Le rosaire

Un article de Christ-Roi.

« Pierre remonta et tira le filet plein de 153 gros poissons.
« Et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne rompit point.»
(Jean XXI, 11)


Sommaire

Introduction

Extrait d'un entretien de soeur Lucie de Fatima avec le père Fuentès, le 26 décembre 1957 :

« La très sainte Vierge, en ces derniers temps que nous vivons, a donné une efficacité nouvelle à la récitation du Rosaire ; de telle façon qu’il n’y a aucun problème, si difficile soit-il, temporel ou surtout spirituel, se référant à la vie personnelle de chacun de nous, de nos familles, des familles du monde ou des communautés religieuses, ou bien à la vie des peuples et des nations ; il n’y a aucun problème si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du saint Rosaire. Avec le saint Rosaire nous nous sauverons, nous nous sanctifierons, nous consolerons Notre-Seigneur et obtiendrons le salut de beaucoup d’âmes. »

Bien sûr, la prière la plus efficace pour toucher le Cœur de Dieu est sans aucun doute la prière liturgique: la sainte Messe entourée de l’Office divin (le bréviaire récité par les prêtres et les religieux). Le Rosaire n’a jamais prétendu remplacer la liturgie. Mais inversement, la liturgie ne supprime pas le Rosaire qui a un caractère propre et irréductible.


Histoire

Extrait de l'article paru dans le Sel de la Terre n°38.

Des roses pour un rosaire

Au Moyen Age, la contemplation de la Vierge Marie, de ses privilèges et des bienfaits qu’elle accorde à ses enfants, est considérée comme une joie surpassant toutes les joies. C’est cette piété joyeuse des « Saluts Notre-Dame » qui donnera le nom de Rosaire. Au Moyen Age, le symbole de la joie est en effet la rose. Se couronner le front de roses (d’un « chapelet », ou petit chapeau, de roses) est signe de joie. La Vierge Marie est même appelée « un jardin de roses ». Or, en latin médiéval, jardin de roses se dit rosarium.


On avait la conviction qu’à chaque salutation, la Vierge Marie elle-même ressentait comme un nouvel écho de la joie de l’Annonciation. Il ne s’agissait plus seulement de se réjouir soi-même à la pensée de Notre-Dame, on voulait aussi réjouir le Coeur de Marie lui-même. Les « Saluts Notre-Dame » sont alors conçus comme autant de roses spirituelles qu’on présente à la Vierge Marie en lui tressant une couronne, un chapelet. En retour, la Vierge pose sur la tête de ses enfants un invisible diadème de roses, de grâces spirituelles.


Comment est né l’Ave Maria ?

Dans cette ferveur à saluer Notre-Dame, on ne s’étonnera pas que la salutation la plus populaire ait été tirée directement de l’Évangile, des épisodes de l’Annonciation et de la Visitation qui étaient dans tous les esprits :

« Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre (toutes) les femmes » (Lc 1, 28).
« Vous êtes bénie entre (toutes) les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni » (Lc 1, 42).

Ces deux salutations constituèrent la première partie de l’Ave Maria. Elles se joignirent aux alentours du XIe siècle, selon l’opinion commune.

Au commencement du XVIIe siècle, la seconde partie[1] de l’Ave Maria (« Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ») n’était pas encore d’un usage général, et l’Ave demeurait souvent incomplet, ne comportant que la première partie.


L’institution du Rosaire par saint Dominique

On demanderait en vain aux écrivains des XIIIe et XIVe siècles une mention spéciale et circonstanciée de l’institution du Rosaire par saint Dominique. Ce n’était pas le genre littéraire de l’époque. Ces écrivains étaient plus soucieux d’édifier leurs lecteurs – ce qui est le plus important – que de faire oeuvre scientifique. Les origines du Rosaire sont alors comme recouvertes d’une ombre mystérieuse. La Providence l’a voulu ainsi, n’en déplaise aux rationalistes modernes. C’est un secret entre la Vierge Marie[2] et son serviteur Dominique.


Mais ce serait une formidable impiété et une étonnante absence de bon sens et de raison de se servir de cette ombre pour dénier à saint Dominique l’invention de cette prière :

  • formidable impiété car l’institution du Rosaire par saint Dominique appartient à la tradition la plus assurée, non seulement de l’Ordre dominicain, mais surtout de l’Église romaine. C’est l’argument majeur.
  • absence de bon sens et de raison, car les documents des XIIIe et XIVe siècles offrent des indications si nombreuses et si évidentes qu’elles suffisent pour donner à l’institution du Rosaire une place qui n’est ni antérieure ni postérieure à saint Dominique.


