La Révolution française a donné ou rendu la terre aux paysans, tandis qu'avant 1789 la propriété du sol aurait été le privilège à peu près exclusif de la noblesse et du clergé

De Christ-Roi
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"Jamais mensonge plus audacieux a été jeté en pâture à la crédulité des simples" (Mgr Freppel)

"Une des erreurs les plus grossières, que l'on se soit efforcé d'accréditer dans le public, consiste à prétendre que la révolution française a donné ou rendu la terre aux paysans, tandis qu'avant 1789 la propriété du sol aurait été le privilège à peu près exclusif de la noblesse et du clergé. Je ne crois pas que jamais mensonge plus audacieux ait été jeté en pâture à la crédulité des simples. Là-dessus, il n'y a même plus matière à contestation, si l'on excepte ceux qui ont total intérêt à travestir l'histoire... La vérité est que, longtemps avant 1789, les paysans étaient devenus propriétaires fonciers, et cela dans une mesure qui n'a pas été dépassée depuis lors, si tant est qu'elle soit restée la même. Car tandis qu'aujourd'hui (en 1889) les petits cultivateurs ne possèdent que le neuvième ou le huitième des terres cultivées, avant la Révolution, la moitié du sol de la France leur appartenait en propre" (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, chapitre VIII, la Révolution 'française' et la propriété, p. 66-67) [1]

Cette quantification de Mgr Freppel est confirmée aujourd'hui par l'historien René Sédillot:

A qui appartient le sol ? (René Sédillot)

Le sol de la noblesse

"En 1789, … A qui appartient le sol ? Les nobles n'en étaient plus propriétaires que pour un cinquième (évaluation d'Albert Soboul), avec de fortes variantes régionales:

  • 44% dans le district de Toulouse,
  • 40% peut-être en Brie,
  • 35% en Bourgogne,
  • 33% en Picardie,
  • mais seulement 15% en limousin et en Quercy,
  • 12% en Dauphiné,
  • 9% dans la Flandre maritime.

"Les domaines nobles recouvraient en moyenne 150 hectares (évaluation d'Ernest Labrousse) et ils n'excédaient le millier d'hectares qu'exceptionnellement" (Source: René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 151-152).

Le sol du clergé

"La part du clergé était moindre. Elle semble importante surtout dans le Nord:

  • 40% dans le Cambrésis,
  • 25% en Flandre,
  • 22% en Artois,
  • à peine plus de 2% dans les pays de montagne,
  • moins de 1% dans l'élection de Brive.
  • Moyenne probable: 6 à 10% - 6% si l'on en croit Georges Lefèvre" (Source: René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 152).

Le sol des bourgeois et des paysans: "plus de la moitié des terres, était propriété bourgeoise ou paysanne"(René Sédillot)

C'est ici que R. Sédillot confirme plus exactement Mgr Freppel:

  • "Tout le reste, qui représentait bien plus de la moitié des terres, était propriété bourgeoise ou paysanne.
  • "Les bourgeois détenaient, selon les régions, de 12 à 45% du sol, avec un maximum dans le Laonnois" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 152).
La propriété purement paysanne approchait 40% sur l'ensemble du territoire (René Sédillot)

"La propriété purement paysanne, celle qui confondait le propriétaire et l'exploitant, avait progressé tout au long du siècle. Minoritaire dans les plaines à blé et à élevage du Nord et de l'ouest, elle gagnait du terrain au sud.

  • Elle dépassait 50% en Auvergne, en limousin, en Guyenne, au Béarn, en Languedoc.
  • Elle approchait de 40% sur l'ensemble du territoire…" (Source: René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 152).
Le sol des bourgeois

A partir des données fournies par R. Sédillot, attendu que d'une part, la propriété paysannne approchait de 40% sur l'ensemble du territoire, et que d'autre part bien plus de la moitié des terres, était propriété bourgeoise ou paysanne, on peut donc estimer la propriété du sol purement bourgeoise entre 10 et 20%.

René Sédillot inque même que "Les bourgeois détenaient, selon les régions, de 12 à 45% du sol, avec un maximum dans le Laonnois" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 152).

L'étonnement des étrangers

  • "Un pareil état de choses si différent de ce qui existait ailleurs frappait d'étonnement les étrangers qui visitaient notre pays (Voir les réflexions du voyageur Arthur Young, dans l'Ancien régime et la Révolution, par M. de Tocqueville, p. 37).

