Loi naturelle

De Christ-Roi
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Qu’est ce que la loi naturelle ?

Bien souvent on se réfère à la loi naturelle sans savoir exactement de quoi on parle. Pourtant, une définition claire est nécessaire car elle constitue le fondement de notre éthique. La société moderne développe de plus en plus un droit positif qui est en opposition avec le droit naturel (avortement, euthanasie…) car le légiste s’appuie sur sa seule raison subjective pour discerner entre ce qui est bon ou mauvais pour l’homme. Le centre de formation à l'action civique et culturelle (anciennement Ictus) précise dans un article de doctrine le sens et les enjeux qui entourent le terme de ‘loi naturelle’ : " La mise en oeuvre d'une action politique (mais aussi sociale, morale,...) en vue du Bien Commun suppose la connaissance et le respect de l'ordre naturel et de la loi naturelle. Or, ces notions sont méconnues, voire décriées à notre époque ( …)."

Extrait d’un article disponible sur le site centredeformation.net

"De plus, au moment où les esprits sont troublés par la contestation incessante de toute vérité, il est indispensable, dans le cadre de notre travail de reconquête culturelle, d'être en mesure de réaffirmer les vérités de bon sens qui concernent l'ordre naturel : elles permettent aux hommes de savoir où ils en sont, et de voir où ils doivent aller et comment, pour leur bien et dans leur intérêt bien compris.

L'ordre naturel, la loi naturelle et le droit naturel

« (…) L’ordre naturel est l’ordre des choses de la Création. Par "naturel", il ne faut pas entendre tout ce qui existe dans la nature (ou dans la réalité sociale), mais tout ce qui est conforme à la nature des choses, et en particulier à la nature de l'homme. (…) La loi naturelle est la loi morale (naturelle) que l’homme tire des exigences de sa nature et de la nature des choses en général. (…) la loi est un commandement de la raison, en vue du bien commun, promulgué par une autorité légitime. Une loi tire donc son autorité de celui qui l’édicte : la loi naturelle s’impose donc à l’homme parce que l’autorité qui en est la source est Dieu (…) Du fait du refus de Dieu et de la méconnaissance de la loi éternelle, les comités d’éthique (étatiques) sont incapables de s’accorder sur des normes communes : au nom de quoi le feraient-ils ? (…) La loi naturelle fonde le droit naturel (expression juridique de la loi naturelle). (…) Selon Aristote et Saint Thomas d’Aquin, le droit naturel "doit être tiré de la nature, de l’observation de la nature et pas du tout de la raison, pas même de la nature de l’homme, considéré isolément, d’une définition abstraite de l’essence de l’individu (...) le droit doit être tiré de l’observation de toute la nature, et je dirai précisément de la nature des choses (...) les choses de l’univers social, les institutions sociales, les formes d’états ou de cités, (...) les choses dans leur diversité : Aristote sait (...) que le même régime ne convient pas en Grèce et dans les pays orientaux. Les choses dans leur mobilité, Aristote sait qu’elles sont oeuvre humaine historique, et que l’homme étant libre ne cesse de créer des situations nouvelles".

De même, le droit n’est pas "un ensemble de règles expresses", mais le juste, "une valeur à poursuivre inlassablement, la solution juste que nous cherchons, et que nous ne savons pas d’avance" (1). Par rapport à la conception classique du droit naturel, Léo Strauss explique : "le changement fondamental (...) se manifeste dans la substitution des droits de l’homme à la loi naturelle (…) Les droits de l’homme sont l’équivalent moral de l’ego cogitans (i.e. l’homme raisonnable). L’ego cogitans s’est entièrement émancipé de la "tutelle de la nature", et finalement il refuse d’obéir à toute loi qu’il n’ait engendrée en totalité, ou de se dévouer à toute valeur dont il ne soit pas certain d’être le créateur" (2).

"L’homme a remplacé la nature comme source du droit. Rompant avec l’idée d’un droit naturel fondée sur une loi qui est celle-là même de l’ordre du monde et prescrit à chacun ce qu’il doit être, les modernes vont se référer à un droit naturel dans la nature de l’homme imposant à toute réalité sa loi. L’homme moderne se concevra comme la seule source des valeurs, ce pourquoi le droit des modernes sera un droit subjectif, enraciné dans l’idée que le sujet humain se fait de lui-même, et non plus dans l’objectivité d’un ordre cosmique" (3) (i.e. l’ordre des choses).