D'après la tradition de l’Église romaine

Citons d’abord la bulle Consueverunt romani Pontifices (1569) du pape saint Pie V. Il y écrit très clairement que saint Dominique a « inventé et propagé ensuite dans toute la sainte Église romaine un mode de prière, appelé Rosaire ou psautier de la bienheureuse Vierge Marie, qui consiste à honorer la bienheureuse Vierge par la récitation de cent cinquante Ave Maria, conformément au nombre des psaumes de David, en ajoutant à chaque dizaine d’Ave l’Oraison dominicale et la méditation des mystères de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ ».


Dans la bulle Monet Apostolus (1573) qui instituait la solennité du saint Rosaire, le pape Grégoire XIII rappelle que saint Dominique « institua, pour détourner la colère de Dieu et obtenir le secours de la bienheureuse Vierge, cette pratique si pieuse qu’on appelle le Rosaire ou le psautier de Marie ».


En 1724, des contradicteurs ayant mis en cause l’attribution du Rosaire à saint Dominique, Benoît XIII demanda à la congrégation des Rites d’étudier la question. Le promoteur de la foi Prospero Lambertini, futur Benoît XIV, se plaçant sur le terrain solide de la tradition romaine, réduisit à néant les objections contraires. Le 26 mars 1726, Benoît XIII rendit obligatoires les leçons du bréviaire romain, aux matines de la fête du 7 octobre, enseignant que « Marie recommanda [à saint Dominique] de prêcher le Rosaire au peuple, lui faisant entendre que cette prière serait un secours exceptionnellement efficace contre les hérésies et les vices ». Benoît XIV, ayant pris connaissance des objections faites contre l’attribution du Rosaire à saint Dominique, déclare la tradition romaine fondée sur les bases les plus solides – validissimo fundamento –, et il répond aux adversaires : « Vous nous demandez si réellement saint Dominique est l’instituteur du Rosaire. Vous vous déclarez perplexes et pleins de doutes sur ce point. Mais que faites-vous de tant d’oracles des souverains pontifes, de Léon X, de Pie V, de Grégoire XIII, de Sixte V, de Clément VIII, d’Alexandre VII, d’Innocent XI, de Clément XI, d’Innocent XIII, de Benoît XIII et d’autres encore, tous unanimes pour attribuer à saint Dominique l’institution du Rosaire ? »


D'après des documents des XIIIe et XIVe siècles

Apparition d’une nouvelle coutume

Nous avons trouvé dans les « Saluts Notre-Dame » l’origine lointaine du chapelet. Cependant, il est facile de démontrer que la coutume de réciter un nombre précis d’Ave Maria n’était pas accréditée, moins encore universelle, qu’en un mot elle ne constituait pas une institution avant l’époque de saint Dominique, tout simplement parce qu’aucun document ni aucune tradition n’en fait état.


Mais il est étonnant – et probant – de constater qu’à partir de saint Dominique, les signes de cette dévotion devenue celle de tous, des personnes cultivées et des simples, du cloître comme du monde, se multiplient de mille manières dans les archives de l’époque.


Ainsi le nombre de 50 et de 150 Ave Maria se reproduit dans les archives avec un ensemble tout à fait significatif. « Les documents affluent pour prouver que dans les couvents et monastères de l’Ordre dominicain, dès le XIIIe siècle, on récitait des suites d’Ave Maria, soit 50, soit 150, soit 1000. [...] Qui a donné aux dominicains et dominicaines du XIIIe et du XIVe siècles cette dévotion ? N’est-ce pas celui qui a fondé l’Ordre, Dominique de Guzman ? [3]». Citons aussi ce beau témoignage sur le roi saint Louis : « Li saint roi s’agenoilloit chascun jour au soir cinquante foiz, et à chascune foiz se levait tout droit et donc se regenoilloit, et à chascune foiz que il s’agenoilloit, il disoit moult à loisir, un Ave Maria [4] ».


Les dominicains, dispersés aux quatre coins de la Chrétienté, auront une influence décisive dans l’expansion du Rosaire et sa pénétration dans toutes les classes de la société. Le R.P. Mortier O.P., historien éminent de l’Ordre dominicain, écrit notamment : « L’ordre fondé par saint Dominique a développé dès ses premiers débuts, de façon extraordinaire, la dévotion pratique à l’Ave Maria. C’est incontestable ».


