La richesse, l'abondance et la prospérité de l'Ancienne France

De Christ-Roi
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"Albert Mathiez, 'champion du robespierrisme', convient que "ce n'est pas dans un pays épuisé, mais au contraire dans un pays florissant qu'éclate la Révolution..." (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 201).

Voici donc le type même d'hérésie-blasphème, historiquement incorrect, que l'on n'enseigne pas. Il ne faut surtout pas enseigner que le pays était florissant à la veille de la Révolution.....

Sommaire

"Globalement le niveau de vie des Français a augmenté" (Jean-Christian Petitfils)

"La France de 1774 est riche:

  • avec 27 millions d'habitants, elle est le pays le plus peuplé d'Europe, Russie comprise...
  • Sa croissance démographique est vigoureuse, grâce notamment aux progrès de la médecine et à la disparition des grandes disettes (l'auteur cache la religion des Français qui est le facteur de la vraie croissance démographique ou autre... Aujourd'hui, il y a bien progrès de la médecine et disparition des disettes -quoique - pourtant il n' y a pas de croissance démographique...)
  • Sa croissance économique est réelle, elle a des ressources.
  • Globalement le niveau de vie des Français a augmenté et le peuple connaît des conditions de vie moins dures qu'au XVIIe siècle" (Jean-Christian Petitfils, Historia, Thématique, Louis XVI, n°99 janvier-Févrer 1999, p. 8-10).

"Le paysan le plus pauvre était assuré de sa subsistance" (A. Barruel)

"La distribution (du blé) se faisait régulièrement toutes les semaines sous l'inspection d'un préposé. Si la provision de quelque loge venait à s'épuiser, ON PRENAIT DANS LE TAS DU SEIGNEUR TOUTE LA QUANTITE NECESSAIRE pour la famille qui en manquait, à charge par elle d'en rendre la même quantité à la moisson nouvelle. AINSI LE PAYSAN LE PLUS PAUVRE ETAIT ASSURE DE SA SUBSISTANCE. Qu'on décide si ce régime ne vaut pas celui des mendiants libres & mourans de faim..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 247) [1]

Il n'y a guère un colon de nos villages "qui n'ait un bon habit de drap et qui ne soit bien chaussé et bien nourri" (Voltaire)

Sur la richesse de l'Ancienne France et la richesse des paysans, notons ce témoignage capital d'un ennemi acharné de l'Eglise, Voltaire:

"Je ne sais comment il est arrivé que, dans nos villages, où la terre est ingrate, les impôts lourds, la défense d'exporter le blé qu'on a semé intolérable, il n'y ait guère pourtant un colon qui n'ait un bon habit de drap et qui ne soit bien chaussé et bien nourri..." (Voltaire cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 410-411).

Une nourriture "substantielle et abondante" (Frantz Funck-Brentano)

"Vers le début du règne de Louis XVI, les habitants de Nouans (canton de Marolles-les-Braults, Sarthe)... vivaient ainsi: "La nourriture des habitants, même les moins aisés, était substantielle et abondante. Le pain, dans lequel il n'entrait qu'un tiers d'orge sur deux tiers de blé, était fort bon et le cidre, plus ou moins affaibli par l'eau, ne manquait à personne. La soupe du dîner et au souper était suivie d'un plat de viande ou d'oeufs ou de légumes; au déjeuner et à la collation, on avait toujours deux plats, beurre et fromage, puis souvent un troisième de fruits crus, ou cuits, ou secs, pommes, noix, etc." (Bernard, Souvenirs d'un noanagénaire, cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 419).

"Legrand d'Aussy parle des paysans d'Auvergne...: les dimanches et fêtes la soupe s'enrichit d'un morceau de lard; les autres jours, elle s'assaisonne de beurre ou simplement de sel. A la table des paysabs aisés on sert du lait et du fromage. Ils mangent tous du pain de sèigle. Quant à la boisson ils ne connaissent, en dehors de l'eau pure, que le 'petit lait'" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 419).

