Les causes des maux qui accablent la société

De Christ-Roi
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"LES CAUSES DES MAUX QUI ACCABLENT LA SOCIETE" (Pie XI, Ubi Arcano, 1922)

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Pie XI, Lettre Encyclique Ubi Arcano, 1922.

Partout "dédain des biens éternels que le Christ ne cesse d'offrir à tous par son Église", mais "soif insatiable de posséder les biens éphémères et caducs d'ici-bas"

Partout on trouve le dédain des biens éternels que le Christ ne cesse d'offrir à tous par son Église, et une soif insatiable de posséder les biens éphémères et caducs d'ici-bas.


Or, ces biens matériels ont pour effet, si on les recherche avec excès, d'engendrer des maux de tout genre et tout d'abord la corruption des mœurs et la discorde. Car, vils et grossiers de leur nature, ils ne peuvent rassasier le cœur de l'homme, qui, créé par Dieu et destiné à jouir de sa gloire, est voué à vivre dans une instabilité et une inquiétude perpétuelles aussi longtemps qu'il ne se repose pas dans le sein de Dieu.


De plus, ces biens étant fort limités, la part qu'en reçoit chacun diminue a mesure que grandit le nombre de ceux qui se les partagent ; tandis que les biens spirituels, même répartis entre un grand nombre, les enrichissent tous sans être amoindris. Il s'ensuit que, impuissants à satisfaire tout le monde également et ne pouvant rassasier personne complètement, les biens terrestres deviennent de ce chef des sources de discordes et d'animosité, et sont vraiment vanité des vanités et affliction de l'esprit (Ecclésiaste, I, 2, 14), comme les appelait d'expérience le prince des sages, Salomon. Et il en est de la société comme des individus. D'où viennent les guerres et les conflits parmi vous ? demandait l'apôtre Jacques ; n'est-ce pas de vos convoitises ? (Jacques, IV, 1, 2)


On ne saurait, en effet, imaginer peste plus mortelle que la concupiscence de la chair, c'est-à-dire la recherche effrénée du plaisir, pour bouleverser non seulement la famille, mais les États mêmes ; la concupiscence des yeux, c'est-à-dire la soif des richesses, donne naissance à cette lutte acharnée des classes, attachées chacune outre mesure à ses avantages particuliers ; quant à l'orgueil de la vie, c'est-à-dire la passion de dominer tous les autres, il a en propre d'inciter les partis politiques à des guerres civiles si âpres qu'ils ne reculent ni devant les attentats de lèse majesté, ni devant le crime de haute trahison, ni jusqu'au meurtre même de la patrie.

"L'amour même de sa patrie et de sa race, source puissante de multiples vertus et d'actes d'héroïsme lorsqu'il est réglé par la loi chrétienne, n'en devient pas moins un germe d'injustice et d'iniquités nombreuses si, transgressant les règles de la justice et du droit, il dégénère en nationalisme immodéré"

C'est à ces convoitises déréglées, se dissimulant pour donner le change, sous le voile du bien public et du patriotisme, qu'il faut attribuer sans contredit les haines et les conflits qui s'élèvent périodiquement entre les peuples. Cet amour même de sa patrie et de sa race, source puissante de multiples vertus et d'actes d'héroïsme lorsqu'il est réglé par la loi chrétienne, n'en devient pas moins un germe d'injustice et d'iniquités nombreuses si, transgressant les règles de la justice et du droit, il dégénère en nationalisme immodéré. Ceux qui tombent en cet excès oublient, à coup sûr, non seulement que tous les peuples, en tant que membres de l'universelle famille humaine, sont liés entre eux par des rapports de fraternité et que les autres pays ont droit à la vie et à la prospérité, mais encore qu'il n'est ni permis ni utile de séparer l'intérêt de l'honnêteté : la justice fait la grandeur des nations, le péché fait le malheur des peuples (Prov. XIV, 34). Que si une famille, ou une cité, ou un État, a acquis des avantages au détriment des autres, cela pourra paraître aux hommes une action d'éclat et de haute politique ; mais saint Augustin nous avertit sagement que de pareils succès ne sont pas définitifs et n'excluent pas les menaces de ruine : C'est un bonheur qui a l'éclat et aussi la fragilité du verre, pour lequel on redoute que soudain il ne se brise à jamais (S. Aug. de civitate Dei, l. IV, c. 3).


Si la paix est absente et si, comme le remède à tant de maux, elle se fait attendre encore aujourd'hui, il faut en rechercher les raisons, plus profondément que nous ne l'avons fait jusqu'ici.


"Qui donc ignore la prédiction de l'Écriture : Ceux qui abandonnent le Seigneur seront réduits à néant (Isaïe I, 28) ?"