Une arme de guerre contre les ennemis de l’Église

Un document historique montre saint Dominique employant victorieusement cette prière dans une célèbre bataille contre les hérétiques[5]. Il s’agit de la première victoire du Rosaire remportée à Muret, près de Toulouse, le 12 septembre 1213, par saint Dominique. Huit cents chevaliers catholiques, appelés par le pape Innocent III, se trouvent en face de 34 000 ennemis environ (des cathares renforcés par des troupes venues d’Espagne avec le roi Pierre II d’Aragon). Dominique monte alors avec le clergé et le peuple dans l’église de Muret, et il fait prier à tous le Rosaire. Cinq mois après l’évènement, un notaire languedocien écrit :

Dominicus rosas afferre
Dum incipit tam humilis
Dominicus coronas conferre
Statim apparet agilis [6].

Le notaire note l’humilité de Dominique qui n’hésite pas à prendre la prière du Rosaire (prière très humble, prière du peuple) ; et il note son agilité à achever les couronnes, c’est-à-dire à faire se succéder les chapelets les uns aux autres. La victoire des chevaliers catholiques – menés par Simon de Montfort – est fulgurante et miraculeuse [7]. Les chroniques relatent que les ennemis de la religion tombaient les uns sur les autres ainsi que les arbres de la forêt sous la cognée d’une armée de bûcherons.

[NdT]: Notons aussi d'autres victoires du rosaire: contre les turcs à Lépante en 1571, en Autriche en 1683 et près de Belgrade (Petrovaradin) en 1716, encore en Autriche contre les communistes[8] en 1955.

Si la croisade [9], dont la bataille de Muret est l’un des plus glorieux épisodes, ramena la paix politique, c’est surtout la prédication du Rosaire qui convertit les coeurs et pacifia définitivement la région. Nous arrivons ici à un élément essentiel. Avant d’être une louange à Marie, avant d’être une arme providentielle pour défendre la Chrétienté, le Rosaire fut d’abord, pour saint Dominique :


Une méthode de prédication

Saint Dominique, sur la recommandation de Notre-Dame [10], prêchait les mystères de la foi et faisait prier dans le même temps ses auditeurs avec des Pater et des Ave. Il agissait ainsi parce que la parole, aussi brillante soit-elle, ne suffit pas pour convertir. Seule la grâce de Dieu peut briser les résistances secrètes de l’âme, et cette grâce ne peut être obtenue que par la prière. C’est d’abord la prière de l’apôtre, et saint Dominique y passait ses nuits. Mais, dit saint Thomas d’Aquin, « il arrive que la prière faite pour autrui n’aboutisse pas [...] par suite d’un obstacle tenant à celui pour qui l’on prie [11] ». Cependant, si le pécheur lui-même se met à prier, en priant il lève l'obstacle à sa conversion. Il y a en effet « quatre conditions dont la réunion fait qu’on obtient à coup sûr ce qu’on demande : il faut demander pour soi, ce qui est nécessaire au salut éternel, et le faire avec piété et persévérance ». C’est donc l’oeuvre d’un apôtre particulièrement inspiré et surnaturel d’allier ainsi sa prédication avec la prière de celui qui est instruit.


Comment cette méthode de prédication fut-elle particulièrement appropriée pour détruire l’hérésie cathare ? Pour les cathares, le monde sensible et corporel était l’oeuvre du Mal ou du démon. Dieu n’avait donc pu assumer un corps humain dans le sein d’une Vierge et mourir sur une croix pour nous sauver. Ils niaient ainsi les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption, blasphémaient contre la très sainte Vierge, et ne reconnaissaient pour seule prière que le Pater auquel ils vouaient un attachement superstitieux. Si l’absence de prédication catholique avait favorisé l’implantation du catharisme, la prédication populaire des mystères du Rosaire, jointe à la prière des Pater et des Ave, fut le remède radical à ce fléau. Une multitude de religieux sillonnaient le pays, joignant à leur parole l’exemple d’une vie pauvre. Au cours du XIIIe siècle, ce ne sont pas moins de 118 couvents de religieux mendiants (dominicains, franciscains, carmes, augustins, sachets [12]) qui sont fondés dans le Languedoc. Entre 1216 et 1295, on compte près de 1100 dominicains qui ont vécu dans cette région.