"La vie paisible, souvent aisée, quelquefois large des paysans" (Pierre Gaxotte)

"Au-dessous de la troupe dorée des bourgeois enrichis, y a-t-il une masse énorme de paysans affamés et sans ressources ? Beaucoup l'ont prétendu (évidemment)...

"Et aussitôt de citer le célèbre passage de La Bruyère: "L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles... noirs, livides et tout brûlés par le soleil...", sans réflechir que cette page, vieille d'un siècle, n'était qu'un morceau de littérature fignolé par un moraliste qui, comme tous ses contemporains, prenait la charmante vallée de Chevreuse pour un sauvage désert...

"On a glané aussi à travers les écrits de certains économistes des peintures effrayantes de la vie des champs... on a cité des témoignages de voyageurs, mais en face de chaque note affligeante on a pu décrire une autre qui la contredit. Comment d'ailleurs, tirer de ces indications fugitives une conclusion générale ? En une heure de voiture, on passe d'un bon pays dans un mauvais, d'une terre grasse à un sol ingrat... Il suffit d'un jour de grêle pour mettre un village dans la désolation. Une récolte quis 'annonce bien en juin est misérable en juillet. un printemps ensoleillé rachète un hiver détestable. D'une année à l'autre, tout change. D'une province à l'autre, tout varie. Il serait imprudent de donner à de menus faits,s trictement localisés, une portée qui dépasserait la limite de leur canton.

"Et puis, il faut avoir à présent à la mémoire un fait capital et indiscutable, à savoir que le système d'impôts qui pesait sur le paysan lui faisait des APPARENCES de la pauvreté une nécessité presque absolue. l'impôt rural, la taille, était un impôt sur le revenu grossièrement réparti d'après les signes extérieurs de la richesse, par des collecteurs choisis à tour de rôle entre les paysans eux-mêmes... Malheur au taillable exact et sincère! C'est sur lui que retombera tout le fardeau. Ayant à percevoir une somme fixée globalement à l'avance, désireux d'être débarassés au plus vite de leur horrible mission, enchantés de trouver un naïf de bonne foi, une "poire" comme on dirait aujourd'hui, les taxateurs malgré eux se hâtent de doubler ou de tripler sa cote, tandis qu'ils ménagent ceux dont ils craignent les difficultés: les malins qui ont dissimuler leurs revenus, les mauvais têtes qui ont la réputation de ne pas se laisser faire, les plaideurs endurcis qui ne craignent pas les complications ni les "histoires"!

"C'est un dogme profondément ancré dans les esprits populaires que le seul moyen de ne pas payer pour les autres, la seule façon de ne pas être écrasé par les estimations injustes, c'est de restreindre ses dépenses, de paraître sans ressources, d'affecter les dehors du plus profond dénuement ! "Le plus riche d'un village, écrivait en 1709 le grand bailli de l'Ile de France, n'oserait à présent tuer un cochon que nuitamment, car si cela se faisait en public, on lui augmenterait ses impositions"... Le contribuable de l'Ancien Régime est rétif, dissimulé et hargneux, à un point que nous ne soupçonnons plus. Sa mauvaise volonté est sans bornes. Il ne s'exécute qu'à la dernière extrémité. Le plus souvent, il est en retard de deux ou trois ans. Tel qui a de l'argent caché, dit Boisguillebert, ne se laisse pas arracher un sou avant la quarantième sommation. plutôt que d'avouer son aisance, en payant dans les délais, on préfère être traîné en justice et menacé de saisie. On harcèle l'intendant de réclamations et de plaintes. On fait intercéder les eigneur, le juge et le curé ! On gémit, on crie, on proteste sans arrêt et c'est à qui gémira, criera et protestera le plus fort et le plus longtemps, afin de ne paraître ni plus riche ni plus facile que le voisin...