"C'est pour s'être misérablement séparés de Dieu et de Jésus-Christ que de leur bonheur d'autrefois les hommes sont tombés dans cet abîme de maux"

Bien avant que la guerre mît l'Europe en feu, la cause principale de si grands malheurs agissait déjà avec une force croissante par la faute des particuliers comme des nations, cause que l'horreur même de la guerre n'aurait pas manqué d'écarter et de supprimer, si tous avaient saisi la portée de ces formidables événements. Qui donc ignore la prédiction de l'Écriture : Ceux qui abandonnent le Seigneur seront réduits à néant (Isaïe I, 28) ? Et l'on ne connaît pas moins l'avertissement si grave de Jésus, Rédempteur et Maître des hommes : Sans moi, vous ne pouvez rien faire (Jean XV, 5) ; et cet autre : Celui qui ne recueille point avec moi dissipe (Luc, XI, 23).


De tout temps ces oracles divins se sont vérifiés, mais la vérité n'en a jamais avec une telle évidence éclaté aux yeux de tous que de nos jours.

C'est pour s'être misérablement séparés de Dieu et de Jésus-Christ que de leur bonheur d'autrefois les hommes sont tombés dans cet abîme de maux ;

"C'est pour la même raison que sont frappés d'une stérilité à peu près complète tous les programmes qu'ils échafaudent en vue de réparer les pertes et de sauver ce qui reste de tant de ruines." (Prophétique!)

  • Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l'autorité ne tirant plus son origine de Dieu, mais des hommes, les lois ont perdu la garantie de sanctions réelles et efficaces, ainsi que des principes souverains du droit, qui, aux yeux mêmes de philosophes païens comme Cicéron, ne peuvent dériver que de la loi éternelle de Dieu ; bien plus, les bases mêmes de l'autorité ont été renversées dès là qu'on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d'obéir pour les autres.
  • Inéluctablement, il s'en est suivi un ébranlement de la société tout entière, désormais privée de soutien et d'appui solides, livrée en proie aux factions qui briguaient le pouvoir pour assurer leurs propres intérêts et non ceux de la patrie.


On décida de même que Dieu ni le Seigneur Jésus ne présideraient plus à la fondation de la famille, et l'on fit rentrer dans la catégorie des contrats civils le mariage, dont le Christ avait fait un grand sacrement (Ephes. V, 32) et qui, dans sa pensée, devait être le symbole saint et sanctificateur du lien indissoluble qui l'unit lui-même à son Église.

  • Aussi, dans les masses populaires s'obscurcissent les idées et les sentiments religieux que l'Église avait infusés à la cellule-mère de la société qu'est la famille ;
  • la hiérarchie et la paix du foyer disparaissent ;
  • l'union et la stabilité de la famille sont de jour en jour plus compromises ;
  • le feu des basses convoitises et l'attachement mortel à des intérêts mesquins violent si fréquemment la sainteté du mariage, que les sources mêmes de la vie des familles et des peuples en sont infectées.


Enfin, on a paru exclure Dieu et le Christ de l'éducation de la jeunesse ; on est arrivé, et c'était inévitable, non pas tant à supprimer la religion dans les écoles qu'à l'y faire attaquer à mots couverts ou même ouvertement ; les enfants en ont conclu qu'ils n'avaient rien ou pour le moins fort peu à attendre, pour la conduite de la vie, de cet ordre de choses, qu'on passait absolument sous silence ou dont ou ne parlait qu'avec des termes de mépris.

  • Et, de fait, si Dieu et sa loi sont proscrits de l'enseignement, on ne voit plus comment on peut demander aux jeunes gens de fuir le mal et de mener une vie honnête et sainte, ni comment préparer pour la famille et la société des hommes de mœurs rangées, partisans de l'ordre et de la paix, capables, et à même de contribuer à la prospérité publique.


Puisqu'on a renié les préceptes de la sagesse chrétienne, il n'y a pas lieu de s'étonner que les germes de discorde semés partout, comme en un sol bien préparé, aient fini par produire cet exécrable fruit d'une guerre, qui, loin d'affaiblir par la lassitude les haines internationales et sociales, ne fit que les alimenter plus abondamment par la violence et le sang.


"LE REMPLACEMENT DU REGIME PATRIARCAL PAR LE REGIME ADMINISTRATIF, BIENTÔT DOMINE PAR... LA FINANCE" ( Mgr Delassus)

D'où vient la prospérité des peuples et d'où leur décadence ?

"Aucune société ne peut subsister sans l'assistance mutuelle;

  • secours des grands aux petits
  • service des petits aux grands:

et c'est chose incontestable que, pour que cette assistance mutuelle soit efficace, pour qu'elle puisse faire régner la paix et la prospérité dans la société, elle ne doit pas être occasionelle, mais constante, et que pour être constante, elle doit être organisée socialement.

On ne l'a point toujours compris, pas plus au sein de la chrétienté que dans l'antiquité païenne; et toujours la paix sociale et les biens qui en découlent ont suivi les fluctuations qu'a subies la fidélité aux devoirs réciproques.

