Vatican II a déconsidéré Marie

Un article de Christ-Roi.

Source : LE SEL DE LA TERRE N° 6, AUTOMNE 1993 - Article La sainte Vierge Marie et l’oecuménisme


Lors de la cérémonie interreligieuse d’Assise en octobre 1986, un groupe de pèlerins italiens se présenta à la porte de la ville : ils venaient du sud de l’Italie et portaient sur leurs épaules une statue de Notre-Dame de Fatima. Ils pensaient ainsi contribuer à la prière pour la paix en y faisant participer la Reine de la paix. Mais on les pria de laisser la statue à l’entrée de la ville (Cf. La Contre-Réforme catholique, n° 229, janvier 1987, pp. 33-34.). Faut-il voir dans ce geste une manifestation de l’hostilité des partisans de l’œcuménisme vis-à-vis du culte de la sainte Vierge ? Ou bien faut-il y voir plutôt une désapprobation de la cérémonie œcuménique d’Assise par la sainte Vierge qui refusa de pénétrer dans la ville ? Les deux explications sont sans doute vraies. L’hostilité des partisans de l’œcuménisme vis-à-vis du culte de la sainte Vierge a été suffisamment visible lors du concile. Citons ce témoignage accablant extrait du bulletin Fidélité catholique (BP 217, 56402 Auray Cedex), n° 101, janvier 1985 :