"Telle est exactement la situation des paysans de l'Ancien Régime: une grande affectation de misère et, derrière ce manteau de guenilles, une vie paisible, souvent aisée, quelquefois large..." ( Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 22-23).

"En 1789, les Français n'étaient pas malheureux. Les documents les plus sûrs nous prouvent, au contraire, que la richesse s'était considérablement accrue depuis un demi-siècle et que l'état matériel de toutes les classes de la société, sauf celui de la noblesse rurale, s'était sensiblement amélioré. Le régime corporatif n'avait pas empêché la naissance et la mise en place de la grande industrie..." ( Pierre Gaxotte, ibid., p. 19).

Et si "en 1789 la partie la moins favorisée de la population paysanne était en révolte virtuelle contre la transformation capitaliste de l'agriculture, il n'en reste pas moins que, depuis un siècle, les campagnes s'étaient enrichies..." ( Pierre Gaxotte, ibid., p. 30).

"Aussi, on peut dire que la vie est devenue plus sûre pour tout le monde. Plus de famines. Les disettes qui au siècle précédent, avaient provoqué une raréfaction des mariages et une restriction des naissances ne sont plus que souvenirs ou imprécises menaces. les meilleurs rendements, le maïs, la pomme de terre, les communciations plus faciles en sont venus à bout. A défaut de signe, l'accroissement régulier de la population suffirait à le prouver" ( Pierre Gaxotte, ibid., p. 31).

Le pauvre avait toujours "pains, vêtements et asile..., un service public et vraiment royal de charité..., le tout sans coûter un denier à l'Etat..." (Mgr Gaume)

"Les splendides caisses d'épargne du travailleur"

"L'Europe, devenue chrétienne, embrassa avec ferveur cette double loi. Le riche fut magnifique dans sa charité; ses fondations en faveur des pauvres couvrirent longtemps le sol de l'Europe et de la France en particulier. Confiées à la garde fidèle de la religion, elles (ces fondations) devinrent les splendides caisses d'épargne du travailleur, l'inépuisable patrimoine du malheureux.

"Non seulement le pauvre eut du pain, des vêtements, un asile; mais encore on créa pour lui un service public et vraiment royal de charité.

"Aussi nombreux que sont les besoins moraux et matériels de l'homme, aussi nombreuses furent les branches de l'admirable service dont nous parlons. L'enfant eut des instituteurs, l'orphelin des pères et des mères, le malade, des médecins et des gardes, le vieillard, le blessé, le lépreux, le pestiféré, le coupable même, en un mot, le malheureux, quel qu'il fut, se vit entouré de soins assidus et d'amis dévoués; tout cela se faisait sans coûter un denier à l'Etat"

(Mgr Gaume, L'Europe en 1848, Editions Saint-Rémi, p. 5-6.)

Les plus grands progrès en industrie et en richesse (Funck-Brentano)

"L'Ancien Régime a vu les villes de France réaliser les plus grands progrès en industrie et en richesse et dont les transformations, dans la voirie et dans les bâtiments... sont l'un des témoignages.

"Le XVIIIe siècle français est une époque admirée... pour

  • l'éclat charmant de ses arts,...
  • la merveilleuse perfection de l'industrie décorative,
  • du meuble,
  • des soieries,
  • de la reliure,
  • de l'imprimerie" Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 485).

"Temps invraisemblables: le prix du blé diminue tandis que les salaires augmentent" (Frantz Funck-Brentano)

"On ne connaissait pas encore l'inflation en valeurs fiduciaires.

"Messance constate en ses recherches sur le prix du blé:

"'Toutes les personnes instruites conviennent que le commerce a fait des progrès surprenants depuis quarante ans, que les manufactures du royaume sont présentement beaucoup plus occupées qu'elles ne l'avaient jamais été... Le prix du blé a diminué, les salaires sont en progression constante'" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 550-51)

"On voit l'industrie puissamment animée" (Sénac de Meilhan)

"On voit l'industrie puissamment animée, écrit Sénac de Meilhan, et le commerce devenir de jour en jour florissant. les ports de Nantes, de Marseille, de Bordeaux, de Rouen se remplissent de navires..." (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 551).

