Vatican II, un brigandage ? (Abbé Alain Lorans)

De Christ-Roi
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"Vatican II, un brigandage?" (Abbé Alain Lorans)

Le concile Vatican II a été comparé, par ceux qui en ont été les acteurs principaux, à 1789 ou à 1917 dans l'Eglise, autrement dit à un phénomène révolutionnaire. Et récemment, Jean Madiran a précisé qu'il s'agissait d' une révolution copernicienne: "On est passé du théocentrisme à un anthropocentrisme... Les calculs démocratiques prenant le pas sur la Révélation divine, le pastoral devenu plus précieux que le dogmatique, le sociologique l'emportant sur le religieux, le monde comptant davantage que le ciel".

Comment une telle révolution a-t-elle pu se produire? le souffle du Saint-Esprit? ou bien, de façon prosaïque, des agents humains, trop humains?

De fait, l'histoire du concile nous montre des manoeuvres, des luttes d'influence... parfois des moeurs de brigands, fussent-ils mitrés. D'où la question que pose le titre de cet exposé: "Vatican II a-t-il été un brigandage?

L'expression et son application à un concile ne sont pas nouvelles, car il y a eu un précédent connu des historiens de l'Eglise, le "brigandage d'Ephèse". Au Ve s., un évêque dénué de tout scrupule, Dioscure, exerça avec l'aide de ses moines et des soldats de l'empereur une pression insupportable sur les Pères du Concile général qui se tenait à Ephèse. les légats du pape se virent interdire la présidence qu'ils exigeaient; les lettres pontificales ne furent pas lues à l'assemblée des évêques. Ces violences et ces intimidations permirent de déclarer orthodoxe Eutychès, hérétique monophysite qui soutenait que le Christ n'avait qu'une seule nature. Le pape Léon Ier devait par suite qualifier cette étrange concile de "brigandage".

La différence entre Ephèse et Vatican II est de taille: face aux menées subversives, les papes Jean XXIII, puis Paul VI, n'opposèrent qu'une faible résistance, et parfois même soutinrent le courant progressiste.

Le Rhin se jette dans le Tibre

Le récit de ces luttes d'influence pendant toute la durée du Concile est contenu dans l'ouvrage du P. Ralph Wiltgen, au titre et au sous-titre évocateurs, Le Rhin se jette dans le Tibre, le concile inconnu. Ce prêtre américain, qui dirigeait une agence de presse du concile, indépendante et multilingue, fut très vite convaincu qu'il se déroulait "un drame ecclésiastique vital". Le Rhin se jette dans le Tibre est une allusion à la satire où Juvénal regrette que l'Oronte qui arrose la Syrie se soit jeté dans le Tibre romain, et que la culture syrienne soit venue souiller la civilisation latine. Au concile, ce sont les cardinaux, évêques et théologiens, des pays riverains du Rhin qui exercèrent une influence théologique prédominante. Ces prélats allemands, autrichiens, suisses, français, hollandais et belges formèrent de facto une véritable alliance, l'Alliance européenne.

Le document que nous présente le P. Wiltgen est intéressant à plus d'un titre; il émane d'un témoin direct qui se refuse à prendre parti, sans pouvoir toujours cacher ses sympathies pour le mouvement oecuménique. Ce n'est en rien un livre de propagande traditionaliste; il nous invite pourtant à voir dans ce concile la rencontre géographiquement étrange de deux fleuves, c'est-à-dire l'influence d'un courant théologique étranger à la tradition romaine. Cela s'appelle parfois une pollution.

En bref, à ceux qui croit naïvement que le concile se déroula paisiblement et qu'il s'écoula sereinement, Le Rhin se jette dans le Tibre vient opportunément rappeler que l'hsitoire du concile fut tout sauf un "long fleuve tranquille".

Comment cette influence rhénane s'est-elle exercée concrètement? Mgr Lefebvre, dans son livre Ils l'ont découronné, indique les principales manoeuvres opérées par l'Alliance européenne. Tout d'abord, dès l'ouverture du concile, le cardinal Frings, archevêque de Cologne et le cardinal Liénart, évêque de Lille convinrent d'une procédure pour refuser la réélection des membres des commissions prpéparatoires aux Commissions spécialisées qui devaient aider les Pères conciliaires dans leur tâche. Cette opération parfaitement concertée par les prélats libéraux permit de placer les hommes qui étaient, de leur point de vue, théologiquement corrects. le P. Wiltgen donne d'utiles précisions chiffrées: "En tout, 80% des candidats présentés par l'Alliance européenne étaient pourvus d'un siège dans une commission. (...) L'Allemagne avait 11 représentants, la France 10, les Pays-Bas et la Belgique 4 chacun, l'Autriche 3, la Suisse 1". Et il conclut: "Après cette élection, il n'était guère difficile de voir quel était le gourpe qui était assez organisé pour prenndre la direction des opérations. le Rhin avait commencé de se jeter dans le Tibre".