Conclusion

Mgr Freppel conclue:

  • "C'est donc une erreur absolue de prétendre que le paysan est devenu propriétaire par le fait de la Révolution, et que la division de la propriété foncière date de 1789. Ce sont là les naïvetés qu'il faut abandonner aux orateurs de clubs, mais qui ne devraient plus se placer sous la plume d'aucun écrivain sérieux" (Mgr Freppel, ibid., chapitre VIII, la Révolution 'française' et la propriété, p. 66-67) [2]

Ce qui appartient en propre à la Révolution 'française': l'émiettement du sol & une aggravation de charges... (Mgr Freppel)

"Ce qui appartient en propre à la Révolution 'française',

  • c'est d'avoir porté cette division de la propriété foncière jusqu'à l'émiettement du sol par l'égalité des partages, en y ajoutant de surcroît
  • une aggravation de charges doubles ou triples de celles qui auparavant pesaient sur la terre.
  • Voilà son oeuvre, et cette oeuvre est tellement néfaste que, à l'heure présente [en 1889], nul ne peut dire ce qu'il adviendra de la proriété en France... Elle est accablée sous le poids des exigences fiscales qui achèvent de la ruiner... [Prophétique n'est-ce pas!]
  • "La ruine de la propriété est dans l'exagération de l'idée de l'Etat, tel que le conçoit la Révolution 'française'.

"Du moment que l'Etat se substituant à l'iniative particulière, l'entravant de mille manières et l'étouffant même, se même de tout faire, crée tout, organise tout, gouverne tout, écoles, justice, administration, finances, il lui faut absolument, pour suffire à tant de charges, pressurer la fortune individuelle et en tirer tout ce que peut, sous forme d'impôts et de contributions de toute sorte, droits d'enregistrement, droits de mutation et de succession, droits sur n'importe quelle transaction de la vie privée; et comme en difinitive tout part de la propriété foncière et que tout y revient parce qu'elle est le gage de la richesse publique, c'est elle qui porte le poids de tout le système.

  • "D'où il résulte qu'au bout d'un certain nombre d'années, à force de taxations et de prélèvements excessifs, la valeur de toute une propriété a passé aux mains de l'Etat devenu le véritable héritier et l'unique bénéficiaire...
  • "Si c'est là ce qu'on appelle l'affranchissement de la propriété par la révolution 'française', nous nous demandons si les mots ont encore une signification dans notre langue..." (Mgr Freppel, ibid., chapitre VIII, la Révolution 'française' et la propriété, p. 66-68) [3]
  • "Car c'est bien un coup terrible que le droit de propriété a reçu en 1789, et s'il y a survécu jusqu'ici, s'il est parvenu à s'en relever, c'est uniquement parce que, en dépit des sophistes, la loi divine et l'enseignement de l'Eglise n'ont pas perdu tout leur empire sur les âmes.
  • "Dans son ouvrage: le Capital, M. Karl Marx, l'un des chefs du socialisme contemporain [en 1889], n'a pas manqué de mettre à profit contre le droit de propriété, l'argument formidable que lui fournissait la confiscation des biens de l'Eglise [en mépris total de la prétendue "liberté religieuse" révolutionnaire...]. Comment, en effet, ce qui est possédé par plusieurs et depuis de longs siècles pourrait-il être moins inviolable que ce qui est possédé par un seul et d'hier seulement? Les communistes de nos jours [en 1889] parlent de nationaliser le sol en transférant à l'Etat les droits des particuliers; mais est-ce que les constituants de 1789 et leurs successeurs ont fait autre chose quand ils déclaraient 'biens nationaux' les propriétés du clergé et d'une grande partie de la noblesse [au mépris donc du droit de la personne à la proriété...]? La formule est exactement la même de part et d'autre pour les spoliations de l'avenir..." (Mgr Freppel, ibid., p. 70-71) [4]

"Un fait reste certain, c'est que le socialisme est en germe dans la Révolution 'française'; et si, comme tout porte à le craindre, ses théories portent leurs fruits au siècle prochain (donc au XXe siècle!), ou plus tard, la faute en aura été tout d'abord, à l'Assemblée constituante de 1789..." (Mgr Freppel, ibid., p. 71-72) [5]