"Ajoutez l'indiscutable supériorité dans le domaine des lettres, des sciences et des arts" (Frantz Funck-Brentano)

"Ajoutez l'indiscutable supériorité dans le domaine des lettres, des sciences et des arts. Lavoisier, Guyton-Morveau, Berthollet, Monge, Laplace, Lagrange, Daubenton, Lamarck, Jussieu: vit-on jamais assez chez nul peuple, en nul temps, pareil faisceau de pensées lumineuses.

  • Bien avant les travaux de Fulton, le bateau à roue de Jouffroy d'Abbans, mû par la vapeur, navigue sur le Doubs (1776).
  • les frères Montgolfier créent les aérostats (1783);
  • Philippe Lebon découvre le gaz d'éclairage (1786).

"C'est alors que s'illustrent les plus grands des sculpteurs français:

Fragonard couvre ses toiles d'une grâce enchanteresse, de couleurs plus hautes que celles des Vénitiens... tandis que Vien et Louis David, par un retour aux principes antiques retrouvent de forces délaissée.

"Les meubles de Louis XVI, perles de nos collections, et les soieries de la même époque, sur les dessins des Philippe de la Salle, des Berjon, des Ranson, des Bony, sont des merveilles auxquelles rien ne peut se comparer.....

"L'académie de Berlin ne discute pas la supériorité de la langue française; elle en cherche les raisons. On parle de l'Europe française...La jalousie est l'objet de l'Europe entière... (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 551).

"L'industrie augmente tous les jours,... on croirait que l'opulence est vingt fois plus grande qu'autrefois" (Voltaire)

"L'industrie augmente tous les jours, écrit Voltaire; à voir le luxe des particuliers, ce nombre prodigieux de maisons agréables bâties dans Paris et dans les provinces, cette quantité d'équipages, ces commodités, ces recherches qu'on appelle 'luxe', on croirait que l'opulence est vingt fois plus grande qu'autrefois... Le moyen ordre s'est enrichi par l'industrie.. Les gains du commerce ont augmenté. Il s'est trouvé moins d'opulence qu'autrefois chez les grands et plus dans le moyen ordre et cela a mis moins de distance entre les hommes... aujourd'hui, l'industrie a ouvert mille chemins qu'on ne connaissait pas il y a cent ans" (Voltaire cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 485).

Ce témoignage du chef des impies est capital pour contrer le manichéisme farfelu des marxistes agitant aujourd'hui encore le spectre du peuple, pauvre, dominé et opprimé par la noblesse sous l'Ancien Régime...

Grandes foires (René Sédillot)

"A défaut de statistiques globales sur le commerce intérieur, la prospérité des grandes foires porte témoignage.

"En 1788, c'est-à-dire en une année qu'Ernest Labrousse considère comme mauvaise sur le plan commercial, la foire de Beaucaire réalisait un chiffre d'affaires de 41 millions. Sa notoriété remontait au Moyen Age, et sur l'axe du Rhône elle restait, chaque mois de juillet, le grand rendez-vous des marchands de textiles. Lyon était le premier marché européen de la soie. Orléans et Rouen fixaient les cours de la laine. Mais les foires elles-mêmes n'avaient plus le monopole des grandes transactions… Les richesses circulaient dans une véritable ivresse de communications facilitées par les progrès des techniques." (René Sédillot, René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 201-202).

Réseau de communications

Un admirable réseau de routes (Frantz Funck-Brentano)

"Fleuves et rivières sont rendus navigables. Un grand ensemble avec l'admirable réseau de routes construites par les intendants, une oeuvre gigantesque qui, de nos jours encore, contribue à notre prospérité et vis-à-vis de laquelle nous continuons d'étaler le plus sereine des ingratitudes...