( …) l'enseignement de l'Eglise [précise] que le pouvoir politique est (…) tenu à respecter la loi naturelle : c’est une condition de sa légitimité (…) La législation humaine ne revêt le caractère de loi qu’autant qu’elle se conforme à la juste raison, d’où il apparaît qu’elle tient sa vigueur de la loi éternelle. Dans la mesure où elle s’écarterait de la raison, il faudrait la déclarer injuste, car elle ne vérifierait pas la notion de loi; elle serait plutôt une forme de violence" (Saint Thomas. 1-2, 93,3, ad 2)".

Ce que l’antiquité grecque admettait déjà, ainsi qu’en témoignent les propos que Sophocle prête à Antigone, qui avait bravé l’interdit du roi Créon de ne pas donner de sépulture à Polynice : "Je n’ai pas pensé que des décrets avaient un tel pouvoir qu’ils puissent autoriser un mortel à fouler au pied les lois non écrites et immuables des dieux". Il faut donc rappeler sans cesse que ce qui est légal (avortement, divorce, reconnaissance du concubinage, athéisme des états,...) n'est pas nécessairement moral et conforme à l'ordre naturel. (…)

Comment présenter l’existence de l’ordre naturel ?

Pour les croyants, et notamment pour les catholiques, la tentation est grande de présenter la loi naturelle comme une conséquence de la foi. (…) Or, cette manière de présenter les choses est aujourd’hui inopérante. Certes, droit divin et droit naturel sont inséparables, mais les prescriptions du droit naturel sont accessibles directement par la raison (cf. les développements de la philosophie d'Aristote).

De plus, cette présentation est maladroite psychologiquement, car elle tend à présenter cette conception de l’ordre comme une opinion confessionnelle et ce, d’autant plus que l’Eglise est maintenant la seule à enseigner et à défendre cette vérité.

Enfin, il faut contourner la réaction de rejet provoquée par la propagande moderniste à l’égard de certains mots (dont nature humaine, loi naturelle et ordre naturel). Pour ce faire, il faut montrer que les lois que la science cherche à tirer de l'observation des choses, par exemple, illustrent parfaitement l'existence d'un ordre naturel.

Dans ces conditions, il faut adopter une démarche plus logique et plus empirique, en partant de l’ordre des choses avant d’avancer les "étiquettes" loi naturelle et ordre naturel, et de conclure à l’existence d’un Etre ordonnateur :

Ordre des choses => Ordre naturel => loi naturelle (…)

Le simple bon sens suffit alors pour illustrer l'ordre des choses à partir d'exemples courants (existence et classement des espèces : les pommiers ne donnent jamais de fraises !) ou plus élaborés : l’insémination artificielle est l’illustration qu’il existe des lois de la fécondation naturelle; la cellule fécondée se divise peu à peu pour donner tous les organes, chacun à sa place selon sa fonction. D’où la formule de Bacon qui gouverne toute la science et la technique : "On ne commande à la nature qu’en lui obéissant".

La même méthode est valable ensuite dans le domaine moral : il est possible à partir des méfaits de la drogue (santé), du divorce (bonheur des conjoints et éducation des enfants), de l'avortement (détresse des mères) d'illustrer les préceptes de la loi naturelle. A l'image de la science expérimentale moderne, qui a érigé en principe l'observation de la nature comme source de sa connaissance et de son efficacité technique, les hommes ont d'ailleurs cherché dans la nature, dès l'antiquité, ce qui était juste : "Nous tirerons le juste de l’observation de la nature", disait Aristote, et "Pour discerner la bonne loi de la mauvaise, nous n’avons pas d’autre critère que la nature" affirmait aussi Cicéron.

En effet, l’ordre humain n’est pas un arbitraire; il ne s’agit pas de le créer, de l’inventer, mais de le décrire. L’homme doit lire dans l’ordre naturel pour légiférer (légiférer vient de lire). (…)"

Extrait d’un article disponible sur le site centredeformation.net dans la rubrique Doctrine

(1) - Michel Villey, "Seize essais de philosophie du droit", collection philosophie du Droit", pp. 50-51, Dalloz, 1969. (2) - Léo Strauss, "La Cité et l'homme", p. 62, Agora, 1987. (3) - Alain Renault, "Qu'est-ce que le Droit ?", pp. 37-39, Vrin, 1992.