Échelle de Jacob

De Christ-Roi
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Signification

Echelle de Jacob
peinture de Jean Baptiste Coclers

L'échelle de Jacob relie le Ciel et la terre. Les anges en descendent pour nous garder (Mgr Gaume, St Bernard) et y montent pour nous accompagner (St Bernard). L'homme n'apparait pas sur cette échelle, mais il y est invité, c'est notre salut (St Bernard) et notre sanctification (St Chrysostome, St F. d'Assise, Origène). Nous y montons doucement, de degré en degré, tiré par la grâce de Dieu (St F. de Sales), obtenue par les médiations de NS Jésus-Christ et Marie.

Mais cette échelle symbolise t-elle plus précisément la médiation NS Jésus-Christ (St Jean) ou de Marie (St Bernard, St J. de Damas, St de Montfort, Dom Monléon) ? Ou est-elle les deux en même temps (Bx de Capoue), ou y a t-il deux échelles distinctes ( St F. d'Assise) ?


Raisonnablement, on ne peut se sanctifier sans profiter des mérites de NS Jésus-Christ, on ne peut tenir sans l'intercession de Marie et il ne peut y avoir deux chemins. Alors pourquoi ne pas voir en cette échelle un chemin de sanctification dont les degrés sont les grâces divines, appuyés d'un côté sur les mérites de NS Jésus-Christ et de l'autre sur ceux de Marie, notre rédempteur et notre corédemptrice ?



Références

Bible

Genèse XXVIII, 12

Alors il vit en songe une échelle posée sur la terre, et dont le sommet touchait au ciel, les anges de Dieu aussi qui la montaient et la descendaient

Jean I, 51

vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l'homme


Saint Jean Chrysostome

[Faisons] un examen exact de nos vices et de nos défauts, corrigeons-les peu à peu; ce mois, celui-là, le mois suivant, cet autre, et de même proposons-nous d'en corriger un troisième le mois d'après. De cette sorte, nous élevant comme par degrés, nous arriverons au ciel par l'échelle de Jacob. Car il me semble que cette échelle que Jacob vit en songe (Gen. XXVIII, 12), marque le progrès dans la vertu, ce progrès qui nous élève de la terre au ciel, non par des degrés sensibles, mais par la correction et la réformation des moeurs et par l'accroissement de la vertu. Entreprenons donc ce voyage, travaillons à monter par cette échelle, afin qu'étant arrivés au ciel, nous y jouissions de toutes sortes de biens, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient la gloire dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. [1]


Saint François d'Assise

  • Le R.P. Garrigou-Lagrange rapporte dans La Mère du Sauveur et notre vie intérieure que saint François d'Assise comprit un jour par une vision que ses fils s'efforçaient vainement d'atteindre Notre-Seigneur par une échelle abrupte qui montait immédiatement vers lui ; Jésus lui montra alors une autre échelle de pente plus douce au sommet de laquelle apparaissait Marie, et il lui dit : « Conseille à tes fils de prendre l'échelle de ma Mère ».
  • Saint Alphonse de Liguori rapporte dans Les Gloires de Marie que le Frère Léon, confident de saint François d'Assise, vit un jour deux échelles : une rouge, sur laquelle se tenait Jésus-Christ ; l’autre blanche où était Marie. Il aperçut ensuite des âmes qui prenaient l’échelle rouge. Elles montaient quelques échelons, puis tombaient ; elles essayaient encore et finissaient toujours par retomber. Alors on les engagea à prendre l’échelle blanche, et le Frère Léon les vit monter heureusement, parce que la sainte Vierge leur tendait la main. Ainsi arrivèrent-elles sans difficulté en paradis. [2]


Saint Bernard

Vision de saint Bernard

Saint Bernard disait un jour la messe à Rome, dans ce délicieux sanctuaire de Saint-Paul aux trois fontaines, si connu des pèlerins ; c’est là que fut martyrisé l’apôtre des nations, et sa tête, en rebondissant sur le sol, y fit jaillir trois sources d’eaux vives, qui coulent aussi abondantes qu’au premier jour, et qui ont donné leur nom à ce lieu. Après la consécration, il fut ravi en extase : l’échelle de Jacob était devant ses yeux ; mais les anges ne gravissaient pas seuls ses mystérieux degrés ; chacun d’eux accompagnait une âme qui venait d’être délivrée, et qu’il était chargé de conduire au Ciel, après avoir veillé sur elle, pendant les jours de sa vie mortelle. Depuis, la petite église, théâtre de cette miraculeuse vision, a été rebâtie et on lui a donné le nom de Sancta Maria, Scala coeli, sainte Marie, échelle du Ciel. [3]