"De 1737 à 1797, la France avait été dotée de quarante à cinquante mille kilomètres de routes nouvelles, dont plus de la moitié pour les vingt-cinq dernières années" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 551).

Le plus rapide réseau routier, que n'arrête ni les rivières ni les montagnes (Pierre Gaxotte)

"En 1715, on avait que de mauvais chemins coupés de fondrières et ravagés par les eaux, avec quelques chaussées pavées qui se disloquaient. En 1789, il y a dix mille lieues de bonnes routes, solidement empierrées, régulièrement entretenues, que n'arrêtent ni les rivières ni les montagnes. Les messageries réorganisées par Turgot, sont plus rapides et moins coûteuses. Dans aucun pays, on ne voyage aussi vite, aussi bien et à si peu de frais. Arthur Young qui visita la France sous Louis XVI, au début de la Révolution, ne tarit pas d'admiration (quoique très porté à dénigrer tout ce qui n'est pas anglais) sur la beauté et la commodité des routes françaises" ( Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 21).

Un réseau routier exemplaire (René Sédillot)

"C'est d'abord le réseau routier qui devenait exemplaire. Jamais depuis Rome on n'avait vu un réseau d'une telle ampleur et d'une telle qualité. Il était l'œuvre de Daniel Trudaine, demeuré vingt-six ans directeur des Ponts et Chaussées.

"Quarante mille kilomètres d'anciens chemins de terre ou de routes fatiguées étaient redressés, élargis, empierrés, bordés d'arbres et de fossés, avec, de lieue en lieue, de hautes bornes de granit, fleurdelisées, qui marquaient les distances par rapport au point zéro – le parvis de Notre-Dame.

"Le corps des Ponts et Chaussées recevait son statut: à la base, une école dont les élèves étaient recrutés au concours; trois années d'études savantes; un ingénieur en chef par généralité, assisté de sous-ingénieurs; quatre inspecteurs généraux, un intendant-directeur au sommet de la hiérarchie. Devant les routes du royaume, les étrangers se récriaient d'admiration.

"Elles sont "superbes jusqu'à la folie", s'exclamait le voyageur Arthur Young. De la voie qui reliait Limoges à Brive, sur laquelle avait veillé Turgot, le même Young enchérissait: "Le plus beau chemin du monde, parfaitement construit, parfaitement tenu; on n'y voit pas plus de poussière, de sable, de pierre, d'inégalité que dans l'allée d'un jardin…"

"Un inspecteur des Travaux publics, Pierre Trésaguet, avait (p. 203) inventé un revêtement bombé qui superposait une couche épaisse de pierraille à une assise de moellons: le drainage était plus efficace et l'entretien plus facile.

"Toute l'Europe se mettait à l'école des routes françaises.

"Sur ces voies correctement carrossables, de nouvelles voitures publiques étaient mises en service: les "turgotines" de la régie, à quatre, six ou huit places, légères, avec des relais fréquents, pouvaient tenir le galop et couvrir cent kilomètres par jour. De Paris, elles permettaient de gagner en une seule journée Rouen, Amiens, Reims ou Orléans, contre deux ou trois précédemment. Le service des messageries mettait Cherbourg à trois jours de Paris, Lyon ou Bordeaux à six jours.

"Autant que les voyages, les échanges étaient stimulés par les progrès du système routier.

"Ce qui subsistait de péages et de douanes n'apparaissait que comme normale contrepartie des libertés locales.

"Les voies d'eau étaient aménagées, de façon à faciliter les transports lourds auxquels s'affairait toute une population batelière.

"On ouvrait ou entreprenait les canaux de l'Orne, de l'Escaut, de Picardie, de Bourgogne, du Centre, du Rhône au Rhin. Le 24 juillet 1784, au nom du roi, le prince de Condé posait la première pierre de l'écluse initiale de chacun des trois derniers: promesse de transports simplifiés, moins lents et moins coûteux" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 203).

