Renaud de Châtillon

De Christ-Roi
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Renaud de Châtillon, né en 1120, exécuté en 1187 à Hattin, prince consort d'Antioche (1153-1163), puis seigneur d'Outre-Jourdain, fils cadet d'Henri Ier, seigneur de Châtillon et d'Ermengarde de Montjay.

Parti pour la Terre Sainte, il épousa Constance, princesse d'Antioche, veuve de Raymond de Poitiers. C'est alors qu'il se révéla comme un aventurier sans scrupule et un chevalier brigand en allant piller l'île de Chypre, qui était alors sous la domination byzantine. La riposte de l'empereur Manuel Ier Comnène ne se fit pas attendre et il alla assiéger Antioche, obligeant Renaud à se soumettre en s'humiliant et à prêter hommage à l'empereur (1159).

Peu après, il est fait prisonnier par Nur ad-Din et restera emprisonné à Alep de 1160 à 1177. Pendant sa captivité, Constance d'Antioche meurt et un fils issu du premier mariage de Constance lui succèdera.

Libéré en 1177, il épousa Étiennette de Milly, dame d'Outre-Jourdain et devint seigneur de Montréal et d'Outre-Jourdain. Ses années de captivité ne l'ont pas du tout assagi et il multiplie les provocations.

En 1181, malgé une trêve conclue entre Baudouin IV de Jérusalem et Saladin, il pille une caravane se rendant à la Mecque. En 1182, il monte une expédition en Mer Rouge, pille les ports du Hedjaz et menace les villes saintes de l'Islam, La Mecque et Médine. Saladin vint l'assiéger et il ne dut son salut que grâce aux secours de Baudouin IV.

En 1187, il attaque encore une caravane allant de l'Egypte à Damas et Saladin engage la guerre contre le royaume de Jérusalem. La bataille entre les deux armées a lieu à Hattin et les Francs sont vaincus. Renaud, prisonnier, est immédiatement exécuté par Saladin.

Renaud de Châtillon à l'origine de la rupture de la paix entre Francs et Musulmans, par René Grousset

"Sauvage figure, nous l'avons vu que celle de ce chevalier-brigand, représentant typique de la féodalité pillarde et sanguinaire d'Occident, devenu en orient une sorte de bédouin français et qui ne concevait la guerre que comme un exploit de rezzou. Vingt ans plus tôt, comme prince d'Antioche, il avait, par ses brigandages, ses atrocités même dans l'île de Chypre, failli dresser l'empire byzantin contre les Francs.

"En 1181, en pleine paix, [...] il prit une grande caravane qui se rendait en toute tranquilité de Damas à La Mecque et l'enleva.

"La nouvelle de cette agression insensée plongea la cour de Jérusalem dans la consternation. Baudouin IV en particulier semble avoir ressenti de la conduite de son vassal une indignation violente. La paix, si indispensable aux Francs, se trouvait rompue par leur faute, dans des circonstances odieuses qui les faisaient passer aux yeux de tout l'Islam pour des violateurs de la foi jurée. Baudouin, qui devant le péril se retrouvait toujours roi, adressa à Renaud un blâme énergique et l'invita à restituer sur-le-champ à Saladin tout le butin et tous les prisonniers. mais le sire d'Outre-Jourdain se riait de l'autorité royale. A tous les appels à l'honneur ou au devoir qui purent lui être adressés, il répondit par un brusque refus. le malheureux roi dut avouer à Saladin son impuissance à se faire obéir. C'était la guerre générale.

"[...] Saladin accourut du caire vers la Transjordanie avec toute l'armée égyptienne. Renaud de Châtillon, qui avait bravé l'autorité royale, implora, pour préserver son fief, le secours de Baudouin IV. Le jeune roi, dont la sainteté égalait l'héroïsme, eut la générosité d'écouter cet appel, et, au risque de laisser la Palestine dégarnie, descendit avec l'armée franque vers le moab; mais Saladin, évitant l'accorchage, fila droit vers Damas, tandis que d'autres corps muslmans opéraient des razzias à travers la Galilée où il attaqua la place de beisan, puis la forteresse franque de Belvoir, l'actuel Kaukab, qui défendait la route de Nazareth. l'armée franque, rentrée du moab, vint prendre position en face de lui. malgré leur infériorité numérique, les Francs firent si fière contenance que Saladin, devant le mordant de leur contre-attaque, repassa le Jourdain, vaincu (11 juillet 1182).

"Le sultan conçut alors un projet ambitieux: couper le royaume de Jérusalem du comté de Tripoli ens 'emparant de Beyrouth. En août 1182, il traversa le Liban à toute allure et appaut à l'improviste devant la ville, tandis qu'eune escadre égyptienne arrivait à force de rames. une fois de plus le Roi lépreux fut le sauveur du pays. De la gallilée où il campait, il accourut au galop de sa chevalerie, non sans ordonner, au passage, à tous les navires chrétiens mouillant sur la côte de mettre à la voile vers Beyrouth. Si rapide fut son mouvement que les plans de Saladin se trouvèrent déjoués. [...] Quand le Sultan apprit l'approche du roi, il comprit que le coup était manqué et repassa le Liban après avoir saccagé fermes et cultures" (René Grousset, L'Epopée des Croisades, Éditions Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 2000, p. 181-184).