Il faut ajouter que toujours l'infidélité s'est d'abord manifestée dans les régions supérieures. les hautes classes se sont peu à peu renfermées dans la jouissance des biens que leur situation leur procurait, et suivant la même pente, les classes inférieures se sont détachées d'elles pour finir par se révolter contre ceux qui avaient été durant des siècles leur soutien (mais qui ont trahi et failli à leur mission).

Un coup d'oeil sur l'histoire ancienne puis sur l'hsitoire moderne nous fera assister à la reproduction, chez nous, des phases de décadence que la société païennes a subies, et cela, par l'effet des mêmes causes.

Nous mettrons à profit,... une trimpe étude de M. Frantz Funck-Brentano (La Famille fait l'Etat. Grandeur et décadence des aristocraties. Grandeur et décadence des classes moyennes, Collection Science et Religion, éd. Bloud et Cie) qui lui-même a mis à contribution entre autres ouvrages,

"Les changements qui paraissent dans la constitution des sociétés, dit M. Fustel de Coulanges, ne peuvent être l'effet du hasard ni de la force seule: la force qui les produit doit être puissante, et, pour être puissante, cette cause doit résider dans l'homme." C'est du coeur de l'homme, en effet, que sortent les vertus qui élèvent et les vices qui abaissent, et qui, à force d'abaisser, font disparaître les Etats aussi bien que les familles. Chez tous les peuples, l'époque où les qualités morales, d'où émanent les obligations réciproques (v. ci-dessus, l'assistance mutelle), ont été assez répandues et sont entrées assez profondément dans les caractères pour pénétrer aussi dans les moeurs et les coutumes, cosntitue le temps où ce peuple a le plus brillé dans sa force et sa splendeur. Avec l'oubli de ces obligations est venue la décadence.

Toujours et partout, le principe de cette décadence s'est trouvé d'abord dans l'aristocratie. Lorsqu'elle a négligé ses devoirs envers ses clients; lorsqu'elle a cessé de leur porter affection dans son coeur, et par suite cessé de leur prêter assistance et protection, les sentiments qui faisaient l'autorité des patrons se sont affaiblis et ont fini par s'éteindre dans le coeur de leurs inférieurs. Alors une aristocratie moins noble a succédé à une aristocratie plus noble, car les peuples ne sont jamais sans aristocratie. En France, comme en Grèce, comme dans l'Italie antique, on a vu l'aristocratie féodale, par suite de l'oubli de ses devoirs, faire place à une aristocratie d'argent... Les mêmes époques historiques se sont succédé dans le même ordre dans l'antiquité et dans les temps modernes... : à mesure que les traditions cédèrent à l'action du temps et des passions humaines, le régime patriarcal fit place au régime agraire, et celui-ci au régime administratif, bientôt dominé par la finance.

En Grèce, dès que les Eupatrides en vinrent à oublier leurs devoirs envers leurs clients, les antiques croyances, qui faisaient leur autorité dans l'âme des inférieurs,s 'éteignirent progressivement. Il ne resta comme source d'influence, que la propriété foncière qui put appartenir aux roturiers aussi bien qu'aux nobles. La législation de Solon vint alors dire que les droits, les honneurs, les focntions et les obligations des citoyens seraient mesurés d'après l'importance de leurs propriétés foncières. De sorte qu'aà l'aristocratie de race succéda une aristocratie de propriétaires.

Bientôt se produisit une autre révolution. Dès les temps de Solon, le commerce athénien prit son essor et bientôt s'étendit au loin. Le propriétaire du sol vit son importance s'amoindrir devant celle du négociant à qui les navires apportaient les richesses lointaines.

A Rome, les transformations furent les mêmes. La classe des chevaliers, hommes d'affaires, remplaça l'ancienne aristocratie qui disparut. Nous verrons les mêmes changements se produire en France. Mais auparavant, nous avons à rechercher quelles en furent les conséquences chez les peuples anciens.

Si longtemps que les familles patriciennes vécurent sur leurs terres, entourées de leurs clients, la misère fut chose inconnue: l'homme, en cas de nécessité, était secourur par son chef; celui à qui il donnait son travail et son dévouement devait subvenir à ses besoins. Il en fut autrement lorsque l'aristocratie d'argent eut pris la place de l'ristocratie foncière. Il n'y eut plus de lien permanent entre les petits et les grands. Le pauvre fut et resta isolé: plus personne n'était chargé de lui, plus personne ne le connaissait, plus personne ne voulait le secourir. C'est alors que Cicéron prononça cette sentence: "Nul n'est compatissant, à moins qu'il ne soit un sot ou un étourdi" (Pro Murena). Et Plaute en donne la raison: "En donnant votre pain à ceux qui en manquent, vous perdez votre bien, et vous aidez ces malheureux à prolonger une existence qui n'est pour eux qu'un fardeau."

Mais les pauvres ne se laissèrent point faire. Ils organisèrent une guerre régulière contre les riches. Ils usèrent de leur droit de suffrage pour les accabler d'impôts, pour décréter l'abolition des dettes ou opérer des confiscations générales...