Commerce extérieur, "exubérance de l'activité marchande et enrichissement" (René Sédillot)

"A l'extérieur, les chiffres parlent: d'environ 50 millions de livres à l'avènement de Louis XV, les exportations passaient à la veille de la révolution à plus de 450 millions. En soixante-dix ans, elles avaient été multipliées par neuf.

"Dans le même temps, les importations passaient de 40 à 240 millions: multiplication par six.

"Le commerce extérieur de la France, égal à la moitié du commerce anglais au temps de la Régence, le rejoignait en 1789. Il laissait à la France, en permanence un excédent substantiel (sauf en quatre années de la décennie 1770-1780).

"Jamais on n'avait assisté à pareille exubérance de l'activité marchande et à pareil enrichissement.

"Quand Necker brossait le tableau de la balance commerciale avec les pays étrangers, en excluant de ses calculs tout ce qui venait des colonies (Saint-Domingue, île du Vent) ou ce qui leur était destiné, il évaluait les entrées à 230 millions – dont 70 de matières premières, 20 de diamants et métaux précieux, 40 d'objets manufacturés, 40 de comestibles, 10 de tabacs, le reste concernant des bois, des plants, des mâts, des marchandises d'Extrême-Orient; en regard, il estimait les sorties à 300 millions, dont 150 en objets manufacturés, 70 à 75 en denrées des îles (réexportées), 35 à 40 en vins, eaux-de-vie et liqueurs, 22 en blés, beurre, sel, safran, cuirs, bois, 18 en réexportations de produits orientaux (thé, étoffes, riz de Chine, café, poivre…)

"Excédent sur l'étranger: 70 millions.

"Comme il convenait à un pays développé, la France vendait plus de produits ouvrés qu'elle n'en achetait, importait plus de matières premières qu'elle n'en exportait, et faisait de profitables trafics en servant d'intermédiaires entre ses colonies d'Amérique et l'étranger, comme entre l'Extrême-Orient et l'Europe. [Aujourd'hui, la France délocalise ses emplois et importe en masse des produits étrangers. Je vous laisse donc conclure tout seul sur l'état de développement de notre pays...]

"La France était le premier fournisseur de l'Espagne, et par Cadix, de toute l'Amérique espagnole.

"Entrons plus avant dans ces échanges.

"Quels produits de son industrie vendait la France?

"Necker répond longuement: des draps, toiles, soieries, parures, des montres, des ouvrages d'acier ou d'autre de métal, des savons, des glaces, des meubles...

"Quelles marchandises achetait-elle? Des cotons, des laines, des chanvres, toutes les drogues propres à la teinture; des toiles venant de Flandre, de Hollande ou de Suisse; des mousselines, des velours de Gênes, de la quincaillerie d'Allemagne et d'Angleterre.

"Avec la France d'Outre-Mer, le commerce prenait des proportions étonnantes...

"Avec les Antilles, entre 1715 et 1780, les échanges avaient été multipliés par 5 à l'exportation, par 10 à l'importation. Aux îles de France et Bourbon, l'intendant Poivre avait introduit la culture des girofliers et des muscadiers, ravissant aux Hollandais le monopole du commerce des épices.

"Paris, sans remords et sans (p. 205) regrets, faisait son deuil du Canada et de ses pauvres peaux de castors...

"Tout ce trafic était assuré par une marine puissante et moderne, moins nombreuse assurément que la marine anglaise, mais avec des unités d'un tonnage trois fois supérieur...

"Beaucoup de bateaux jaugeaient quelque 600 tonneaux et couvraient vingt lieues par jour. En 1783, un armateur de Saint-Malo, Benjamin Dubois, ouvrait la première ligne de paquebots, à départs fixes, entre Bordeaux et New York: le gouvernement de Louis XVI soutenait l'entreprise, en lui accordant subvention et primes de vitesse.

