ait encore un avenir, rien de plus fondamental, rien de plus nécessaire que de rendre à la famille française la faculté de se replacer sous le régime de la famille-souche, ayant un atelier perpétuel:

  • champ,
  • usine,
  • maison de commerce,

chargé de produire non seulement le pain quotidien, mais celui des vieux jours et l'établissement des enfants, ayant aussi son foyer chargé de l'éducation des jeunes générations selon les traditions des ancêtres. Dès que cette liberté sera rendue, un certain nombre de familles entreront d'elles-mêmes dans cette voie, et, après quelques générations, se trouveront tout naturellement au-dessus de celles qui seront restées dans l'instabilité. La hiérarchie sociale s'ébauchera à nouveau par le fait même. La société se raffermira d'autant et finira par se reconstituer.

"Tout dans l'histoire, a fort bien dit M. Paul Bourget, démontre que l'énergie du corps social a toujours été, comme disent les mathématiciens, en focntion ou en proportion de l'énergie de la vie de famille."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 136-137.)


Restaurer l'autorité paternelle

L'autorité paternelle, ébranlée au XVIIIe siècle, fut quasi-détruite par la Convention (1792).

"Du moment où les hommes imbus de l'esprit de Jean-Jacques qui veut que l'individu et non la famille soit l'unité sociale, eurent en mains le pouvoir législatif, ils s'empressèrent d'abolir la puissance paternelle à l'égard des majeurs de vingt et un ans et de l'énerver vis-àvis des enfants plus jeunes. "La voix impérieuse de la raison, proclamait l'un de ces législateurs, s'est fait entendre. Il n'y a plus de puissance paternelle. Un homme ne saurait avoir de pouvoirs directs sur un autre, fût-ce son fils" (Cambacérès, Moniteur du 23 août 1793.)

" A un siècle de distance nous avons entendu des paroles équivalentes à la tribune, lors de la discussion des lois sur la liberté de l'enseignement. Le socialisme lorsqu'ils era au pouvoir fera, de ces propos, des lois. M. Benoît Malon, dans son livre: Le socialisme intégral, dit:

"L'important est d'abolir radicalement l'autorité du père et sa puissance quasi-royale dans la famille. L'égalité ne sera, en effet, parfaite qu'à cette condition. Les enfants ne sont-ils pas autant que les parents ? Pourquoi les commander ? DE QUEL DROIT ? PLUS D'OBEISSANCE, SANS QUOI PLUS D'EGALITE !"

Aujourd'hui, "tous déplorent la rupture des liens familiaux et ses suites qui sont:

  • la disparition du respect
  • et de l'obéissance chez les jeunes gens,
  • leur émancipation,
  • et comme conséquence, une corruption extrême des moeurs privées et des moeurs publiques;
  • enfin, la déchéance de la race et la société française mise en péril."

"Il est donc souverainement urgent de restaurer l'autorité paternelle. Aucune n'a plus de titres plus légitimes, aucune n'est plus nécessaire.

Le pouvoir du père est celui qui, dans l'ordre naturel, offre au plus haut degré les caractères d'une institution divine. Il se classe au-dessus de celui du souverain dont le rôle se borne à diriger une société sur laquelle il ne peut revendiquer des droits qu'il tiendrait de la nature: tandis que l'autorité attribuée au père est une conséquence légitime de cette dignité naturelle, qui est de continuer l'oeuvre de la création en reproduisant des êtres qui ont le sentiment de l'ordre moral, et qui peuvent être élevés à la connaissance et à l'amour de Dieu."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 161-163.)

RECONSTITUER EN NOBLESSE CE QUI RESTE EN FRANCE D'ARISTOCRATIE

"Il eût fallu ramener dans les âmes l'antique esprit, l'ancien dévouement. La France eût alors assisté à une évolution, au lieu d'avoir à subir une révolution. S'adaptant aux conditions présentes de la société, l'esprit ancien eût fait avancer dans les voies d'un véritable progrès, la société que nous voyons rétrograder. Tandis que, livrée qu'elle est à l'impulsion de la foule, elle cède au nombre comme le corps au poids le plus lourd; elle redescend les degrés de la civilisation, elle rentre dans la barbarie.