Cette union de la prière vocale avec la méditation des mystères du Christ et de Notre-Dame se répand alors dans la piété, et si vite qu’en 1236 par exemple, elle se trouve déjà mentionnée dans le livre du psautier mis entre les mains des béguines de Gand. Là encore, on ne trouve rien de semblable avant saint Dominique.


Comment donc ne pas accorder à saint Dominique l’institution du Rosaire, puisque les souverains pontifes la lui attribuent dans une unanimité qui ne s’est jamais démentie, et que les documents abondent qui prouvent l’apparition de cette dévotion à l’époque du saint et dans l’Ordre qu’il a fondé ?


Quant à la manière dont le Rosaire fut donné à ce grand saint, fut-ce selon les voies ordinaires de la grâce, c’est-à-dire par une simple inspiration ? Ne fut-ce pas plutôt sous la forme d’une vision céleste dont le saint aurait gardé le secret et pendant laquelle la Vierge Marie aurait instruit et consolé son disciple ? On ne peut rejeter cette dernière solution. Elle doit même avoir notre faveur parce qu’elle est une tradition vénérable, trop favorisée par l’Église, trop entrée dans la mémoire des fidèles, pour n’être qu’une pieuse légende.

Où cette révélation eut-elle lieu ? Les habitants de Toulouse la plaçaient dans la forêt de Bouconne, non loin de leur ville où saint Dominique fonda son premier couvent. L’Église du Puy dit que ce fut dans sa cathédrale. Le père Petitot, quant à lui, parle d’une tradition situant cet événement dans le sanctuaire de Prouille dans le Languedoc, aux pieds du village de Fanjeaux, là où saint Dominique fonda les moniales dominicaines contemplatives et d’où il dispersa ses premiers frères dans toute l’Europe le 15 août 1217.


Le rôle organisateur du bienheureux Alain de la Roche

« Le Rosaire [prêché par] saint Dominique subit par la suite des temps et la négligence des hommes une intermittence et une éclipse presque totale » (Lettre d’Alexandre, évêque de Forli, légat du pape, approuvant la confrérie du Rosaire de Cologne le 10 mars 1476).

La cause en avait été les malheurs de la Chrétienté. Au milieu du XIVe siècle, la peste noire avait dévasté l’Europe et enlevé à l’Ordre des Prêcheurs la majorité de ses religieux. Puis le schisme d’Occident vint aggraver la situation en jetant la confusion dans les esprits, en divisant le clergé et les fidèles. Tous ces troubles finiront par conduire au protestantisme. Dans un tel contexte, on ne s’étonnera pas que la prédication du Rosaire soit tombée en désuétude. Elle va être reprise et organisée dans le dernier quart du XVe siècle, juste avant la tourmente protestante, par le bienheureux Alain de la Roche (1428-1475), dominicain, breton d’origine. Le témoignage d’Alain lui-même nous l’apprend. Il est dit, dans un document émané primitivement de sa plume, que : « La sainte Mère de Dieu lui apparut plusieurs fois avec son Fils ; l’un et l’autre lui recommandèrent, au nom de la Passion douloureuse, et afin de conjurer les effets de la colère divine, de prêcher le psautier (le rosaire) ; et cela à cause des difficultés et maux inexprimables qui allaient fondre sur l’Église de Dieu, sur les Ordres religieux et sur le monde. En ces temps périlleux et pleins d’angoisses, suprême épreuve de la Chrétienté, Marie voulait, par son psautier, renouveler la face de la terre et ramener les hommes à l’observation de la loi divine [13] ». Au moment où ces lignes étaient écrites dans un opuscule en allemand, Luther naissait. Quand elles furent livrées à l’impression, il avait une dizaine d’années.

Religieux du couvent de Lille, le bienheureux Alain de la Roche se mit donc à enseigner, dans ses prédications, à prier la sainte Vierge en récitant des Ave Maria et en méditant les mystères de la foi [14]. C’était le Rosaire, formé de 150 Ave, eux-mêmes groupés en dizaines séparées par des Pater. Il faut noter que le bienheureux ne se limitait pas aux mystères joyeux, douloureux et glorieux de la vie du Christ. Les sujets qu’il invitait à contempler étaient comme une revue affectueuse, selon les besoins et la dévotion de chacun, de tout ce qui est de la religion : à côté des trois séries de mystères, les fidèles pouvaient méditer sur les sept sacrements, sur les gloires et les béatitudes de la cour céleste, ou encore sur tout autre sujet. Cette dévotion avait une grande liberté. Il est permis de garder cette liberté aujourd’hui encore dans la méditation privée du Rosaire [15].