"Les ports affichaient une prospérité insolente: Dunkerque, patrie de Jean Bart, importait les bois du Nord, les eaux-de-vie, les poissons séchés.

"A la veille de la révolution, tous les ports de France battaient leurs records de trafic et se grisaient de leur propre croissance. On ne devait plus, avant longtemps, leur connaître une telle allégresse" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 204-207).

Un développement prodigieux du commerce extérieur (Pierre Gaxotte)

"Les chiffres du commerce extérieur ont doublé depuis la guerre de Sept Ans (1763); ils ont quadruplé depuis Louis XIV.

"Le commerce maritime lui-même, avouent les Anglais, s'est développé en France plus qu'en Angleterre. Les ports sont agrandis, Bordeaux, Dieppe, Le Havre, La Rochelle... Parlant des travaux en cours pour l'aménagement du port de Cherbourg, l'Anglais Arthur Youngles qualifie de 'prodigieux'" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 551).

"Le commerce extérieur... a pris un développement prodigieux que - fait rare dans l'histoire économique de l'Ancien Régime - nous pouvons suivre d'année en année, grâce aux statistiques dressées par un commis du Contrôle général nommé Arnould et que corroborent les renseignements réunis par la Compagnie des Indes. Depuis la mort de Louis XIV, il a plus que quadruplé. En 1788, il atteint 1061 millions et cet énorme chiffre ne se retrouvera plus avant 1848...

"Marseille accapare le commerce du Levant. Sur ses quais et dans ses magasins, s'entassent les tapis, les indiennes, les liqueurs, le riz, les blés, les vins de Chypre, les huiles, les peaux, les mousselines, les toiles peintes. Bordeaux et Nates ont le monopole des denrées coloniales. A elle seule, Saint-Domingue leur fournit la moitié du sucre consommé dans le monde. Un moment ébranlés par le traité de 1763, leurs grands armateurs se sont vite ressaisis. les victoires de la guerre de l'Indépendance américaine leur ont donné une audace nouvelle. Là où on lançait sept navires en 1738, on en construit trente-trois en 1784. Les vins de Bordeaux se vendent jusqu'en Russie. Les Bourgognes règnent sur la Belgique et sur l'Allemagne" ( Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 21).

Le commerce intérieur suit une marche parallèle (Pierre Gaxotte)

Des chiffres immpressionnants ( Pierre Gaxotte)

"Messance, auteur de précieuses Recherches sur la Population (1766), écrit: "Toutes les personnes instruites conviennent que le commerce a fait des progrès étonnants depuis quarante ans; que les manufactures du royaume sont présentement beaucoup plus occupées qu'elles ne l'avaient jamais été; que malgré les progrès des anciennes fabriques et manufactures, il s'en est introduit dans ce royaume un grand nombre de nouvelles, inconnues à nos pères"

"... Il y a une Bourse, des banques, une caisse d'Escompte au capital de cent millions qui émet des billets analogues à ceux de notre Banque de France, un marché à terme, une cote, de l'agiotage. On spécule sur les changes, sur les valeurs d'Etat, sur les parts de la Ferme générale qui perçoit les impôts directs, sur les actions des grandes compagnies: Compagnie des Indes, Compagnie des Eaux et Compagnie des Assurances. Au jugement de Necker, la France détient la moitié du numéraire existant en Europe. le taux de croissance des industries est difficile à établir. Autant qu'on puisse faire parler les chiffres, les industries nouvelles sont les plus dynamiques. pour la metallurgie on admet un taux de croissance de 72% entre 1738 et 1789; pour la soierie lyonnaise, 185% de 1720 à 1786; pour les charbonnages d'Anzin, 681% de 1744 à 1789; pour les "indiennes" de Mulhouse, 738% de 1758 à 1786. Chiffres impressionnants..." ( Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 20-21)

Mais ici un grave problème se présente...

Cette société brillante repose-t-elle sur un fond de misère ?