Plutarque raconte qu'à Mégare, après une insurrection, on décréta que les dettes seraient abolies..., et que les créanciers, outre la perte du capital, seraient tenus de rembourser les intérêts déjà payés.

En 412 av. J.-C., le peuple de Samos massacra deux cents riches, en exila quatre cents autres et se partagea leurs terres et leurs maisons. A Corcyre, le parti des riches fut presque entièrement exterminé... Ceux qui s'étaient réfugiés dans les temples furent emmurés et on les laissa mourir de faim. "Partout on vit, comme dit Thucydide, de toutes les cruautés, toutes les barbaries, naturelles, à des gens qui, poussées par un sentiment aveugle d' égalité (déjà...), s'acharnent impitoyablement sur des rivaux." "Dans chaque cité, écrit Fustel de Coulanges, le riche et le pauvre étaient deux ennemis. Entre eux, nulle relation, nul service, nul travail qui les unit. le pauvre ne pouvait acquérir la richesse qu'en dépouillant le riche; le riche ne pouvait défendre son bien que par une extrême habileté ou par la force. Ils se regardaient d'un oeil haineux; c'était dans chaque ville une double conspiration, les pauvres conspiraient par cupidité, les riches par peur. Il n'est pas possible de dire lequel des deux partis commit le plus de cruautés et de crimes. Les haines effaçaient dans les coeurs tout sentiment d'humanité. Il y eut à Milet une guerre entre le riches et les pauvres; ceux-ci urent d'abord le dessus et forcèrent les riches à s'enfuir de la ville; mais ensuite, regrettant de n'avoir pu les égorger, ils prirent leurs enfants, les rassemblèrent dans des granges et les firent broyer sous les pieds des boeufs. Les riches rentrèrent ensuite dans la ville et redevinrent les maitres. Ils prirent les enfants des pauvres, les enduisirent de poix et les brûlèrent tout vifs."

Que devint la Grèce, si grande autrefois, dans cette effroyable lutte? L'historien [(Polybe|Polybe]] nous le dit: "Dans les champs, la culture des terres, dans les villes, les tribunaux, les sacrifices, les cérémonies religieuses sont abandonnées. Les Grecs vivent dans la guerre civile depuis dix générations. Celle-ci est devenue l'état habituel, régulier, normal de la race, on y est né, on y vit, on y mourra. On y voit des cités demeurer désertes, et, pour comble de douleur, les Grecs ne peuvent attribuer qu'à leur propre folie les calamités dont ils sont frappés.

L'histoire de la démocratie romaine donne le même enseignement que l'histoire de la démocratie grecque. Et si la lutte ne fut pas accompagnée de crises aussi sanglanes, il faut l'attribuer à une double cause. En premier lieu, aux conquêtes faites par les Romains, de territoires immenses, dont ils donnaient les terres à la plèbe; en second lieu, aux armées qui, échelonnées sur les frontières et en lutte continuelle contre les barbares, dévoraient beaucoup de plébéiens.

En France, comme en Grèce, comme en Italie, la civlisation a commencé et elle été portée à son plus haut point par une aristocratie féodale, à laquelle a succédé, depuis les jours de la "Renaissance" jusqu'aux jours de la Révolution, une aristocratie territoriale. Actuellement, nous avons cette aristocratie d'argent qui a marqué la fin de la civilisation hellénique et la fin de la civilisation romaine...

Les origines de notre civilisation remontent au VIe siècle. L'effort civilisateur y est proportionnel à la résistance à la barbarie. Elle enfante ses types les plus monstrueux et à côté d'eux se voient des figures rayonnnates de la plus pure vie chrétienne. Ce siècle et le suivant, qui apparaissent comme les plus barbares de tous, sont l'époque où les saints fleurissent en plus grand nombre et exercent l'action la plus décisive sur l'orientation de notre société [...], la charité évangélique: c'est-à-dire, l'amour de Dieu et l'amour du prochain. l'essentil était de les déterminer à dire une fois avec conviction et résolution: Je suis chrétien; et beaucoup l'étaient, dès ce moment-là, jusqu'à lhéroïsme.

Lorsque les Francs conquirent la Gaule, les villes appauvries n'étaient plus que des agglomérations d'artisans. La puissance et la richesse avaient passé aux campagnes. Là, au milieu d'immenses domaines, régnant sur des peuples de pauvres et d'esclaves, de grandes familles ne vivaient que pour le plaisir. Les Francs se partagèrent ces terres avec la même avidité qui présidait autrefois au partage des chevaux, des armes et des trésors. Chacun établit sa demure dans le lot qui était devenu le sien et s'identitifa avec cette terre devenue son héritage (Alod) et celui de ses enfants.