Mais l’oeuvre personnelle d’Alain de la Roche fut sans contredit la restauration de la Confrérie du psautier de la bienheureuse Vierge. Du vivant de saint Dominique existaient déjà des associations de fidèles se groupant pour prier le chapelet. C’est pourquoi saint Dominique est considéré comme le fondateur de la Confrérie du Rosaire. En quoi va donc consister cette restauration ? L’apport d’Alain de la Roche fut double.


Tout d’abord, il considérait le Rosaire comme le psautier de la sainte Vierge. Les prêtres récitant chaque semaine dans le bréviaire 150 psaumes, le Rosaire devient le bréviaire des fidèles avec ses 150 Ave Maria récités chaque semaine.

Ensuite, il groupe les fidèles en confréries calquées sur les confréries de métiers. Dans l’esprit d’Alain de la Roche, la confrérie du Rosaire était une corporation de prière, comme il y avait des corporations de métiers ; à la différence que ces corporations de prière étaient universelles, ne se limitaient pas à une province, un royaume, mais devaient s’étendre au monde entier, relier entre eux tous les confrères de la Chrétienté.

S’inscrire dans une confrérie du Rosaire, c’était se rendre participant de toutes les prières des confrères du monde entier. Celui qui disait ses Ave Maria seul dans sa chambre, priait en union avec tous les confrères et pour tous. C’est là l’oeuvre capitale du génie surnaturel d’Alain de la Roche. Il ajoute même que chaque membre d’une confrérie participe à toutes les oeuvres de piété, à tous les mérites des autres membres, même par mode de satisfaction expiatoire. Au second article des statuts des confréries, Alain de la Roche écrit : « La chose capitale de cette Fraternité, c’est que toutes les oeuvres d’un confrère et tous les mérites de chacun sont un bien commun à tous les membres de la Fraternité ». Et l’un de ses disciples, Michel François de Lille, écrit dans le même sens, par manière de commentaire : « Parce que les prières ou toute oeuvre pie, ne peuvent être utiles aux autres par mode de satisfaction, si ce n’est par un acte de volonté de celui qui les fait, chacun de ceux qui récitent le psautier de la Vierge doit diriger son intention, soit par un acte chaque fois répété, soit de manière habituelle, en faveur de tous les confrères », vivants et défunts.

Cette chaîne universelle de prière eut un succès considérable dans le peuple chrétien qui l’accueillit avec grand enthousiasme. Elle allait rapidement couvrir en un réseau serré tous les pays de la Chrétienté pour les protéger comme un bouclier.

La première confrérie du Rosaire de ce type, fut fondée à Douai en 1470. Elle fut l’aînée d’une innombrable famille.

L’engouement pour cette dévotion fit que certains commencèrent même à réciter le psautier de la Vierge quotidiennement.

Mais le bienheureux Alain de la Roche mourait en 1475, cinq années seulement après la fondation de la première confrérie. C’est un autre dominicain, frère Jacques Sprenger, prieur du monastère de Cologne et maître en théologie, qui allait propager l’oeuvre à peine née. Alain de la Roche avait prêché le psautier de la Vierge dans les Flandres, en Hollande et en Bretagne. Jacques Sprenger va le prêcher en Allemagne, et surtout obtiendra la première approbation pontificale, le 10 mars 1476, en la personne du légat du Saint-Siège, Alexandre, déjà cité, pour la confrérie de Cologne. Le Rosaire venait d’obtenir pour cette ville une paix inespérée avec Charles le Téméraire.


Louis-Marie Grignion de Montfort

C’est saint Louis-Marie Grignion de Montfort qui ajouta au Rosaire, en introduction, le Credo, le Pater, et les trois Ave [16], qui ne font pas partie de la tradition dominicaine et donc ne sont pas requis pour gagner les indulgences attachées au Rosaire. Cette introduction montfortaine s’est cependant généralisée au cours des temps.

Nous noterons qu'à LOURDES en 1858, Notre DAME demande à Bernadette SOUBIRON de jouer des scènes qui figurent les mystères du Rosaires. Il y a 18 dix huit apparitions ou convoquation à la Grotte de Massabièle. Trois sont introductives, et les quinze autres démonstratives. Nous retrouvons là une validation de la part de Notre Dame des trois premiers Avé et des trois fois cinq (3X5) pour chaque mystère.