Sermon de saint Bernard

[Marie] est « l'échelle de Jacob,» de ce saint patriarche qui, dormant la tête sur une pierre, mérita de voir les anges montants et descendants. Cette échelle a douze degrés compris entre ses deux côtés. Le côté droit est le mépris de soi jusqu'à l'amour de Dieu : le gauche est le mépris du monde jusqu'à l'amour du royaume des cieux. Les douze degrés par lesquels on monte sont les douze degrés de l'humilité. [4]

Lettre XCI

Parmi les anges de l'échelle mystérieuse de Jacob, les uns montaient et les autres descendaient; on ne dit pas que le saint patriarche en vit qui fussent arrêtés. Or il en est de la vie comme de l'échelle de Jacob. s'il n'est pas permis aux anges de s'arrêter sur les échelons de l'une, nous ne saurions, dans l'autre, demeurer immobiles au point où nous nous trouvons, car nous ne sommes pas encore arrivés dans la patrie où plus rien ne change; elle est toujours à venir et toujours à trouver. Monter ou descendre, telle est donc notre loi: on ne peut essayer de s'arrêter qu'on ne tombe aussitôt. On peut dire que celui qui ne veut pas devenir meilleur, ne vaut encore rien, car on cesse d'être bon dès qu'on renonce à devenir meilleur.

Lettre CDXLI

On peut bien dire que ce monastère est une seconde échelle de Jacob, sur laquelle on voit aussi des anges dont les uns descendent, c'est-à-dire pourvoient aux nécessités de la vie, pour ne point tomber en défaillance le long du chemin, et les autres montent, c'est-à-dire s'occupent de la direction des âmes, de manière qu'elles puissent un jour entrer dans la gloire éternelle même avec leurs corps. [5]


Bienheureux Raymond de Capoue

L’échelle de Jacob est le symbole de la double médiation de Marie Mère de Dieu, et du Fruit de son sein, l’Humanité du Sauveur. [6]


Origène

Origène a présenté l'échelle de Jacob comme un symbole du progrès spirituel. Saint Benoît a repris cette image. [7]


Saint Jean de Damas

  • [Marie] est devenue la médiatrice et l'échelle par laquelle Dieu est descendu vers nous et a pris sur lui la faiblesse de notre substance, l'embrassant et se l'unissant étroitement. Saint Jean de Damas (vers 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église. 1er sermon sur la Dormition (trad. SC 80, p. 101s)
  • N’est-il pas évident que, par l’échelle de Jacob, c’est vous [Marie] qui êtes désignée et préfigurée ? Celui-là vit le ciel uni à la terre par les deux extrémités de l’échelle, et les anges, tout au long, descendant et montant, et celui qui est véritable ment le fort et l’invincible luttant symboliquement contre lui; ainsi vous vous êtes faite la médiatrice, l’échelle par laquelle Dieu descend vers nous: pour relever notre nature sans force, se l’unir intimement, et faire de l’homme une âme qui voit Dieu, vous avez rassemblé ce qui avait été séparé. Et les anges sont descendus vers elle, pour servir leur Seigneur et Dieu, et les hommes qui vivent à la manière des anges sont portés jusqu’au ciel. [8]



Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

Le Rosaire est la véritable échelle de Jacob, où il y a 15 échelons, par lesquels vous irez de vertu en vertu, de lumières en lumières, et arriverez facilement sans tromperie jusqu'à la plénitude de l'âge de Jésus-Christ. [9]


Saint François de Sales

Voyez, je vous prie, Théotime, comme Dieu va doucement, renfonçant peu à peu la grâce de son inspiration dedans les cœurs qui consentent, les tirant après soi comme de degré en degré sur cette échelle de Jacob. [10]


Dom Jean De Monléon

La vision de l'échelle met en valeur d'abord la simplicité et l'esprit de renoncement de Jacob. Bien avant l'Évangile, il avait compris que, pour mériter la bénédiction de Dieu et pour travailler à l'extension de son royaume, il était indispensable de pratiquer la pauvreté et l'humilité.