"S'il plaît à Dieu de nous arracher un jour à cette pente, lorsqu'il s'agira de réorganiser notre société, peut-être sentira-t-on la nécessité de reconstituer en noblesse ce qui restera en France d'aristocratie, c'est-à-dire de familles qui auront su se soustraire à la contagion de tous les vices qui nous dévorent."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 187.)

La noblesse constituée est un corps protecteur

"Si les familles qui se sont aristocratisées restent isolées les unes des autres, si elles ne forment point un corps ayant reçu une investiture, elles n'agiront auprès du peuple que d'une manière individuelle, et, dès lors, toute l'action sociale devra venir du pouvoir, ce qui met en grand danger de despotisme. La noblesse constituée est un corps protecteur pour le peuple à l'égard du souverain, comme aussi pour le souverain à l'égard de la multitude. Et c'est pourquoi toute nation qui veut conserver ses libertés doit avoir une noblesse, comme tout pouvoir doit avoir une noblesse pour posséder ses contre-forts."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 188.)

Rallier la noblesse au service public est préférable à l'en écarter (Taine)

"Se plaçant à un autre point de vue, Taine a dit: "On ne peut supprimer l'aristocratie sans retour. Dans toute société qui a vécu, il y a toujours un noyau de familles dont la fortune et la considération sont anciennes. Supprimée par la loi, l'aristocratie se recosntitue par le fait, et le législateur ne peut jamais que choisir entre deux systèmes: celui qui la laisse en friche ou celui qui lui fait porter des récoltes; celui qui l'écarte dus ervice public ou celui qui la rallie au service"; et il donne d'excellentes raisons pour démontrer que ce dernier parti est de beaucoup préférable.

Le meilleur gouvernement est celui qui donne pleine carrière au développement de la nature humaine, en tenant ouverte l'entrée de la noiblesse à la bourgeoisie par les anoblissements légitimes, et l'entrée de la bourgeoisie ouverte au peuple par les institutions qui favorisent la formation du capital et consacrent ses droits.

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 188.)

Refaire de la nation française une société

"A l'heure actuelle, la nation française n'est plus, à proprement parler, une société, parce qu'on ne trouve plus chez elle l'organsiation sociale qui, dans toutes les civilisations, a fait d'une multitude une société.

La foule est encore maintenue en une certaine cohésion par le réseau des fonctionnaires - le Mamouth - qui l'enserre de toutes parts; mais la vie s'en va, et il n'est personne qui ne soit effrayé de voir combien les signes de mort se sont multipliés en ces dernières années, en tout ordre de choses.

C'est le coeur qui meurt led ernier, et le coeur de la France, c'est l'élite de ses enfants, composés de tous ceux qui ont gardé quelque chose de l'esprit des anciens.

Ce coeur, c'est le clergé, prêtres séculiers et religieux, qui ne se sont point laissé gagner par l'esprit du siècle, qui cosnervent la doctrine et la présentent dans sa pureté, et qui prêchent la sainteté d'exemple autant que de parole.

[...]

Ce coeur, c'est cette partie de la noblesse, qui est restée fidèle à la foi, aux principes d'honneur et aux sentiments de la charité chrétienne.

Ce coeur, c'est la bourgeoisie vertueuse: cette partie de l'armée et de la magistrature, de l'industrie et du commerce qui reste attachée d'esprit et de coeur au catholicisme, qui garde son âme ouverte aux grands sentiments, fermée au scepticisme et à la cupidité.

C'est en cette élite que la société peut actuellement espérer, c'est de ce coeur que la vie reprendra possession de tout le corps, s'il se montre assez vigoureux pour chasser d'un mouvement continu, par tout l'organisme, le sang pur et vivifiant dont il a conservé les restes. Que d'efforts sont faits pour le paralyser et même le corrompre !"