(note de la rédaction) Aujourd'hui se pose le problème des "mystère lumineux" qui porteraint à vingt trois les séquences. Est-ce un clin d'œil de la Providence que les lieux tel que les ont aménagés les hommes, aient fait qu'ils soient restés à la porte de la basilique du Rosaire!!!


Notre Dame de Fatima

Il nous faut maintenant évoquer l’apothéose de la révélation du Rosaire, qui eut lieu à Fatima le 13 octobre 1917. Ce jour-là, la Vierge Marie s’est présentée sous le vocable de Notre-Dame du Rosaire. Et pendant que l’immense foule des pèlerins et des curieux assistait au miracle du soleil, les trois petits voyants étaient gratifiés d’une vision représentant les trois séries des mystères du Rosaire :

  • pour illustrer les mystères joyeux, parut d’abord la sainte Famille : l’Enfant-Jésus bénissant le monde, entouré de Notre-Dame et de saint Joseph ;
  • puis vint une autre scène : Notre-Dame des Douleurs, avec à côté d’elle Notre-Seigneur portant le manteau de pourpre dont les soldats le revêtirent le Vendredi saint ;
  • enfin, pour illustrer les mystères glorieux, Notre-Dame tenant dans sa main le scapulaire du Mont-Carmel.

En ce jour, la Vierge Marie demanda une fois de plus la récitation quotidienne du chapelet, ainsi qu’elle l’avait fait avec une insistance impressionnante à chacune de ses apparitions (n’oublions pas qu’à Lourdes, en préparation, elle avait enseigné à Bernadette comment bien réciter son chapelet, sans précipitation).

Quelques années plus tard, le 10 décembre 1925, au couvent de Pontevedra en Espagne, la Vierge Marie vint demander à soeur Lucie de rendre publique et de répandre la dévotion des cinq premiers samedis du mois, qui comprend la récitation d'un chapelet.


Soeur Lucie de Fatima dira : « La très sainte Vierge […] a dit, aussi bien à mes cousins qu’à moi-même, que Dieu donnait les deux derniers remèdes au monde : le saint Rosaire et la dévotion au Coeur Immaculé de Marie, et ceux-ci étant les deux derniers remèdes, cela signifie qu’il n’y en aura pas d’autres. (...) La Très Sainte Vierge, en ces derniers temps que nous vivons, a donné une efficacité nouvelle au Rosaire.. (...) Il n'y a aucun problème, dis-je, si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du saint Rosaire[17]. »



Méthode et récitation

Au cours de la récitation du rosaire, on récite les prières suivantes:


Le rosaire débute par la prière du Credo, suivie par celle du Pater, suivie par trois Ave et un Gloria

Prières
Credo
Pater
3 Ave
Gloria


Ensuite, le rosaire continue par l'enchainement des trois séries des mystères joyeux, douloureux et glorieux. Si on ne récite qu'une seule série, on parle de chapelet plutôt que de rosaire. On choisit cette série en fonction du jour de la semaine.

Une série comprend cinq mystères, que l'on médite tout en récitant, pour chacun, un Pater, dix Ave, un Gloria et un Ô mon Jésus. On poura s'aider de ces informations pour méditer les mystères.


Prières Mystères joyeux
Lundi et Jeudi
Mystères douloureux
Mardi et Vendredi
Mystères glorieux
Mercredi, Samedi et Dimanche
Pater
10 Ave
Gloria
Ô mon Jésus
Incarnation Agonie de Jésus-Christ Résurrection
Pater
10 Ave
Gloria
Ô mon Jésus
Visitation Flagellation Ascencion
Pater
10 Ave
Gloria
Ô mon Jésus
Nativité de Jésus-Christ Couronnement d'épines Pentecôte
Pater
10 Ave
Gloria
Ô mon Jésus
Présentation au temple Portement de croix Assomption de Marie
Pater
10 Ave
Gloria
Ô mon Jésus
Recouvrement de Jésus-Christ Crucifixion Couronnement de Marie