La vie des justes, dit saint Jean Chrysostome, est tout un enseigne­ment de sagesse... Voyez ce jeune homme qui n'est jamais sorti encore de la maison paternelle, qui n'a pas la moindre idée d'un voyage, qui ne s'est jamais trouvé en pays étranger, n'a jamais été aux prises avec l'épreuve. Voyez comment il se met en route, et comprenez l'excellence de la sagesse. Lui qui était habitué à voir autour de lui de nombreux serviteurs, il ne réclame ni montures, ni domestiques, ni bagages. Il voyage à la manière des apôtres, il s'arrête quand le soleil se couche, là où la nuit l'a surpris... Une pierre lui sert d'oreiller et il dort à même le sol. Mais aussi, parce qu'il avait une âme généreuse, un esprit viril au-dessus de toutes les vanités du siècle, il a mérité cette admirable vision. Telle est l'habitude de notre Dieu: quand il voit une âme bien disposée, dégagée des choses présentes, il se plaît à lui montrer toute l'affection qu'il a pour elle.


C'est parce qu'il couchait sur la dure, c'est parce qu'il vivait comme un pauvre, dit encore le même docteur, que Jacob mérita de voir les anges, tandis que les lits moelleux n'engendrent que la torpeur et la paresse. Cette vision est tellement riche au point de vue spirituel que les appli­cations qui en ont été faites parles Pères de l'Eglise et les auteurs mystiques sont innombrables. Nous allons en donner ici les quatre sens, qui servent de fondement à tous les autres :

  • Sens littéral. Ce récit doit être pris comme celui d'un fait objectif. Jacob eut réellement la vision que rapporte l'écrivain sacré. Se trouvant seul, loin de ses parents qu'il aimait tendrement, exilé pour un temps peut-être très long, poursuivi par la haine de son frère, le jeune homme dut connaître des moments de douloureuse tristesse et de profond découragement. Dieu alors, lui fit voir des anges, qui descendaient et montaient sur une échelle, pour lui donner à entendre que ces esprits bienheu­reux l'accompagnaient dans sa descente vers la Mésopotamie, afin qu'il ne lui arrivât aucun mal, et qu'ils l'escorteraient plus tard de la même manière, quand il remonterait vers sa patrie.
  • Sens anagogique. L'échelle de Jacob est une figure de la hiérarchie qui règne entre les anges. Ceux-ci, nous le savons par les théologiens, ne sont point tous sur le même plan; ils sont placés sur des degrés divers, selon les choeurs auxquels ils appartiennent. Sans cesse, ils s'élèvent vers Dieu pour recevoir dé lui de nouvelles lumières, de nouvelles grâces; puis ils redescen­dent, afin de transmettre aux ordres inférieurs ou aux hommes ce qu'ils ont eux-mêmes reçu.
  • Sens allégorique
    • Ce petits-fils d'Abraham, qui porte en lui tout l'espoir de l'humanité et qui fuit, loin de son pays, dans un dénuement complet sans serviteurs, sans amis, n'ayant qu'une pierre, pour reposer sa tête, pour­suivi par la haine de son frère, est la figure du Christ, du Fils de Dieu, héritier du royaume éternel, qui, exilé sur la terre, y a vécu comme un pauvre, méconnu de tous, persécuté par les Juifs, et n'ayant, lui, pas même une pierre pour reposer sa tête. La vision de Béthel nous donne à entendre que ce qui précisément le réconfortait dans les heures d'intense détresse qu'il connut ici­-bas, c'était la vue anticipée de sa Passion, de cette échelle mystique qui réta­blirait le va-et-vient entre le ciel et la terre; permettant aux anges de venir au secours des hommes, et de les ramener avec eux dans le royaume du Père.
    • L'échelle est en même temps la figure de la Très Sainte Vierge qui relie elle aussi, en sa personne, le ciel et la terre. Elle est de la terre, car elle est fille d'Adam, née, comme nous, par les voies ordi­naires de la génération; et elle est du ciel de plein droit, parce qu'elle est la Reine des anges, surpassant en sainteté toutes les hiérarchies de ces esprits bienheu­reux. Elle est de la terre, parce qu'elle a connu les infirmités de la nature, hormis le péché; et elle est du ciel, parce que sa perfection est plus proche de celle de Dieu que de celle des hommes: elle touche immédiatement la divinité, sans qu'aucune barrière l'en sépare, comme le rivage touche l'Océan. En outre, on peut dire qu'elle réunit le ciel et la terre par le mystère de l'Incarnation, comme le chante l'Église: in se reconcilians ima summis.
  • Sens moral. L'échelle de Jacob représente toutes les voies étroites, toutes les disciplines, tous les chemins courts et directs par lesquels les âmes pures, dont les anges sont ici la figure, descendent en elles-mêmes et s'élèvent vers Dieu. C'est pourquoi les Pères y ont vu tour à tour une image du martyre, de l'oraison, de l'humilité, du renoncement, de la vie religieuse etc.: parce que ce sont là autant de raccourcis qui permettent à l'homme d'arriver à sa fin beaucoup plus rapidement que la route carrossable des dix commande­ments.