Telles furent les origines des premiers seigneurs. Quelques-uns restèrent païens; d'autres, après avoir reçu le baptême, continuèrent à mettre dans leurs relations sociales une odieuse cruauté. Mais, il y eut aussi des familles où la grâce du Christ, rencontrant un sang généreux, produisit les vertus quifirent d'elles notre aristocratie, première dans l'ordre du temps et aussi dans la valeur morale et dans la valeur guerrière. Sous les auspices de l'Eglise, elles apprirent à connaître et à pratiquer les devoirs envers le prochain, et la charité commença à établir chez nous son empire. Toutes les feuilles d'actes d'émancipation, que nous ont léguées les premiers siècles du moyen âge, attestent la pensée religieuse qui les a dcitées: "Il ne faut pas retenir dans les chaînes ceux que le Christ a rendus libres par le baptême, parce qu'il n'y a plus de différence de condition à ses yeux, mais qu'on est tous unis et égaux devant lui."

Les isntitutions sociales quis 'élevèrent alors naquirent de cet esprit. "Ce n'est ni les isntitutions vieillies d'une nation en décadence (les Romains), dit l'éditeur de l'oeuvre économique de Montchrétien; encore moins des habitudes grossières de bandes à peines disciplinées (les germains), qu'est sortie la civilisation moderne, mais de la force, de l'intensité des affections répandues dans la population entière (par les moines, les évêques et les saints), affections se transformant en obligations mutuelles et coutumières et, de là, en droits réciproques."

[...] Ce treizième siècle fut l'apogée de l'aristocratie féodale et de la grandeur de la France. Elle avait alors fondé le territoire et créé le génie français, fait avant tout de générosité.

Une autre aristocratie lui succéda..., l'aristocratie territoriale, qui n'eut point la valeur de la première. Elle eut d'ailleurs le malheur d'arriver en même temps que la "Renaissance", d'être plus tard saisie par l'absolutisme royal, et enfin de se sentir inoculer le venin "philosophique".

[...] Malheureusement..., la politique de Louis XIV s'attacha à séparer les gentilshommes du peuple, en les attirant à la cour et dans les emplois. Croyant s'affermir, la royauté détruisit de ses propres mains le fondement où elle était établie.

[...] La noblesse ne forma bientôt plus qu'une caste, fière de ses titres, jalouse de ses privilèges, et qui ne se justifiaient plus, ni les uns ni les autres, par la direction donnée à la vie de la nation.

[...] L'aristocratie foncière, ainsi tombée, fit place, comme à Athènes et à Rome, à l'aritocratie d'argent, dont la révolution nous dota.

D'après M. le vicomte d'Avenel (Revue des Deux-Mondes), les richissimes d'aujourd'hui, en France, sont douze fois plus nombreux que les plus riches personnages de l'ancien régime; ils sont dix fois plus riches ou vingt fois plus nombreux que les plus opulents princes des temps féodaux...

Pour un peuple, il y a pire que la destruction de ses armées et de ses flottes, la banqueroute de ses finances et l'invasion de son territoire; il y a l'abandon de ses traditions et la perte de son idéal. L'histoire de tous les peuples est là qui nous l'atteste."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 60-75.)

Quel se réserve l'aristocratie d'argent et que réserve-t-elle à la France?

La "nouvelle puissance ne prend de celles qui l'ont précédée que les abus auxquels elles s'étaient laissées aller.

"Les hommes de la Révolution, dit M. de Voguë (Un Siècle, mouvement du monde de 1800 à 1900.), ne doutaient point qu'ils eussent aboli tous les privilèges et assuré le règne de l'égalité. Dans l'empressement de leur optimisme, ils ne faisaient pas réflexion sur une loi de l'histoire: chaque fois qu'une société se débarrasse des anciennes distinctions, des anciens pouvoirs spirituel et temporel, un maître y demeure, inexpugnable celui-là, le plus dur et le plus subtil des maîtres, l'argent. Il s'insinue dans les hautes places vacantes, il ramasse toute l'autorité arrachée à ses rivaux, il rétablit à son profit, sousd 'autres formes, distinctions et privilèges. Tous lui obéissent, car il dispense seul tout ce qui fait le prix de la vie."

L'aristocratie française dut sa grandeur à ce qui avait fait la grandeur des aristocraties anciennes:

  • le dévouement des classes dirigeantes aux classes dirigées,
  • l'attachement des classes dirigées aux classes dirigeantes,
  • l'union des efforts pour le grand bien de tous.

Chez nous, comme dans les anciennes civilisations, la décadence fut la suite naturelle de la séparation qui se fit entre la noblesse et le peuple, vivant chacun de leur côté, ne s'aimant plus, ne s'entr'aidant plus, ne se connaissant plus. La noblesse avait déserté les campagnes pour aller se perdre à la cour des rois, y dépenser en plaisirs et en luxe d'argent que le travail des cultivateurs lui procurait. "Peut-on demeurer attaché et affectionné, demande M. de Tocqueville, à des gens qui ne vous sont rien par les liens de la nature et que l'on ne voit plus jamais ? C'est surtout dans les temps de disette qu'on s'aperçoit que les liens de patronage et de dépendance, qui reliaient autrefois le propriétaire rural aux paysans, sont relâchés ou rompus. Dans ces moments de crise, le gouvernement central s'effraie de son isolement et de sa faiblesse; il voudrait faire renaître pour l'occasion les influences individuelles qu'il a détruites; il les appelle à son aide : personne ne vient, et ils 'étonne en trouvant morts les gens auxquels il a lui-même ôté la vie." Quelques années avant la Révolution, la noblesse voulut se rapprocher du peuple; il était trop tard. Depuis un siècle, chaque classe avait cheminé à part, de son côté, grossissant, d'âge en âge, ses haines et ses préjugés contre la classe rivale qu'elle ne connaissait plus, qu'elle ne comprenait plus. On sait ce qu'il en advint. La société s'écroula dans les ruines et dans le sang.