Témoignages d'étrangers sur la richesse et la prospérité de la France d'Ancien Régime

"L'air d'abondance et de constentement répandu dans les campagnes de France" (Lady Montague)

"Puis voici le témoignage d'étrangers qui jugent nos conditions sociales sans arrière-pensée, celui de Lady Montague qui note en 1739 'l'air d'abondance et de constentement (contentement) répandu dans les campagnes en France'..." (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 411).

Un "pays prodigieusement enrichi" (Horace Walpole)

[...] celui d'Horace Walpole traversant l'Artois en 1765: "Je trouve ce pays-ci prodigieusement enrichi... les moindres villages ont un air de prospérité'.

"Un intendant du Roussillon note les nombreux repas que font les campagnards, "quatre, cinq, six repas par jour et, à chaque repas, de la viande et du vin...'" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 411).

Une agriculture en progrès caractéristique (Frantz Funck-Brentano)

"Le progrès de l'agriculture, écrit E. Levasseur, apparaît comme un des traits caractéristiques de l'économie générale de la France dans la seconde moitié du XVIIIe s." (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 549).

Une instruction publique en progression (Frantz Funck-Brentano)

"Les progrès de l'instruction publique n'ont pas été moindres, comme le constate Dupont de Nemours, en rédigeant en 1789, le cahier de son bailliage....

"Le règne de Louis a été l'une des plus grandes époques de notre histoire" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 553).

Une démographie en augmentation rapide (Frantz Funck-Brentano)

"Avec ses 28 millions d'habitants, les démographes la disent (la France) la 'Chine' de l'Europe, presque à égalité de population avec la Russie, supplantant l'Etat Hasbourg, devançant les Etats allemands et les Etats italiens, alignant le triple d'hommes de l'Epspagne ou de l'Angleterre" (Jean-Paul Bertaud, la Révolution française, Collection Tempus, La Flèche 2004, p. 8)

"La population augmentait rapidement (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 557)

"Artur Young en est ébahi:

  • population active
  • énergique
  • industrieuse

dont un autre anglais, le docteur Rigby, n'est pas moins surpris (ibid., p. 557).

"Une armée qui composera les phalanges de volontaires vainqueurs des armées européennes" (Funck-Brentano)

"Alors se forma cette vigoureuse et magnifique nation française qui fera la Révolution et composera les phalanges de volontaires vainqueurs des armées européennes, sous des officiers que l'Ancien Régime avait éduqués, pourvus d'un armement avec lequel nul autre ne pouvait rivaliser" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 557).

  • Gribeauval a doté notre artillerie d'un matériel qui en fait la première de son temps;
  • notre infanterie n'a pas de rivale pour la précision du tir;

Carabinier-Grenadier (fusil 1777).jpg

Carabinier des armées napoléoniennes (fusil 1777)

Conclusion

Sous l'Ancien Régime,

  • "le paysan le plus pauvre était assuré de sa subsistance" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 247) [2].
  • "Il n'y a guère un colon de nos villages "qui n'ait un bon habit de drap et qui ne soit bien chaussé et bien nourri..." (Voltaire cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 410-411).
  • Efflorescence des lettres, des sciences et des arts
  • Grandeur de l'armée
  • Rayonnement culturel mondial
  • Démographie.

Je ne vois pas que sur ces points, depuis l'époque des "rois tyrans", la "France" de la "liberté et de l'égalité", la France des droits de l'Homme ait fait un quelconque progrès.....

Sans vouloir faire de parallèle anachronique, il est inutile de rappeler qu'aujourd'hui, dans notre pauvre pays sinistré par une économie étatisée, jacobino-socialiste, certaines personnes n'ont même pas de quoi se nourrir convenablement, ni même de quoi se vêtir convenablement, ce qui, à en croire Voltaire, que l'on ne peut soupçonner de parti pris en l'espèce..., n'était pas le cas sous l'Ancien Régime!..... Il y aurait donc des choses à revoir dans ce progrès dit des Lumières...