Saint-Simon

De Christ-Roi
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Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755), historien français dont les Mémoires (1691-1723) constituent un témoignage à la fois historique et humain sur la fin du règne de Louis XIV et sur la Régence.

Les Mémoires, un témoignage historique exceptionnel

Ses Mémoires, qui embrassent la période 1691-1723, furent écrits entre 1739 et 1750. Trente-trois années (la seconde moitié du règne de Louis XIV et la régence du duc d’Orléans) revivent dans une somptueuse fresque de 8 000 pages où s’agitent 7 850 personnages.

ll s’agit d’un témoignage historique exceptionnel. C’est ensuite et surtout une création littéraire prodigieuse et unique dans les annales de la littérature: la magie d’une écriture verte et indisciplinée («l’énergie de mes expressions, même ordinaires, faisoit peur...»), mais incroyablement expressive, fait revivre deux règnes et deux régences (le « siècle » de Saint-Simon s’étend de la mort d’Henri IV à celle du Régent d’Orléans), préservant à tout jamais, sans les étouffer, plusieurs milliers de personnages dans un univers haut en couleur.

"Transféré avec tous les écrits de Saint-Simon aux Affaires étrangères, le manuscrit des Mémoires fut rendu en 1819-1828 au général-marquis de Saint-Simon. La maison Hachette l’acquit et l’offrit en 1927, à l’occasion de son centenaire, à la Bibliothèque nationale. Quelques volumes d’extraits furent publiés à la fin du XVIIIe siècle.

"Dès 1829 paraissait une édition à peu près complète. C’est dans cette édition princeps, dite «du marquis», que Stendhal, Michelet et Sainte-Beuve pratiquaient Saint-Simon. Deux éditions données par l’infatigable maison Hachette procurèrent d’abord un texte plus sûr (Chéruel, 1856-1858, 22 vol.), et l’enrichirent ensuite d’un monumental apparat critique et historique (Boislisle, 1879-1928, 43 vol.).

"Saint-Simon n’avait que dix-neuf ans lorsqu’il se proposait d’écrire ses Mémoires.

"L’écriture « à la diable » de Saint-Simon enchante et déconcerte à la fois. Stendhal, Balzac et Proust ont avoué tous trois le choc qu’ils ont ressenti à la lecture des Mémoires. Ce style touffu, sauvage, incroyablement vivant et expressif, où se chevauchent images et pensées, fait tourner la tête. Une société tout entière se matérialise dans un tumulte de phrases indisciplinées qui partent à l’assaut de l’ineffable et de l’innombrable. On voudrait citer par dizaines des exemples de ce langage dont on ne sait s’il faut souligner les archaïsmes ou les néologismes, de «cette syntaxe pour laquelle nous tremblons», comme disait Léon Daudet. En voici un seul, l’évocation «cinématographique» d’un duel : «Vardes, qui attendoit au coin d’une rue, joint le carrosse de mon père, le frôle, le coupe: coups de fouet de son cocher, riposte de celui de mon père; têtes aux portières, arrêtent, et pied à terre. Ils mettent l’épée à la main...» Cette écriture nerveuse est très efficace lorsque le mémorialiste entend croquer ses personnages dont le conditionnement physique et moral explique le comportement: crayons rapides comme sans y toucher ou portraits élaborés qui épousent les particularités des corps et le mystère des âmes. Des coups de pinceau d’une précision qui coupe le souffle reconstituent en clair-obscur le paysage historique et la faune humaine qui l’anime.

"Les Mémoires font coïncider une intention historique avec des dons littéraires sans doute inconscients; le résultat est un chef-d’œuvre fulgurant, source à tout jamais de perplexité et d’enchantement" (D. VAN DER CRUYSSE, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Encyclopédie Universalis)


Œuvres de Saint-Simon

  • Mémoires, A. de Boislisle et L. Lecestre éd., 41 + 2 vol., Hachette, Paris, 1879-1928 (rééd. 1975-1981) ; Mémoires, G. Truc éd., 7 vol., coll. La Pléiade, Gallimard, Paris, 1947-1961 ; Mémoires, F.-R. Bastide et al éd., 18 vol., Ramsay, Paris, 1977-1979 ; Mémoires, Y. Coirault éd., rééd. coll. La Pléiade, 8 vol., Gallimard, 1982-1988 ; Additions au Journal de Dangeau, in Journal du marquis de Dangeau, Soulié et Feuillet de Conches éd., 18 + 1 vol., Didot, Paris, 1854-1860 ; Écrits inédits de Saint-Simon, P. Faugère éd., 8 vol., Hachette, 1880-1892 ; Papiers en marge des Mémoires, F.-R. Bastide éd., Club français du livre, Paris, 1954 ; Œuvres complètes, R. Dupuis, H. Comte et F. Bouvet éd., t. I et unique, Pauvert, Paris, 1964 ; Grimoires de Saint-Simon, nouveaux inédits, Y. Coirault éd., Klincksieck, Paris, 1975 ; Textes inédits, Y. Coirault et F. Formel éd., Paris, 1985.

Études sur Saint-Simon

- A. BASCHET, Le Duc de Saint-Simon. Son cabinet et l’historique de ses manuscrits, Plon, Paris, 1874

- F.-R. BASTIDE, Saint-Simon par lui-même, Seuil, Paris, 1953

- J.-P. BRANCOURT, Le Duc de Saint-Simon et la monarchie, Cujas, Paris, 1971

- J. CABANIS, Saint-Simon l’admirable, Gallimard, 1974

- A. CHERUEL, Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV, Hachette, 1865

- Y. COIRAULT, Les Additions de Saint-Simon au Journal de Dangeau, Colin, Paris, 1965 ; L’Optique de Saint-Simon, ibid., 1965 ; Les Manuscrits du duc de Saint-Simon, P.U.F., Paris, 1970

- Y. COIRAULT et al., Saint-Simon, corpus bibliographique, Vendôme, Paris, 1988

- A. DE WAELHENS, Le Duc de Saint-Simon. Immuable comme Dieu et d’une suite enragée, Bruxelles, 1981

- C. FATTA, Esprit de Saint-Simon, Corrêa, Paris, 1954

- H. HIMELFARB, « Du nouveau sur Saint-Simon : la version des Mémoires soumise à Rancé », in R.H.L.F., 69, pp. 636-687, 1969

- G. POISSON, Album Saint-Simon, Gallimard, 1969 ; Monsieur de Saint-Simon, Berger-Levrault, Paris, 1973, rééd. 1987

- G. ROORYCK, Les « Mémoires » du duc de Saint-Simon, Droz, Genève, 1992

- J. ROUJON, Le Duc de Saint-Simon, D. Wapler, Paris, 1958

- D. VAN DER CRUYSSE, Le Portrait dans les Mémoires du duc de Saint-Simon, Nizet, Paris, 1971 ; La Mort dans les Mémoires de Saint-Simon. Clio au jardin de Thanatos, ibid., 1981 ; « Un grand manuscrit qui vient du froid : l’Inventaire des titres du trésor du duc Claude de Saint-Simon (1686) », in Cahiers Saint-Simon, 13, 1985.