[...]

La bourgeoisie avait pris dans la société la place de la noblesse. Sut-elle, sait-elle les devoirs que cette situation lui impose? Les traditions de patronage d'une aprt, de discipline de l'autre, se maintinrent quelque temps encore après la Révolution dans la petite industrie. Le Play parle avec complaisance des ateliers qu'il voyait encore vers 1830, sur le modèle de ceux d'autrefois. "Avant 1830, écrit-il, les ateliers parisiens portaient déjà la trace des idées subversives et des sentiments de haine que les révolutions antérieures avaient fait naître. J'ai cependant pu observer alors des isntitutions et des moeurs qui ne le cédaient en rien à ce que j'ai trouvé de plus parfait, pendant trente années, dans le reste de l'Europe: le patron et sa femme connaissant, dans tous ses détails, la vie domestique de leurs ouvriers, et ceux-ci se préoccupant sans cesse de la prospérité commune. La solidarité et l'harmonie apparaissaient dans tous les rapports du patron et de l'ouvrier. En 1867, à une époque où je disposais de nombreux moyens d'information - il était directeur de l'Exposition universelle - j'ai vainement cherché, dans les anciens ateliers agrandis et enrichis, quelques vestiges de ces touchantes relations. J'ai surtout constaté l' absence de l'affection et du respect."

La raison ene st indiquée par Funck-Brentano dans La Politique: "[...] Ceux qui, issus des classes moyennes,a rrivent rapidement à la richesse et aux honneurs,... ont des besoins insatiables comme elur ambition et leur égoïsme: gagner encore, parvenir plus loin ! Ceux qui dépendent d'eux, ouvriers ou employés, restent les marche-pieds de leur fortune ou les victimes de leurs ambitions. Enfin, comme ils n'ont pas reçu par éducation, nous dirions presque par apprentissage, les qualités morales propres à leur situation élevée, on les voit de moins en moins délicats dans le choix des moyens; leur moralités s'altère ainsi que leur caractère et ils ne valent plus que par leur isntinct des affaires ou par leur esprit d'intrigue. Dans la génération suivante, le mal s'accuse... Les enfants ne peuvent recevoir de leurs parents une éducation qu'eux-mêmes n'ont pas eue; mais par un effet de la richesse de la position que leurs parents ont acquise, les enfants ne cherchent que la satisfaction de leurs goûts, de leurs plaisirs. les caractères se dégradent..., et souvent la troisième ou quatrième génération finit à l'hôpital ou dans une maison de santé, tandis que de nouvelles familles, parvenues de même, rempalcent les premières."

[...]

L'homme s'efface aux yeux du capitalisme, il n'est plus qu'un moyen aux mains de ceux dont toutes les facultés sont tournées vers le but qu'ils poursuivent: la fortune.

La Révolution avait proclamé l' égalité de tous. Mais, observe Le Play, en rendant théoriquement l'ouvrier l' égal du maître, le maître était dispensé envers lui de l'obligation morale d'assistance et de protection.

Elle avait proclamé la liberté du travail. La bourgeoisie, riche d'expérience, de ressources et de capitaux, pouvait travailler ou ne pas travailler à sa guise; mais l'ouvrier restait rivé à la nécessité implacable du labeur quotidien. Avec les privilèges de la noblesse, la Révolution avait jeté au rebut les privilèges des ouvriers, c'est--àdire les règlements et les coutumes qui dans la corporation les protégaient. La bourgeoisie ne voyant plus d'entraves à la cupidité si naturelle à l'homme, traita l'ouvrier comme un outil, dont on tire tout ce que l'on peut, sans plus d'égards à sa santé qu'à sa moralité.

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 76-81.)


"Nulle part le mensonge de la liberté ne se révèle mieux que dans l'ordre économique

Son mirage s'évanouit comme un songe dès que la lutte pour la vie met en contact les individus isolés. l'ouvrier trouve devant lui un patron qui lui propose un salire déterminé. Est-il loisible à l'ouvrier de reuser ce salaire? Non, les besoins de l'existence, une famille peut-être à entretenir l'obligent à accepter les conditions qui lui sont offertes.