Notes

  1. [NDCRNET]: D'après www.magnificat.ca, la seconde partie de l'Ave Maria sont les dernières paroles de Saint Simon Stock. Référence donnée: Mgr Paul Guérin, édition 1863, p. 229-233 -- Résumé O.D.M. -- Bollandistes, Paris, éd. 1874, tome V, p. 582
  2. [NDCRNET]: Mr l'abbé E. Peyron dans sons livre Histoire de Notre-Dame du Puy et de son jubulé, 1884, réed. 2005 chez LBC, donne page 156 un récit d'une apparition de Marie à Saint Dominique dans la cathédrale du Puy: « ... la sainte Vierge apparut soudain à saint Dominique (...) : "Si vous voulez arrêter le débordement des maux qui affligent en ce moment une position notable de la sainte Eglise, prêchez sans relâche, aux pauvres égarés, les mystères de leur rédemption, et amenez-les à les méditer, car tout le mal actuel vient de l'ignorance et de l'oubli des vérités de la foi !" Elle l'engagea dans ce but à établir partout le Rosaire, qui est le rappel constant des grands mystères de notre salut, l'assurant que, de même que la salutation angélique avait été le principe de la rédemption du monde, ainsi cette salutation serait le principe de la conversion des hérétiques. » Références données en page 161.
  3. Père MORTIER O.P., Histoire abrégée de l’Ordre dominicain en France, Tours, Mame, 1920, Première période IV, p. 8.
  4. Père DANZAS O.P.,Études sur les temps primitifs de l’Ordre de Saint-Dominique, Paris, Oudin frères, 1877, t. 4, p. 402
  5. Père PETITOT O.P., Vie de saint Dominique, Saint-Maximin, Éditions de La Vie Spirituelle, 1925, chapitre IX, p. 187. Ce livre a été réédité par les Editions du Lion (1, rue Sala, 69002 Lyon) en 1996, sous le titre Dominique de Guzman, un saint pour le XXIe siècle
  6. Dominique apporte des roses [à Notre-Dame], il apparaît si humble lorsqu’il commence [à prier] ; Dominique fait des couronnes [chapelets], il apparaît aussitôt agile [à prier]
  7. Les catholiques n’auront que huit tués, et leurs ennemis 10 000 morts dont le roi d’Aragon lui-même.
  8. Au soir de la défaite du IIIème Reich, l’Autriche est divisée par les vainqueurs en zones occupées. Les Russes reçoivent en partage Vienne et ses environs, ils tiennent ainsi en mains les régions les plus riches du pays et possèdent la clef de l’Europe, car qui tient Vienne tient l’Europe Aux élections de novembre 1945, les communistes n’arrivent cependant pas à remporter la victoire mais, à les entendre, ce n’est que partie remise : « nous ne sommes qu’au début de la guerre en Autriche, et cette guerre nous la gagnerons. » (journal La voix du peuple). On ne saurait être plus clair, surtout lorsqu’on se sait appuyé par de nombreuses troupes d’occupation !
    Cependant l’année suivante, revenant de captivité, le Père Petrus, franciscain, se rend à Mariatzel, le sanctuaire marial de l’Autriche, et y prie pour libérer son pays du joug communiste qui tente de l’étouffer. Lorsqu’il entend une voix intérieure lui dire : « Faites ce que je vous dis, priez le Rosaire et il y aura la paix. »
    Au bout d’un an de réflexion, le Père se décide et lance une croisade du Rosaire pour la réparation des offenses faites à Dieu, la conversion des pécheurs et la paix du monde spécialement de l’Autriche.
    1948 : 10 000 personnes sont inscrites et non des moindres puisque l’on compte parmi elles Fédéral Figel le chancelier autrichien. Le nombre de croisés progresse toujours.
    1949 : Élections générales ; la prière du Rosaire s’intensifie, le couvent des franciscains est visité en quelques semaines par 50 000 personnes. Les communistes n’obtiennent que cinq sièges mais la tension monte et tous savent que, déçus par leur résultat dérisoire, les communistes veulent arriver à leur fin en s’appuyant sur la force armée et enlever par un coup d’état le pouvoir.
    Le Père Petrus reprend alors l’offensive mariale et organise une prière publique officielle devant prendre fin le 12 septembre, jour de la fête du Saint Nom de Marie où Vienne commémore avec faste sa libération de l’étau turc en 1683. L’archevêque craint une déconvenue, mais le chancelier fait au prêtre cette magnifique réponse : « Père Petrus, si nous ne sommes que deux, je viens : pour la patrie, cela vaut la peine. » 35 000 personnes seront présentes le soir derrière le chancelier chapelet et cierge en mains !