« La commission préconciliaire du concile avait préparé un schéma sur la Vierge Marie à part du schéma sur l’Église. Mais, avec les œcuménistes, les protestants veillaient ; et, juste avant le concile, l’évêque luthérien allemand Dibelius avait déclaré à haute voix que l’enseignement de l’Église sur Marie était l’un des obstacles majeurs à l’union entre catholiques et protestants. D’autres théologiens protestants avaient fait dire aux évêques catholiques qu’en approuvant un schéma sur Marie, ils dresseraient un nouveau mur de division. D’autres enfin, plus modérés, souhaitaient, si le concile tenait à traiter de la Vierge Marie, qu’il le fasse dans le cadre du schéma sur l’Église, ce qui permettrait d’envisager “d’une nouvelle manière la doctrine sur la sainte Vierge”. Que croyez-vous qu’il arriva ?
« – Le 1er décembre 1962 (1ère session), après un débat difficile sur le schéma sur l’église, Mgr Carli, italien, déclara que certains pères conciliaires avaient poussé à tel point leurs préoccupations œcuméniques que “l’on ne pouvait plus parler de Notre Dame”.
« – Le 30 septembre 1963, le cardinal Alfrink, Hollandais, demanda que fût inclus dans le schéma sur l’Église tout ce qui serait dit sur la sainte Vierge. “Une telle façon de faire contribuerait grandement à faciliter le dialogue avec les chrétiens séparés”. Le cardinal Garrone, Français, l’appuya : la théologie de l’Église serait parachevée par l’inclusion de l’enseignement sur la Vierge dans la doctrine de l’Église ; de plus, cela servirait d’antidote aux excès dévotionnels.
« En revanche, le Cardinal Spellman, Américain, protesta que le concile ne pouvait passer sous silence les titres de la Vierge déjà utilisés, de co-rédemptrice et de réparatrice, pour la simple raison que les non-catholiques auraient eu du mal à les comprendre ; il ajouta que la tâche du concile était d’enseigner les membres de l’Église plutôt que ceux du dehors.
« – Le 27 octobre 1963, Mgr Grotti, Italien, demanda avec force : “L’œcuménisme consiste-t-il à confesser ou à cacher la vérité ? cacher la vérité nous blesse, et blesse ceux qui sont séparés de nous. Cela nous blesse parce que nous faisons figure d’hypocrites. Cela blesse ceux qui sont séparés de nous parce que cela les fait paraître faibles et susceptibles d’être offensés par la vérité. Distinguons entre les deux schémas de la Vierge et de l’Église. Professons notre foi ouvertement. Soyons les docteurs de ceux qui sont dans l’Église en enseignant avec clarté, et non en cachant la vérité”.
« – Le 29 octobre, la question suivante fut mise aux voix : “Plaît-il aux pères conciliaires que le schéma sur la très sainte Vierge Marie, Mère de l’Église, soit révisé de manière à devenir le chapitre 6 du schéma sur l’Église ?”. Le dépouillement du scrutin donna 1114 voix en faveur de la fusion des deux schémas ; la majorité requise n’était que de 1097. Les “œcuménistes” l’emporteraient par 17 voix.
« – Le 30 novembre, un mois plus tard, à la fin de la session, nous recevions la lettre ci-dessous de M. l’abbé Victor Berto qui participa aux travaux de la 2e session en tant que conseiller théologique de Mgr Marcel Lefebvre, alors Supérieur général de la congrégation des pères du Saint-Esprit. Voici comment l’abbé Berto ressentait les résultats de ce vote du 29 octobre 1963 qui décida de la fusion du schéma sur la vierge Marie avec le schéma sur l’Église ( les italiques et les parenthèses sont de nous).
« Le travail a été formidable, ce n’est rien ; il a surtout été douloureux. Que de fois, après les votes du 29 et du 30 octobre, j’ai pleuré à sanglots sur les pauvres feuillets que je couvrais d’écriture ! Le châtiment de Dieu est venu sur ces votes, surtout peut-être sur le premier ;
« Le second, plus grave ut res (dans la réalité) que le premier, était moins affreux ut signum (comme signe). Le sort de la session a été réglé ce jour-là au ciel, où règne un Fils qui ne veut pas qu’on outrage sa mère. Le châtiment a été ce honteux pataugeage.
« Je m’accuse, et je voudrais m’accuser devant la terre entière, d’avoir douté, douté de l’amour de Notre-Seigneur pour sa mère, douté du soin qu’il aurait de venger son honneur. La vengeance a été prompte ; elle a été de rendre le concile gâteux pendant six semaines, et elle est douce, si elle s’arrête là.
« Le funeste vote (du 29 octobre 1963) apostasiant l’Évangile des noces de Cana, loin d’inviter la sainte Vierge, lui avait signifié son congé. Elle encombrait ! La Vierge Marie encombrait le concile, qui l’invitait à sortir. Oh ! Elle ne se l’est pas fait dire deux fois ! La terre n’a pas tremblé, la foudre n’est pas tombée sur Saint-Pierre. La Vierge Marie est sortie discrètement, dans un profond silence ; seulement si discrètement, dans un silence si profond, qu’elle n’a pas dit : Vinum non habent [Ils n’ont plus de vin] ; et les destins de la deuxième session ont été scellés (On peut ajouter aujourd’hui que les destins de tout le concile ont sans doute été scellés ce jour-là.).
« Quand on est un concile œcuménique et qu’on fait sortir la sainte Vierge, on devrait au moins se rappeler qu’elle ne demande qu’à s’effacer, c’est assez connu, et qu’elle pourrait bien s’effacer trop. La sainte Vierge n’ayant rien dit, Jésus n’a rien fait ; l’eau est restée de l’eau, même pas de l’eau potable, de l’eau de toilette, toujours comme à Cana.
« Je pense que la sainte Vierge, quant à elle, se serait contentée de laisser le concile barboter dans toute cette eau pas trop propre. Mais au lieu de lui demander à genoux, dans une supplication solennelle, de prononcer le Vinum non habent, on l’a formellement déclarée gênante, embarrassante, encombrante, à la face de son Fils, elle, l’épouse du Saint-Esprit.
« Toujours, quand on est un concile œcuménique, on doit savoir que mettre la sainte Vierge à la porte est une opération qui peut avoir des suites, et peut n’être pas ratifiée par quelqu’un qui lui a ouvert les portes du ciel ; on doit voir plus loin que le bout de son nez, et ne pas se figurer qu’on a droit au Saint-Esprit, comme ça, sur commande, du moment qu’on est un concile.
« Pendant ce temps-là, l’Esprit-Saint, qui ne vient d’auprès du Père que s’il est envoyé par le Fils, “quem ego mittam vobis a Patre”, attend dans le paradis. Qu’est-ce qu’il attend ? Que le concile soit célébré comme au cénacle, “cum Maria matre Jesu” [avec Marie mère de Jésus].
« Voilà l’histoire mystique de la deuxième session ; c’est la seule histoire vraie. Je l’ai vécue, sans d’abord y rien comprendre, le cœur dans un étau. “Nondum venit hora mea” [mon heure n’est pas encore venue], Jésus n’a pas à avancer son heure, la sainte Vierge ne l’en ayant point prié. »
V. A. Berto +
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