Le patron ne l'est pas davantage. Il ne demanderait pas mieux, dans la plupart des cas, que de rétribuer convenablement ses employés et ses ouvriers. Seulement, il ne le peut pas, étant le prisonnier d'une concurrence sans limites (et du vol fiscal d'un Etat expropiateur et exploiteur...). Et il a beau avoir recours à toutes sortes d'expédients pour échapper aux effets de cette concurrence, il n'en est pas moins contraint de subir sa loi. Loi implacable qui le met dans l'impossibilité matérielle de donner à ses collaborateurs une rémunération en rapport avec les conditions de l'existence."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, note 1, p. 81.)

Ce n'est pas l'indépendance, ni la liberté qu'engendre l'état individualiste; c'est la SERVITUDE, c'est la dépendance"

  • dépendance de l'ouvrier à l'égard du patron,
  • dépendance du patron à l'égard de la concurrence (et de l'Etat "individualiste" et "redistributeur"...),
  • dépendance de tous à l'égard des conditions économiques.

[...]

On les voit donc - ces générations - généralement parlant, et sauf exceptions que la vertu du christianisme peut produire, peu désintéressées, peus ensibles à l'honneur, peu portées aux nobles pensées qu'inspirent la foi et la charité chrétienne; et, par suite, plus habiles dans leurs affaires que dévouées au bien, et aspirant à pouvoir se livrer de plus en plus au bien-être, au luxe, aux plaisirs que l'argent permet de se procurer."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 81-83.)


L'ATTAQUE DE LA FAMILLE PAR LA FRANC-MACONNERIE

L'action déprimante des lois et des coutumes issues des sophismes de Jean-Jacques

"Depuis un siècle, tous nos efforts ont échoué. Pourquoi ? Parce que, subissant l'action déprimante des lois et des coutumes issues des sophismes de Jean-Jacques, nous n'avons vu que l'individu, nous avons travaillé sur l'individu, au lieu de considérer la famille et de faire porter nos efforts à la reconstituer. La famille reconstituée produirait à nouveau des hommes, c'est que nous n'avons plus de familles pour les produire; et nous n'avons plus de familles, parce que la société a perdu de vue le but de sa propre existence, qui est de non pas de procurer à l'individu le plus de jouissances possibles, mais de protéger la germination des familles, et de les aider à s'éléver toujours plus haut."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 115.)

Le Code civil n'attache à la famille que l'idée d'une société momentanée qui se dissout à la mort d'un des contractants

"Tandis qu'autrefois, comme le dit Taine, il y avait quantité de familles enracinées sur place depuis cent ans, deux cents ans et davantage. Non seulement dans la noblesse, mais aussi dans la bourgeoisie et le tiers-état, l'héritier d'une oeuvre devait en être le continuateur... Petit ou grand, l'individu ne s'arrêtait pas à lui-même; sa pensée s'allongeait vers l'avenir et vers le passé, du côté de ses ancêtres et du côté de ses descendants, sur la chaîne indéfinie dont sa propre vie n'était qu'un anneau... Quand, par la vertu de la discipline intérieure, une famille s'était maintenue droite et respectée dans le même lieu pendant un siècle, elle pouvait monter d'un degré, introduire quelqu'un des siens dans la classe supérieure."

(Taine cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 135-136.)

Le code civil - "oeuvre de dissociation du peuple et de destruction des familles" - s'est opposé à la transmission du foyer

"La famille, a deux supports:

Ces deux supports ont été brisés l'un et l'autre par la loi: le premier directement, le second par voie de conséquence.

La transmission du foyer et du patrimoine qui l'enveloppe, formait entre les générations successives le lien matériel qui les rattachait l'une à l'autre. A ce premier lien s'en joignait un autre: la généalogie et les leçons des ancêtres consignées dans le livre où la généalogie était dressée.

Le code civil s'est opposé à la transmission du foyer;

  • il a décrété le partage égal des biens meubles et immeubles: par là, il a isolé toutes les générations, il a rendu chacune d'elles indépendantes, et de celles qui l'ont précédée, et de celles qui sont à venir;
  • et pour toutes il a modifié peu à peu la manière de penser relativement à l'héritage paternel. On n'y voit plus qu'une source de jouissances personnelles. Autrefois, c'était un dépôt, un dépot sacré que l'on avait l'obligation de transmettre comme on l'avait reçu."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 116.)

Le code civil a tué chez nous la famille-souche

On a célébré pompeusement ces temps-ci, le centenaire (en 1904) de la promulgation du Code civil. Autant dire qu'on a célébré le plus certain élément de dissociation d'un peuple qui ait jamais été inventé.

Ce code a été fait

  • pour détruire les familles,
  • abolir l'héritage,
  • anéantir les traditions locales et isoler les individus,
  • annihiler et détruire progressivement toutes les influences territoriales et industrielles au bénéfice du capital anonyme et cosmopolite.

Il porte aujourd'hui ses pleines conséquences. Elles se traduisent par un fléchissement universel de la moralité publique, et par la ruine de la nation."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. note 1, 133.)