Un complot préparé d'avance, depuis des années

Après avoir ainsi verouillé les commissions, selon les techniques éprouvées du noyautage révolutionnaire, il importait d'organiser l'intox. Cette tâche revint à l'IDOC, Institut de Documentation, qui inonda les Pères conciliaires d'un flot de textes, tous reflets fidèles de la pensée progressiste. Avec des moyens énormes: à la fin de la IIIe session, de l'aveu même de l'IDOC, plus de quatre millions de feuilles avaient été distribuées. Là, on hésite à parler de pression erxercée sur l'assemblée, matraquage idéologique serait plus approprié.

Mgr Lefebvre pensait que, devant une organisation aussi méthodique, il était difficile de ne pas songer à un complot préparé d'avance, depuis des années, où les conjurés savaient "ce qu'il fallait faire, comment le faire, qui allait le faire"

(Source: Abbé Alain Lorans, Fideliter, Nov-déc. 2002, n° 150, La quarantaine de Vatican II, Rome 1962-2002, p. 6.)

Double orientation

"Mais la manoeuvre la plus sournoise de l'Alliance européenne avait pour cible la rédaction même des textes conciliaires. De fait, certains de ces textes recèlent une double orientation, comme il existe des valises à double-fond, parce que, lors de leur rédaction, les progressistes ont habilement mêlé des erreurs à des affirmations vraies, destinées à rassurer les conservateurs. Ainsi, pour la déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, Paul VI lui-même fit ajouter un paragraphe disant en substance: "Cette déclaration ne contient rien qui soit contraire à la Tradition". Or, s'écriait Mgr Lefebvre, tout est contraire à la Tradition dans ce texte! On n'y a rien changé, simplement on lui a donné un label d'orthodoxie après coup. Cette phrase a été insérée à la dernière minute par le pape pour forcer la main à ceux, en particulier les évêques espagnols, qui étaient opposés à ce schéma".

(Source: Abbé Alain Lorans, Fideliter, Nov-déc. 2002, n° 150, La quarantaine de Vatican II, Rome 1962-2002, p. 6-7.)

Intention viciée

A l'intention double de plusieurs textes, il convient d'ajouter l'intention viciée du concile lui-même. En effet, Vatican II se veut et se dit pastoral, rien que pastoral, et donc affranchi des contraintes de la rigueur doctrinale.

Mais c'est un concile qui prétend malgré tout bénéficier de l'autorité d'un concile dogmatique, comme celui de Nicée. Vatican II est ainsi le premier concile dogmatiquement pastoral; il veut les avantages d'un concile dogmatique sans les inconvénients, l'autorité disciplinaire sans la discipline des définitions rigoureuses [ Paul VI avait voulu que Vatican II soit uniquement pastoral, et que donc on n’y trouve plus de "formules solennelles qui s’appellent dogmatiques" (Discours d’ouverture, IIè Session, 29 septembre 1963 – D.C. n°1410 col.1352)]

Ici, l'auteur de La Révolution copernicienne dans l'Eglise cite très justement Etienne Gilson: "Le désordre envahit aujourd'hui la chrétienté; il ne cessera que lorsque le dogmatique aura retrouvé son primat naturel sur le pratique (...) S'il était admis que la pastorale pût impunément se passer du dogmatique, le pire ne serait plus à craindre, il serait arrivé". Dès lors, ce n'est pas l'interprétation, ni l'application du concile qu'il faut rectifier, mais bien son intention. C'est cette intention qu'il importe de clarifier dans un débat doctrinal que le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X réclame aux autorités romaines, depuis de nombreuses années.

L'histoire agitée de Vatican II offre une parfaite illustration de la stratégie habituelle des modernistes. Le P. Congar, dans une conférence qu'il prononça au Séminaire français de Rome, pendant le concile, définit Jacques Maritain (dont L'humanisme intégral influença nettement les textes de Vatican II) comme "un Lammenais qui avait réussi". Il voulait dire par là qu'un réformateur ne doit jamais quitter l'Eglise, mais y demeurer pour la faire évoluer de l'intérieur. C'est ce qu'avait bien vu et dénoncé Saint Pie X dans son encyclique contre le modernisme Pascendi, dès 1907. Et c'est ce que nous ne devons jamais oublier: le modernisme est la seule hérésie qui ne fasse pas schisme. La conséquence logique s'impose d'elle-même: l'hérésie moderniste ne fait pas schisme, mais occupe l'Eglise; donc les prétendus schismatiques de la Fraternité Saint Pie X ne sont pas hérétiques, mais doivent être exclus de l'Eglise occupée."