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 190-192.)


FERMER LES LOGES ET OUVRIR LES EGLISES

Il y a deux Frances, la France catholique et la France maçonnique

ayant l'une et l'autre un idéal différent et même opposé, luttant entre elles à qui fera triompher le sien. Et comme la maçonnerie, aussi bien que le catholicisme, s'étend au monde entier, que partout les deux Cités sont en présence, partout aussi se voit en même temps le même engagement dans la même bataille."

( Mgr Delassus, Le Problème de l'heure présente, Guerre à la civilisation chrétienne, la civilisation maçonnique ou le temple, tome I, ESR, Cadillac 2000, p. 15.)

Un jour ou l'autre, comme le peuple romain de ce temps-là, le peuple français s'écriera: "Que les loges soient fermées et que les églises s'ouvrent !"

"Les funestes divisions des esprits de peuvent avoir une heureuse fin 
tant que la pure lumière de la vérité n'aura pas éclairé les ignorants... 
Il faut ouvrir les yeux des âmes."

Comme Constantin, il demandera cette lumière au Vicaire de Jésus-Christ; et comme le peuple romain de ce temps-là, le peuple français s'écriera:

"Le Dieu de nos pères est le seul Dieu!"
"Que les loges soient fermées et que les églises s'ouvrent."

"Le peuple qui honore le Christ triomphera toujours de ses ennemis!"

De ce jour, mais de ce jour-là seulement, la REVOLUTION aura cessé d'être et la RENOVATION commencera.

Elle commencera non seulement pour la France, mais pour l'Europe et pour le monde."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 236-237.)

CONSTITUER LA SOCIETE DE TELLE SORTE QU'ELLE FAVORISE LES EFFORTS VERS LA SAINTETE

"Et la Révolution est toujours là aussi, disant que l'homme n'a qu'une fin terrestre, que l'intelligence ne lui a été donnée que pour mieux satisfaire ses appétits; et que par conséquent, la société doit être organisée et gouvernée de telle sorte, qu'elle arrive à procurer à tous la plus grande somme possible de satisfactions mondaines et charnelles.

Non seulement, il y a division, mais il y a conflit; conflit patent depuis la Renaissance, conflit ourd depuis les origines du christianisme; car du jour où l'Eglise s'efforça d'établir et de propager la vraie civilisation (et nous dirons le mot, le vrai humanisme), elle trouva devant elle les mauvais instincts de la nature humaine pour lui résister."

( Mgr Delassus, Le Problème de l'heure présente, Guerre à la civilisation chrétienne, la civilisation maçonnique ou le temple, tome I, ESR, Cadillac 2000, p. 12.)

Etablir une Déclaration chrétienne des droits de l'homme

Le bien de l'homme est que lui soient reconnus tous les droits qui concourent à l'obtention de son bien-être éternel et temporel

"Il faut que les plus grandes intelligences de l'époque prennent sérieusement la défense des vérités et des droits les plus élémentaires de toute société; droits et vérités qui furent toujours sacrés chez les peuples païens, qui le sont encore chez les nations barbares et même chez les hordes sauvages:

  • DIEU,
  • la distinction du bien et du mal,
  • la famille,
  • la propriété,
  • l'homme! (Ces peuples païens et ces hordes sauvages respectent encore la loi naturelle, chose que nous ne faison même plus!)

Or, quand la barbarie est dans les idées, son passage dans les moeurs et dans les faits n'est plus qu'une question de temps. [...] Voilà ce qui nous menace, ce qui nous arrivera aussi infailliblement que la nuit au déclin du soleil, si on ne se hâte d'élever la seule digue capable de prévenir la dernière catastrophe. Cette digue, c'est la foi; et ce qui doit être l'application immédiate, l'application sociale de la foi, c'est la sanctification du dimanche."

( Mgr Gaume, La profanation du dimanche considérée au point de vue de la religion, de la société, de la famille, de la liberté, du bien-être, de la dignité humaine et de la santé, Editions Saint-Rémi, p. 64-66.)