Les grandes familles ont été condamnés à s'amoindrir de génération en génération

Par la liquidation perpétuelle qu'il impose, les grandes familles ont été condamnés à s'amoindrir de génération en génération,

Les familles bourgeoises ont mises dans l'impossibilité de s'élever, et même de se maintenir longtemps au point où l'effort de leurs membres les avait fait parvenir
Les familles ouvrières sont enfermées dans leur condition

On peut dire que cela a été prévu par Napoléon. Le 6 juin 1806, il écrivit à son frère Joseph, le roi de Naples: "Je veux avoir à Paris cent familles, toutes s'étant élevées avec le trône et restant seules considérables. Ce qui ne sera pas elles va se disséminer par l'effet du Code civil. Etablissez le Code civil à Naples; tout ce qui ne vous est pas attaché va se détruire en peu d'années, et ce que vous voulez conserver se consolidera."

Au XVIIIe s., la reine Anne avait aussi appliqué aux Irlandais catholiques, le partage égal et forcé conservant aux protestants la faculté de tester selon les lois anglaises; et le sol d'Irlande passa peu à peu aux mains des lords protestants."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. note 1, 133-134.)

"Supposons, dit M. Le Play, qu'au prix d'une épargne longue et laborieuse, et grâce à la coopération d'un patron bienveillant, le père de famille paysan, ouvrier ou employé, soit arrivé à la pleine propriété de son habitation; la mort le frappe, et voilà qu'aussitôt les hommes de loi et du fisc interviennent, au nom de la législation qui prescrit le partagé égal et en nature de tous les biens meubles et immeubles. Ils s'introduisent au foyer domestique, en font l'inventaire; enfin, la maison elle-même est mise en vente. Tout est à recommencer. Et qui profite de la vente ? Sont-ce les enfants ? Nullement. C'est le fisc; ce sont les gens de loi."

(Le Play, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 134.)

"Le code civil, dit M. About, a défait peut-être un million de fortunes au moment où elles commençaient à se faire. le père fonde une industrie et meurt: tout est vendu et partagé; la maison ne survit pas à son maître. Un fils a du courage et du talent: avec sa petite part du capital paternel, il fonde une autre maison, réussit, devient presque riche et meurt; nouveau partage, nouvelle destruction; tout à recommencer avec nouveaux frais." (About, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 135.)

Que "le Code français ne peut cependant arriver à détruire l'instinct de la perpétuité qui est au coeur de la nature humaine"

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 144.)

Mais, entre-temps, le régime successoral français aura amoindri la France (Lord Castelreagh)

Mgr Delassus raconte cette anedocte révélatrice sur la nature du code civil, son droit de la famille en général et son droit successoral en particulier:

"En 1815, les Prussiens trouvaient que les alliés faisaient aux Français un sort trop doux: "Rassurez-vous, dit le plénipotentiaire anglais, lord castlereagh, la France a son régime successoral, il l'amoindrira plus que nous saurions le faire."

La prophétie se réalise. Un député au Reichtag allemand le constatait en 1889. Il affirmait que, dans vingt ans, la France, par la seule infériorité des naissances, se trouverait à jamais empêchée de reprendre son rang dans le monde."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 145.)

L'autorité paternelle, ébranlée au XVIIIe siècle, fut quasi-détruite par la Convention (1792)

"Du moment où les hommes imbus de l'esprit de Jean-Jacques qui veut que l'individu et non la famille soit l'unité sociale, eurent en mains le pouvoir législatif, ils s'empressèrent d'abolir la puissance paternelle à l'égard des majeurs de vingt et un ans et de l'énerver vis-àvis des enfants plus jeunes. "La voix impérieuse de la raison, proclamait l'un de ces législateurs, s'est fait entendre. Il n'y a plus de puissance paternelle. Un homme ne saurait avoir de pouvoirs directs sur un autre, fût-ce son fils" (Cambacérès, Moniteur du 23 août 1793.)

" A un siècle de distance nous avons entendu des paroles équivalentes à la tribune, lors de la discussion des lois sur la liberté de l'enseignement. Le socialisme lorsqu'ils era au pouvoir fera, de ces propos, des lois. M. Benoît Malon, dans son livre: Le socialisme intégral, dit:

"L'important est d'abolir radicalement l'autorité du père et sa puissance quasi-royale dans la famille. L'égalité ne sera, en effet, parfaite qu'à cette condition. Les enfants ne sont-ils pas autant que les parents ? Pourquoi les commander ? DE QUEL DROIT ? PLUS D'OBEISSANCE, SANS QUOI PLUS D'EGALITE !"

Aujourd'hui, "tous déplorent la rupture des liens familiaux et ses suites qui sont:

  • la disparition du respect
  • et de l'obéissance chez les jeunes gens,
  • leur émancipation,
  • et comme conséquence, une corruption extrême des moeurs privées et des moeurs publiques;
  • enfin, la déchéance de la race et la société française mise en péril."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 161-163.)