Quant à la pierre qu'il dressa, elle représentait sans aucun doute la pierre angulaire, la pierre sur laquelle est bâtie toute la société chrétienne, c'est­-à-dire le Sauveur. Aujourd'hui encore l'autel, dans chaque église, a la même signification. Et l'huile que Jacob répandit sur cette pierre était le symbole de la plénitude de grâce, de cette onction spirituelle que Jésus devait recevoir plus abondamment que tous les autres hommes et qui ferait de lui l'Oint par excellence, l'Oint, c'est-à-dire le Christ. Le geste de Jacob est à rapprocher de celui de sainte Marie-Madeleine, quand elle versa, elle aussi, le parfum le plus précieux qu'elle possédât, sur la tête de l'homme dans lequel elle adorait son Dieu.



Benoit XVI

Extrait de l'encyclique Deus caritas est:

Dans le récit de l’échelle de Jacob, les Pères ont vu exprimé symboliquement, de différentes manières, le lien inséparable entre montée et descente, entre l’eros qui cherche Dieu et l’agapè qui transmet le don reçu. Dans ce texte biblique, il est dit que le patriarche Jacob vit en songe, sur la pierre qui lui servait d’oreiller, une échelle qui touchait le ciel et sur laquelle des anges de Dieu montaient et descendaient (cf. Gn 28, 12; Jn 1, 51). L’interprétation que le Pape Grégoire le Grand donne de cette vision dans sa Règle pastorale est particulièrement touchante. Le bon pasteur, dit-il, doit être enraciné dans la contemplation. En effet, c’est seulement ainsi qu’il lui sera possible d’accueillir les besoins d’autrui dans son cœur, de sorte qu’ils deviennent siens: «Per pietatis viscera in se infirmitatem caeterorum transferat»[4]. Dans ce cadre, saint Grégoire fait référence à saint Paul qui est enlevé au ciel jusque dans les plus grands mystères de Dieu et qui, précisément à partir de là, quand il en redescend, est en mesure de se faire tout à tous (cf. 2 Co 12, 2-4; 1 Co 9, 22). D’autre part, il donne encore l’exemple de Moïse, qui entre toujours de nouveau dans la tente sacrée, demeurant en dialogue avec Dieu, pour pouvoir ainsi, à partir de Dieu, être à la disposition de son peuple. «Au-dedans [dans la tente], ravi dans les hauteurs par la contemplation, il se laisse au dehors [de la tente] prendre par le poids des souffrants: Intus in contemplationem rapitur, foris infirmantium negotiis urgetur».[5]



Mgr Gaume

"Tous les ministères des ordres angéliques se rapportent à la gloire de Dieu et à la déification de l'homme, en d'autres termes, au gouvernement de la Cité du bien.

Les hommes, sujets de cette glorieuse Cité, sont l'objet particulier de la sollicitude des anges. Entre eux et nous existe un commerce continuel, figuré par l' échelle de Jacob .

"Descendre les degrés de cette échelle mystérieuse et venir, dans les occasions solennelles, remplir auprès de l'homme des missions importantes, présider au gouvernement des provinces, des diocèses, des communautés, telle est la double fonction des Archanges, dont le nom signifie Ange supérieur, ou Prince des anges proprement dits'" (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Paris 1890, p. 150-151).


Divers

Fr. Bernard-Marie, o.f.s.

Extrait du Bulletin de L'Œuvre des Campagnes n°205 – Janv.-Fév.-Mars 2003

Les Pères de l'Eglise ont également plusieurs fois comparée [Marie] à l'échelle de Jacob (Gn 28, 12) mettant en communication le ciel et la terre. C'est en effet par Marie que Dieu est descendu jusqu'aux hommes pour devenir l'un d'entre eux et que, selon sa propre volonté divine, c'est avec le concours de la Mère de l'Eglise que les hommes sont enfantés à la vie surnaturelle et remontent au Père dans l'Esprit du Fils. Cette même image est également reprise dans l'évangile de Jean (Jn 1, 51), qui décrit une échelle céleste couverte d'anges s'affairant aux affaires du Père et du Fils, les uns et les autres étant poussés par le perpétuel mouvement d'amour de l'Esprit. La vie chrétienne angélique pourrait sans doute se résumer à cela : vivre humblement comme Marie, dans le Christ, avec l'Esprit, en perpétuel mouvement de charité, de service et de louange.