    La réplique est fulgurante : les communistes dès la fin du mois lancent une grève générale et tentent un putsch. Mais les syndicats anticommunistes réagissent et ces tentatives échouent. À cette époque la croisade du Rosaire compte 200 000 membres.
    Une défaite ne peut abattre la puissance communiste, le ministre russe des affaires étrangères, le célèbre Molotov, l’indiqua clairement au chancelier autrichien lors d’une rencontre : « N’ayez aucune espérance. Ce que nous, Russes, possédons une fois, nous ne le lâchons plus. »
    Et le Père Petrus reprend son bâton de pèlerin, en avril 1955, la croisade compte 500 000 membres. Le 13 mai le chancelier Figel convoqué à Moscou comprend que cette fois-ci les Russes sont résolus à agir et à le faire avec promptitude. Il note à la sortie de l’entrevue : « Aujourd’hui, jour de Fatima, les Russes se sont encore durcis. Prions la Mère de Dieu pour qu’elle aide le peuple autrichien. »
    Le sort en est jeté. La force appartient aux Russes…Et dix jours plus tard Moscou accorde son indépendance à l’Autriche, sans raison apparente. Le dernier soldat russe quittera en octobre suivant la terre autrichienne. Notre Dame du Rosaire a vaincu, ainsi que le reconnaissent les autorités lors de la fête d’action de grâces organisée sur la Place des Héros à Vienne. (source Fr. Yves le Roux)
  9. Un excellent livre sur cette question est sans conteste l’ouvrage de M. Dominique PALADILHE, Simon de Montfort et le drame cathare, Paris, Librairie Académique Perrin, 1988. Puisant aux meilleures sources, l’auteur nous révèle le vrai visage de Simon de Montfort, l’un des plus beaux exemples de chevalier chrétien au service de l’Église.
  10. Voir le texte des matines du bréviaire romain au 7 octobre (supra)
  11. II-II, q. 83, a. 7.
  12. Ordre mendiant fondé par un franciscain vers 1240
  13. Cité par le père DANZAS O.P., ibid., p. 343. A la page 415, l’auteur note qu’Alain de la Roche fait remonter à saint Dominique la division générale entre mystères joyeux, douloureux et glorieux. Mais c’est au bienheureux Alain qu’on attribue la fixation définitive des 15 mystères que nous connaissons aujourd’hui (père PETITOT O.P., ibid., p. 188).
  14. Il faut savoir qu’un écrit attribué par erreur, par le père Coppenstein O.P., au bienheureux Alain de la Roche, mais totalement apocryphe, l’Alanus redivivus, a jeté la plus grande confusion, d’où le déchaînement hâtif de la critique moderne envers Alain, accusé de falsification, car cet écrit invente à profusion toutes sortes d’histoires sur la donation du Rosaire à saint Dominique. (Père Danzas, ibid., p. 345-346.) D’autre part, à propos des nombreuses apparitions de Notre-Dame dont parle le bienheureux dans ses écrits authentiques, le père Esser, de la congrégation de l’Index, a signalé que les révélations dont fait état Alain de la Roche ne doivent pas se prendre au sens strict de visions corporelles ou d’apparitions, mais plutôt au sens d’inspirations, de visions intellectuelles. Ce jugement du père Esser est signalé par le père MORTIER O.P. dans son Histoire des Maîtres généraux de l’Ordre des Frères Prêcheurs, déjà cité, t. IV, à la page 635. Le Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, dans son article sur le bienheureux Alain de la Roche, se range à la même conclusion. Pareille constatation a d’ailleurs été faite à propos de la vie d’autres saints. « Lorsqu’il s’agit de l’âme, comprendre et voir sont une seule et même chose » dit saint Jean de la Croix (La Montée du Carmel, L 2, ch. 21).
  15. Il faut cependant noter qu’en 1726, la congrégation des Indulgences a fixé qu’on ne gagnerait pas les indulgences si l’on méditait sur d’autres vérités que les mystères de la vie, de la passion et de la résurrection de Notre-Seigneur
  16. Père POUPON O.P. , Le saint Rosaire, publié en 1951 sans nom d’éditeur, note 1, p. 24.
  17. Entretien avec le père Fuentès, en 1959 rapporté dans le livre "Toute la vérité sur Fatima, Tome III, Frère Michel de la Sainte Trinité, p. 338.


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